II. ACIDES ORGANIQUES
PREMIER GROUPE
Acides qui, dans eertaînes oonditions, iont toujoun préoîpitét par le ohlorttre oalci«^e.
Acides oxalique, tartrique, racémique, citrique et malique.
Aucun de ces acides n'est volatil sans décomposition.
a. Acide oxalique.
Ses caractères ont été rapportés au § 99, c.
b. Acide tartrique. C4H806=1'.
i® L'acide tartrique s'offre sous forme de cristaux incolores, inaltérables à l'air, d'un goût acide agréable, et solubles dans l'eau et l'alcool. Chauffé, il fond et se charbonne en répandant une odeur toute particulière et très-caractéristique, analogue à celle du sucre brûlé.
2» Parmi les tartrales, ceux qui sont à base d'alcalis, ou d'oxydes des troisième et quatrième groupes, se dissolvent dans l'eau. Tous les tartrales insolubles dans l'eau se dissolvent dans le chloride hydrique et l'acide nitrique. Portés au rouge, les tartrates se décomposent en laissant un résidu de charbon et en répandant la même odeur qui se fait sentir lorsqu'on brûle l'acide.
3<* En versant, dans une solution d'acide tartrique ou d'un tar- Irale, une solution d'oxyde ferrique^ manganeuœ ou aluminiquey
§ 103.] CHAP. Ilï. DES RÉACTIONS. 163
puis de l'ammoniaque ou de la potasse, on ne précipite aucun de ces oxydes, ce qui vient de ce qu'ils forment, avec les alcalis et Tacide tartrique, des sels doubles indécomposables par un excès d'alcali. L'^acide tartrique empêche encore plusieurs autres oxydes d'être précipités par les alcalis.
4^ L'acide tartrique libre produit, dans les sels potassiques^ et surfout dans l'acétate, un précipité peu soluble de bitarlrate potassique. Il se forme aussi, en versant dans un tartrate neutre, de l'acétate potassique et un excès d'acide acétique, ou bien aussi du bisulfate potassique. Lorsqu'on se sert de ce dernier, il faut avoir bien soin de ne pas l'employer en excès. Le bitartrate potassique se dissout facilement dans les alcalis et dans les acides minéraux ; les acides tartrique et acétique n'augmentent pas sa solubilité dans l'eau. On accélère beaucoup la formation du précipité de bitarlrate potassique en secouant fortement le mélange.
S<> Le chlorure càlcique produit, dans les solutions des tartrates neutres, un précipité blanc de tartrate càlcique, CaO, T. Les sels ammoniacaux empêchent, plus ou moins, cette précipitation. Le précipité formé se dissout, à froid, dans une solution de potasse caustique, avec laquelle il forme une solution limpide. En la feisant bouillir, le tartrate càlcique s'en sépare sous forme gélalîneuse, et se redissout à mesure que la solution se refroidit.
6« L'eau de chaux produit dans les solutions des tartrates neutres, ainsi que dans celle de l'acide tartrique libre, lorsqu'on l'y ajoute, en quanti té'suffisan te pour la rendre alcaline, un précipité blanc qui se dissout facilement, tant dans l'acide tartrique que dans une solution de sel ammoniac. Le tartrate càlcique se sépare de ces solutions, au bout de quelques heures, sous forn^e de petits cristaux qui s'attachent aux parois du vase.
7» La solution de gypse ne précipite pas la solution d'acide tartrique; elle ne produit qu'après longtemps, dans celle des tartrates neutres, un léger précipité.
c. Acide racémique. G4H205=fi.
1® L'acide racémique a la même composition que l'acide tartrique. L'acide racémique cristallisé contient deux équivalents d'eau, dont il perd un, à lOO®. Il ne s'effleuril, à l'air, que lentement. Ses dissolvants sont les mêmes que ceux de l'acide tar-
i64 ANALYSE CHIMIQUE QUALITATIVE. [§ i03.
irique. 11 préseaie, lorsqu'on le chaufifô, les mêmes caraclères que ce dernief;
2* Les racémates ont aussi beaucoup de rapports avec les tartrales. Malgré celaplusieurs d'entre eux diffèrent des tarifâtes correspondant, tant par Teàu qu'ils contiennent, que par leur forme et leur solubililé. Gomme les tarlrates, ils empêchent la précipitation des oxydes ferrique, manganeux et aluminique par les alcalis.
30 Le chlorure calcique précipite des solutions de l'acide libre et des racémates, du racémate calcique, sous la forme de poudre d'un blanc éclatant. Ce précipité est insoluble dans le sel ammoniac. La solution concentrée de potasse caustique le dissout com* plétement à froid; étendue, elle ne le dissout qu'en partie. Celle solution se trouble et devient gélatineuse quand on la fait bouillir; elle redevient limpide en se refroidissant.
A^ Ueau de ckatiœ produit instantanément dans la solution des racémates neutres, ainsi que dans celle de l'acide racémique, quand on l'y ajoute en quantité suffisante pour la rendre alcaline, un précipité blanc de racémate calcique. Quand on n'ajoute pas l'eau de chaux à la solution d'acide racémique en quantité suffisante pour la rendre alcaline, et qu'elle conserve encore une certaine acidilé, le précipité ne se forme qu'après quelques instants. Le racémate calcique est insoluble dans les acides racémique et tarlrique. Quand on le dissout dans le chloride hydrique, et qu'ensuite on verse dans la liqueur de l'ammoniaque en excès, il s'en précipite immédiatement, ou après peu d'instants.
^^ La solution de gypse ne précipite pas immédiatement celle d'acide racémique, mais bien après dix ou quinze minutes. 11 s'en sépare alors du racémate calcique, qui se forme immédiatement dans les solutions des racémates neutres.
60 Quand on chauffe de l'acide racémique cristallisé, ou un racémate avec de l'acide sulfurique concentré, il se colore en noir eo dégageant de l'acide sulfureux et de l'oxyde carbonique.
L'acide tarlrique se conduit tout à fait de même.
d. Acide citrique. 04HsOv=Ci.
{** L'acide citrique se présente sous forme de cristaux incolores, inodores, limpides, doués d'un goût acide et agréable, quoique
§ i03.] CHAP. m. DES RÉACTIONS. 165
forl. Suivant les circonslances dans lesquelles ces crislaux se forment, ils contiennent, outre leur équivalent d'eau d'hydrate, encore un ou plusieurs équivalents d'eau de cristallisation. 11 est inaltérable à Tair et se dissout avec facilité dans Teau et dans l'alcool. Chauffé, l'acide citrique fond d'abord, puis il se charbonne en répandant des vapeurs acides piquantes, faciles à distinguer d'avec celles de Tacide tartrique.
2*) Les citrates, tant acides que neutres, à base d'alcalis, sont très-solubles dans l'eau, de même aussi que les combinaisons de l'acide citrique avec les oxydes métalliques, qui sont des bases faibles, comme l'oxyde ferrique par exemple. Les citrates empêchent, comme les tartrates, et pour la même raison, la précipitation par les alcalis, des dissolutions de fer, manganèse, alumine, etc. .
3» U Morure calcique ne précipite pas plus la solution d'acide citrique, à froid, que par Tébullition ; mais après qu'on a saturé l'acide libre par la potasse ou la soude, il y détermine immédiatement un précipité de citrate calcique neutre, insoluble dans la potasse et Irès-soluble dans une solution de chlorure ammonique. £n faisant bouillir cette solution, il s'en sépare aussitôt un précipité blanc et lourd de citrate calcique non altéré, sous forme de précipité blanc, cristallisé.
Quand on sature avec de l'ammoniaque une solution d'acide citrique à laquelle on a ajouté du chlorure calcique, elle n'y détermine pas de précipité à froid ; mais il suffit de faire bouillir cette liqueur limpide pour qu'il s'en sépare aussitôt du citrate calcique, doué des propriétés que nous lui avons assignées plus haut.
4:** Veau de chaux ne précipite pas à froid la solution d'acide citrique, non plus que celle des citrates; mais si, après y avoir ajouté un grand excès d'eau de chaux préparée à chaud» on la fait bouillir, il se forme un précipité blanc de citrate calcique, qui se redissout presque en entier par le refroidissement, parce qu'il est plus soluble à froid qu'à chaud.
5o Quand on ajoute à une solution d'acide citrique de VacHaie plombique en excès, il s'y forme un précipité blanc de citrate plombique, très-peu soluble dans l'ammoniaque, et très-soluble dans le citrate ammonique. En ajoutant en échange, à une solution d'acétate plombique, de Tacide citrique en excès, on y
166 ANALYSE CHIMIQUE QUALITATIVE. [§ i03.
détermine pareillement un précipité de citrate plombique, qu^on redissout facilement par une addition d'ammoniaque. Cette dissolution s'effectue, parce que, ainsi que nous venons de le dire, le citrate plombique, qui est presque insoluble dans Tammoniaque, se dissout dans le citrate ammonique qui se forme dans ce 6as-ci par l'union de l'ammoniaque avec l'excès d'acide citrique ajouté. 6® Quand on chauffe de l'acide citrique ou un citrate avec de l'acide sidfurique concentré, il se dégage d'abord de Toxyde et de l'acide carbonique, sans que Vacide sulfurique noircisse. En continuant à chauffer, le mélange se fonce et de l'acide sulfureux se dégage.
c. Acide maliquc. C4Hj04=M.
1» L'acide malique a la même composition que l'acide citrique : il cristallise difficilement, eu croûtes cristallines, qui tombent en déliquescence à l'air, et qui se dissolvent dans l'eau et dans l'alcool avec facilité. Chauffé à 200*», l'acide malique se divise en acfdes maléique, C^HOg, et fumarique, C4HO3. Celte réaction est caractéristique au plus haut degré. Quand on fait cet essai dans une petite cuiller, la masse se gonfle et il s'en dégage des vapeurs acides, piquantes, d'acide maléique, tandis qu'en le faisant dans un tube, ces vapeurs se condensent sous forme de cristaux dans ses parties froides. L'acide ûimarique reste dans le résidu au fond du tube.
2o Cet acide forme avec la plupart des bases des sels solubles dans l'eau. Le bimalate potassique s'y dissout avec facilité. L'acide malique empêche, comme l'acide tartrîqûe, la précipitation par les alcalis de l'oxyde ferrique et autres analogues.
30 Le chlorure calcique ne précipite pas la solution d'ftckie inali*« que, non plus que celle des malates. Si cependant, après avoir ajouté à la solution d'un malaté, du chlorure calcique, on y verse de l'alcool, il s'en sépare à l'instant du malate calcique, fi, CaO, en poudre blanche.
4<* L'eau de chaux ne précipite pas l'acide malique libre, non plus que les malatçs.
50 L'acétate plombique précipite des solutions d'acide malique, et des malates, du màlate plombique blanc. On le reconnaît d'abord à ce que, laissé longtemps au fond de la liqueur, il perd
sa jÇOD^istaDce caséeuse et se transforme en aiguilles nacrées, grçkupé^s autour d'un centre commun ; puis» à ce qu'il fond audessous du point d'ébuiUiion de l'eau. De là vient que» lorsqu'on fait bouillir la liqueur dans laquelle le précipité est suspendu, ce sel se fond, sous l'eau, où il se rassemble sous forme de résine demi-liquide. Cette réaction n)est bien Tisible quç dans le cas où le malate plombique est pur ; elle n'a pas lieu, ou ne se développe qu'impar^stitement lorsque ce sel est mêlé avec d'autres composés plombiques.
60 Quand oiv chauffe de Facide malique avec de Vadde sulfuri" que ccfncentré^ le mélaqg» noircit, et il s'en dégage de Tacide sulfureux. ,
Conclusion et observations. — Parmi les acides dont nous venons de nous occuper, les acides tartrique et racémique se font remarquer par le peu àe solubilité de leur sel potassique acide, ainsi que par la manière d'agir de leur sel de chaux, en présence de la solution de potasse caustique, et enfin par l'odeur caractéristique qu'ils répandent lorsqu'on les charbonne. C'est au moyen de sa combinaison calcique qu'on distingue le plus facilement Facide tartrique de l'acide racémique, parce que le tartrate calcique se dissolvant dans l'acide tartrique et dans le sel ammoniac, cet acide possède donc deux caractères, qui manquent au racémate calcique. On doit cependant bien retenir que le tartrate calcique se sépare toujours de sa dissolution dans le chlorure ammonique, après un temps d'autant plus court, que la liqueur était plus concentrée. L'acide racémique dififère encore de l'acide tartrique par son action sur la solution de gypse. Quoique ce caractère Rapproche l'acide racémique de l'acide oxalique, il n'est cependant pas facile de confondre ces deux acides lorsqu'ils sont libres, parce que le précipité que produit l'acide racémique dans la solution de gypse, ne se forme pas immédiatement. Les oxalates se distinguent d'ailleurs des» racémates, par la manière dimi ils se comportent vis-à-vis de l'acide sulfurique concentré et lorsqu'on les brûle. On reconnaît parfaitement bien l'acide citrique à son action sur l'eau de chaux €t SOT le chlorure calcique mélangé avec de l'ammoniaque. Lors-
que son sel plombiqqe a été bien lavé, il est très-peu soluble dans Tammoniaque, ce qui ]e distingue des acides tartrique et racémique. Gomme les autres réactifs qui précipitent ou altèrent sa solu* tion, tels que le chloride aurique, les sels argentiques, mercuriqnes et autres, agissent de la même manière ou d'une façon analogue sur les acides tartrique et racémique, ils ne permettent pas de le distinguer avec précision.
L'acide malique serait parfailement caractérisé par (a fusion de son sel plombique dans l'eau bouillante, si cette réaction présentait plus de sensibilité et n'était pas si facilement gênée par la présence des sels plombiques des autres acides. La précipitation du malate calcique par Talcool est un caractère qui n'a de valeur que lorsqu'on s'est convaincu de l'absence de tous les acides, dont les sels de chaux, peu solubles dans Teau, sont insolubles dans l'alcool, tels que ceux des acides borique, sulfurique et autres. Dans tous les cas, le précipité produit par l'alcool devra toujours être soumis à un examen ultérieur. C'est en chauffant l'acide malique seul dans un tube d'essais qu'on arrive aux résuUats les plus sûrs; il est à regretter qu'on ne. puisse pas toujours faire usage de cette réaction.
DEUXIÈME GROUPE
Aoîdei qui ne sont jamais préoîpitéi par le ohlorure oaloique, mais dont les solutions neutres sont précipitées par
le chlorure ferrique.
Acides succinique et benzoïque.
a. Acide succinique. G^BjOssb.
i^ L'acide succinique se présente sous forme d'écaillés ou de cristaux prismatiques incolores et inodores, doués d'un léger goût acide et se volatilisant sans laisser de résidu. L'acide succinique des officines, qui a l'odeur d'huile empyreumatique, laisse en se volatilisant un léger résidu charbonneux. L'acide succinique est très-soluble dans l'eau, l'alcool et i'élfaer.
2o Tous les succinaies, à l'exception de celui d'ammoniaque, se décomposent au rouge ; ceux qui sont à base de terres alcalines
§ 104.] CHAP. m. DES RÉACTIONS. 169
ou d*alcalis, passent alors à Télal de carbonates. La plupart des succinates sont solubles dans l'eau.
30 Le chlorure ferrique produit, dans la solution des succinates alcalins neutres, un volumineux précipité brun rougeâlre de succinate ferrique. S, Fe^Oj. Le succinale ferrique se dissout facilement dans les acides ; Tammoniaque le décompose en un succinate ferrique très-basique, moins volumineux, en lui enlevant la plus grande partie de son acide succinique, qui reste en dissolution uni avec Tammoniaque, sous forme de succinate ammonique, qui est soluble.
4o L'acétate plombique produit, dans Tacide succinique, un précipité blanc de succinate plombique neutre, PbO, §, soluble dans un excès d'acide succinique, dans Tacide nitrique, dans un excès d'acétate plombique, ainsi que dans Tacide acétique, quoique plus difficilement. En traitant par Tammoniaque le succinate plombique ainsi obtenu, on obtient un sel basique composé suivant la formule §, 3PbO.
b^ Lorsqu'on verse de l'acide succinique libre ou combiné dans un mélange d'alcool, de chlorure barytique et d'ammoniaque , on y fait naître un précipité blanc de succinate barytique, Ba 0, S.
6® Les nitrates mercureux et argentique précipitent tous les deux les succinates. Ces précipités n'ont rien de caractéristique.
h. Acide benzoîque. Gi^HsOs^ËiO.
i® L'acide benzoïque se présente sous forme d'écaillés ou d'aiguilles blanches, ou bien aussi de poussière cristalline. Chauffé, il se volatilise totalement, en produisant des vapeurs qui irritent la gorge d'une façon toute particulière et qui excitent ta toux. L'acide benzoïque des pharmacies conserve l'odeur de la résine du benjoin et laisse un léger résidu charbonneux, quand on le chauffe. L'acide benzoïque, qui est très-peu soluble dans l'eau froide, se dissout assez facilement dans l'eau bouillante et dans l'alcool.
2<' La plupart des benzoates sont solubles dans l'eau ; il n'y a d'insolubles parmi eux que ceux qui ont pour base des oxydes métalliques faisant fonction de base faible, tels que l'oxyde ferrique, par exemple. Les benzoates solubles ont un goût acre tout particulier. En versant dans leur solution aqueuse un acide fort, on en déplace l'acide benzoïque, qui se précipite sous forme de poudre
peu soluble, d'un blanc éclatant. C'est de la même manière qu'on extrait Tacide benzoïque de ses sels insolubles, en leur ajoutant un acide fort, capable de former un sel soluble avec la base avec laquelle il était uni.
3^ Le chlorure ferrique a, sur l'acide benzoïque, la même action que sur l'acide succinique; cependant le benzoale ferrique, Fe^Oj, 3BzO, est beaucoup plu$ clair et. pluâ jaune que le succlnate. L'ammoniaque le décompose.
A° V acétate plombique nç précipite pas, ou du moins pas immédiatement, l'acide benzoïque libre et le benzoate ammonique; mais il précipite, sous forme de flocons blancs, les benzoates à base d'alcali àxe.
^^ Lorsqu'on verse de l'acide benzoïque libre ou uni avec un alcali d^ns un mélange d'alcool, de chlorure bary tique et d'ammoniaque , on n'y détermine pas de précipité.
Cond\mofa et observations, — Les acides succinique et benzoïque se distinguent de tous les autres par leur action sur le chlorure ferrique et par la propriété qu'ils ont de se sublimer. On les distingiie l'un de l'autre à la couleur de leur sel ferrique, ainsi, et surtout, que par leur solubilité dans l'eau, l'acide succinique y étant aussi soluble que l'adde benzoïque l'y est peu. Leur manière d'agir sur le chlorure barylique et sur l'alcool est aussi fort utile pour les séparer. L'acide succinique n'étant presque jamais tout à fait pur, sa présence se trahit souvent par son odeur d'huile d'ambre. On sépare ces acides l'un d'avec l'autre en ajoutant à leur sel ferrique de l'ammoniaque avec laquelle on les fait bouillir, évaporant à sec les combinaisons ammoniacales formées, redissolvant dans un peu d'eau le résidu ainsi obtenu, filtrant, et traitant une partie de la solution par le chloride hydrique, et l'autre par le mélange de chlorure barylique et d'alcool.
§ 105.] CHAP. m. MIS RÉACTIONS. il\
TROISIÉMB GROUPE.
Aoîdes qui ne sont jamais précipités par les chlorures
oalcique et ferrique.
Acides acétique et formique.
§ 105* a. Acide acétique. C4H808=Â.
1® L'acide acétique hydraté se présente sous la forme de cristaux transparents feuilletés, qui se changent à 17^ C, en un fluide incolore d'une odeur piquante toute spéciale et d'une saveur trèsacide. Chauffé, il se volatilise complètement et se change en vapeurs piquantes, qui brûlent avec nue flamme bleue lorsqu'on les allume. Il est miscible, en toutes proportions, à Teau et àTalcool. Sa dissolution aqueuse est le vinaigre ordinaire.
2^ Les acétates se décomposent au rouge ; parmi les produits qui se forment alors, on remarque essentiellement de l'acide acétique, et toujours de Facélone. Les acétates alcalins et terreux passent alors à Tétat de carbonates. Des acétates métalliques, les uns laissent pour résidu le métal, les autres l'oxyde, d'autres enfin, un carbonate. Le résidu contient toujours du charbon. Presque tous les acétates sont solubles dans Teau et dans l'alcool. La plu* part d'entre eux sont très-solubles dan$ Teau^ il n'y «n a pas b^ucoup qui y soient peu solubles.
3® En versant du chlorure ferrique dans de Tacide acétique, il ne change sous aucun rapport ; mais si on sature l'acide par de l'ammoniaque, ou qu'on mêle un acétate neutre avec le ehlopure ferrique, la liqueur prend une leinle rouge foncé due à une formation d^ae^te ferrique. Tout l'oxyde ferrique est préoipiié de celte solution parrammonîaque.
40 Les acétates neutres, et non point l'acide acétique libre, donnent, avec le nittah argentiquet un prédpiié blanc cristallin d'acétate argentique^ AgO, A, peu soluble dans Teau froide, plus soluble dans Peau bouillante, d'où il se sépare, par reCriûdisse^ ment, sous formé de petits cristaux très-solubles dans l'ammo * ntaqae. L'acide acétique libre n'augmente pas leur solubilité dans l'eau.
172 ANALYSE CHIMIQUE QUALITATIVE. [§ i05.
^° Le nitrate mercweux produit, dans Tacide acélique, plus facilement encore dans les acétates, un précipîlé blanc en écailles cristallines d'acélate mercureux, HgjO, A, peu soluble, à froid, dans Teau et dans Tacide acétique, soluble dans un excès du précipitant. Il se dissout dans Veau bouillanle, d'où il sesépare, par le refroidissement, sous forme de petits cristaux. Par suite de celte action, Tacétate mercureux se décompose en partie et il s'en sépare du mercure métallique, qui donne au précipité une teinte grise. En faisant bouillir Tacétate mercureux avec de Uacide acétique étendu, au lieu d'eau, la quantité de mercure qui se sépare est excessivement petite.
6<» Quand on chauffe des acétates avec de Vadde stdfurique étendu, il s'en dégage de l'acide acétique, reconnaissable à son odeur piquante. Lorsqu'on chauffe ces sels avec à peu près poids égal d'acide sulfurique concentré et d'alcool, il s'en dégage de l'éther acétique, C^HsO,^, = AeO,Â, dont l'odeur agréable et très-caractéristique, sensible surtout lorsqu'on secoue le mélange au moment où il commence à se refroidir, pernyet bien moins de le confondre avec tout autre acide, que l'odeur piquante de l'acide acétique lui-même.
7<> Quand on distille des acétates avec de l'acide sulfurique étendu, et qu'on fait digérer la liqueur distillée avec de l'oxyde plombiqueen eœcèSy elle en dissout une partie et forme de l'acétate plombique basique, reconnaissable à sa réaction alcaline.
h. Acide formique. GaHOg^foOs.
1° L'acide formique hydraté est un fluide incolore, limpide, fumant un peu àl'air, doué d'une odeur spéciale excessivement pénétrante. Au-dessous de 0^ il cristallise en feuillets incolores. Il se mêle en toutes proportions avec l'eau et l'alcool. Chauffé, il se volatilise tout entier. Les vapeurs qui se forment alors peuvent être allumées, et brûlent avec une flamme bleue.
2® Les formiates chauffés au rouge laissent pour résidu, comme les acétates qui leur correspondent, des carbonates, des oxydes, ou des métaux purs souillés par le charbon qui se dépose en même temps qu'il se dégage de l'hydrogène carboné, de l'acide carbonique et de l'eau. Tous les formiates sont solubles dans l'eau ; Talcool n'en dissout que quelques-uns.
§ i05.] CHAP. III. DES RÉACTIONS. 173
30 Le cfdorure ferrique agit $ur Tacide formique comme sur Tacide acétique.
4° Le nitrate argentique, qui ne précipite pas Tacide formique libre, ne précipite les formiales alcalins qu'en solution concentrée. Le précipité peu soluble, blanc et cristallin de formiate argentique, AgO, PoO,, qui s'y forme, se fonce rapidement, parce qu'il s'en sépare de l'argent métallique. Au bout d'un temps assez long, la réduction est totale à froid, tandis qu'elle se fait instantanément si Ton chauffe la liqueur. Cette réduction de Toxyde argenlique a lieu lors même que la solution du formiate est assez étendue pour qu'elle ne précipite plus; ou lorsqu'elle ne contenait que de l'acide formique libre. L'acide formique, qu'on peut regarder comme composé d'oxyde carbonique et d'eau, enlève à l'oxyde argentlque son oxygène, et se change en acide carbonique et en eau, tandis que le métal se précipite.
5<> Le nitrate mercureux ne précipite pas Tacide formique libre; mais il détermine , dans les solutions concentrées des formiates alcalins, un précipité blanc, peu soluble, de formiate mercureux, Hg^OyfoOs, 4"^ ^" ^^^ de fort peu de temps, prend une teinte grise, parce qu'il s'en sépare du mercure métallique. La chaleur opère immédiatement cette réduction, qui, avec le temps, se fait aussi à froid. Pendant cette réduction l'acide se change en acide carbonique et en eau. Cette réduction se fait encore, comme aussi celle de l'oxyde argentique, lors même que la solution est assez étendue pour empêcher la précipitation du formiate mercureux, ainsi que lorsqu'elle contient de l'acide formique libre.
6^ Lorsqu'on chauffe à 60», ou 70», de l'acide formique, ou un formiate avec du chlorure mercuTique^ il se forme un précipité de chlorure mercureux. En chauffant la liqueur à l'ébulUtion, le métal s'en sépare aussitôt.
70 Quand on chauffe de l'acide formique, ou un formiate, avec de V acide sulfurique concentré^ il se décompose, sans noircir, en eau qui reste, et en oxyde carbonique qui se dégage avec efferyescence, et qui, allumé, brûle avec une flamme bleue. Cette décomposition a lieu parce que l'acide sulfurique, enlevant à l'acide formique l'eau, ou la base nécessaire à son existence, il occasionne un déplacement de ses atomes, tel que de C^Og, il résulte 2 (C0)+ HO. En chauffant un formiate avec de Vadde sulfurique
174 ANALYSE CHIMIQUE QUALITATIVE. [§ iOo,
étendu, il s'en dégage de Tacfde formique, facilement reconnaissableà son odeur, tandis qu'en versanl sur lui un mélange fait, à poids égaux, d'alcool et d'acide sulfariqua concentré^ il se dégage ^ lorsqu'on chauffe, de Téther formique, reconnaissable à son odeur qui rappelle un peu celle de Parak.
Conclusion et o&sert;a^^ns. -^ Gomme les réactions des acides acétique et lormique ne.^ontpas aussi caractéristiques que celles de beaucoup d'autres acides, ^ on ne peut les reconnaître avec précision, que lorsque tous les caractères que nous en avons donnés s'accordent parfaitement entre eux. Il est très-facile de reconnaître Tacide acétique à son odeur et à celle de sonétber ; mais il est beaucoup plus sûr de n'ajouter foi qu'à son action sur l'oxyde plombique. La meilleure, manière de déceler Tacide formique, est de le traiter p^r Tacide sulfurique concentré, aiusi que d'observer son action sur les sels des métaux nobles. Ou sépare l'acide acétique d'avec l'acide formique en chauffant, avec m excès d'oxyde argentique ou d'oxyde mercurique, la liqueur dans laquelle ils se trouvent mélangés; l'acide formique réduit ces oxydes en se décomposant lui-même, tandis que l'acide acétique reste en dissolution uni avec eux.