ACTION DES DIFFERENTS CORPS SUR LES REACTIFS
Nous avons déjà dit ailleurs que l'analyse qualitative a pou ; but, en général, de faire prendre aux parties constituantes inconnues d'un corps quelconque des formes dont les propriétés nous sont connues, et qui nous permettent de prononcer sur la nature de ses parties intégrantes. 11 est clair que tous les corps connus pouvant se présenter à nous, ils doivent aussi être compris dans ces recherches. Les procédés employés sont d'aulant plus parfaits, qu'ils conduisent avec plus de certitude à des résultats positifs ou négatifs. Mais comme il nous est inutile de questionner lorsque nous ne comprenons pas la réponse qu'on nous fait, de même aussi il nous est parfaitement inutile de faire des expériences chimiques, si nous ne savons pas expliquer les réactions qu'elles nous présentent et en tirer des conclusions. Nous rappellerons que les réactifs pouvant agir sur les différents corps, ou être sans action sur eux, les conclusions qu'on en tirera seront positives dans le premier cas, et négatives dans le second.
Avant donc que de commencer à faire des analyses, il faut absolument connaître les formes appartenant aux différents corps connus, ainsi que les principales combinaisons qu'ils sont susceptibles de former. Pour acquérir celte connaissance-là, il faut connaître etcomprendreles conditions quisontnécessairesàla production de nouvelles combinaisons, et surtout la manière de les faire naître. Ce chapitre ne doit donc pas seulement être étudié à foud^ mais on doit encore répéter toutes les réactions qui y sont indiquées. Pour étudier la manière d'agir des corps sur les réactifs, on prend ordinairement chacun des corps l'un après l'autre, et on ne passe au suivant que lorsqu'on connaît toutes ses réactions les plus caractéristiques. Il sera plus utile au commençant de les étudier dans l'ordre que nous allons indiquer, parce qu'y trouvant réunis datis les mômes groupes tous les corps qui ont entre eux le plus
d'analogie, il saisira plus facilement toutes les ressemblances et différences qui existent entre eux.
Â. AGTIOPt DES OXYDES METALLIQUES.
PREMIER GROUPE
Potasse, soude, ammoniaque.
Propriétés du groi^pe. — Les alcalis purs (caustiques), sulfurés ou carbonates, sont très-solubles dans Teau. En conséquence ils ne se précipitent pas l'un Tautre, qu'ils soient libres ou carbonates, et ne sont jamais précipités par le sulfîde hydrique. Les alcalis purs, carbonates et sulfurés, en dissolution, ramènent au bleu le papier rouge de tournesol, et brunissent fortement le papier de curcuma.
RÉACTIONS PARTIGITLIÈRES.
a. Frétasse. KO.
io La potasse, son hydrate et ses sels ne sont pas volatils à la chaleur de nos lampes à alcool. La potasse et son hydrate sont déliquescents ; le fluide huileux qu'ils constituent alors ne durcit point en absorbant Facide carbonique de Tair.
^ Presque tous les sels potassiques sont irès-solubles dans l'eau ; ils sont incolores quand leur acide n'est pas coloré. Les sels potassiques neutres des acides forls n'allèrent pas les couleurs végétales. Le carbonate potassique cristallise difficilement et tombe en déliquescence à Tair. Le sulfate potassique ne contient pas d'eau,' et ne s'altère pas à l'air.
d** Le chioride plaîiniqxjte produit, dans les solutions neutres et acides, des sels potassiques, un précipité cristallin, lourd, jaune de chloro-platinate potassique, KCl + PtCl,, qui se forme] immédiatement dans les solutions concentrées ; plus lentement et quelquefois seulement après un espace de temps assez long, dans celles qui sont étendues. Le chioride hydrique libre faciile sa formation. Il est peu soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool. Le chioride platinique décèle en conséquence les moin-
§86] CHAP. m., DES RÉACTIONS. 73
dres traces des sels potassiques lorsqu'ils sont dissous dans l'alcool. Pour rendre celte réaction aussi sensible que possible, il faut évaporer presque à sec au bain d'eau la solution aqueuse du sel potassique et du chloride platinique ; puis on verse sur le résidu de Talcool, qui n'attaquant pas le cbloro-platinate potassique, le laisse indissous. Il faut bien se garder de confondre le chloro-platinate potassique avec le chloro-platinate ammonique, § 86, c.
A^ L'adde tartrique produit, dans les solutions neutres ou alcalines, des sels potassiques (dans le dernier cas, il faut ajouter l'acide en quantitésuffisante pour rendre la liqueur fortement acide), un précipité blanc, grenu, cristallin de bitartrate potassique, qui se forme de suite, dans les solutions concentrées, et seulement après quelque temps dans celles qui sont étendups ; on facilite sa formation en agitant fortement la liqueur. Ce précipité, qui est peu soluble dans l'eau froide, se dissout en assez grande quantité dans celle qui est cbaude, et totalement dans les alcalis et les acides libres. Lorsqu'on veut déceler, par Tacide tartrique, la présence de la potasse dans des liqueurs acides, il faut d'abord en saturer IV cide4ibre en les neutralisant par la soude pure ou carbonatéc.
b^ Lorsqu'on chauffe les sels potassiques sur un fil de platine, àTextrémilé de la flamme intérieure du chalumeau, la flamme, par suite de la réduction et de la réoxydation successive du potassium, se colore en violet. Celte réaction est presque imperceptible pour les phosphate et borate potassiques. La présence de la soude Fempèche complètement.
6^ Lorsqu'on dissout un sel potassique dans aussi peu d'eau que possible, qu'on ajoute au mélange de l'alcool et qu'on Tallume, il en colore la flamme en violet. La soude empêche tout à fait cette coloration.
b. Soude. NaO.
i** La soude, son hydrate, ainsi que ses sels, présentent, en gé" néral, les mêmes caractères que ceux de potasse. La liqueur née de la soude, lorsqu'elle tombe en déliquescence au contact de l'air, se solidifie aussitôt en absorbant son acide carbonique. Le carbonate sodique cristallise avec facilité ; il s'effleurit rapidement à l'air, de même aussi que le sulfate sodique.
.2" Lantimoniate potassique produit, dans les solutions sodi-
qucs neutres ou alcalines, un précipité blanc, cristallin, d'antimoniate sodique NaO, SbOg. Quand ces solutions sont concentrées, le précipité se forme immédiatement; quand elles sont étendues, il ne se forme qu'après quelque temps ; souvent qu'après longtemps. En secouant fortement la liqueur, on accélère sa formalion. Quand, après avoir ajouté le réactif, on remue le mélange avec une baguette de verre de manière à toucher les parois du vase, toutes les places où elle aura frotté deviendront bientôt visibles, même si le mélange est assez fortement étendu, parce que le précipité viendra se déposer sur elles d'abord. La présence de sels neutres de potasse n'entrave en rien la formation du précipité. Cependant le carbonate potassique, suivant qu*i] s'y trouve en plus ou moins grande quantité, l'empêche totalement ou seulement en partie. En conséquence, lorsqu'on veut chercher la soude dans une solution qui contient du carbonate potassique, il faut y ajouter d'abord de Tacide acétique ou du chloride hydrique, jusqu'à ce qu'elle ne soit plus que faiblement alcaline. Les solutions acides devront d'abord être neutralisées par la potasse; sans cela elles décomposeraient le réactif, et il se formerait un précipité d'hydrate antimonique ou d'antimoniale potassique acide.
3° Chauffés, sur un fil de platine, à la flamme intérieure du chalumeau, les sels sodiques la colorent eu jaune vif^ par suite de la réduction et de la réoxydation successive du sodium. Celle réaction est encore visible, lors même que la soude est mêlée avec une grande quantité de potasse.
4° Quand on traite les sels sodiques, comme nous l'avons indiqué pour ceux de potasse (6), la flamme de l'alcool se colore fortement en beau jaune. Cette réaction n'est pas du tout empêchée par la présence de la potasse.
5° Le chloride platinique ne précipite pas les sels sodiques ; l'acide tartrique ne les précipite que lorsqu'ils sont très-concentrés. Le bitartrale sodique qui se forme dans ce dernier cas, après quelque temps, est en petites aiguilles ou colonnes impossibles à confondre avec le précipité granuleux et cristallin du bitartrale potassique.
c. Ammoniaque. NHj.
i^ L'ammoniaque , qui est gazeuse à la tempéralure ordi-
§ 86. ] CHAP. m. DES RÉACTIONS. 75
naire, se présente à nous le plus souvenl en dissolution dans Teau, où on la reconnaît à son odeur excessivement pénétrante ; il suffit de chauffer celte solution pour en chasser toute Tammo* niaque.
2» Tous les sels ammoniques se volatilisent lorsqu'on les chauffe, les uns sans se décomposer, les autres en se dccorapogant. La plupart d'entre eux sont solubles dans l'eau. Leurs solu* lions sont incolores. Les sels neutres ammoniacaux à acides forts ne changent pas la couleur du tournesol.
3» Lorsqu'on broie des sels ammoniacaux avec de Vhydrate caldque et quelques gouttes d'eau, ou qu'on les dissout dans de la lessive de potasse caustique et qu'on chauffe, il s'opère un dégagement d^ammoniaque gazeuse reconnaissable à son odeur si piquante, à son (icHon sur les papiers réactifs humides, et enfin à la formation d'un nuage blanc lorsqu'elle en Ire en contact avec le chloride hydrique ou les acides nitrique ou acétique ; ce qui se fait en approchant d'elle une baguette de verre trempée dans Tuu de ces acides. Le nuage blanc qui se forme alors est dû à la production d'un sel ammoniacal solide. C'est avec le chloride hydrique que cette réaction est le plus sensible ; mais l'acide acétique vaut mieux, parce qu'il nous expose à moins de chances d'erreurs.
4° Le chloride plalinique a sur les sels ammoniacaux la même action que sur ceux de potasse ; le chloro-plalinale ammonique qui se forme alors est d'une teinte un peu plus claire que celui de potasse; sa formule est , NH^Cl+PtClg.
5<» Vacide tartrique détermine, dans les sels ammoniacaux, un précipité de bilartrate ammonique : 2T, NH^O.HO, qui se forme dans les mêmes circonstances que celui de potasse ; il est un peu moins insoluble que ce dernier.
Conclusions et observations, — Les sels potassiques et sodiques ne se volatilisent pas à une chaleur rouge ordinaire, tandis que ceux d'ammoniaque disparaissent alors en totalité. En conséquence, il est facile de séparer les deux premiers d'avec le troisième, en faisant rougir le mélange ; le moyen le plus sûr
76 ANALYSE CHIMIQUK QUALITATIVE. [§ 87.
de s'assurer de la présence de Tammoniaque est de la déplacer par la chaux ou la polasse. Il esl clair qu'on ne peul reconndtre la présence des sels potassiques qu'après avoir éloigné d'abord ceux d'ammoniaque, puisque tous les deux se conduisent d'une façon presque identique vis-à-vis du chloride platinique et de l'acide tartrique. Une fois qu'on a éloigné les sels ammoniacaux, la présence de la polasse est facile à signaler au moyen des deux réactifs dont nous venons de parler.
La manière souvent la plus facile de reconnaître la potasse, dans ses deux sels peu solubles que nous venons d'apprendre à connaître, le chloro-platinale et le bitarirate potassique, consiste à les détruire en les portant au rouge ; le premier donne alors la potasse sous forme de chlorure, et le second, de carbonate potassique.
Quant à la soude, nous avons joint Tantimoniale potassique aux caractères servant à la déceler, et qui n'étaient essentiellement jusqu'ici, que la forme de ses cristaux, les propriétés de quelques-uns de ses sels et la couleur jaune qu'ils communiquent à la flamme du chalumeau et à celle de l'esprit-de-vin. L'antinioniate potassique ne remplit avec précision la lacune existant jusqu'alors dans les caractères de la soude que lorsqu'on l'emploie, en tenant compte avec le plus grand soin des circonstances qui nous entourent. Outre les conditions à observer dans ce cas, et que nous avons signalées plus haut, il faut ne pas perdre de vue que la solution à essayer ne doit point contenir d'autres bases que la soude et la potasse, parce que les sels des métaux pesants, ceux des terres proprement dites, des terres alcalines, et enfin d'ammoniaque , sont aussi précipités par Tantimoniate potassique.
DEUXIÈME GROUPE
Baryte, strontiane, chaux et magnésie.
Propriétés du groupe, — Les terres alcalines, caustiques ou sulfurées, sont solubles dans l'eau ; la magnésie l'est très-peu. Ces solutions-là sont alcalines. La réaction alcaline de la magnésie n'est bien nette que lorsqu'on la porte sur du papier réactif
§87.] CHAP. m. DES RÉACTIONS. * 77
préalablement humecté. Les carbonates et phosphates neutres des terres alcalines sont insolubles dans Teau. Les sels des terres alcalines ne sont précipités, dans aucun cas, par le sulfide hydrique, mais bien par les carbonates et les phosphates alcalins. Cette action dislingue nettement les oxydes du second groupe d'avec ceux du premier. Les terres alcalines et leurs sels sont fixes et incolores.
RÉACTIONS PARTICCILlÈREa.
a. Baryte. BaO.
i*^ La baryte caustique se dissout assez facilement dans Teau bouillante, et, en petite quantité, dans Teau froide*: elle se dissout facilement dans les acides nitrique et chloride hydrique, lorsqu'ils sont étendus. L'hydrale baryiique ne perd pas son eau au rouge.
%^ La plupart des sels bary tiques sont insolubles dans Teau. Ceux qui s'y dissolvent n'ont pas d action sur les couleurs végétales ; la plupart d^entre eux se décomposent au rouge. Les sels bary tiques insolubles, à l'exception du sulfate, se dissolvent tous dans le chloride hydrique. Le nitrate et le chlorure barytique sont insolubles dans l'alcool, et ne tombent pas en déliquescence au contact de Tair.
3** L* ammoniaque ne précipite pas les solutions des sels bary tiques. La potasse^ lorsqu'elle ne contient pas de carbonate, ne les précipite que lorsqu'elles sont très-concentrées ; l'eau redissout le volumineux précipité d'hydrate barytique, BaO, H0+9aq, qui se forme alors.
4® Les carbonates alcalins en précipitent du carbonate barytique, BaO, COj, qui est blanc. La précipitation totale ne se fait qu'à l'aide de Tébullilion, lorsqu'on l'a opérée avec le carbonate ammonique, ou que la liqueur était acide. La présence des sels ammoniacaux n'empêche pas la précipitation de s'effectuer.
5<» L'acide sulfurique, ainsi que tous les sulfates solubles, produit instantanément dans les solutions barytiques, mème^es plus étendues, un précipité blanc, en poudre fîne, de sulfate barytique, BaO, SO,, insoluble dans les acides et les alcalis.
^^ Le fluorhydrate silicique précipite des solutions barytiques, du
■iH . ANALYSE CHIMIQUE QUALITATIVE. [§87.
fluosilicate barylique, 3 Ba, FI 4-2 SiFlg, incolore et cristallin, qui se dépose assez facilement , surtout si on ajoutera la solution 'aii peu d'aleool. 11 ne se forme qu'après quelque temps dans les solutions étendues ; il est un peu soluble dans Tacide nitrique et dans le chloride hydrique.
1^ Le phosphate sodique produit, dans ses solutions neutres ou ;alcalines, un précipité blanc , soluble dans les acides, de phosphate barytique, POg , 2 BaO, HO. Une addition d'ammoniaque n'augmente pas la masse du précipité et ne facilite pas sa formation.
8** Uaoide oxalique ne forme que dans les solutions concentrées un précipité d'oxalale barylique, BaO, ô, blanc et soluble dans les acides. L'addition d'ammoniaque rend cette action plus sen* sible; elle ne cesse de se manifester que dans les solutions trèsétendues.
90 Chauffés avec de Valcooî, les sels baryliques communiquent k sa flamme une teinte jaunâtre peu caractéristique.
h, StroDtiane. SrO.
1^ La strontiane, son hydrate et ses sels ont des propriétés, en général, parfaitement analogues à celles des combinaisons bary tiques correspondantes. L'hydrate stron tique est moins soluble dans Teau que celui de baryte. Le chlorure slrontique est soluble dans l'alcool anhydre; et le nitrate strontique dans Talcool hydraté ; à l'air, ils ne tombent pas plus Tun que l'autre en déliquescence.
2° L'ammoniaque, la potasse, les alcalis carbonates et le phosphate sodique ont sur les sels stron tiques tout à fait la même action que sur les sels barytiques. ^
3» L'acide sulfurique et les sulfates précipitent de ses solutions du sulfate slrontique, SrO, SO3, sous forme de poudre blanche insoluble dans les acides et les alcalis. Le sulfate strontique étant beaucoup moins insoluble dans l'eau que celui de baryte, il ne se précipite des solutions étendues qu'après un certain temps, et ne se forme jamais qu'après quelques instants, même dans les solutions concentrées, lorsqu'on emploie la solution de gypse pour le produire.
4o Le fluorhydrate silicique ne précipite pas les solutions strontiques, même les plus concentrées.
5° L'acide oxalique forme même, dans les solutions assez étendues, après quelque temps, un précipité d'oxalate slrontique SrO, Ô, sous forme de poudre fine et blanche. L'addition d'ammoniaque facilite la formation du précipité et en augmente la masse.
6° Lorsqu*on chauffe les sels strontiques solubles dans Teau, ou Talcool avec de V esprit-de-vin aqueux, et qu'on Tallume, ils communiquent à sa flamme, lorsqu'on remue le mélange, une belle et vive couleur carmin, 11 ne faut pas confondre cette coloration de la flamme de l'alcool avec celle que lui communiquent les sels calciques.
c. Chaux. CaO.
i^ Les propriétés générales de la chaux, de son hydrate et de ses sels ont la plus grande analogie avec celles des combinaisons barytiques et strontiques correspondantes. L'hydrate calcique est bien moins soluble dans l'eau que celui de baryte et de strontiane; il est encore moins soluble dans l'eau chaude que dans l'eau froide. L'hydrate calcique perd son eau au rouge. Le chlorure elle nitrate calcique sont tous les deux solubles dans l'alcool absolu et déliquescents à l'air.
2»* L'ammoniaque^ la potasse, les carbonates alcalins et le phosphate sodique agissent sur les sels calciques absolument de même que sur ceux de baryte.
3o L'acide sulfurique et le sulfate sodique produisent dans les solutions très-concentrées de chaux un précipité de sulfate CaO, SO3, qui se forme immédiatement; ce précipité soluble dans beaucoup d'eau l'est bien davantage encore dans les acides. Les solutions moins concentrées ne précipitent qu'après un certain temps; et celles qui sont étendues ne précipitent pas du tout. La solution de gypse ne les précipite naturellement pas, et une solution de sulfate potassique saturée à froid, puis mêlée avec un égal volume d'eau, ne les précipite pas non plus, ou du moins pas immédiatemenU Quand les solutions de chaux sont trop étendues pour que l'acide sulfurique les précipite, une addition d'alcool fait naître à riastaut le précipité.
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4® Le fluorhydrate silicique ne précipite pas les solutions calciques.
5° L'acide oxalique produit dans les solutions neutres de chaux, même les plus étendues, un précipité blanc d'oxalate calcique CaO, 0. Une addition d'ammoniaque facilite la formation du précipité et en augmente la masse.
L'oxalate calcique se dissout facilement dans les acides nitrique et chloride hydrique; il ne se dissout pas dans les acides acétique et oxalique.
6<> Chauffés avec de l'alcool aqueux^ les sels solubles de chaux communiquent à sa flamme une teinte jaune rougeâtre^ qu'il faut bien se garder de prendre pour celle de la strontiane.
d. Magnésie. MgO.
l^* La magnésie et son hydrate constituent une poudre blanche beaucoup plus volumineuse que les combinaisons correspondantes des autres terres alcalines. L'une et l'autre, à peine solubles dans Teau froide, le sont encore moins dans Teau chaude. Au rouge, l'hydrate magnésiqueperd son eau.
^^ Parmi les sels magnésiques, les uns sont solubles et les autres insolubles dans l'eau ; ceux qui s'y dissolvent lui communiquent une affreuse amertume; lorsqu'ils sont neutres, ils n'altèrent pas les couleurs végétales. A l'exception du sulfate, tous les autres sels magnésiques se décomposent au rouge ; quelquesuns, déjà par la simple éraporation de leur solution. Tous les sels magnésiques insolubles se dissolvent avec facilité dans le chloride hydrique.
3<> L'ammoniaque précipite des solutions, des sels neutres de magnésie, une partie de cette terre, sous forme d'une masse blanche volumineuse d'hydrute magnésique^ MgO, HO. L'autre partie de la magnésie, s'unissant au sel ammonique produit par cette décomposition, passe à l'état de sel double, soluble dans l'eau et indécomposable par l'ammoniaque. La tendance qu'ont les sels de magnésie à former des sels doubles avec ceux d'ammoniaque fait que l'ammoniaque ne peut pas précipiter les sels magnésiques des solutions dans lesquelles ils se trouvent en présence de sels ammoniacaux ; ou, ce qui revient au même, que Tammoniaque ne peut précipiter la magnésie d'une solution acide.
§ 87.] CHAP. m. DES RÉACTIONS. 81
C'est encore pour la même raisoa que le précipité formé par Tarnmoniaque, dans les sels magnésiques neutres, disparait par l'addition d'un sel ammoniacal.
4** la potasse et la baryte caustique précipitent des sels magnésiques, de r hydrate magnésique. Cette décomposition est beaucoup favorisée par Tébullilion. Les sels ammoniacaux redissolvent aussi ce précipité ; voilà pourquoi on peut Tempècher de se former en les versant dans la solution en quantité suffisante, avant d^y ajouter le précipitant. Si Ton fait bouillir alors la liqueur avec un excès de potasse, il est clair que le précipité se reformera, puisqu'on aura fait disparaître la cause qui tenait la magnésie en dissolution, c'est-à-dire le sel ammoniacal.
5<> Le carbonate potassique produit dans les solutions neutres de magnésie un précipité blanc de carbonate magnésique basique 3(MgO, CO, + aq) + MgO, HO. La quatrième partie de l'acide carbonique, du carbonate potassique décomposé, se portant sur une partie du carbonate déjà formé, le tient en dissolution à Tétat de bicarbonate. Comme ce dernier perd par l'ébuUition son excès d'acide carbonique, il est clair qu'en faisant bouillir la liqueur, non-seulement on accélère la formation du précipité, mais on en augmente beaucoup la masse. Les sels ammoniacaux empêchent aussi cette précipitation, et redissolvenl le précipité une fois qu'il s'est formé.
6^ Le carbonate ammonique ne précipite pas à froid les solutions de magnésie ou, du moins, pas immédiatement, et les précipite incomplètement à chaud. Les sels ammoniacaux empêchent totalemeut la formation de ce précipité.
7® Le phosphate sodique précipite des solutions de magnésie, lorsqu'elles ne sont pas trop étendues, du phosphate magnésique PO,, 2 MgO, HO, sous forme de poudre blanche. On favorise beaucoup sa formation en faisant bouillir la liqueur. Si, avant d'ajouter le phosphate sodique, on verse dans la liqueur du chlorure ammonique et de l'ammoniaque, il se forme, même dans les solutions très-étendues, un précipité blanc et cristallin de phosphate basique ammomco-magnésique, PO,, 2 MgO, NH^ 0. On accélère sa formation dans les solutions très-étendues, en les remuant fortement avec une baguette de verre. Quand la liqueur est étendue au point qu'il ne s'y forme plus de précipité, on voit, au bout de
quelque temps, tous les endroits du vase qu'on a touchés en remuant avec la baguette de verre, se colorer en blanc. L'eau, ainsi que la solution des sels ammoniacaux en général^ ne dissolvent pas sensiblement le phosphate basique ammonico-ma~ gnésique, qui est presque absolument insoluble dans Teau chargée d'ammoniaque; il est très-soluble, en échange, dans les acides, même dans l'acide acétique.
8"* L'oxalate ammonique, et non pas Tacide oxalique libre, produit un précipité blanc d'oxalale magnésique MgO, Ô, dont les sels ammoniacaux empêchent la formation.
9*» Les acides stdfurique et fltiorhydrate silicique rie précipitent pas les sels de magnésie.
iO° Quand on humecte de la magnésie, ou l'un de ses sels, avec une solution de cobalt, et qu'on chauffe longtemps et forlement le mélange au chalumeau sur un charbon, il se colore en rose clair pâle, qui se manifeste surtout après le refroidissement, mais qui n'est jamais fort intensç.
Conclusions et observations, — Le peu'de solubilité de Thydrale magnésique, la grande solubilité de son sulfate et la tendance des sels magnésiques à former des sels doubles avec l'ammoniaque, sont trois points principaux qui distinguent nettement la magnésie de toutes les autres terres alcalines. Pour déceler la magnésie dans une solution, il faut en éloigner d'abord la baryte, la slrontiane et la chaux, si elles s'y trouvent. On y parvient en faisant bouillir la liqueur avec du carbonate ammonique, après y avoir ajouté du sel ammoniac, ou bien^avec du sulfate potassique et de l'oxalate ammonique, sans oublier l'addition de sel ammoniac. Pour signaler la présence de la magnésie, on se sert alors toujours de la réaction produite par l'emploi simultané du phos* phate sodique et de l'ammoniaque.
La baryte est toujours facile à découvrir à cause des précipités que détermine immédiatement dans ses sels la solution de gypse eldeduorhydrale silicique.
La sCrontiane n'est facile à reconnaître par la solution de gypse que lorsqu'elle n'est pas mêlée avec de la baryte. Toutes les fois
§ 88. ] CHAP. lu. DES RÉACTIONS. 83
que ces deux terres se trouvent ensemble dans une même solution, il faut en éloigner d'abord la baryte ; pour cela, on transforme les deux terres en chlorures, qu'on dessèche et traite par l'alcool absolu, qui dissout le chlorure stronlique, et des traces seulement de chlorure barytique. La séparation est complète lorsque, après avoir ajouté au mélange des deux bases, un peu d'alcool, on y verse du fluorhydrate silicique qui précipite toute la baryte. Lorsqu'on veut déceler les sels de slrontiane par la flamme de l'alcool, il faut faire la plus grande attention de ne pas confondre la coloration qui leur est propre, avec celle que produisent les sels de chaux.
On se sert toujours de l'acide oxalique pour manifester la présence des sels de chaux. Avant de l'employer , il faut éloigner d'abord la baryte et la stronliane par le sulfate potassique, parce que ces deux bases sont précipitées par l'acide oxalique, comme la chaux, mais moins complètement qu'elle. En précipitant la baryte et la stronliane par le sulfate potassique, on précipite souvent avec elles quelque peu de chaux; ce qui est sans inconvénient, puisqu'il reste toujours assez de cette base en dissolution pour qu'on puisse reconnaître sa présence avec certitude par l'acide oxalique. La meilleure manière de déceler les terres alcalines dans leurs phosphates consiste à décomposer ces sels par le chlorure ferrique à l'aide d'une addition d'acétate potassique. (Voyez § 99, a. 8.) On reconnaît ces bases dans leurs oxalates en portant au rouge ces sels, ce qui les change en carbonates. Pour indiquer la présence de la baryte et de la slrontiane dans les sulfates de ces bases, il faut les désagréger par les carbonates alcalins, ainsi que nous le dirons au § 98. 5.
TROISIÈME GROtJPE.
Oxydes aluminique et chrômique.
Propriétés du groupe. — L'alumine et l'oxyde chrômique. purs OU hydratés, sont tous les deux insolubles daiis l'eau. Ils ne forment pas de sels neutres avec l'acide carbonique. Leurs sulfures ne se forment pas par la voie humide ; aussi le sulfide hydrique ne les
8i ANALYSE CHIMIQUE QUALITATIVE. [§88.
précipile-t-il pas de lears solutions, dont le sulfhydrate ammoDique les sépare à Tétat d'oxydes hydratés. Celte action du sulfhydrate ammonique dislingue suffisamment les oxydes du troisième groupe d'avec les précédents.