M. LB IC. DB VONTAUSZB
LA ROSE
MADRIGAL
Si vous n'aviez banny Tardeur démesurée, Qui du cœur des mortels fait triompher l'amour, Ma beauté près de vous seroit mal assurée; Aux chaleurs de l'été je ne dure qu'un jour; Mais un sort plus heureux en ce lieu m'environne : Le temps, dont le pouvoir de toute chose ordonne. Par vos charmes puissans se trouve surmonté; J'ay de vous obtenu la faveur désirée.
Et sur votre visage, où règne la beauté, Je suis d'éternelle durée.
M. COLLBTBT.
LA ROSE
MADRIGAL
Quoy que la Fable nous raconte.
Jamais la reine d'Amathonte Ne changea ma couleur ni mon lustre ancien; Si quelque trait de flamme à ma neige s'allie, C'est de honte que j^ay que le teint de Julie Est estimé plus frais et plus beau que le mien.
M. COLLBTBT.
398 ArraiDici.
LE NARCISSE
MADRIGAL
Je consacre. Jolie, un Narqsse h ta gloire; Luy-mesme des beautés te cède la victoire; Estant jadis touche d*un amour sans pareil.
Pour voir dedans Teau son image.
Il baissoit toujours son visage.
Qu'il estimoit plus beau que ceiuy du Soleil; Ce n'est plus ce dessein qui tient sa teste basse; C'est qu'en te regardant il a honte de voir
Que les Dieux ont eu le pouvoir De faire une beauté qui la sienne surpasse.
U, LB ir. ]>B ICONTAPaiBB.
LE NARCISSE
MADRIGAL
Je suis ce Narcisse fameux Pour qui jadis Écho répandit tant de larmes, Et de qui les appas ne cèdent qu'à vos charmes.
Qui viens pour vous offrir mes vœux.
Qu'on m'accuse, belle Julie, D'avoir en ce dessein plus de témérité
Que je n*eus jamais de folie
Adorant ma propre beauté; Je ne puis m'emfiescher de commettre ce crime,
Je le Iruuve trop glorieux :
Oyez donc ce discours que ma pasiear exprime,
Et qui ne s'entend que des yeux :
Si vous me voyex le teint blesme.
Ce n'est plus moy, c'est youi que j'ayme.