‹ Précis d'anatomie à l'usage des artistesChapitre 5 sur 15 · fr · texte numérisé non relu

fr

L’ extrémité inférieure du fémur së renfle fortement et se dilate aussi bien dans le sens transversal que dans le sens antéro-postérieur. Quand on examine cette extrémité par sa face postérieure (fig. 3i),on voit qu’elle est formée par deux grosses masses fortement saillantes en arrière, qu’on nomme condyles du fémur et qu’on distingue en condyle interne (12) et condyle externe (1 1). La surface inférieure et postérieure de ces condyles est lisse et recouverte d’une couche de cartilage articulaire; entre eux est une profonde excavation dite espace inter condy lien (i3, fig. 3 1 ) qui les sépare. Quand au contraire on examine l’extrémité inférieure $ du fémur par sa face antérieure, on constate qu’ici les condyles viennent se rejoindre, se fusionner l’un avec l’autre et que leur surface lisse se continue en avant en une surface articulaire configurée en poulie et dite trochlée fémorale. Cette trochlée présente une gorge médiane, et deux lèvres, dontl’externe, faisant suite au condyle externe, est plus saillante et remonte plus haut que la lèvre

Fig. 31.

Fémur gauche, vue postérieure. — ‘■1, 1, ligne âpre; — 2, 2, sa bifurcation supérieure externe ; — 3, sabifurcation supérieure interne; — 4,4, ses bifurcations inférieures ; — 5 , tête du fémur ; — 6, dépression de la tête donnant insertion au ligament rond (voy. p. 120); — 7, col du fémur; — 8, grand trochanter; — 2, face interne du grand trochanter; — 10, petit trochanter; — 11, condyle externe; — 12, condyle interne ; — 13, échancrure intercondylienne ; — 14, 13, tubérosités surmontant chacun des condyles.

interne faisant suite au condyle du même côté. Ces détails sont très importants, car, comme nous le verrons, sur le genou fortement fléchi, les lèvres de la poulie fémorale se dessinent nettement à travers la peau et laissent constater leurs différences en saillie et en hauteur.

Pour former l’articulation du genou, l’extrémité inférieure du fémur est en rapport directement avec la rotule et avec l’extrémité supérieure du tibia ; elle est indirectement en rapport avec l’extrémité supérieure du péroné. Nous devons donc étudier de suite la rotule et les extrémités supérieures des deux os de la jambe.

La rotule, qu’on a comparée à un disque, d’où son nom [rotula, petite roue), est en réalité de forme triangulaire, présentant une face antérieure unie et légèrement convexe, une face postérieure moulée sur la trochlée fémorale, c’est-à-dire formée d’une saillie médiane correspondant à la gorge de la poulie et de deux dépressions latérales correspondant chacune à l’une des lèvres de la poulie. La circonférence de la rotule est formée par deux bords latéraux obliques, une base tournée en haut, donnant attache au tendon du triceps, et un sommet tourné en bas, donnant attache à un fort ligament qui va, d’autre part, s’insérer à la tubérosité antérieure du tibia et qu’on nomme ligament rotulien. En réalité, ce ligament fait suite au tendon du triceps, la rotule devant être considérée comme un os sésamoïde, c’està-dire comme un noyau osseux développé dans l’épaisseur d’un tendon (dans l’épaisseur du tendon du triceps crural).

La jambe , comme l’avant-bras, est formée de deux os ; l’un, plus volumineux, est situé en dedans (i, fig. 32), c’est

PRÉCIS D’ANATOMIE

le tibia; l’autre, plus grêle, est situé en dehors et un peu en arrière, c’est \epéroné( 9, fig. 32). Comme les deux os de l’avant-bras, les deux os de la jambe arrivent à des niveaux différents l’un de l’autre en bas et en haut ; en haut, le tibia monte plus haut que le péroné et c’est pourquoi il prend seul une part directe à l’articulation du genou ; en bas, c’est le péroné qui dépasse le tibia et c’est pourquoi la malléole externe descend plus bas que la malléole interne. Mais nous ne devons examiner pour le moment que les extrémités supérieures de ces deux os.

L’extrémité supérieure du tibia est très volumineuse , transversalement élargie, et présente à sa face supérieure deux plateaux légèrement excavés, dits cavités glénoîdes, qu’on distingue en plateau externe (3, fig. 32) et plateau interne (2, fig. 33) chacun en rapport avec le condyle fémoral de même nom. L’espace qui, sous forme d’une gouttière antéro-postérieure, sépare ces deux plateaux présente à sa partie moyenne une saillie conoïde assez mousse, dite épine du tibia (4, fig. 32), qui répond à l’espace intercondylien du fémur. Quant au pourtour de l’extrémité supérieure du tibia, tous les détails inté-

Fig. 32.

Les deux os de la jambe gauche; vue antérieure.— i, corps du tibia; — 2, son plateau interne , — 3, son plateau externe; —4, épine du tibia; — 3, tubérosité antérieure du tibia; — 6, crête du tibia; — 7, extrémité inférieure du tibia, avec la malléole interne (8); — 9, corps du péroné ; — 10, son extrémité supérieure ; — 11, son extrémité inférieure ou malléole externe.

ressants qu’il présente sont groupés sur la face antéroexterne, ce sont: i° tout en avant, au niveau de la jonction de l’extrémité supérieure avec le corps de l’os, une large éminence arrondie, dite tubérosité antérieure du tibia (5, fig. 32), qui donne insertion au ligament rotulien précédemment indiqué ; 2° en dehors et un peu en arrière, une surface arrondie, lisse et couverte de cartilage, destinée à s’articuler avec la tête du péroné (io, fig. 3 1) ; 3° sur le milieu d’une ligne légèrement courbe à convexité supérieure, allant de la tubérosité antérieure du tibia à la surface articulaire péronéale, une saillie osseuse plus ou moins prononcée selon les sujets et dite tubérosité du jambier antérieur, du nom du muscle auquel elle donne attache. — Si dans cette énumération on remplace la surface articulaire péronéale par la tête du péroné elle-même, on a la liste des trois principales saillies osseuses qui se révèlent à l’extérieur à ce niveau, savoir la tubérosité antérieure du tibia, la tubérosité du jambier antérieur et la tête du péroné.

L’extrémité supérieure ou tête du péroné (io, fig. 32), irrégulièrement arrondie, est placée en dehors et un peu en arrière, sur l’extrémité supérieure du tibia, mais n’arrivant pas jusqu’au niveau de la surface des plateaux de ce dernier; elle présente en arrière une saillie pointue verticalement dirigée, dite apophyse styloïde, mais qui, entourée par le ligament latéral externe du genou qui s’y attache, ne se manifeste pas dans le modelé extérieur.

Telles sont les parties osseuses qui prennent une part directe (fémur, tibia, rotule,) ou indirecte (péroné) à l’articulation du genou. Sur un sujet debout les con-

PRÉCIS D’ANATOMIE

dyles du fémur reposent par leur partie inférieure sur les plateaux du tibia, et la concordance des surfaces articulaires est rendue plus exacte par ce fait, peu important du reste au point de vue des formes, que le bord de chaque plateau du tibia est pourvu d’un bourrelet fibreux, dit fibro-cartilage semi-lunaire, lequel augmente la saillie de ce bord (5, 5, fig 34) et fait que le condyle fémoral correspondant est reçu dans une véritable cavité articulaire; en même temps, chez le sujet debout, la rotule est appliquée sur la trochlée fémorale. Lorsqu’au contraire le sujet se met à genoux, ou, d’une manière plus générale, lorsqu’il fléchit la jambe (en la portant en arrière), la rotule, que le ligament rotulien fixe au tibia d’une manière invariable, glisse du haut en bas sur la trochlée, arrive au contact de la partie antérieure des condyles, en même temps que ceux-ci sont en contact avec les plateaux du tibia par leur partie toute postérieure. Après cette rapide indication sur les rapports des os de l’articulation du genou, nous devons étudier avec détail l’appareil ligamenteux qui les réunit, afin de nous rendre compte des particularités du mécanisme de cette articulation.

L’appareil ligamenteux du genou se compose essentiellement d’une capsule, c’est-à-dire d’un manchon fibreux qui, comme nous l’avons déjà dit pour les articulations précédemment étudiées, s’attache par ses extrémités aux bords des surfaces articulaires. Sur le fémur, cette insertion se fait sur les limites de la trochlée et des surfaces cartilagineuses des condyles; sur le tibia, elle se fait sur le bord des plateaux; enfin elle se fait de même sur les bords de la rotule. Mais si ces insertions sont faciles à

comprendre, nous devons insister sur la disposition de cette capsule, c’est-à-dire sur sa longueur, sa laxité, considérées à la région antérieure, à la région postérieure, et sur les parties latérales, afin de nous rendre compte de la manière dont elle laisse certains mouvements très faciles et très étendus, tandis qu’elle limite les autres ou même les rend à peu près impossibles.

En avant (a, a, fig. 33), la capsule est très lâche, très étendue, c’est-à-dire que la partie qui va de la limite antérieure de latrochlée au bord supérieur de la rotule forme comme une vaste poche, un cul-de-sac qui remonte enhautsousletendon dumuscle triceps (5, fig. 33) et est désigné sous le nom de cul-de-sac soustricipital . Cette disposition nous rend compte de la facilité et de l’étendue du mouvement de flexion; en effet, dans la flexion, le tibia se portant en

arrière, et entraînant avec lui la rotule du haut en bas, ainsi qu’il a été dit précédemment, la partie susrotulienne de la capsule serait tendue et briderait le mouvement si cette partie était courte et serrée ; mais la capsule est en c e point si étendue et si lâche, qu’aucune exagération de la flexion de la jambe ne peut lui faire subir la moindre

Schéma des parties articulaires du genou (coupe antéro-postérieure); — i, fémur; — 2, tibia; — 3, péroné; — 4, rotule; — j, tendon du triceps; — 6, tendon ou ligament rotulien; — 7, l’un des ligaments croisés intra-articulaires; — 8, 8, l’un des muscles jumeaux; — a, a , partie antérieure, et b, partie postérieure de la capsule articulaire ; — C, peloton adipeux sous-rotulien.

PRECIS D’ANATOMIE

tension ; aussi la flexion de l’articulation du genou peut-elle aller jusqu’à la rencontre des parties molles de la région postérieure de la jambe (mollet) avec les parties molles de la face postérieure de la cuisse.

En arrière, la capsule est courte et épaisse, formant sur chaque condyle une sorte décapsulé fibreuse (b, fig. 33), sur laquelle s’attachent les muscles jumeaux (muscles du mollet). Lorsque la jambe est fléchie sur la cuisse, cette partie postérieure du manchon articulaire ou capsule fibreuse des condyles est relâchée; mais, à mesure que la jambe passe de la flexion dans l’extension, la capsule fibreuse des condyles se tend, et lorsque l’extension est arrivée à mettre la jambe sur le prolongement de la cuisse, cette tension de la capsule a atteint un degré qui met obstacle à toute exagération de ce mouvement, c’est-à-dire fixe la jambe sur la cuisse dans la position indiquée. Il est, de plus, une autre disposition importante qui agit, et avec plus de force, dans le même sens, c’est-à-dire qui arrête l’extension : ce sont les parties latérales, internes et externes de la capsule, parties qui sont renforcées chacune par un ligament distinct (ligaments latéraux).

. Le ligament latéral interne a la forme d’une bandelette aplatie; aussi paraît-il confondu plus ou moins avec la partie correspondante de la capsule. Le ligament latéral externe, au contraire, a la forme d’un cordon arrondi très fort, bien distinct de la capsule, d’autant plus que l’insertion de son extrémité supérieure se fait non sur le tibia, mais sur la tête du péroné (à Y apophyse sty loïde , voy. ci-dessus, p. 137), à côté de l’insertion du tendon du muscle biceps (voy. 21,21, fig. 60, p. 266). Mais ce que ces ligaments présentent de plus remarquable,

c’est que leurs extrémités supérieures, attachées aux faces latérales des condyles, s’insèrent non vers le centre de courbure de ces condyles, mais en un point très excentrique, situé en arrière du centre (en a, fig. 3q et 35). Il en résulte que pendant la flexion ces ligaments sont relâchés; mais qu’à mesure que se produit l’extension, c’est-

à-dire à mesure que le tibia se porte vers des points de plus en plus antérieurs delà surface courbe des condyles fémoraux, ces ligaments se trouvent graduellement tendus, leurs deux points d’insertion étant successivement séparés par des distances de plus en plus grandes, vu l’insertion excentrique (en arrière) de leur extrémité supérieure. Lorsque la jambe est arrivée à la position d’extension dans laquelle elle se trouve sur le même plan que le fémur, la tension des ligaments latéraux est telle

Fig. 34.

Fig. 35.

Genou : état des ligaments latéraux (a b') dans la flexion; — i, fémur}

— 2, condyle fémoral ; — 3, tibia ; — 4 , péroné ;

— 5, 5, coupe du disque ou fibro-cartilage semilunaire (p. 138).

Genou : ligament latéral tendu dans l’extension de la jambe sur la cuisse (la distance a b est plus grande ici que dans la figure précédente).

— Pour les lettres, voir la figure précédente.

qu’elle arrête le mouvement et immobilise complètement la jambe sur la cuisse. C’est ce que fait comprendre la comparaison des figures 34 et 35. Nous voyons donc en résumé que, vu les dispositions des parties antérieure, postérieure etlatérales de l’appareil ligamenteux du genou, cette articulation jouit d’un mouvement de flexion illimité et d’un mouvement d’extension très limité, puisqu’il ne peut aller au delà de la position dans laquelle la jambe est directement sur le prolongement de la cuisse.

Ces mêmes dispositions nous rendront compte du degré auquel sont possibles les mouvements de latéralité dans le genou. Cette articulation étant formée de deux condyles,il est bien évident qu’il ne saurait s’y produire des mouvements de flexion latérale, car il faudrait pour cela que l’un des condyles vînt à se détacher du plateau tibial correspondant. Il ne peut être question ici que de légers mouvements de glissement entre un plateau tibial et un condyle fémoral, mouvement se traduisant par une rotation dont l’autre condyle forme le centre. Ces légers mouvements de rotation, qui contribuent à l’action par laquelle nous dirigeons la poihte du pied en dehors ou en dedans, sont impossibles dans l’extension complète ; et il est en effet facile de comprendre que lorsque, dans l’extension, le tibia est immobilisé sur le fémur par la tension et des ligaments latéraux et de la partie postérieure de la capsule, tout glissement unilatéral est impossible, car il aurait pour effet de tendre dans ce côté de l’articulation des parties qui sont déjà arrivées à leur maximum de tension. Mais, dès que la flexion se produit et surtout lorsqu’elle est arrivée à l’angle droit* comme chez un sujet assis, de légers mouvements de rota-

tion de la jambe deviennent possibles ; ils sont peu étendus, il est vrai, surtout en dedans, c’est-à-dire qu’on peut plus facilement faire que le genou prenne part au mouvement qui dirige la pointe du pied en dehors qu’à celui qui la dirige en dedans. Cette différence entre la rotation en dedans et la rotation en dehors est due à ce que dans l’intérieur même de l’articulation se trouvent deux ligaments dits ligaments croisés , dont nous dirons seulement qu’ils partent de l’épine du tibia, entre les deux plateaux (voy. ci-dessus, p. 1 36) et se dirigent en haut (7, fig. 3 3) en se croisant pour aller s’attacher, dans l’espace intercondylien, à la face correspondante de chacun des condyles. Or le croisement de ces deux ligaments est tel qu’il est augmenté par la rotation du tibia en dedans, c’est-à-dire q ue ce mouvement tend à enrouler et tordre les deux ligaments l’un sur l’autre, par suite les raccourcit et par ce fait même fixe le tibia sur le fémur et empêche la rotation en dedans d’aller plus loin. Au contraire, la rotation en dehors détord ces deux ligaments, les décroise, tend à les rendre parallèles et, par suite, plus lâches; de sorte que ce mouvement pourrait être très étendu, si les ligaments latéraux, d’autre part, ne mettaient obstacle à un trop grand déplacement entre un condyle fémoral et le plateau latéral correspondant.

Il est encore dans l’articulation du genou quelques particularités anatomiques que nous allons examiner en étudiant cette région au point de vue du modelé extérieur de cette région. La face postérieure du genou est recouverte par de nombreux muscles et tendons , qui forment ce qu’on appelle le creux poplité ; par suite, l’étude de cette face postérieure sera faite lors de la des-

PRECIS D’ANATOMIE

cription des muscles de la jambe et de la cuisse; mais, par contre, sur les faces latérales externe et interne, et sur la face antérieure du genou, tous les détails du modeié extérieur sont dus uniquement aux parties osseuses et ligamenteuses, dont il a été déjà question ou qu’il nous reste encore à indiquer.

La face antérieure du genou doit être examinée dans deux attitudes différentes, dans l’extension ou la flexion laible, et dans la flexion forcée. i° Dans la flexion forcée, on voit surtout le modelé de la trochlée fémorale (ci-dessus, p. 1 35) ; 2° dans l’extension on trouve sur la face antérieure du genou, successivement de bas en haut, un méplat triangulaire susrotulien correspondant au tendon du muscle triceps crural ; au-dessous est le relief de la rotule, traduisant nettement sous la peau son modelé triangulaire à base supérieure et à sommet inférieur. Les deux angles supérieurs de la rotule sont souvent spécialement distincts sous forme de deux petites saillies arrondies ; au-dessous de la rotule , le tendon rotulien forme une saillie médiane longitudinale , descendant jusqu’à la tubérosité antérieure du tibia, qui se traduit par un fort renflement. Mais, de plus, on aperçoit souvent de chaque côté de la partie supérieure du ligament rotulien, immédiatement au-dessous de la rotule, une légère saillie facilement dépressible, qui correspond à des parties dont nous n’avons pas encore donné la description ; nous voulons parler de la portion de la capsule située au-dessous du ligament rotulien, c’est-à-dire s’étendant du sommet inférieur de la rotule au bord antérieur du plateau du tibia. Cette partie de la capsule [C, fi g. 33) est épaisse et formée presque

uniquement par un gros peloton de tissu adipeux , peloton qui se prolonge jusque dans l’intérieur de l’articulation (où il forme le ligament adipeux des auteurs), et qui fait en dehors de l’articulation, c’est-à-dire en avant du genou, une saillie divisée en deux parties latérales par le ligament rotulien (6, fig. 33) qui le bride et le comprime en sa partie moyenne. Lorsque le muscle triceps tire fortement sur la rotule et sur le ligament rotulien, celui-ci comprime au plus haut degré ce peloton adipeux, le force à faire pour ainsi dire hernie de chaque côté, et alors la saillie bilatérale en question est plus nettement dessinée.

Pour la face latérale externe au genou , trois saillies osseuses peuvent servir de points de repère ; ce sont : en avant, la tubérosité antérieure du tibia (vue alors de profil); en arrière, la tête du péroné ; entre les deux, la tubérosité du jambier antérieur. A chacune de ces saillies osseuses aboutissent des tendons venus de la cuisse, et qui dessinent sur la face externe du genou trois fortes nervures verticales ; ce sont : en avant, le tendon rotulien (vu ici de profil) ; en arrière, le tendon du muscle biceps crural allant s’attacher à la tête du péroné; et au milieu, la partie inférieure de l’aponévrose fascia lata (voy. ci-après), aponévrose qui se rétrécit et s’épaissit à son extrémité inférieure, et forme un véritable tendon allant s’attacher à la tubérosité du jambier antérieur.

Autant les faces antérieure et externe du genou sont compliquées, autant est simple le modelé de la face interne. Ici la face interne du condvle interne du fémur et celle de la tubérosité correspondante du tibia forment par leur ensemble une large saillie hémisphérique parfaitement régulière, car il ne s’y dessine aucun ligament ni

io

aucun tendon, le ligament latéral interne du genou formant une bandelette aplatie (voy. p. 140), qui ne donne aucun relief, et les tendons de la région contournant la tubérosité interne du tibia en arrière et en bas pour aller s’attacher à la partie supérieure de sa face externe, sous la forme d’une large et mince expansion tendineuse dit q patte d’oie (voy. p. 258 et fig. 61).

ONZIEME LEÇON

Sommaire. — Squelette de la jambe. — Tibia et péroné : articulations péronéo-tibiales; absence de mobilité du péroné (différences entre la jambe et l’avant- bras; entre le pied et la main, même chez les singes dits quadrumanes). — Extrémités inférieures de ces os : mortaise péronéo-tibiale ; malléoles ou chevilles qui la limitent : parallèle de la malléole interne et de la malléole externe au point de vue de la longueur, de la situation et de la forme. — Ensemble du squelette du pied : tarse, métatarse et orteils. — Importance du squelette du tarse pour la forme du pied : composition schématique du tarse; moitié postérieure (deux os superposés : astragale en haut, calcanéum en bas); moitié antérieure, simple en dehors (le cuboïde), double en dedans (le scaphoïde et les trois cunéiformes ). — Articulation de la jambe avec le pied : mouvements qu’elle permet.

Les deux os de la jambe sont placés, nous l’avons vu précédemment (p. i36), parallèlement l’un à côté de l’autre , le tibia en dedans , le péroné en dehors et en arrière (voy.fig. 32, p. 1 36). Le corps du tibia est prismatique triangulaire, c’est-à-dire présente trois faces et trois bords (i , fig. 32) ; une face interne qui n’est recouverte que par la peau, et qui se révèle directement à l’extérieur par un long méplat plus large en haut, où il regarde un peu en avant, s’inclinant directement en dedans à sa partie inférieure où il se continue avec la saillie de la cheville ou malléole interne (voy. fig. 61, p. 269). La face externe est légèrement excavée pour loger les muscles antéroexternes de la jambe, dont le principal est le muscle

PRECIS D’ANATOMIE

jambier antérieur; en bas, cette face s’incline en avant, suivant en cela la direction du muscle jambier, qui, de la région antéro-externe de la jambe, se dirige vers la base du gros orteil, c’est-à-dire sur le bord interne du pied (fig. 59, p. 265). La face postérieure du tibia est entièrement recouverte par les nombreux et forts muscles de la région postérieure de la jambe. Enfin, des trois bords du corps du tibia, l’antérieur est particulièrement saillant et désigné sous le nom de crête tibiale (6, fig. 32, p. i36).

Le péroné (9 , fig. 3 2) présente un corps long et grêle, de forme prismatique et triangulaire, dans lequel il est au premier abord difficile de bien reconnaître les trois faces et les trois bords, parce que cet os paraît tordu sur luimême d’avant en arrière et de dedans en dehors; mais on arrive facilement à se rendre compte de la signification réelle des faces qui changent de direction, en tenantcompte de ce fait que les muscles péroniers latéraux, qui recouvrent sa face externe, se contournent inférieurement en arrière pour arriver au pied en passant derrière la malléole en cheville externe (voy.fig. 60, p. 266), de sorte que la face externe de l’os devient inférieurement postérieure, et que les -autres faces suivant alors la même torsion, l’interne devient antérieure en bas, et la postérieure devient interne.

Ces deux os sont séparés dans toute leur longueur par un intervalle dit espace interosseux (fig. 32, p. i36), plus large en haut qu’en bas, qu’occupe une membrane fibreuse (membrane interosseuse) allant d’un os à l’autre et servant aux insertions des muscles antérieurs et des muscles postérieurs profonds de la jambe. En haut, le péroné s’articule avec la face postéro-interne de l’extrémité supérieure du tibia, et cette articulation péronéo -

ONZIEME LEÇON

tibiale supérieure ne jouit que de mouvements de glissement à peu près insensibles. En bas, le péroné s’articule par une sorte de symphyse avec la partie correspondante du tibia ; et cette articulation péronéo-tibiale inférieure ne jouit presque d’aucune espèce de mobilité : elle a pour but de donner une certaine élasticité à la cavité ou mortaise péronéo-tibiale dans laquelle est reçu le pied. — Nous voyons donc qu’il y a, -au point de vue de la mobilité, une bien grande différence entre les deux os de la jambe et les deux os de l’avant-bras; à l’avant-bras, l’un des os, le radius, est mobile sur l’autre, le cubitus, et peut tourner de manière à venir croiser ce dernier et produire ainsi les mouvements de pronation et de supination de la main. Entre le péroné et le tibia, rien de semblable; aussi le pied ne présente-t-il aucun mouvement comparable à celui qui fait passer la main de la pronation dans la supination. Disons en passant que même chez les singes, chez les prétendus quadrumanes, il n’y a pas non plus de pronation et de supination du pied, lequel, à ce point de vue, comme du reste sous tous les autres rapports , est bien réellement un pied et non une main postérieure, comme tendrait à le faire supposer l’ancienne dénomination de quadrumanes.

Par leur réunion, les extrémités inférieures du tibia et du péroné forment une cavité articulaire dans laquelle est reçu le pied, c’est-à-dire l’os supérieur du tarse, V astragale. Cette cavité, qui a reçu le nom de mortaise péronéo-tibiale, comprend trois parois, dont deux, la supérieure et l’interne, sont formées par le tibia, et une seulement, l’externe, par le péroné; les deux parois latérales correspondent avec deux parties osseuses qui for-

PRÉCIS D’ANATOMIE

ment les chevilles et qui, désignées en anatomie sous le nom de malléoles (de malleus, marteau), sont distinguées en malléole interne ou tibiale et malléole externe ou péronéale (voy. fig. 32, p. 1 36). Comme la cheville ou malléole interne (8) présente une forme et une situation tout à fait différentes de la forme et de la situation de l’externe ( 1 1 ) , il est important d’insister ici sur la configuration des parties osseuses dont le relief sous-cutané se traduit directement par la présence de l’une et de l’autre cheville.

Nous dirons que les malléoles diffèrent quant à leur niveau relativement à un plan horizontal, quant à leur situation relativement à un plan transversal, et enfin quant à leur forme . — i° Quant à leurs rapports avec un plan horizontal, on constate au premier coup d’œil que la malléole externe ou péronéale (n) descend plus bas que l’interne (8), ce qui se trouve d’accord avec ce fait précédemment énoncé (p. 1 36) que si l’extrémité supérieure du péroné ne monte pas en haut jusqu’au niveau delà surface des plateaux du tibia, en revanche, cet os descend en bas plus bas que l’extrémité inférieure du tibia. — 20 Quant aux rapports des deux malléoles avec un plan transversal, si l’on se rappelle que le péroné est situé en dehors et en arrière du tibia, et que les mêmes rapports se maintiennent encore pour les extrémités inférieures des deux os, on comprendra facilement que la malléole externe doit être sur un plan postérieur à la malléole interne, c’est-à-dire que la première paraît déjetée en arrière et la seconde en avant. Une ligne transversale qui traverserait la malléole interne en son centre irait, de l’autre côté de la mortaise péronéo-tibiale, passer par le bord antérieur de la malléole externe; et

ONZIEME LEÇON

inversement, une ligne transversale passant par le centre de la malléole externe irait ressortir en dedans en passant par le bord postérieur de la malléole interne. — 3° Quant aux différences de formes, elles résultent directement de la configuration des parties osseuses; la portion malléolaire du tibia, ou malléole interne, est carrée, présentant un bord inférieur horizontal, et deux bords verticaux, l’un antérieur, l’autre postérieur; au contraire, la portion malléolaire ou extrémité inférieure du péroné est triangulaire, ou pour mieux dire configurée en fer de lame, en tête de serpent; c’est-à-dire que, séparée du corps de l’os par un léger rétrécissement, elle se termine en bas par une extrémité pointue, formée par la convergence de deux bords obliques, l’un antérieur, l’autre postérieur.

Avant d’étudier l’articulation de la jambe avec le pied, ou articulation tibio-tar sienne, nous devons jeter un rapide coup d’œil sur l’ensemble du squelette du pied, afin de pouvoir comprendre la signification et les rapports de celui de ses os [astragale) qui est reçu dans la mortaise péronéo-tibiale.

De même que la main se compose de trois segments qui sont, en allant de sa base vers son extrémité libre, le carpe, le métacarpe et les doigts, de même le pied se compose de segments homologues des précédents et qui sont, en allant d’arrière en avant, le tarse, le métatarse et les orteils ; mais, tandis que dans la main, dont la fonction a surtout pour but la préhension, les doigts sont longs et le carpe très court, dans le pied qui a pour fonction de servir de base de sustentation, les doigts (orteils) sont relativement atrophiés, tandis que le tarse,

PRECIS D’ANATOMIE

Page 1