PREMIER ORDRE
APPAREILS SPÉCIALEME7ÎT AFFECTÉS A l’eNTRETIEIS UE DIVIDÜ , Oü APPAREILS DE LA NÜTRITIOÎI.
Considérations générales sur ces appareils.
Les êtres organisés ne subsistent qu’à la double condition d’introduire dans leurs tissus certains corps qu’ils trouvent autour d’eux dans la nature, et de rejeter en même temps quelque portion de ces mêmes tissus détachée par un mouvement intime de décomposition. C’est nécessairement à leur surface , et parleur enveloppe, que doit s’opérer cette action continuelle d’introduction et de réjection j c’est par leur surface qu’ils doivent absorber les élémens réparateurs de leur mobile parenchyme 5 par elle qu’ils se séparent, ou temporairement j ou d’une manière définitive des matériaux que la décomposition leur enlève. C’est donc à la surface des animaux que nous devons chercher d’abord les organes de leur milrition.
APPAREILS DE LA NUTRITION
En conséquence , la première étude qui se présente à nous, en abordant l’histoire de l’organisation animale, est celle de cette partie de l’être vivant, qui, en le limitant dans l’espace , le met en rapport avec le monde extérieur. Mais comme d’un autre côté la fonction de la surface est multiple, comme elle ne se résout pas uniquement en actes d’absorption et de sécrétion , nous devons n’indiquer en ce moment que les caractères généraux de l’enveloppe, et ne nous occuper avec quelque détail que de celles de ses modifications qui correspondent à la double action nutritive dont elle est le siège.
Chez les animaux les plus simples, tout le corps semble ne constituer qu’une masse homogène , et les tissus de la surface ne se distinguent en aucune manière du reste du parenchyme. Mous, spongieux, perméables comme celuici, ils jouissent aussi d’une contractilité plus ou moins prononcée , par suite de la fusion qui existe encore entre les divers élémens de l’organisme. Mais en nous élevant quelque peu dans la série, et déjà chez les classes supérieures du type des animaux rayonnés , le tissu superficiel se condense en une couche plus ou moins distincte , qu’on désigne sons le nom générique de tégument , et qui forme à l’animal une véritable enveloppe.
Le tégument se divise à son tour en plusieurs couches, d’autant plus distinctes que les autres parties de l’organisme se spécialisent aussi davantage. On peut d’ahord y reconnaître deux couches principales, qui, confondues chez les animaux inférieurs, s’isolent et se distinguent d’une manière éminente dans les organisations plus composées : l’une, profonde, formée de tissu contractile, se dispose, ici en plans membraniformes, là en faisceaux plus ou moins épais, et finit par constituer, en se développant , la presque totalité d’un grand système organique, du système musculaire 5 l’autre couche, toujours étalée en membrane, et résultat d’une modification généralement assez simple de la trame génératrice , doit être considérée comme le vrai tégument de l’animal. C’est elle qui doit plus particulièrement fixer notre attention en ce moment.
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Cette couche, connue sous le nom de/>ea«, est composée elle-même de plusieurs autres, du moins chez les animaux supérieurs , et cette composition est d’autant plus importante à connaître, que les variations qu’elle offre selon les diverses parties de la surface , sont tellement en rapport avec les fonctions également variées du tégument, qu’on peut déterminer à priori quelles modifications présentera ce dernier, selon qu’il aura tel ou tel rôle physiologique à remplir.
Les élémens anatomiques de la peau sont de deux genres : les uns sont organisés, les autres sont des excrétions solides, des produits morts , inorganiques. Les premiers composent ce qu’on nomme génériquement le dormo ^ les seconds forment le système épidermoïque , auquel appartiennent tous les produits plus ou moins solidifiés qui demeurent à la surface, quel que soit leur mode de production.
Le derme, qui est la partie essentielle du tégument, résulte d’une condensation plus ou moins complète du tissu générateur. Quelquefois il se montre à peu près le même dans toute son épaisseur, tantôt mou, perméable; tantôt solidifié dans une plus ou moins grande portion de son étendue par la présence d’un sel calcaire déposé dans ses mailles. Mais, le plus ordinairement, des différences d’organisation distinguent sa partie profonde de ses parties superficielles.
La première, qui conserve plus spécialement le nom de derme ou de chorion , forme dans ce cas une couche particulière, tour à tour mince ou épaisse, dense ou serrée, quelquefois même solide , selon la fonction à laquelle elle est appelée.
Au-dessus du. derme , des vaisseaux sanguins plus ou moins nombreux viennent, après l’avoir traversé, s’étaler en un réseau délicat qui se moule exactement sur lui et reproduit les inégalités de sa surface ; cette seconde couche est le réseau vasculaire.
On donne le nom de pigmentum à une sorte de matière dilïluente, souvent plus ou moins colorée, qui forme moins une couche qu’un simple enduit déposé sur le ré-
APPAREILS DE LA RÜTRITION
seau vasculaire et entre ses mailles. Le pig^mentum n’îi rien d’un tissu organique j composé simplement de petits grains agglutinés, il ne saurait être considéré que comme un produit. Il n’existe ni constamment, ni sur toute l’étendue du tégument. Réuni à la couche vasculaire, il forme ce que l’on connaît sous le nom de corps muqueux ou réticulaire de Malpighi.
Enfin , on admet , comme une dernière couche de la partie vivante du tégument, un corps papillaire ou réseau nerveux , qui résulterait de l’épanouissement des derniers filets nerveux de l’enveloppe à la surface de celle-ci. C’est par induction plutôt que de visu qu’on a décrit ce corps papillaire,* son existence est, comme on l’a remarqué, plus aisée à concevoir qu'à démontrer, et tout ce qu’on aperçoit de cet élément de la peau se réduit aux petites saillies ou papilles plus ou moins complètement nerveuses qui surmontent le tégument dans les endroits où il jouit d’une sensibilité prononcée.
L’enveloppe ainsi constituée a dans sa dépendance deux genres d’organes composés des mêmes élémens qu’elle. Ces organes sont ceux que M. de Blainville distingue sous les noms de crxjples et de phanères. Assez semblables par leur constitution anatomique , et même par le caractère général de leur fonction, puisqu’ils sont l’un et l’autre des agens secréteurs , les cryptes et les phanères diffèrent beaucoup par leurs produits : ceux du crypte sont fluides; ceux du phanère, toujours plus ou moins solides, demeurent pour un temps à la surface de l'animal.
Le crypte représente un petit cul-de-sac, qu’on dirait formé par une dépression du tégument, et qui fait saillie au-dessous de celui-ci, et communique au dehors par un orifice ordinairement plus étroit que le reste de la cavité de ce petit organe. Le réseau vasculaire est très développé, et le corps papillaire probablement nul.
Le phanère est également une sorte de sac ou de bulbe situé en partie ou en totalité au-dessous du derme. Il se compose extérieurement d’une couche dense , intérieurement d’un réseau vasculaire et d’un réseau nerveux, qui, après s'être étalés sur les parois de l’organe, vont se per-
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<ire dans une matière pulpeuse , et constituent la partie productive du phanère.
Les élémens anorganiques du tégument sont , d’une part , Vépiderme ou la surpeaii, couche plus ou moins manifeste, souvent fort épaisse et plus ou moins consistante, qui se trouve répandue sur une partie considérable de l’animal j d’autre part, les produits très variés des diverses espèces de bulbes pbanériques, tels que les poils, les cornes, les dents, etc. , produits dont la nature et les formes sont en rapport avec les usages auxquels ils sont destinés.
Telle est en peu de mots l’organisation générale de l’enveloppe chez la majeure partie des animaux qui possèdent un tégument distinct. On peut déjà pressentir que eette partie de l’organisme subira dans sa structure et dans le développement proportionnel de ses élémens des modifications appropriées aux fonctions diverses qu’elle est appelée à remplir. Ainsi , pour nous borner à celles de ces fonctions dont les organes doivent nous occuper en ce moment, nous voyons que partout où la peau doit spécialement accomplir des actes d’absorption et de sécrétion , elle se dépouille des caractères d’un organe sensorial ou protecteur, pour revêtir ceux d’un tissu éminemment hygrométrique. Dans ce cas, au lieu d’un épiderme épais et consistant, elle manque complètement de cette couche anorganiquej au lieu d’offrir un système nerveux abondant, elle ne possède que des nerfs rares et doués d’une sensibilité très obscure, ou même absolument nulle dans l’état de santé; en un mot, elle n’a que des nerfs incifateurs de la vie nutritive, non des nerfs sensoriaux. En échange, la couche dermique, plus ou moins développée, offre alors une texture très celluleuse , le réseau vasculaire est abondant, le système crypteux considérable et très supérieur au système pbanérique , qui manque même dans la partie essentielle de l’appareil.
Mais les modifications que subit l’enveloppe pour devenir un organe de nutrition, n’intéressent pas seulement sa structure; elles s’étendent à sa forme et à sa disposition générales, ainsi qu’à ses relations avec les organes voisins. En effet, comme à mesure que l’organisation se complique,
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ses diverses fonctions vont en se séparant et en se localisant toujours davantage, nous voyons toute une portion de la membrane tégumentaire se convertir en appareils spéciaux , ici pour l’absorption des alimens , là pour l’absorption aérienne, ailleurs pour la séparation des produits de la décomposition interstitielle qui doivent êti’e rejetés. Nous arrivons de la sorte à compter trois genres d’appareils nutritifs formés aux dépens de l’enveloppe de l’animal.
1° Un appareil d’absorption alimentaire ( vulg. Appareil digestif) , destiné à recevoir, élaborer et absorber les matières alibiles , solides et liquides que l’animal emprunte au monde extérieur,*
2° Un appareil d’absorption aérienne (vulg. Appareil respiratoire ) , dont la fonction principale est de transmettre à l’organisme les fluides aériformes nécessaires à l’entretien de la vie j
3° Un appareil de sécrétion dépdratoire ou excrémen- TiTiELLE, qui sépare et rejette de l’organisation certains matériaux qui, cessant de lui appartenir, deviendraient nuisibles à l’animal en demeurant dans ses tissus.
Mais la nutrition suppose autre chose encore que des actes d’absorption et de réjection opérés par la surface. Elle suppose , dans l’intérieur du parenchyme , un double mouvement centripète et centrifuge, dont ces actes ne sont, à vrai dire, que les deux termes j mouvement qui a pour but, d’une part, l’apport à chaque partie du tissu vivant des matériaux qu’elle doit s’assimiler pour réparer ses pertes 5 d’autre part, le transport des produits de la décomposition , de tous les points du parenchyme à la surface.
Chez les espèces les plus simples, ces deux actes s’opèrent à travers la masse homogène qui constitue l’animal entier : il n’y a point d’appareil spécialement affecté au transport, soit des matériaux alibiles , soit des débris à secréter. Mais à mesure que l'organisation animale se complique, à mesure que ses diverses fonctions, revêtant un caractère plus prononcé, plus spécial , se localisent davantage aussi dans des organes toujours plus distincts du parenchyme primitif, on voit aussi la distribution et le cours des liquides se
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régulariser; alors un système de canaux arborisés les recueille et les porte à leur destination; un quatrième appareil , Tappareil de la circulation , vient ainsi compléter le grand système des agens spéciaux de la nutrition.
A vrai dire, ces appareils ne sont encore que des agens préparateurs de la nutrition proprement dite; ils ne sont pas essentiels à cette fonction puisqu’elle existe avant eux dans les premiers momens de toute genèse organique. La nutrition elle-même, c’est-à-dire, le mouvement intime d'assimilation et de désassimilation qui se passe dans la profondeur des tissus vivans, n’a pas d’appareil spécial, puisque ce phénomène a lieu dans tous les points de ces tissus. Il a pour siège plutôt que pour instrument leur trame celluleuse primitive.
Il suit de là que , pour faire connaître ce qu’il y a dans les êtres animés d’organes spécialement employés à leur entretien , nous n’avons à décrire que les instrumens qui sont comme les auxiliaires spéciaux du grand acte vital de la nutrition. Et nous aurons fait, autant qu’il est en nous, le tableau du système nutritif, lorsque nous aurons retracé les grands traits des appareils d’absorption alitnontaire . d’absorption aérienne j de circulation et de sécrétion dépuratoire. Nous les décrirons d’abord d’une manière générale; puis, nous indiquerons les principales modifications qu’ils ofiVent aux divers degrés de l’échelle zoologique, en ayant soin de montrer , toutes les fois que nous le pourrons, avec quelle circonstance, soit d’organisation , soit de mœurs , ces modifications se trouvent en harmonie.
APPAREIL DE l’aBSORPTIO!^ ALIMENTAIRE