DOSAGE DU NICKEL ET DU COBALT
i9i. Le procédé usuel qui consiste à précipiter ces bases par ta potasse est très-défectueux ; il exige beaucoup de temps et conduit toujours à des résultats erronés. Le précipité retient en effet une partie notable de potasse, qu'il est impossible de lui enlever, même par un lavage très-prolongé à l'eau bouillante. La méthode suivante, fondée sur la précipitation du cobalt et du
(1) La liqueur contenant actuellement un peu d'eau régale ne dort pas être évaporée dans des vases de platine.
nickel sous la forme de phosphates ammoniacaux, et sur la transformation du sel double en pyrophosphate par la calcination, est très-expéditive et d*une précision qui ne laisse rien à désirer.
495. Principe de la méthode. — Lorsqu'on ajoute un excès de phosphate de soude à la solution d'un sel de cobalt, préalablement neutralisée aussi exactement que possible par un alcali ùxe, il se forme un précipité gélatineux, coloré en magnifique bleu violacé. Ce précipité est du phosphate de cobalt tribasique, dont la composition, après le lavage, dessiccation et calcination, s'exprime par la formule
CoO
CoO \ PO^.
CoO
Si la liqueur est exempte de sels ammoniacaux, le phosphate (le cobalt tribasique n'éprouve aucune altération; mais à froid, en présence d'une suffisante quantité de ces sels, il ne tarde pas à changer entièrement d'aspect ; il perd peu à peu son état gélatineux, diminue considérablement de volume, et, au lieu de rester en suspension dans la liqueur, se rassemble au fond du vase sous la forme d'une poudre dense parfaitement cristalline, colorée en beau rose pâle.
Cette métamorphose, qui est très-nette, n'exige souvent pas plus d'un quart d'heure pour être complète; le changement de coloration dont elle est accompagnée permetd en saisir toutes les phases. Le sel rose qui prend naissance dans ces circonstances, n'est autre chose que le phosphate double de cobalt et d'ammoniaque,
CoO
CoO i P03-|-i2HO.
tout à fait semblable au phosphate ammoniaco-magnésien, avec lequel il est d'ailleurs isoihorphe. A la température ordinaire, ce sel est inaltérable à Fair; à IOO0, il perd 10 atomes d'eau de
cristallisation : les deux derniers atomes d'eau ne se dégagent qu*à une température plus élevée, mais le sel éprouve alors une décomposition partielle. Porté graduellement au rouge vif, dans un creuset de platine, le phosphate double se transforme complètement en pyrophosphate de couleur fleur de pécher :
CoO j ^, CoO
Ce dernier corps est înfusible et sa coloration est uniforme ; sa composition parfaitement définie et constante permet de l'employer avec avantage pour le dosage du cobalt.
Le phosphate double de cobalt et d'ammoniaque peut être considéré comme insoluble dans l'eau pure, car 1 partie de sel exige 54 000 parties d'eau pour se dissoudre ; l'eau qui en est saturée à froid prend, par l'addition du suif hydrate d'ammoniaque, une teinte à peine sensible, mais le sulfure de cobalt n'existe qu'en quantité si minime, qu'il ne se sépare jamais de la liqueur sous la forme de flocons. Dans la pratique, cette faible solubilité n'occasionnera aucune perte, car le sel se lave facile«ment, et une petite quantité d'eau froide suffit pour lui enlever les dernières traces de substances étrangères ; il importe seulement que la liqueur ne contienne pas un excès de sels ammoniacaux, et surtout de l'ammoniaque libre, car leur présence augmente considérablement la solubilité du phosphate double.
L'eau froide n'a aucune action sur le phosphate double de cobalt et d'ammoniaque, mais l'eau chaude lui fait éprouver une métamorphose remarquable ; le sel perd son aspect cristallin, devient gélatineux et se colore en bleu violacé ; il se dédouble alors en phosphate de cobalt tribasique insoluble, et en phosphate d'ammotiiaque qui se dissout. L'équation suivante rend très-bien compte de cette transformation :
CoO
CoO } P03 H3N,P0