‹ Précis d'anatomie à l'usage des artistes [electronic resource]Chapitre 15 sur 17 · B. — MUSCLES DE LA REGION MOYENNE DE LA FACE · texte numérisé non relu

B. — MUSCLES DE LA REGION MOYENNE DE LA FACE

5° Muscle grand ^ygomatique (ou muscle du rire]. — Ce muscle (i i,fig. 62), dit aussi élévateur oblique ex-

terne de la commissure des lèvres, prend son insertion fixe à Tos de la pommette; de là il se dirige obliquement en bas et en dedans (en avant) pour s'attacher à la face profonde de la peau de la commissure des lèvres.

Son mécanisme consiste donc à tirer cette commissure en haut et en dehors, et de cette action très simple

résultent, dans les traits du visage, des modifications complexes faciles à prévoir à priori :

d'abord l'ouverture buccale est élargie transversalement; sa direction cesse d'être rectiligne, puisque son extrémité externe est élevée , c'est-à-dire que chaque moitié latérale de la bouche se dirige obliquement en haut et en dehors.

Comme la ligne naso-labiale (voy. fig. 66) aboutit, par son extrémité inférieure, à la commissure des lèvres, cette extrémité inférieure de la ligne naso-labiale est également portée en haut et en dehors, c'est-à-dire décrit une légère courbe concentrique à la commissure des lèvres en même temps que le reste ( l'ensemble ) de la ligne naso-labiale cesse d'être rectiligne pour décrire une

Fig. 72.

Muscle grand zygomatique (expression de gaieté, de rire).

courbure à convexité inférieure. La peau de la joue, ramassée vers la pommette, devient plus saillante et forme, vers Tangle externe de Pœil, quelques plis rayonnés (vulgairement dits patte d'oie), qui jettent un peu d'ombre au-dessous de l'angle externe de l'œil, ce qui fait croire que la ligne des paupières s'est un peu élevée en dehors (est devenue un peu oblique en haut).

La figure 72, représentant la contraction du muscle grand zygomatique, nous offre l'expression franche de la gaieté, du rire, et on voit que les modifications de la physionomie portent ici uniquement , comme il vient d'être dit, sur la ligne des lèvres, sur la ligne naso-labiale et sur l'angle externe des yeux.

La figure 73, donnant le schéma du rire, d'après la description précédente du mécanisme du muscle grand zygomatique, est très analogue à la figure correspondante de Humbert de Superville (voy. fig. 65, p. 293). Seulement, pour ne tenir compte que de la réalité, sans avoir égard ici aux apparences, nous avons laissé à la ligne des yeux une direction horizontale ; et, d'autre part, le sillon naso-labial a été représenté avec sa forme convexe en bas et en dedans pour ses deux tiers supérieurs , et avec le léger crochet que dessine son extrémité inférieure. C'est que ce sillon naso-labial est de la plus grande importance pour les expressions produites par tous les muscles de la région des lèvres, ainsi que

Fig. 73.

Schéma du rire.

nous allons le voir pour tous les muscles suivants.

6° Petit ^jrgomatiqiie et releveiir commun externe (mu^clo, àu pleurer]. — En dedans du grand zygomatique existe souvent (en lo, fig. 62, p. 277), mais d^une façon non constante, un petit faisceau musculaire qui part de la partie antérieure de la pommette et descend pour s^attacher dans l'épaisseur de la lèvre supérieure; ce muscle, dit petit ^j^gùmatique, ne prend, malgré son nom, aucune part à Pexpression du rire. En effet, il modifie le sillon naso-labial de la même manière que le muscle suivant (releveur commun externe) et par suite exprime, comme nous allons le voir, Pattendrissement, la tristesse et le pleurer.

Le releveur commun externe (de la lèvre et de l'aile du nez) s'attache (14, fig. 62, p. 277) au bord inférieur de Porbite et descend dans la lèvre supérieure, en donnant parfois, mais non d'une manière constante, un petit faisceau à l'aile du nez.

Sa contraction élève la lèvre supérieure elle-même, mais non- la commissure labiale, de telle sorte que chaque moitié de la ligne des lèvres, élevée en dedans et demeurée abaissée à son extrémité externe, devient légèrement oblique de haut en bas et de dedans en dehors (l'inverse de l'obliquité produite par le muscle grand zygomatique) ; en même temps la partie moyenne du sillon naso-labial est soulevée et ce sillon devient courbe, avec concavité en dedans et en bas (l'inverse de la courbure produite par le grand zygomatique).

Par le fait de ces modifications, la physionomie prend l'expression du mécontentement, de l'attendrissement, du pleurer (voir l'atlas de Duchenne).

VINGT-CINQUIÈME LEÇON. j'?

Nous donnons ici seulement un schéma (fig. 74), dans lequel sont notées les deux modifications essentielles produites par ce muscle (obliquité de la ligne des lèvres et courbure du sillon naso-labial) et qui nous paraît rendre encore d'une manière satisfaisante Fexpression de la tristesse allant jusqu'aux larmes. On saisira mieux la valeur de ce schéma en le comparant à celui de la figure 73.

On verra alors que les modifications produites par le muscle du pleurer (lèvre et sillon naso-labial) sont précisément inverses de celles produites par le muscle du rire, de même que les deux émotions correspondantes sont de nature inverse. Remarquons encore combien est faible la distance qui sépare ces deux muscles, et com- fig. 74.

bien sont délicates, dans les disposi- Schém^^ ànmusder ehveur 1 . commun externe Cmuscle du

, tions anatomiques, les nuances qui puurer). les séparent, si délicates que les auteurs ne sont pas tous d'accord pour savoir si le muscle qui trouve place entre eux, le muscle petit zygomatique, quand il existe, doit être considéré comme associé au grand zygomatique ou bien, comme nous le pensons, au releveur commun externe. Sans doute ces rapports anatomiques rappelleront-ils combien, dans la nature même des passions et de leur expression, il y a souvent peu de distance du rire aux larmes.

y"" Muscle élévateur commun interne (muscle du sanglot, du pleurer à chaudes larmes). — Ce muscle (en 7, fig. 62) s'attache en haut au bord interne de l'orbite;

il descend presque verticalement et va s^attacher par quelques fibres àPaile du nez et par le plus grand nombre de ses faisceaux à la lèvre supérieure, non loin de sa portion médiane.

Il élève donc cette partie médiane de la lèvre, la commissure labiale demeurant fixe, et donne par suite à chaque moitié de la ligne des lèvres une direction oblique en bas et en dehors (comme le muscle précédent, mais d^une manière plus caractéristique) . En même temps il dilate la narine en élevant Taile du nez. Enfin, par la traction qu^il exerce verticalement sur la peau du sillon nasolabial, il élève en masse la partie interne et supérieure de ce sillon qu^il rend rectiligne, en lui faisant former une sorte de gouttière que parcourent les larmes lorsqu'elles s'écoulent en abondance de Pangle interne des paupières.

Ces modifications (voy. Fatlas de Duchenne) donnent à la physionomie Pexpression du pleurer avec larmes abondantes, du pleurer à chaudes larmes.

Le schéma de la figure 75 rend, jusqu'à un certain point, cette expression difficile à réaliser avec des élé- • ments aussi simplifiés que ceux mis en usage dans ces formules schématiques. On voit qu'ici tous les plis de la face convergent vers l'angle interne de l'œil, c'està-dire vers le point d'attache du muscle.

8« Muscle transverse du (muscle de la lubricité). — Ce muscle (9, fig. 62) s'attache à la peau de la joue, au

FiG. 75.

Schéma du muscle élévateur commun interne (muscle du pleurer à chaudes larmes).

niveau des parties latérales du nez ; de là il se dirige transversalement sur la face latérale du nezpour atteindre le dos du nez où une mince aponévrose établit la continuité entre le transverse d\m côté et celui du côté opposé.

Cette aponévrose, qui embrasse le dos du nez, forme le point fixe vers lequel chacun des muscles tire la peau de la joue et du nez, de façon à dessiner sur la face latérale du nez une série de plis verticaux (perpendiculaires à la direction du muscle).

Duchenne considère la modification produite par ces plis comme caractéristique de Fexpression de lubricité. Peut-être ce muscle n^est-il pas suffisamment expressif par lui-même ; mais, lorsque sa contraction accompagne celle de certains autres muscles^ on trouve très nettement dans la physionomie Télément lubricité indiqué par Duchenne. C'est ainsi que dans son atlas cet auteur donne la photographie d'un visage sur lequel il a provoqué la contraction du frontal, du grand zygomatique et du transverse, visage dont l'expression peut être rigoureusement interprétée comme étant celle d'un vieillard dont Vattention (frontal) est excitée agj^éablement (grand zygomatique] par un spectacle réveillant des idées lubriques (transverse) ; la face reproduite par Duchenne serait par exemple une étude de physionomie pour une tête de vieillard dans le sujet classique de Suzanne au bain.

Nous n'avons pas tenté de reproduire par un schéma l'expression insuffisante et peut-être discutable de ce muscle.

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