‹ Précieux et précieusesChapitre 4 sur 86 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

que les principes d'égalité proclamés par 89 furent préparés dès cette époque par Télévation non plus isolée^ mais générale^ des gens de lettres^ il serait faux d'avancer que Tesprit de soumission s'y soit perdu et que l'indépendance ou la révolte y aient pris naissance ou trouvé un appui.

Le caractère entièrement privé des réunions de la société polie au xvu« siècle nous dispense d'entrer dans le détail des événements politiques ou des grands mesures administratives qui signalèrent les ministères de Richelieu et de Hazarin; quelques traits sont nécessaires cependant pour faire connaître et les mœurs qui s'y réformèrent^ et le langage qui s*y polit ^ et les cir« constances qui auraient pu servir ou qui aidèrent réellement le développement de Tesprit nouveau.

Les mœurs, pour chacun et pour tous, résultent de la pratique habituelle^ constante, de certaines règles de conduite plutôt inspirées par les sentiments que dominées par la réflexion : pour le plus grand nombre , en effets le proverbe dit vrai^ le cœur emporte la téte^ et c'est dans l'étude des penchants^ des inclinations^ des tendances ordinaires d'une époque que nous trouverons le plus facilement l'explication des mœurs générales.

Or^ au moment de la mort de Henri lY^ quelle était la situation du pays? Par ce qui était nous verrons ce qui restait à faire, et à quelles aspirations vers un autre avenir donnait lieu l'état actuel de la société.

rt nrrmoDi'cnoK.

Deui partis, plulftt politiques que religieux, bien quils empruntassent leur noin des catholiques et des prolestants, divisaient alors la France et essayaient à TenTi, ceux-là de conserver une supériorité laborieusement acquise, ceux-ci de ressaisir une influence vainement défendu^. LMnlrigue d'abord, les armes ensuite, avaient été appelées au service des deux causes; lliabileié du feu roi avait su maintenir des deux côtés réquilibre ; mais sa mort et les embarras d'une régence remettaient tout en question, relevaient le courage des ambitieux et prolongeaient en France, avec les discordes civiles, ces désordres qui atteignaient la population entière dans ses trois ordres : le clergé, la noblesse et le tiers état.

Le clergé supérienr n'avait ims alors cette haute

. 'rtnmiît^j i*t n'^tiiit p^jpt j*^ecru(é avec ce choix inlclliiçttoi ^ aévèce qu'on admire atyourd'bui; il était en grande partie com|x>sé de jeunes gens nobles, engagés dans les ordres ou par force ou par lliabitude du temps; de faciles dispenses leur apportaient, avant même Tâge des plaisirs, les richesses des abbayes ou les revenus des évéchésetdes canonicals; vivant pour Tordinaire hors de leur diocèse, ils en ignoraient les besoins et menaient une vie toute mondaine. A de rares exceptions près, leur influence morale était nulle, et ils n'avaient aucune action sur le clergé inférieur. Haitres de l'éducation dans les campagnes, ils se déchargeaient de la surveillance et de la direction des

INTRODOCTlOtf. Vil

petites éooles sur le chantre de leur église métropolitaine; s'ils connaissaient les abus, c'était pour les punir plutôt que pour les prévenir ou les réformer.

A la cour> les gentilshommes les plus nombreux, ceux qui n'imitaient personne et qui dominaient avec une autorité incontestée sur les modes, le langage ou les mœurs, étaient les gens de guerre. Témoins des débordements d'un roi dont l'âge semblait augmenter plutôt qu'affaiblir les passions obstinées; peu scrupu* leux sur la morale que cinquante années de guerre civile leur avaient singulièrement fait oublier, ils se livraient à l'amour immodéré des plaisirs, et c'était là encore une flatterie plus ou moins directe à l'égard du souYerain. Toutes les provinces du royaume y avaient des représentants ; tous les patois s*y parlaient; des prononciations diverses défiguraient diversement les mots , et ce serait une grave erreur de penser qu'il y eât alors à la cour un langage choisi^ homogène, qui pût agir avec succès sur la littérature : la langue écrite ne ressemblait en rien à la langue parlée ; telle qu'elle était, c'était en quelque sorte un idiome savant que tous entendaient, mais qui n^avait pas cours dans les relations habituelles. Apprise sans règles et sans grammaire, la langue n'avait guère obéi jusque-là qu'à l'usage. Que l'on mette en regard des vers de Malherbe ses lettres chargées de solécismes et de locutions patoises, on se fera une idée de la négligence avec laquelle la langue était traitée. Si la politesse du

▼m INTRODUCTION.

langage ne préoccupait aucunement les gens de cour^ leurs habitudes guerrières et la vie de garnison les rendaient peu scrupuleux sur la décence des expressions ; le goût des histoires graTeleuses, l'emploi des termes les plus libres^ les usages les plus grossiers arrêtaient dans leur expansion tous les sentiments de pudeur^ toute cette réserve^ cette délicatesse exquise et fine qui réclame impérieusement une langue particulière. Nous ne donnerons point d'exemples de ce qu'était alors la liberté du langage : les contes de la reine de Navarre^ les poésies et les comédies du temps ne le montrent que trop ^

Il était donc urgent après les améliorations successives introduites depuis^ qu'une influence puissante vînt enfin consacrer, pour ainsi dire , ces progrès déjà

' S*il est vrai que le sentiment moral soit moins rapide dans ses progrès que les facultés de rinlelligence dans leur développement, voici un trait qui peut suffire à faire connaître la distance qu'avaient dû parcourir les mœurs pour avoir besoin du langage épuré et décent que nous réclamions tout à Theure : nous rempruntons à une porte de civilité puérile et honnête du xvi« siècle, et nous laissons ce curieux passage dans la langue où il a été écrit :

Quid hodiè, proh! pudor, fit? Ecce juvenes, perfriela fronte^ coràm honestissimii puelliSf coràm integerrimis matroniSf coràm ipsis etiam prœceptoribuSy membra illa virilia impvdentissimè oslentanL Et uhi à prœceplore (idmonentvr ut illa ohleganty 7U!Scio quoi paralyses eis imprecantur. In hos sane cynœdos Academiarum moderalores vel gravissimè animadvertere debererU, Indignum enkn est illam juverUutem in iantam inverecundiam inuUam exisUre,

Page 1