III. PARTIES ACCESSOIRES
Les parties annexées à l’appareil delà vision des animaux vertébrés, pour concourir à sa conservation et à son per-
(1) Ce feuillet est une lame coinjiarahle i du papier gélatine , qu on détaché delà face intérieure de la cornée. 11 est très probable que cette partie est vivante, bien que son aspect homogène n’y laisse pas apercevoir les caractères d'ua tÎMu organisé.
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fectionnement , sont de plusieurs sortes. Ce sont ou des organes locomoteurs des muscles qui, soumis à la volonté, permettent à l’animal de diriger ses yeux vers les objets qu’il a intérêt de connaître , ou des abris que fournit le système solide et le tégument voisin , ou enfin des organes de sécrétion et de nettoiement. Prenons une connaissance générale de ces divers élémens de perfectionnement, qui nous offriront ensuite, la plupart, de grandes différences, selon la classe de vertébrés ou nous les étudierons.
1“ /ocowo/ewr. L’appareil locomoteur de l’œil
se compose de plusieurs faisceaux musculaires, le plus ordinairement au nombre de six , et qui s’attachent par leurs extrémités , d’une part au système solide qui environne et protège l’œil , de l’autre à l’enveloppe fibreuse de celui-ci. De ces six muscles, quatre sont droits, c’està-dire se portent directement dans le sens du diamètre antero-postérieur de l’organe , un à sa partie supérieure , un à l’inférieure , et les autres sur les côtés j les deux muscles qui restent coupent la direction des premiers , Tun en dessus, l’autre en dessous p ce sont des muscles obliques.
2° Parties protectrices de l'œil. L’œil est reçu en partie dans une cavité plus ou moins grande et profonde qui lui est fournie , le plus ordinairement , par une modification, et quelquefois par un simple écartement des pièces antérieures du squelette. La direction de cette cavité varie considérablement, et tend, en général, à se rapprocher de plus en plus de celle de l’axe du corps.
Outre cet abri permanent, l’œil des animaux vertébrés en reçoit un plus ou moins temporaire du tégument voisin , qui forme au devant de lui des replis qu’on nomme des paupiè7’es. On compte trois paupières, qui se montrent à des degrés très divers de développement, depuis celui ou elles ne forment que de simples bourrelets immobiles, jusqu’à celui où elles représentent des voiles mobiles , capables de couvrir toute la surface extra-orbitaire de l’œil. Des trois replis palpébraux, deux ont une direction horizontale ; le troisième, placé verticalement, est connu sous le nom particulier de 'membrane nictitante. Les paupières
DANS LA SÉRIE. 291
horizontales sont les plus constantes et généralement les plus développées.
Des deux lames téguraentaires qui forment chaque paupière 9 1 externe ressemble à la peau voisine et s’en distingue tout au plus par sa minceur, et quelquefois par plus ou moins de transparence; l’interne, distinguée sous le nom de conjonctive, prend, au contraire, l’aspect des membranes muqueuses , en continuant à s’amincir de plus en plus, passe du repli palpébral sur la surface même de l’œil, s’y attache souvent d’une manière plus ou moins intime, et psse au devant de la cornée, dont elle parta^re alors la diaphanéité ; quelquefois celte peau amincie peut demeurer sans adhérence avec la cornée ; d’autres fois et c’est ce qui a lieu chez les animaux supérieurs , elle paraît s’arrrêter au bord de ce disque. Dans l’intervalle de leurs deux feuillets, les paupières renferment fréquemment des pièces cartilagineuses; ou y voit également des fibres musculaires , outre des faisceaux de même nature qui, de l’orbite, viennent se rattacher à ces replis pour les mouvoir.
Enfin des cryptes disséminés ou agglomérés, et formant alors ce qu’on nomme des glandes lacrymales , sont annexés au globe oculaire pour le lubrufier. On voit ordinairement un amas de ce genre entre l’œil et l’orbite à la partie supérieure externe de celui-ci : c’est la glande lacrymale proprement dite ; un autre amas , placé du côté interne de l’orbite , porte le nom de glande lacrymale interne, ou d’IIarderus. Il ne faut pas la confondre avec la caroncule lacrymale , petite masse crypteuse plus ou moins rouge et entremêlée de poils qu’on voit aussi à l’angle interne de l’œil. Enfin , tandis que ces divers organes sécréteurs versent sur ce dernier un fluide séi’eux quelques cryptes isolés , placés vers le bord des j)auj.ières , fournissent une humeur grasse, muqueuse , séba-' cée , mais toujours assez peu abondante. Les larmes, au contraire, le sont quelquefois au point qu’il leur faut des voies d’écoulement particulières. Des orifices , situés vers l’angle nasal de l’œil , les reçoivent et les conduisent dans un canal d’abord renflé en sac lacrymal , et qui va se terminer dans la cavité olfactive.
APPAREIL DE LA VDE
Des poils implantés au bord libre des paupières, et connus sous le nom de cils , et d’autres qui couvrent une saillie au-dessus des orbites , et forment ce qu’on nomme des sourcils, contribuent à la protection de l’appareil de la vue chez un certain nombre de vertébrés.
Étudions maintenant les modifications de cet appareil dans les cinq classes de ce type.
Les yeux des poissons se font remarquer par leur aplatissement en avant et leur forte convexité en arrière. On en distingue très bien les diverses membranes. Entre la sclérotique et choroïde , on remarque une couche de pigmentum argenté , qui appartient à cette dernière membrane , et se continue sur l’iris. Ce diaphragme est peu vasculaire, par conséquent peu érectile, ce qui explique pourquoi l’ouverture pupillaire n’est généralement pas susceptible de mouvemens appréciables. Entre la choroïde et sa couche nacrée , nous voyons , au pourtour de l’entrée du nerf optique dans le bulbe oculaire, un bourrelet composé en grande partie par des vaisseaux, vrai ganglion vasculaire, désigné sous le nom de ganglion choroïdien.
Les poissons ont une rétine fort épaisse et composée de deux couches, dont l’interne naît du nerf d’une manière très évidente ; on voit celui-ci , membraneux et plissé en cylindre , se déployer en traversant les envelop- ■ pes de l’œil, et fournir, en s’irradiant, la toile rétinienne, . Il arrive quelquefois que le nerf optique se trouve divisé t en plusieurs parties j c’est ce qu’on voit notamment dans i le cheilodipière aigle.
La partie dioptrique se distingue, dans la classe qui nous il occupe , par un cristallin sphérique et tellement volumi-neux qu’en arrière il refoule l’humeur vitrée et en réduit ti considérablement la masse , et qu’en avant il ne laisse en-.i tre lui et la cornée, qui est fort aplatie, aucun intervalle î' où puisse se loger une humeur aqueuse.
L’œil des poissons est logé dans un orbite qui n’est ti fourni qu’en partie par le système solide; un bourrelet t cutané orbiculaire complète cette cavité. Ce bourrelet re-présente seul l’abri palpébral, en y joignant un rudiment t
DANS LA SÉRIE
de pnupière tout à fait immobile. Six muscles, dont quatre droits et deux obliques , meuvent le globe oculaire. Il n’y a point encore ici d’appareil lacrymal, circonstance qui s’explique autant par la considération du milieu qu’habitent les poissons, que par la place inférieure qu’ils occupent sur l’échelle zoologique.
Les différences que nous avons observées entre ces animaux, sous le rapport de l’appareil de la vue, sont peu considérables et peu importantes. Elles se réduisent presque à des différences de développement, et sont en rapport avec certaines habitudes. Ainsi les poissons voyageurs, ceux qui vivent en pleine mer, tels que les harengs, les maquereaux^ etc. , ont les yeux assez gros, tandis que, chez les espèces qui séjournent dans les mêmes lieux et qui se tiennent près du littoral, ces organes sont, en général, plus ou moins petits. Parmi ceux qui vivent dans la vase, il en est qui sont complètement privés d’yeux; c’est le cas des myxtnes , parmi les chondroplérygiens , et de Vaptérkhte {cécüie Âe Brander et Lacépède), parmi les osse7<.r.M.de Blainville, qui a cherché très inutilement l’œil chez la myxine^ fait à ce sujet une observation fort digne d’attention : « On remarque bien à l’extérieur , dit-il , une sorte de petit renflement coloré à l’endroit où l’œil devrait être; mais, en enlevant la peau, j’ai trouvé que cette saillie est formée par un amas de petits grains vers lesquels arrivent des filamens nerveux et vasculaires. Le rudiment de l’organe avait-il été décomposé ? »
On trouve enfin , chez quelques poissons , l’appareil de la vue dans un état d’anomalie reél ou apparent. Ainsi les anableps ont des yeux plus rapprochés , dont la cornée se trouve transversalement partagée par une bande opaque en deux moitiés, qui ont chacune leur courbure particulière; et comme la même bande se trouve adhérer à 1 iris , il s’ensuit que ce diaphragme oculaire et son ouverture sont également divisés : du reste, les autres parties de l’œil sont dans leur état ordinaire.
Dans \es pleuronecteSf les deux yeux se trouvent du meme côté ; mais , comme cela tient à la torsion de la tête, cette anomalie n’est qu’apparente.
APPAREIL DE LA VUE
Eu passant des jjoissons aux aniphihiens , nous ne trouvons pas un progrès bien prononcé dans l’appareil de la vision. Le cristallin conserve sa forme sphérique , la réfine son épaisseur. La cavité orbitaire n’est pas soutenue complètement par le système osseux ; il n’y a pas encore de glande lacrymale, La cornée cependant devient très convexe , ce qui achève de donner au bulbe oculaire une forme globuleuse , et nous commençons à voir des paupières mobiles. Du reste , nous trouvons de notables différences dans les caractères des diverses parties de l’œil , selon le groupe que nous étudions.
D’abord cet organe n’est que rudimentaire dans les cécilies et dans les protées , qui sont certainement aveugles. Chez les psondo-sauriens ou salamandres, il est fort saillant , au moins quand l’animal est hors de l’eau ; la cornée est très bombée, le cristallin sphérique, la rétine très épaisse. L’iris est percé d’une pupille transversale^ il y a des ébauches de paupières horizontales.
Les grenouilles ont de gros yeux saillans. La sclérotique, dure et comme cartilagineuse, se termine par une cornée très convexe en avant. La choroïde est, comme chez les poissons, couverte extérieurement d’un pigmentum argenté, indépendamment de la couche noire qui revêt sa face interne. Cette membrane commence à former derrière l’iris un cercle de petites saillies , qu’on peut regarder comme des procès ciliaires incomplets , et qui , prolongées en replis , vont s'attacher fortement à la capsule du cristallin. La pupille est rhomboïdale j le cristallin, un peu moins sphérique que précédemment, est petit et permet au corps vitré d’occuper une assez grande place.
L’œil des grenouilles se meut dans l’orbite par le moyen de deux paires de muscles obliques. Il est abrité par deux paupières, dont la supérieure, immobile par elle-même, s’abaisse néanmoins en même temps que le globe oculaire j tandis que l’inférieure, pourvue de muscles abaisseurs et j’eleveurs , se meut indépendamment de l’œil , et vient le recouvrir, en passant même sous le bord de la première paupière. Cette paupière inférieure est fort grande, et représente en même temps la troisième.
DANS LA SÉRIE
Il n’y a encore dans ce groupe ni glande ni canal lacrymal.
Les pipas se distinguent des autres batraciens par la petitesse de leur œil , qui est en outre complètement dépourvu de paupières. La pupille en est ronde, et le cristallin sphérique.
Les reptiles proprement dits, ou écailleux, vont nous offrir quelque chose de plus complet dans 1 organisation de l’appareil qui nous occupe, mais avec des différences qui nous obligent à parcourir sans autres généralités les divers groupes dont cette classe se compose.
Chez les ophidiens ^ le bulbe oculaire est piesque sphérique, aussi bien que le cristallin j la pupille est ronde. Nous trouvons, pour mouvoir ce bulbe, quatre muscles droits et deux obliques. La peau de son pourtour ne fournit pas de replis palpébraux, mais seulement un bourrelet placé sur le bord de l’orbite ; après avoir formé ce bourrelet, le tégument se porte , sans y adhérer, au devant de la cornée, dont il partage la transparence. On voit en arrière de l’œil , quelquefois en grande partie hors de l’orbite, notamment chez les couleuvres ^ une glande lacrymale que plusieurs anatomistes ont prise pour la glande du venin, mais par erreur, puisque cet organe est plus développé chez les couleuvres que chez les espèces venimeuses ; dans les serpens à sonnettes , par exemple, il est assez réduit pour être contenu tout entier dans l’orbite. C’est cette glande qui parait composer tout l’appareil lacrymal des serpens. On ne saurait y rattacher une sorte de poche qui se voit dans les trigonocéjdiales et les crotales au devant de l’œil, au fond d'un enfoncement de l’os maxillaire; la peau qui tapisse celte poche n’est pas crypteuse et offre de l’épiderme.
Les différences qu’on observe entre les «er/iens, sous le rapport de l’œil , portent sur son développement. Les espèces venimeuses ont des yeux plus petits et surtout plus couverts par le bord orbitaire que les couleuvres ci \cs
boas. Chez le Ujphlops l’œil est tellement réduit qu’il n’est
plus visible à l’extérieur.
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Chez les satiriens , les yeux sont sphériques. La sclérotique est soutenue en avant par une série de pièces osseuses disposées circulairement. La cornée est toujours très bombée. La choroïde fournit ordinairement des procès ciliaires ] mais ces replis sont encore très fins. Pour les mouvemens du globe oculaire , il y a six muscles , dont deux obliques j chez les geckos seuls ces derniers manquent. La peau forme, au bord supérieur de l’orbite , une sorte de saillie palpébrale, soutenue par plusieurs pièces osseuses j en bas il y a une autre paupière plus large et plus mobile, soutenue par une plaque cartilagineuse; enfin, on voit une paupière verticale à peu près ou tout à fait immobile. L’appareil lacrymal commence à se compléter dans ce sousordre de reptiles ; outre une glande assez considérable qui se voit souvent à la face interne de la troisième paupière , on aperçoit un large canal , qui entre dans la cavité nasale , après avoir traversé un trou de l’os unguis.
Les yeux des caméléons et des geckos se distinguent de ceux des autres sauriens par quelques particularités. Chez les caméléons , l’œil est gros et saillant; la sclérotique est soutenue en avant par un cercle d’écailles ; l’iris , qui est fort petit, ainsi que la cornée, porte en avant un pigmentum argenté comme celui des jjoissons , et offre une pupille ronde; le cristallin est très petit et sphérique. Les paupières sont peu fendues; la peau qui passe devant le globe oculaire se moule sur lui , en conservant son épaisseur et toujours hérissée de tubercules ; elle se ride circulairement et présente une très petite fente un peu en dedans de l’axe de l’organe.
L’œil des geckos se distingue surtout par un iris large percé d’un trou ovale, dont le grand diamètre est vertical, et par l’absence de paupières; on ne voit à la place de celles-ci qu’un bourrelet cutané orbiculaire , et un petit pli situé à l’angle interne de l’œil et qui nous représente l’ébauche de la paupière verticale.
Les yeux des crocodiles sont encore à peu près sphériques. La sclérotique, mince et laissant transparaître la couleur noire de la choroïde, se termine sans cercle de
DANS LA SÉRIE
pièces solides par une cornée épaisse et Irès convexe. La choroïde offre des procès ciliaires très distincts. L’iris , très érectile, est percé d’une pupille allongée verticalement. Le cristallin est lenticulaire, peu comprimé.
Le globe de l’œil est reçu dans un orbite très large , mais qui, par sa position supérieure, laisse à découvert une grande partie de ce bulbe. Il y a, pour les mouvemens de celui-ci, les six muscles ordinaires et un petit muscle choanoïde.
L’œil des crocodiles est protégé par trois paupières toutes mobiles, et dont la verticale est transparente. Cet organe possède enfin une grosse glande lacrymale dont le produit pénètre par un orifice dans un conduit nasal.
Chez les tortues, le globe oculaire est aussi presque sphérique. La sclérotique est mince , mais soutenue en avant par une série d’écailles courtes , imbriquées , et qui circonscrivent la cornée. Celle-ci se fait remarquer par son peu d’étendue et par sa forme ovale j son plus grand diamètre est le transversal. La choroïde, épaisse, chargée et même imprégnée d’un pigmentum très noir, ne fournit que des procès ciliaires peu prononcés. L’iris offre une pupille ronde. Le cristallin est très convexe, surtout chez les espèces aquatiques. L’œil , reçu dans un orbite fort grand, s’y meut à l’aide des six muscles ordinaires et d’un choanoïde fort développé. Les trois paupières sont mobiles; les deux horizontales portent, comme le reste du tégument, des écailles épidermiques. Nous voyons s’adjoindre au système oculaire des chéîoniens un appareil lacrymal composé de deux glandes , dont la principale est placée en dehors et en haut, l’inférieure en dedans et en bas; mais on n’aperçoit pas de sac nasal.
En passant aux oiseaux , nous voyons l'appareil de la vue s’élever au plus haut degré de perfectionnement. Non seulement il est, dans cette classe, aussi complet que possible, mais chacune de ses parties s’y trouve, en outre, disposée à tous égards pour donner à la fonction toute l’énergie dont elle est susceptible. Cette supériorité des oiseaux sur tous les animaux précédens était réclamée par leur genre de vie. Destinés à s’élever dans l’atmosphère ,
APPAREIL DE LA VUE
souvent à des hauteurs considérables, à voir les objets de loin et dans un milieu d’autant plus rare que la région atmosphérique où ils se trouvent est plus haute, ces vertébrés, on le conçoit, avaient besoin d’un œil plus parfait que les vertébrés aquatiques et même que tous ceux qui vivent à la surface du sol , sans en excepter même les mammifères. C’est surtout à son volume proportionnel, à la mollesse et à la pulposité de la rétine , peut-être enfin à la faculté de changer la position du cristallin, que cet organe doit ici sa perfection. Voici ses principaux caractères.
Proportionnellement à la tête, l’œil des oiseaux est beaucoup plus grand que celui des autres animaux. Celui d’un aigle de deux pieds dehauteur à jusqu’à dix-huit lignes de diamètre; celui des pigeons est également fort considérable. La forme du bulbe oculaire s’éloigne plus ou moins de la sphéricité dans cette classe, surtout par la diminution du diamètre antéro-postérieur.
La sclérotique est soutenue en avant par une série de pièces osseuses squammiformes, placées entre deux lames de cette enveloppe, et formant un cercle autour de la cornée. Celle-ci est en général grande et convexe ; souvent même elle est portée en avant par le cercle osseux de la sclérotique, disposé comme une sorte de tube.
La choroïde forme des procès ciliaires peu saillans , mais très adhérons par leur extrémité à la capsule cristalline. L’iris est large , spongieux en avant, très érectile , et percé d’une pupille ronde qui s’éloigne du centre de ce diaphragme pour se porter un peu en dedans.
C’est probablement à cette même choroïde qu’il faut rattacher une partie membraneuse , plissée , connue sous le nom de bourse ou de peigne, et qui semble propre aux oiseaux J bien qu’on en aperçoive déjà quelques légers indices chez plusieurs poissons , tels que les trigles , les perches marines , etc. , et peut-être chez les crocodiles , parmi les reptiles écailleux. Le peigne est un corps noir , plus ou moins comprimé, portant quelquefois sur ses deux faces des plis parallèles, qui lui ont valu son nom ; d’autres fois plissé circulairement , à la manière d’une bourse dont les
IJANS LA SÉRIE.
cordons sont serrés. Ce corps naît des bords d’une fente par laquelle le nerf optique pénètre à la face intérieure du bulbe oculaire , et logé dans une dépression de l’byaloïde (ce qui lui donne l’apparence de traverser l’humeur vitrée) J il se porte vers le côté interne de la capsule cristalline, à laquelle il n’est pas probable qu’il adhère immédiatement.
La rétine des oiseaux est très épaisse , et plus pulpeuse que celle de tout autre animal, ce qui indique une sensibilité plus exquise. Arrivée à quelque distance du cristallin, elle s’épaissit encore , s’attache fortement à l’hyaloide , puis s’amincit et fournit un cercle de procès rétiniens , qui vont se fixer par leur extrémité à la capsule cristalline.
L’humeur vitrée , entourée d’une membrane hyaloide très forte, moulée en arrière sur la partie du bulbe qu’elle occupe, excavée en avant pour recevoir le cristallin, est baignée par une assez grande quantité d’humeur aqueuse.
Le cristallin est lenticulaire , plus convexe en arrière qu’en avant, et jouit d’une certaine liberté; il se pourrait fort bien que sa position fût susceptible de changer non seulement dans le sens de son axe , mais encore suivant son plan.
La saillie de la cornée et l’aplatissement de la face antérieure du cristallin , mettent entre ces deux parties un intervalle considérable , ou si l’on veut , de grandes chambres oculaires, que remplit une humeur aqueuse abondante.
Le système osseux de la tête olfre à l’œil une cavité orbitaire plus complète que dans les classes précédentes. Cet organe s’y meut par le moyen des six muscles ordinaires ; les obliques naissent tous deux de la partie anterieure de la paroi interne de la cavité, d’ou ils se portent de dedans en dehors , l’un en dessus , l’autre en dessous du bulbe.
Il y a toujours trois paupières plus ou moins développées et mobiles. Des deux horizontales c’est l’inférieure qui est la plus grande et la plus mobile. Quant à la paupière verticale ou niciUanlo , nulle part elle n’oflre autant
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de développement que chez les oiseaux : c’est un grand repli triangulaire de la conjonctive , transparent , placé à l’angle interne de l’œil , et qui peut s’étendre comme un rideau sur toute la face antérieure de celui-ci , au moyen d’une disposition toute particulière et fort remarquable. Le voile dont il s’agit a son bord libre dirigé obliquement de haut en bas, et de dehors en dedans. Son angle externe supérieur est fixé au cercle osseux de la sclérotique. Inférieurement la membrane nictitanle reçoit le tendon grêle et allongé d’un muscle pyramidal adhérent aussi à la sclérotique , vers la partie interne et postérieure du globe de l’œil; ce tendon, partie de la pointe du muscle, qui est dirigée en haut, ne se rend pas directement au bord libre de la paupière nictitante, mais il se porte d’abord en dehors , et arrivé vers la partie supérieure du nerf optique , traverse un canal courbe qui lui est fourni par un autre muscle, le viuscle carré; c’est après avoir passé dans cette espèce de poulie de renvoi que, se dirigeant en bas et en dedans , la corde tendineuse va s’attacher au voile palpébral, qu'elle doit tirer, comme on le conçoit , de dedans en dehors . à la manière d’un rideau.
Nous trouvons chez les oiseaux deux glandes lacrymales , l’une externe et l’autre interne , celle-ci plus grosse que l’autre. Deux orifices fort grands , situés à l’angle interne des paupières , reçoivent les larmes et les versent immédiatement dans un sac nasal qui s’ouvre par un grand orifice, dans la cavité du nez.
Parmi les différences que l’appareil de la vue nous offre chez les oiseaux , il en est qui sont évidemment en harmonie avec les habitudes diverses de ces animaux ; ainsi nous observons que les oiseaux qui doivent poursuivre leur proie et s’en emparer de vive force , ont , à quelques exceptions près, l’œil plus développé que les espèces qui se nourrissent plus facilement. Ainsi encore , les espèces qui ne sortent que la nuit ou à la chute du jour nous offrent des yeux plus grands que les espèces diurnes ; chez les premières, la surface visuelle est plus large, le bulbe plus aplati; la cornée, très saillante, est portée sur une
DANS LA SÉRIE
espèce de tube que forme la zône osseuse de la sclérotique. Les élémens nerveux et vasculaires de l’appareil jouissent, dans ces mêmes oiseaux, d’une activité vitale plus énergfique qu’à l’ordinaire , et à laquelle suffit l’excitation produite par un très petit nombre de rayons lumineux. On remarque é{jalement un rapport sensible entre le séjour ordinaire de l’animal, et le développement et la forme de ses yeux ou de quelques-unes de leurs parties. Par exemple, les espèces les plus aériennes, celles qui s'élèvent le plus haut et peuvent demeurer le plus loii^jtemps dans les hautes régions de l’atmosphère , avec la faculté de voir ce qui se passe au dessous d’elles , sur la terre , se distinguent par la grandeur de leur globe oculaire, général , comme on peut surtout le voir chez les oiseaux de proie diurnes , et chez certains échassiers; c’est chez ces oiseaux que nous voyons le cristallin s’éloigner le plus de la forme sphérique; ce corps est évidemment plus convexe dans les gallinacés , par exemple qui vivent habituellement sur le sol , et surtout chez les oiseaux aquatiques qui poursuivent leur proie en plongeant sous l’eau, comme les canards.
Les différences de l’appareil de la vue qui ne peuvent se rattacher manifestement aux mœurs et qui appartiennent seulement au groupe, les difïérences purement zoologiques, sont, en général , bien moins importantes dans la classe qui nous occupe que dans les précédentes ; elles ne portent guère que sur le volume proportionnel , le degré de convexité de l’œil, de la cornée, du cristallin, sur le nombre des plis du peigne , sur le développement relatif des paupières. Ces différences, quoique dignes d’être étudiées , ne doivent pas entrer dans une simple esquisse de l’organisation. Je passe donc à l’œil des wommîfères .
On ne s’étonnera pas de trouver ici l’appareil de la vue dans un état plutôt inférieur que supérieur à ce qu’il était chez les oiseaux. La différence des habitudes explique celle que nous rencontrons sous ce rapport entre les deux groupes qui dominent la série , et ce n’est pas la première fois
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que nous avons vu les animaux du second groupe mieux favorisés que ceux du premier ; ou n’a pas oublié que l’appareil respiratoire des oiseaux est disposé , en faveur de leur locomotion aérienne, pour une hématose bien plus active que celui des mammifères. Les traits d’inférioiité ou de rétrogradation qui peuvent être remarqués dans les organes de la vue de ces derniers , sont surtout les suivans. L’œil des mammifères est proportionnellement plus petit que celui des oiseaux , sa tonne est plus sphérique, l’iris est moins large, moins érectile, et par suite de ceci , la pupille est moins variable. La rétine paraît être aussi moins pulpeuse, par conséquent moins délicate. Enfin, l’absence du peigne chez les vertébrés de la première classe rend leur œil moins complet que celui des animaux de la seconde.
A cela près, l’appareil des mammifères nous offre toute la perfection qu’on peut s’attendre à rencontrer dans une organisation supérieure ; et nous pouvons leur appliquer, en y renvoyant le lecteur , la description typique que nous avons donnée de l’appareil de la vue chez les vertébrés en général. Nous devons toutefois signaler encore quelques caractères qui appartiennent plus spécialement à l’œil des animaux qui nous occupent, et indiquer rapidement les différences principales que nous présente cet organe dans les divers groupes de cette division zoologique.
La sclérotique des mammifères est molle et purement fibreuse dans toute son étendue j la choroïde et la rétine fournissent chacune une couronne de procès généralement prononcés. La membrane vasculaire se fait remarquei' dans plusieurs groupes par une coloration particulière, qui occupe une étendue plus ou moins considérable de sa couche interne , autour de l’entrée du nerf optique , et dont l’utilité n’est pas connue; je veux parler de cette espèce de tache, connue sous le nom de tapis. Elle existe chez beaucoup de carnassiers^ tels que les chiens , les civettes, où elle est d’un blanc mat; chez la loutre, le lytix, où elle offre une teinte bleuâtre ; chez le lion , le chat domestique, etc., où nous la voyons d’un jaune doré; nous la retrouvons, chez les cétacés, blanche ou bleuâtre ; chez
DANS LA SÉRIE
les solipèdes et les ruminans , le tapis existe également , et se montre gris vert pâle. 1
La membrane nerveuse nous présente aussi une tache découverte par Sœmmering ; elle est jaune , transparente au milieu, avec un petit enfoncement ovalaire. Observée seulement dans notre espèce , et dans les singea^ la tache de Sœmmerïng est restée jusqu’à ce jour une simple particularité , dont on ignore encore l’importance physiologique.
Le système musculaire de l’œil est passablement développé chez les mammifères : non seulement il est sans exemple qu’il se compose de moins de six muscles , mais on voit souvent deux couches de muscles droits , dont l’externe représente les faisceaux ordinaires, et l’interne, plus courte , quelquefois indivise , ressemble à une sorte d’entonnoir qui embrasse la partie postérieure du globe oculaire 5 cette forme a valu à cette seconde couche le nom de muscle choanoïde (l).
Ce muscle existe chez tous les carnassiers, où il est bien divisé j chez les rongeurs , ou nous le trouvons très petit,* chez les solipèdes et les ruminans, chez lesquels , ordinairement sans division , il se présente comme un véritable entonnoir autour du nerf optique.
Les paupières horizontales des mainmifères se font remarquer par les cartilages qui sont compris dans leur épaisseur, et surtout par les poils que nous trouvons sur leurs bords , dans certaines espèces , et qui sont connus sous le nom de cils. On voit également dans cette classe seule , des sourcils, c’est-à-dire une rangée d autres poils protecteurs de l’appareil , placés au dessus de 1 orbite j mais cette dernière particularité ne s’observe elle-meme que chez Vhomme , et se rattache à la situation verticale qu’il affecte naturellement, par une véritable exception dans la classe dont cet être fait partie. La troisième paupière est en général moins prononcée chez les mammifè-
(1) On la rencontre déjà quelquefois, comme nous 1 avons vu, dans les classes précédentes, cliei plusieurs amphibiens et chez quelques reptiles, surtout chez les tortues.
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res que chez les oisemix. Son développement semble même marcher chez les premiers en sens inverse de la progression zoologique j assez considérable chez les ruminans , chez les soltpèdes, chez les proboscïdïens , la paupière verticale décroit chez les carnassiers, se réduit davantage encore chez les singes^ et laisse à peine de faibles traces dans l’espèce humaine. Elle est souvent soutenue par une petite lame cartilagineuse, et ne jouit ordinairement d’aucune mobilité,- quand ce repli de la conjonctive est mobile, il doit cet avantage à des fibres musculaires qui , détachées de l’orbiculaire , viennent se prolonger jusque dans son épaisseur, comme on le voit chez Véléphant.
L’appareil lacrymal nous offre une ou deux glandes, dont le volume est en rapport inverse. L’interne, cachée derrière la paupière verticale , disparaît avec celle-ci , et manque même déjà chez les quadrumanes.
En indiquant les principaux traits qui caractérisent l’appareil de la vue des mammifères , j’ai déjà été conduit à signaler quelques-unes des différences qu’il présente dans les divers groupes de cette classe. Il me reste à faire raen. lion de quelques autres j je choisirai surtout celles dont l’importance est manifeste.
Chez les mammifères aussi, on remarque un rapport assez constant entre le développement de l’œil et les caractères, les mœurs, les habitudes. Les espèces faibles et timides ont souvent cet organe fort gros, et peuvent, à la faveur de son activité, apercevoir au moins de très loin l’ennemi auquel la fuite seule peut les dérober 5 c’est ce qu’on observe chez un certain nombre de rongeurs, chez le lièvre, par exemple. De leur côté, les mammifères éminemment carnassiers jouissent du même avantage, destinés qu’ils sont à poursuivre des proies vivantes. Ici encore nous trouvons , comme dans la classe précédente , que les animaux qui ne cherchent leur nourriture que pendant la nuit , et celles qui jouissent, comme le cheval , de la faculté d’y voir dans l’obscurité, ont les yeux plus gros, l’iris plus large et plus contractile , par conséquent aussi la rétine plus délicate que les espèces des mêmes groupes, qui n’y voient que pendant le jour. Tel est le cas de quel-
DANS LA SÉRIE
qucs singes du nouveau continent , des tarsiers, de l’ayeaye, des chats, des gerboises, et de plusieurs autres. Cependant, si les mœurs d’un animal le portent à vivre habituellement hors de toute lumière, dans une obscurité absolue, l’œil diminue beaucoup , et peut même se réduire à un bulbe rudimentaire, complètement caché sous la peau. Ce cas est celui du rat-taicpe aveugle ou zemni, petit rongeur qui n’offre pour tout œil qu’un petit grain noir, couvert par une peau aussi épaisse et aussi velue que celle des parties voisines.
On a pensé que c’était du zemni {[ue les anciens voulaient parler, lorsqu’ils disaient que la taupe est aveugle, car le petit carna^ssier qui porte ce dernier nom a des yeux visibles à l’extérieur, mais si petits et si cacliés sous les poils voisins, que l’animal doit écarter ceux-ci par ses muscles cutanés, lorsque, sortant de sa demeure souterraine, il vient jouir de la lumière. La taiipe nous offre donc aussi un exemple du rapport qui existe entre les mœurs d’un animal et le degré de développement de son appareil de la vue.
Les modifications que subit cet appareil , selon que le mammifère vit habituellement dans le milieu atmosphérique, ou dans l’eau , ne sont encore connues qu’imparfaitement : nous observons seulement que la cornée est d’autant plus plane, et que le cristallin offre d’autant plus de sphéricité que les habitudes sont plus aquatiques , ce qui s’accorde avec ce que nous avons vu dans les classes précédentes 5 c’est ce qu’on peut observer au plus haut degré chez les cétacés. Dans les mammifères terrestres , au contraire, la cornée fait plus ou moins de saillie , et le cristallin s’aplatit en proportion : l’homme passe pour être, de tous les mammifères, celui dont le cristallin s’écarte le plus de la forme sphérique. Les parties accessoires de l’œil, les replis palpébraux et l’appareil lacrymal diminuent aussi chez les espèces qui vivent dans l’eau.
Outre les différences que je viens de résumer et dont on peut apprécier la raison physiologique, les yeux des mammifères en présentent beaucoup d’autres qui jusqu’à présent n’ont qu’une valeur purement zoologique , bien