INTRODUCTION. XIII
démirent le pied pour avoir voulu s*obstiner à courir avec nous * . »
Mal protégées dans leur retraite par des grilles qui s'ouvraient trop facilement^ les religieuses reprenaient dans leurs fréquentes conversations avec des étrangères le goût des choses mondaines qu'elles avaient fait vœu d'oublier^ souvent moins sous Tinfluence d'un pieux détachement que parce qu'elles manquaient de fortune ou de beauté.
« Ces filles qu'on sacrifie lous les jours^ comme le dit Fléchier {Grands Jours d'Auvergne) , peuploient les couvents et y introduisoient le libertinage et le scandale. » C'étaient ces mêmes filles^ victimes d'un usage cruel^ qui cherchaient si souvent à se soustraire à la règle^ soit en sortant fréquemment du couvent sous mille prétextes futiles, soit ea y important les mœurs de la société la plus corrompue. Ainsi l'on voit au tome XIII des Hanuserits de la collection Godefroy, à la bibliothèque de l'Institut, l'histoire de cette Magdelaine Lamelin^ religieuse à Bourbourg, que le maréchal de Schomberg put connaître et arracher à son couvent; qui le suivit en Portugal et dont il eut plusieurs enfants. Ainsi lit-on encore dans le même volume de ce Recueil une requête adressée au roi contre l'abbesse de Rougemont et sa sœur, Françoise de Lucé,
Mémùires de la duchesse de Mazarin, cités daos riiitroduction aux Mém, de madame de Courcelles, publiés par M. P. Pougin, Biblioth. Elzév.
XIV IKTAODDCnON.
qui, « jusques icy, ont vécu d'une manière si dépravée qu'elles ont fait passer cette maison plutôt ponr un lieu public et infime que pour un monastère, ayant eu dix enfante tout au moins... » ^>i
Ce qu'il fallait donc pour remédier à la dépraTation -^
générale , c'était une règle faite par soi et pour soi par 4
une société choisie qui tint à honneur de Tobsenrer, <
parce qu'elle même Tavait librement établie. Le re»- u.
pect que Ton professait pour la marquise de Rambouillet, w
qui, blessée dans sa pudeur par les mœurs de la cour, ^
s'en était de bonne heure retirée; sa bienveillance que 1
Ton voulait mériter et conserver, et à laquelle on vou- t.;
lait répondre; le charme nouveau de ses réunions^ tout j
concourut à établir son influence sur le cercle qui l'en- j
iourait, et par suite à multiplier ces a$s€mbUe$ (c'est le i
nom consacré), où, comme chez elle, on luttait d'égale ardeur, sans le dire hautement, sans parti pris et presque instinctivement, contre les mauvaises mœurs et le mauvais langage.
Des éléments heureux, qu'il s'agissait de féconder, avaient été apportés dltalie par Marie de Hédicis, d'Espagne par Anne d'Autriche, ou inspirés même et répandus dans toute la nation par un grand roi qui avait le sentiment des grandes choses ; la révolte de madame de Rambouillet contre tout ce qui choquait le goût ou la délicatesse était, pour ainsi dire, dans l'air plutôt même qu'elle ne fut spontanée chez la marquise, et elle ne pouvait être isolée dans un temps où
INTRODOCTIOK. XV
de longs excès appelaient une prompte réaction. Mais elle sut tirer un admirable parti des tendances nou- ?elles> et si les germes existaient, c'est à son action vivifiante qu'on en doit l'éclosion si désirée. M. Cousin, dans la Jeunesse de madame de Longueville, Va dit déjà en termes éloquents :
a La grandeur» dit Tilluslre écrivain , était en ^ quelque sorte dans Tair dès le commencement du xvii« siècle. La politique du gouvernement était grande» et de grands hommes naissaient en foule pour Taccomplir dans les conseils et sur les champs de bataille. Une sève puissante parcourait la société française. Partout de grands desseins , dans les arts» dans les lettres» dans les sciences, dans la philosophie. Descartes» Poussin et Corneille s'avançaient vers leur gloire future» pleins de pensers hardis» sous le regard de Richelieu. Tout était tourné à la grandeur; tout était rude» même un peu grossier» les écrits comme les cœurs. La force abondait La grâce était absente. Dans cette vigueur excessive on ignorait ce que c'était que le bon goût. La politesse était nécessaire pour conduire le siècle à la perfection. L'hôtel de Rambouillet en tint particulièrement école. »
L'hôtel de Rambouillet fut le premier où l'on « tint compagnie; » mais il eut des imitateurs à Paris» et bientôt même en province. Nous ne saurions songer à passer id en revue toutes les mdsons qui eurent un nom à cette époque; mais nous dirons quel était le