‹ Précis d'anatomie comparéeChapitre 23 sur 56 · APPAREIL DU GOUT DANS LA SÉRIE · texte numérisé non relu

APPAREIL DU GOUT DANS LA SÉRIE

Les animaux qui se nourrissent d’alimens plus ou moins homog^ènes et {grossiers , soit de racines , de feuilles et de branches, comme le font certains ron(jeiirs, V hippopotame, le rhinocéros , soit d’herbes desséchées , comme font assez volontiers les soUpèdes, ont le téfjument de la langue plus dense, plus sec, plus ou moins dépourvu de papilles molles , et parfois même armé de quelques papilles cornées , ainsi que nous le voyons chez le porc-épic.

Enfin quand , avec un mode d’alimentation végétale peu varié, mais composé néanmoins en général de substances herbacées , le mammifère doit se servir de sa langue comme d’un organe préhenseur, nous apercevons sur la surface de cet organe de nombreuses éminences papillaires, coniques , dont la pointe se dirige en arrière j ce cas est celui de la plupart des ruminans, surtout des grandes espèces de cet ordre, des chameaux, par exemple, chez lesquels ces papilles cornées sont très nombreuses.

appareil de l^odorat en général.

'îl^roletèmc cepccc*

APPAREIL DE l’oDORAT.

A. Description générale do cet appareil.

L’odorat , comme nous l’avons déjà vu , ressemble parfaitement au goût, non seulement en ce qu’il s exerce encore par le contact immédiat du corps à sentir avec la surface sensoriale, mais en ce qu’il nous revele, c ans in ere de la nutrition, certaines qualités moléculaires, simples et sans analogie pour nous , qualités que nous nommons c es odeurs, et qui constituent physiologiquement a spécialité de ce sens, comme les sat'cwrs constituaient ce e c u gou Mais l’odorat diffère quelque peu de ce dernier par ses conditions d’existence. Les corps exteneurs ne viennen plus ici , comme pour le goiU , se dissoudre tout entier à la surface sensoriale elle-même, et sous in u liquides qui l'humectent; mais le milieu qui les entoure se charge de cette dissolution, et en porte ensuite le résultat, c’est-à-dire les molécules dont il s’est charge , jusqu’à l’appareil olfactif; et comme un très petit nombre de molécules odorantes suffit à la sensibilité de 1 organe , il arrive le plus ordinairement que celui-ci sent des corps qui ne cèdent que des quantités presque inappréciables de leur substance au milieu dans lequel ils sont immergés , des corps par conséquent qui continuent a exister dans leur état de masse. 11 suit de là que l’odorat nous fait connaître des substances placées à distance de nous , et dont les émanations seules viennent frapper notre surtace sensoriale. Nous pourrons donc apprécier par lui non seulement les qualités odorantes des êtres qui nous entourent, mais encore, jusqu’à un certain point , leui c istauce

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et leur situation dans l’espace par rapport à nous (i).

Il n’y aura cependant pas une différence essentielle entre la modification du tégument qui constituera un appareil d’olfaction , et celle qui en fait un appareil de goût 5 à la rigueur, la modification peut être la même, et il n’y a que la spécialité de l’élément nerveux qui doive absolument changer. Aussi verrons-nous que , sauf cette différence fondamentale , presque toutes les autres porteront sur les conditions de perfectionnement, et non sur les conditions d’existence de la fonction.

Le tégument olfacteur n’est donc que la peau modifiée dans ses diverses couches pour exercer une action à la fois chimique et sensoriale , par voie de contact immédiat ; il constitue alors ce qu’on nomme la membrane pituitaire ou olfactive.

Cette membrane occupe constamment la partie antérieure de l’animal j si nous disons que cela a toujours lieu , ce n’est pas que l’on puisse toujours reconnaître distinctement l’appareil ; mais on peut conclure son existence et sa position , et de la situation constamment antérieure de la portion du système nerveux qui l’anime , et des services que rend sa fonction , puisqu’elle avertit l’animal du voisinage des corps nuisibles ou utiles vers lesquels il s’avance (2). En général, nous trouvons aussi cet appareil en rapport avec celui de l’absorption alimentaire , auquel il rend des services; cependant, comme ce rapport de situation était beaucoup moins nécessaire que celui qui existe entre l’appareil du goût et le conduit digestif, il a pu manquer quelquefois. La membrane modifiée pour l’ol-

(1) Il importe de remarquer pour le sens de l’odorat comme pour celui du goût, qu’il est des corps parfaitement insipides et des corps parfaitement inodores, et que bien que la dissolubilité d’un corps soit une condition de la manifestation de sa sapidité, elle n’en donne pas pour cela la mesure ; de même une substance peut se dissoudre et charger abondamment de ses molécules le milieu qu’habite un animal sans affecter sa surface olfactive, tandis qu’un autre corps beaucoup moins soluble, ou comme on dit beaucoup moins volatil, l’affectera vivement.

(2) D’ailleurs les molécules olfactives devaient frapper bien ruieui, une surface que la progression du corps porte au devant d’elles.

EN GÉNÉRAL

faction se présente dans les conditions suivantes, lorsqu’on l’étudie soit dans ses caractères essentiels, soit dans ses caractères de perfectionnement, chez un animal un peu favorisé sous ce rapport.

Le derme est plus ou moins adhérent aux tissus sousposés ; il est d’un tissu plus serré que celui de l’appareil du goût, et ne présente jamais de papilles à sa surface. Le réseau vasculaire est abondant, et colore presque toujours à lui seul la membrane dont il fait partie. Le système nerveux est aussi toujours considérable , à en juger par l’activité du sens et par les cordons qui se rendent 3 l’appareil; mais il ne se termine pas dans des papilles, et paraît se fondre dans tout le tissu de la pituitaire. Enfin, l’épiderme manque ou n’existe qu’à peine.

On n’aperçoit pas de cryptes à la surface de l’appareil de l’olfaction; cependant il doit en exister, si l’on en juge par l’humeur muqueuse abondante qui lubrifie cette surface; car cette humeur ne saurait être, au moins chez les animaux supérieurs, le produit d’une simple transsuda lion.

Le perfectionnement de l’appareil résultera , non seulement d’un plus grand développement des modifications qui portent sur le tissu même de la membrane olfactive, et notamment de l’abondance croissante de son élément nerveux spécialisé, mais de l’étendue que cette membrane pourra prendre souvent, à la faveur de certaines dispositions du système solide sous-jacent , qui, en formant ce qu’on nomme des cor/iets ou lames diversement enroulées, et des si/ius ^ lui permettront de se replier un plus grand nombre de fois dans un espace donné , multiplieront sa surface et coerceront le véhicule chargé des molécules odorantes ; enfin l’appareil gagnera beaucoup aussi lorsque, venant à se placer sur le passage du fluide respiré, il pourra recevoir dans un temps donné une plus grande quantité de ces molécules; d’autant plus que l’animal pourra , de la sorte , aspirer à volonté le milieu dans lequel elles sont suspendues.

Nous allons voir maintenant, en suivant l’appareil olfactif dans les principaux groupes de la série , qu’il s’y montre

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dans des conditions bien difl’érentes. Il pourra se trouver ou à rextéricur, porté sur une sorte d’appendice, ou, plus oi’dinaireiucnt , rentré dans une cavité qui, selon que ranimai resj)irera dans l’eau ou dans l’air , sera isolée de la {jrande rentrée du tégument qui va constituer les appareils des absorptions alimentaire et gazeuse, ou communiquer avec cette partie de l’enveloppe.

B. Appareil de l’odorat dans la série,

Nous ne trouvons aucun indice , ni physiologique , ni anatomique , d’un appareil d’olfaction au-dessous des mollusques , et même des mollusques céphalés.

Mais , arrivés à cette division du règne animal , il n’est guère possible de méconnaître ce sens et son appareil. Celui-ci consiste en une membrane olfactive fort peu différente du reste du tégument de l’animal , partout où ce tégument à conservé sa mollesse j mais cette membrane est animée par des cordons nerveux qui viennent des ganglions cérébraux, et elle est portée par des appendices tentaculaires inutiles à la locomotion, et que l’observation nous permet de regarder non seulement comme des organes de sensation générale, mais comme doués spécialement de la sensibilité olfactive. Ces tentacules sont situés sur la tête, en avant des autres appendices 5 ils varient beaucoup, pour leur forme, dans chaque ordre, presque dans chaque famille, et même d’un genre à l’autre. Ils sont tuberculeux, coniques, longs ou courts, souvent indépendaus et ne portant que la membrane olfactive; d’autres fois réunissant a celle-ci les yeux , qu’ils portent ou sur un renflement de leur base ou sur quelque partie de leur longueur.

Ces organes n’existent pas chez tous les mollusques céphalés. Il est remarquable qu’ils manquent au groupe supérieur de cette division, aux hrachiocéphalés , et jusqu’à présent nous ignorons même par quels organes ces espèces , dont l’organisation est d’ailleurs si avancée , connais-

DANS LA SÉRIE

sent les odeurs; car les tentacules qui entourent leur bouche sont des organes locomoteurs destinés à la préhension de l’aliment, capables de palper celui-ci, en même temps que de le saisir, mais très vraisemblablement hors d’état d’en sentir les qualités odorantes ; faut-il pour cela refuser ce dernier sens aux hrachiocéphalés ? Nous avons peine aie croire, tout en nous refusant à admettre que les mollusques respirent par toute la surface nue de leur peau, ainsi que le voudraient plusieurs physiologistes, qui ne prennent en considération que la ressemblance de cette enveloppe avec une membrane pituitaire , oubliant que cette condition ne suffit pas , et qu’un organe d’olfaction réclame des nerfs spéciaux , et ne saurait , en conséquence , être représenté par le tégument général.

La considération de la fixité du système nerveux dans sa distribution , et l’analogie avec ce que nous verrons dans le type supérieur de la série , permet encore de regarder comme portant la membrane olfactive, chez les ENTOMOZOAIUES , la première ou les premières paires des appendices céphaliques , que nous connaissons , chez ces animaux, sous le nom à'antennes. Ici la modification du tégument n’est jias très prononcée; celui-ci n’est même demeuré mou <pie dans les articulations et à l’extrémité de l’appendice. Toutefois, en observant les mœurs des animaux articulés, on ne ])eut leur refuser l’odorat, et ce sens paraît même assez aiguisé chez plusieurs espèces.

Les antennes manquent non seulement dans les violluscarticulés , ou cirripiides , mais dans les annélidos apodes ; elles commencent ù paraître avec les appendices locomoteurs, chez les annélides de la première classe, ou chéiopodeSf puis chez les myriapodes y et dans les diverses classes de crustacés; ici nous en trouvons deux paires, tantôt très petites, comme dans lescrnèes; tantôt fort longues, comme dans la plupart des aslacoïdes, chez les écrevisses ^ par exemple. L’odorat des crustacés est, en général, très fin. Faut-il le placer ù la fois dans les deux paires d’aa-

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tennes, ou n’existe-t-il que dans l’une d’elles? C’est ce qu’il est difficile de décider,* mais s’il ne réside que dans une seule paire , c’est très probablement dans l’antérieure.

Les octopodes manquent, comme on le sait, d’antennes, et nous ne connaissons, chez ces animaux, aucune partie qui semble les remplacer. Ces parties reparaissent chez les insectes, ou hexapodes, et, dans cette classe, nous les voyons se développer progressivement à mesure que nous passons des aptères aux diptères, puis successivement aux hyméfiopières , aux hémiptères, aux orthoptères, aux coléoptères , et enfin aux lépidoptères , qui, sous le rapport de la longueur de leurs antennes, occupent le premier rang parmi les hexapodes.

La membrane olfactive se retire , chez les animaux VERTÉBRÉS, dans une cavité qui lui est fournie par l’écartement des os de la face. C’est un premier perfectionnement; car cette disposition met la membrane sensoriale à l’abri des modifications que doivent lui imprimer les circonstances extérieures , et qui devaient nécessairement nuire plus ou moins à sa fonction; puis elle concentre les molécules odorantes dans un espace où elles rencontrent presque de tous côtés la surface olfactive, et où leur véhicule pourra , sous l’influence d’une température supérieure à celle du dehors , se dilater de manière à porter ces molécules encore plus complètement contre les parois de l’appareil. Mais de grandes différences existent néanmoins entre les cinq classes de vertébrés , sous le rapport de la disposition de cet appareil. La plus saillante de ces différences est celle que nous observons entre les animaux qui respirent dans l’eau , et ceux qui respirent dans l’air; chez les premiers , la cavité olfactive ne forme encore qu’un sac ouvert d’un seul coté , à la surface ; chez les seconds , cette poche débouche d’une part à l’extérieur , de l’autre, dans les voies de la respiration , ou mieux l’appareil se complique d’une sorte de conduit qui livre passage à l’air

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pendant l’acte respiratoire , et qui se trouve placé au-dessous de la cavité sensoriale, comme nous le verrons tout à l’heure.

Les poissons, d’après ce que nous venons de dire, nous offriront donc, pour appareil d’olfaction , une simple poche ouverte seulement à la surface externe du corps. Cette poche, composée du tég^ument sensorial et d’une membrane fibreuse qui lui sert de support et qui se confond encore avec lui par une connexion intime, sera toujours placée à la partie antérieure de l’animal, le plus souvent à la face supérieure du museau 5 mais parfois aussi elle pourra se trouver, comme la bouche, à sa face inférieure, ainsi qu’on le voit, à des degrés différens , chez plusieurs chondroptérygiens , notamment chez les chimères, les rayes et les squales. Comprise déjà fréquemment, mais d’une manière quelquefois incomplète, dans l’écartement des os de la face, ainsi que nous l’observons dans la plupart, sinon dans tous les poissons osseux, la loge olfactive est quelquefois cependant en dehors de ces os. Elle offre une étendue très variable , selon les especes 5 dans beaucoup de cas, des plis de la pituitaire, diversement arrangés , viennent augmenter encore beaucoup sa surface. L’appareil olfacteur des poissons n’a, le plus ordinairement, qu’une seule ouverture de chaque côté j mais il peut en avoir deux, toujours extérieures l’une et l’autrej de ces orifices, l’un antérieur, est quelquefois porté par une sorte de prolongement tubuliforme, notamment dans les especes qui vivent dans la vase, comme les anguilles ; il peut etre incomplètement fermé par la disposition de ses bords , l’orifice postérieur est, au contraire, béant. Quelques poissons cartilagineux nous offrent, au lieu d’un appareil pair, un seul appareil médian, symétrique, ouvert par une seule ouverture extérieure, mais qui peut se prolonger en arrière en une sorte de canal, que nous voyons même s'ouvrir dans l’arrière-gorge, chez les niyxinés -, dans les lamproies, au contraire, il se termine en cul-desac.

Les poissons nous offrent , au reste , une grande diver-

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sité dans la disposition de leur appareil olfacteurj mais ces variations n’ont , dans l’état actuel de la science , qu’une faible importance physiolofjique , et ne peuvent donner lieu à des considérations générales.

Chez les amphihiens , l’appareil qui nous occupe commence à se mettre en communication avec les voies respiratoires , et il s’y met d’autant plus complètement que l’espèce écliappe davantage à l’existence aquatique. Nous voyons alors l’un des orifices de chaque narine s’ouvrir à la face palatine de la bouche, sur un point qui tendra à devenir de plus en plus postérieur, et qui sera tout à fait pharyngien dans la première classe des vertébrés. La membrane sensoriale est molle, colorée en noir, rarement plissée.

Dans les saurichtyens , c’est-à-dire dans la sirène et le protée , espèces qui ne nous sont encore parvenues qu’avec des caractères plus aquatiques que terrestres , qui n’appartiennent peut-être pas à leur état définitif, l’espèce de canal qui constitue encore la cavité olfactive est immédiatement sous-cutané, en dehors, par conséquent, du système osseux de la face, et s’ouvre par de très petits orifices, antérieurement à l’extrémité supérieure du museau, postérieurement en dedans de la lèvre supérieure. La pituitaire est encore plissée, du moins chez le prolée ^ ce qui remplace un peu, comme chez les 7^02550 , les avantages que les animaux aériens trouvent dans le passage d’un courant d’air par l’appareil qui nous occupe.

Dans les autres amphibiens , la membrane pituitaire tapisse une poche dont les parois ne lui fournissent aucune saillie, mais commencent à se distinguer d’elle, en conservant toutefois le caractère du tissu fibreux 5 cette poche s’engage plus ou moins sous l’os nasal, et s’ouvre à la fois au dehors et dans la bouche j son orifice buccal ou palatin est encore très antérieur , plus ou moins distant de la ligne médiane; l’externe, chez plusieurs espèces, est pourvu d’une sorte de demi-opercule semi-cartilagineux , et un peu mobile.

C’est chez les cœcilies que le sac olfactif est le plus en-

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gagé dans l’écartement des os de la face , et que l’orifice postérieur est placé le plus en arrière.

Sous ce rapport , les concilies nous conduisent tout naturellement aux reptiles proprement dits, ou écailleux, et d’abord aux ophidiens. Dans ce sous-ordre, la loge olfactive est un sac large et court, de forme obronde , enchâssé dans l’écartement des os faciaux , plus ou moins couvert par ceux du nez , et dont les parois sont encore soutenues par une membrane fibreuse que recouvre une pituitaire molle, noirâtre, sans plissement, si ce n’est aux endroits où les os voisins font saillie j ce sac s’ouvre à l’extérieur par un petit orifice percé dans un cartilage nasal , et rejeté sur les côtés du museau j à l’intérieur, les deux cavités olfactives viennent s’aboucher dans un enfoncement commun, sur la ligne médiane palatine.

La poche olfactive des sauriens est peut-être un peu plus grande que celle des ophidiens ; ses parois tendent à devenir plus complètement cartilagineuses et même osseuses, et commencent à offrir quelques légères saillies produites par les os voisins , ce qui donne à l’appareil une étendue plus considérable; ainsi commencent à se trouver réunies deux conditions de perfectionnement que nous avons rencontrées séparément, l’une chez les poissons ^ la seconde chez les premiers vertébrés aériens; d’une part, une surface sensoriale large et disposée do manière â pouvoir retenir les molécules odorantes; de l’autre, un courant d’air qui multiplie le nombre de ces molécules, et qui leur donne une impulsion propre à rendre leur contact plus sensible.

Mais ces deux conditions de perfectionnement sont bien autrement manifestes dans les deux ordres supérieurs de repfi/es , chez les émy do-sauriens y ou crocodilesy et chez les chéloniens ; sous ce rapport , ces derniers sont inférieurs aux premiers, et méritent que nous intervertissions le véritable ordre zoologique établi sur l’ensemble de l’organisation.

Chez les tortues y en effet, la poche olfactive n’offre encore qu’une étendue médiocre ; mais elle commence à se

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diviser et présente trois compartimens successifs, dont le postérieur, qui est le plus grand, est séparé du moyen par une saillie dermo-cartilagineuse assez prononcée pour pouvoir être regardée comme une sorte de cornet.

Chez les crocodiles , l’appareil est très étendue , et se divise assez bien en partie respiratoire et partie olfactive. La première commence presque à l’extrémité du museau , et s’étend jusqu’à l’os basilaire; la partie olfactive elle-même comprend trois grandes cellules à parois semi-cartilagineuses, et un cornet assez long et bilobé. L’orifice antérieur de l’appareil est fermé par une sorte d’opercule semi-lunaire, que meut un muscle propre attaché à l’os incisif et au nasal. Quant à la membrane olfactive ellemême, elle est molle et épaisse.

Dans la classe des oiseaux, la cavité olfactive n'a, par elle-même, qu’une étendue assez médiocre; mais la surface de la pituitaire est considérablement augmentée par la disposition des feuillets cartilagineux qui la soutiennent. Ces feuillets forment dans chaque cavité latérale une seule masse , composée de trois parties , savoir : un cornet postérieur et supérieur sous-orbitaire, espèce de lame enroulée sur elle-même, ordinairement en forme d’entonnoir; une autre lame plus ou moins enroulée, second cornet, séparé du premier par un sillon , et étendu d’avant en arrière ; enfin , en avant et en dehors , une masse cartilagineuse , ordinairement divisée en trois feuillets ou cornets plus épais et d’un tissu plus blanc que les premiers , recouverts en partie par la membrane cornée du bec , et formant l’orifice antérieur des narines. La membrane sensoriale qui se développe sur tout ce petit appareil cartilagineux n’est plus noire , comme dans les classes précédentes, mais plus ou moins rougie par son réseau vasculaire, surtout supérieurement.

Les différences que présentent les oiseaux , sous le rapport du développement de l’appareil qui nous occupe, portent essentiellement sur la proportion et la forme des trois parties de la masse cartilagineuse nasale; il n’y a guère moyen de les rattacher à des considérations généra-

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les; cependant on peut dire que les espèces très carnassières et de haut vol, telles que les oiseaux de proie, et, parmi ces espèces , celles qui préfèrent les cadavres aux proies vivantes , ont la cavité olfactive mieux disposée que les espèces granivores , telles que les passereaux et les gallinacés. Les échassiers, en général, quelques jau/mf/jèdes , comme les pélicans , etc. , sont aussi fort mal partagés à cet égard; la masse des cornets est plus ou moins réduite chez eux , et les lames de ceux-ci s’enroulent fort peu. Quelques échassiers manquent aussi plus ou moins de la cloison qui sépare les deux narines, en sorte que, chez eux , ces cavités communiquent Tune avec l’autre ; tel est le cas des hérons , des grues , des cigognes , etc.

L’orifice antérieur ou externe de l’appareil est embrassé par la substance du bec ; quelquefois plus ou moins saillant et porté par un tube très court, par exemple chez \‘e7igoulevent , cet orifice ne peut jamais être fermé ou dilaté sous l’influence de muscles attachés sur ses bords ; il est seulement couvert, dans certains oiseaux, tels que les gallinacés , d’une sorte d’opercule squammiforme , fourni par la troisième partie de la masse cartilagineuse nasale, et qui ne peut être mis en mouvement.

Les conditions de perfectionnement de l’appareil olfactif se complètent chez les ma7nmifères . Soit qu’on examine la nature de la membrane, soit qu’on évalue sa surface et les dispositions à la faveur desquelles cette surface a pu se multiplier , soit enfin qu’on porte ses regards sur les modifications que subit la partie extérieure de la poche , pour recueillir et introduire dans sa cavité les molécules odorantes, on demeure convaincu que l’odorat atteint, dans cette classe, son plus haut degré d’énergie.

Quant à la membrane pituitaire , elle se distingue ici généralement par l’abondance de son tissu vasculaire , qui forme une véritable couche spongieuse dans laquelle dominent les vaisseaux veineux , et qui est susceptible d’une sorte d’érection qui doit augmenter beaucoup sa sensibilité. L’élément nerveux paraît prendre ici la disposition réticulaire , car il n’y a pas de papilles sensoriales. Le pigmentum

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et l’épiderme manquent très certainement, et si la surface du tégument olfactif semble quelquefois formée par une membrane plus serrée que la partie plus profonde, cela n’est dû qu’à la couche vasculaire mêlée à la nerveuse quj ofli'e une condensation superficielle.

Il y a enfin ici beaucoup de cryptes qui sécrètent une humeur visqueuse abondante , propre à retenir les molécules odorantes.

Cette membrane tapisse, comme cela avait plus ou moins complètement lieu dans les classes précédentes , une double cavité formée par l’écartement des os de la face j c’està-dire ici et chez les oiseaux , par la lame criblée de l’elhmoïde qui livre passage aux filets du nerf olfactif , et par différentes parties des os maxillaire supérieur, incisif, et palatin postérieur, enfin par les os propres du nez et le prolongement fibro-cartilagineux qui complète celui-ci dans la classe qui nous occupe j la lame perpendiculaire de l’ethmoïde, celle du vomer, et une lame cartilagineuse, complètent la partie solide de la cloison qui sépare les deux cavités latérales, cloison toujours complète dans les mammifères , au contraire de ce que nous avons vu chez quelques oiseaux, où l’absence de sa partie cartilagineuse laisse communiquer les deux fosses nasales.

L’orifice antérieur de celles-ci, plus ou moins rapproché de celui du côté opposé, se voit à l’extrémité d’une partie dermo-cartilagineuse plus ou moins saillante , propre aux animaux dont il s’agit j c’est ce qu’on nomme le nez , partie composée de plusieurs pièces assez distinctes pour être mises en mouvement par des muscles particuliers j cette disposition permet à l’animal de modifier volontairement le degré d’ouverture de sa narine antérieure , et même quelquefois de porter celle-ci dans telle ou telle direction.

L’orifice postérieur , entouré de parties osseuses qui concourent à former en arrière les parois de la cavité, demeure immobile et invariable.

La surface sensoriale est agrandie, chez les mammifères, d’abord, comme chez les oiseaux, par la présence de lames enroulées ou cornets , puis par une disposition qui n’existait pas encore jusqu’alors , au moins d’une manière

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évidente, je veux dire par des lacunes creusées dans 1 épaisseur des os voisins et communiquant avec la cavité olfactive, lacunes connues sous le nom de smtis.

Les cornets ne sont plus cartilagineux , mais osseux; les lames qui les forment sont 1res minces, d un tissu réticulé, plus ou moins transparent , et peuvent être contournées en tous sens; leur nombre varie beaucoup, mais il est quelquefois si grand que la cavité nasale semble être complètement remplie de cornets. Si l’on consulte 1 analogie, et qu’on assimile les cornets osseux des mammifères aux cornets cartilagineux des oiseaux , on sera tenté de regarder les premiers comme des parties indépendantes des os de la face , et appartenant spécialement à l’appareil olfactif ; cependant il est difficile de décider cette question , qui n’a d’ailleurs pas , au point de vue physiologique, l’importance qu elle peut offrir sous d’autres rapports. Quelle que soit, au reste, la solution qu’on lui donne , les cornets se rattachent, au moins par leurs connexions, aux os qui concourent à former les parois du sac qu’ils remplissent , et nous pouvons les diviser d’après celui de ces os avec lequel ils sont en rapport , en naso-frontale , sphénoïdal et maxillaire, division préférable à celle exprimée par les épithètes de supérieur, moyen et inférieur ; car ces épithètes, justes pour l’homme et quelques espèces voisines, cessent de l’être pour beaucoup d’autres. Chacun de ces cornets peut se subdiviser plus ou moins. La pituitaire les dépasse souvent , et forme alors des espèces de bourrelets dans lesquels la couche vasculaire est très

abondante. ^ ,

Les sinus sont également au nombre de trois , désignes parle nom des os dans lesquels ils sont creusés, et qui senties mêmes que ceux qui donnent leurs noms aux cornets. Le sinus frontal , supérieur ou anterieur , selon le cas , occupe l’intervalle des tables du frontal , et s etend même quelquefois dans toutes les parois osseuses du crâne. Le sinus sphénoïdal ou postérieur est creusé dans le coips du sphénoïde; le maxillaire ou externe occupe le corps de l’os de ce nom. En pénétrant dans ces cavités , où elle fait en quelque sorte hernie , la pituitaire s’amincit beau-

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coup. Il est à remarquer que la grandeur des sinus et les contours des cornets augmentent avec l’âge.

L’appareil ollactif nous offre peut-être encore plus de différences dans la classe des mammifères, que dans celle des oiseaux, sous le rapport de son développement et de ses conditions de perfectionnement , et pour ce qui concerne l’étendue de sa cavité, le nombre , la grandeur, les subdivisions et les anfractuosités des cornets j il en existe beaucoup aussi , quant à l’étendue des sinus.

Ces différences sont assez évidemment en rapport avec les habitudes de l’animal , notamment avec les habitudes alimentaires 5 cependant on ne saurait faire de cette observation une loi rigoureuse, applicable à tous les cas. C’est en général parmi les animaux plus ou moins herbivores ou fructivores que se trouvent les espèces dont l’appareil est le moins développé, tant dans ses parties essentielles que dans ses parties de perfectionnement. Tel est surtout le cas de la plupart des Leur cavité nasale a peu d’éten¬

due j leurs cornets sont petits et peu divisés j leurs sinus manquent souvent en partie; le nez est petit et peu mobile. Les éîéphans et les soltpèdes ont aussi une cavité médiocre et des cornets assez simples ; mais leurs sinus sont fort grands ; ceux de Véléphanl pénètrent dans toute l’étendue des os du crâne. Le nez se fait aussi remarquer, dans cette espèce , par sa prodigieuse longueur, qui le transforme en une trompe , mais , comme nous l’avons vu ailleurs , pour un tout autre but que l’odorat; la membrane tégumentaire dans ce prolongement nasal n’est pas modifiée pour l’olfaction , comme dans la cavité supérieure, et tout est disposé, dans la trompe de l’éléphant, pour lui donner une grande force et une grande étendue de mouvemens. Nul doute cependant que cette faculté de locomotion ne soit un bon auxiliaire pour le sens qui nous occupe , en permettant à l’animal de recueillir des molécules odorantes dans toutes les directions sans changer de place.

Le plus grand développement de l’appareil olfactif se voit chez les carnassiers , surtout chez les espèces omnivores, telles que le chien , Y ours , la hyène. Cher ces animaux, les cornets sont tellement gros, subdivisés ou an-

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fractueux, qu’ils remplissent la cavité olfactive, ne laissent entre eux que des méats semblables à des fentes, et ressemblent à une masse de cellulosité; la partie inférieure de l’appareil , qui représente le canal respiratoire , est occupée elle-même par ces lames osseuses , qui tamisent ainsi l’air forcé de passer dans leurs interstices à chaque mouvement respiratoire.

Ces carnassiers ont en outre des sinus assez grands, bien qu’ils ne dépassent pas le frontal ; leur nez atteint la partie terminale du museau , et se trouve percé, dans cet endroit, de deux narines à bords mobiles et couverts d’un tégument nu , mou et enduit d*une humeur muqueuse. Les autres carnassiers offrent aussi un système de cornets assez complexe , mais moins considérable cependant que les précédons; le nez, chez eux, tend aussi à se raccourcir, par conséquent à devenir moins terminal , et perd plus ou moins sa mobilité. On remarque dans d’autres groupes, dans celui des didelphes^ que les espèces carnassières ont également des cornets plus développés que les espèces plus ou moins phytophages. Il faut compter encore parmi les mammifères les mieux organisés pour l’olfaction , les cochons , qui non seulement ont la cavité nasale remplie par des cornets fort gros et très divisés, mais qui présentent, en outre , des sinus plus étendus que eeux d’aucune autre espèce ; ces cavités s’étendent dans toute la boîte crânienne , dans le sphénoïde postérieur , dans les apophyses ptérygoïdes , dans l’apophyse malaire du temporal, et jusque dans l’os zygomatique. ^

Les ruminans^ bien qu’herbivores, ont un appareil (I olfaction encore assez complet. La cavité a beaucoup d étendue, les cornets sont grands, mais peu subdivises ; les sinus s’étendent jusque dans les saillies osseuses qui portent les cornes.

Parmi les quadrumanes j les espèces les plus omnivores, les makis , se rapprochent assez des carnassiers par le de,veloppement de leur poche olfactive et de ses cornets ; ils ont, au reste, comme les carnassiers omnivores , un museau allongé, à narines terminales. Les singes ^ surtout ceux de l’ancien continent , sont beaucoup moins bien par-

APPAREIL DE l’oDORAT

tagés à cet égard j et l’iiomme lui-même , bien qu’omnivore , nous ollrc une cavité nasale assez médiocre, des sinus peu étendus , des cornets assez simples. Mais peutêtre colle iuipertection est-elle rachetée chez lui par la sensibilité de la membrane pituitaire, par la grande activité du système nerveux encéphalique, enfiu par la forme et la grandeur du nez qui , semblable à une pyramide ouverte à sa base, semble mieux disposé pour recueillir les molécules odorantes qui émanent du sol , que le nez plus ou moins tubuleux et horizontal des carnassiers euxmêmes 5 d’où je ne prétends cependant pas inférer que notre odorat puisse égaler celui de ces derniers , celui du chien ou de l’ours, par exemple.

Les cétacés sont, de tous les mammifères, ceux qui ont l’appareil olfactif le plus imparfait, et cela non plus en raison de leur mode d’alimentation , puisqu’ils sont carnivores , mais pour une raison toute différente. Ces mammifères , habitans d’un liquide dans le sein duquel ils ne peuvent pas respirer, avaient besoin d’une disposition particulière dans la partie antérieure de leur appareil respiratoire, pour empêcher que l’eau qu’ils avalent en saisissant leur proie , ne parvînt dans cet appareil. C’est aux dépens de l’appareil qui nous occupe qu’ils possèdent cette disposition. Chez eux, la cavité nasale est tout entière convertie en canal respiratoire, et fait suite à la trachée artère qui remonte à angle droit jusqu’à cette cavité 5 celle-ci représente un conduit qui, au lieu de se diriger, comme dans les autres animaux, d’arrière en avant, se porte de bas en haut , et va s’ouvrir par un orifice , le plus souvent unique, à la racine du front (!)• c’est cet orifice qui forme, chez les cétacés, ce qu’on nomme l’évcntj il est fermé, dans l’état de repos, par une sorte d’opercule fibro-musculaire , et donne issue à l’eau que l’animal avale en saisissant les proies dont il se nourrit. Les cornets manquent probablement tous, à moins qu’on ne veuille

(1) C’est ilu moins la situation constante de l’orifice osseux; le cutané peut Tarier et se trouver beaucoup plus loin, jusqu’à l’occiput, par exemple, dans, quelques dauphins.

DANS LA SÉRIE

considérer comme leurs analogues une partie osseuse qui se trouve rejetée dans une sorte de sinus maxillaire ; mais ce sinus lui-même ne communiquant pas avec la cavité nasale, ces parties ne servent en tout cas pas à rolfaction. Outre cela, la membrane qui tapisse cette cavité est sèche, dure, fibreuse, et ne semble point organisée pour sentir les molécules odorantes. Peut-être la propriété olfactive appartient-elle cependant à une partie de cette membrane, qui tapisse des espèces de poches placées dans le bourrelet fibro-musculaire qui forme la narine; du naoins le tégument devient-il ici beaucoup plus mou et présente-t-il des plis plus ou moins nombreux.

APPAREIL DE LA VUE

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