‹ Précis d'anatomie comparéeChapitre 35 sur 56 · PARTIE CENTRALE · texte numérisé non relu

PARTIE CENTRALE

La partie centrale n’est plus ici , comme précédemment, réduite à une simple petite masse ganglionaire sus-œso-

DANS LA SÉRIE

phagienne; c’est un long cordon qui, de l’extrémité céphalique de la série vertébrale, se prolonge plus ou moins dans ses régions postérieures. Ce cordon a reçu le nom de moelle épinière dans la plus grande partie de son étendue j antérieurement, il entre dans la composition de ce qu'on nomme d’une manière générale Vencéphule on le cerveau.

La masse nerveuse centrale et les ganglions qui forment en avant la masse encéphalique sont couverts , dans les vertébrés, de plusieurs enveloppes qui leur rendent des offices divers. Immédiatement à leur surface se trouve leur membrane celluleuse spéciale, qui est si riche en vaisseaux, qu’on la regarde comme vasculaire et comme nourricière des organes qu’elle revêt 5 on la connaît sous le nom de pie-mère. Au dessus d’elle se voit une poche séreuse ou d’isolement qui suit toutes les inégalités et pénètre dans tous les intervalles des parties qui nous occupent : c’est V arachnoïde . Son feuillet externe est en rapport avec une troisième enveloppe, la dure-mère , membrane fibreuse , et par conséquent déjà un peu protectrice. Vient enGn une couche plus ou moins dure, le plus souvent osseuse, qui n’est autre que la série des arcs vertébraux supérieurs, lesquels forment ce qu’on nomme le crâne et le canal rachidien. Cette dernière enveloppe, empruntée à l’appareil locomoteur, et qui fournit au centre nerveux et aux ganglions de la vie de relation un abri si bien proportionné à leur importance, ne se moule pas, à beaucoup près , aussi exactement sur ces organes que les enveloppes précédentes," cependant elle traduit encore jusqu’à un certain point la forme de ceux-ci, dans les endroits où elle est le moins appelée à concourir à la locomotion , c’est-à-dire dans sa partie crânienne. Le caractère locomoteur des arcs vertébraux de la tête peut alors le céder assez complètement à leur caractère de parties protectrices du système nerveux, pour qu’il soit possible d’apprécier d’une manière générale, d’après la forme extérieure du crâne, le développement proportionnel des principaux ganglions céphaliques. Mais il y a loin de cette vérité incontestable aux applications nombreuses et détaillées qu’on

446 APPAREIL ü’iNCITATIOA’ ET d’haUMONISATION

a prétendu en faire de nos jours , pour mesurer les dilï’érenccs individuelles qu’offrent les divers points de la surface de ces {;:an{jlions , et conclure de là l’énergie relative des facultés psychologiques particulières.

C’est à tort que Gall et d’autres personnes ont voulu voir dans la moelle épinière une chaîne de ganglions réunis par des commissures longitudinales; ni l’embryogénie, ni l’étude attentive de la structure de ce centre nerveux, ne justifient une pareille conception.

L’opinion de Gall repose néanmoins sur un fait incontestable, mais que ce célèbre anatomiste n’avait pas suffisamment analysé. Ce fait est important et demande à être rappelé ici. Il existe sur la longueur du cordon médullaire central des renflemens plus ou moins appréciables, qui correspondent aux points où les nerfs et les ganglions de la vie de relation viennent se rattacher à lui. Ces renflemens sont proportionnés au volume , au nombre , à l’énergie des parties nerve\ises qui s’y rallient. On distingue surtout parmi eux , 1°, ceux qui répondent aux ganglions des appendices locomoteurs, d’autant plus prononcés que ces appendices sont plus développés ou animes par des nerfs plus considérables; 2'’, ceux qui se trouvent en rapport avec les ganglions et les nerfs des vertèbres céphaliques , et entre autres, celui qu’on connaît sous le nom de bulbe rachidien y et qui réunit lui-même plusieurs parties dont nous aurons à parler plus lard. Lorsqu’on compare les parties renflées de la masse centrale avec les parties intermédiaires , on voit que la composition des unes et des autres est tout à fait la même, comme nous allons le voir en jetant maintenant un coup d’œil sur la structure de l'organe nerveux central.

Le tissu de la moelle et des ganglions de la vie de relation revêt plusieurs nuances plus ou moins appréciables , qui ont conduit les anatomistes à diviser ce tissu en plusieurs autres, et surtout en deux principaux, désignés sous les noms de substance grise et de substance blanche. On a beaucoup exagéré les différences sur lesquelles repose cette distinction et, par suite, l’importance de celle-ci sous le rapport de l’anatomie générale; en réalité, ces dif-

DANS LA SÉRIE

férences ne sont que des nuances qu’il n’est pas toujours facile de saisir, et ces nuances ellcs-memes dépendent uniquement de ce que certaines couches du tissu nerveux, celles que nous disons formées de substance {jrise , sont abreuvées d’un peu plus de sangr que celles que nous disons etre composées de substance blanche j on conçoit que les parties les plus vasculaires seront aussi les plus actives, et voilà en dernière analyse à quoi se réduit, tant sous le point de vue anatomique que physiolojjiqucment , la distance qui sépare les deux tissus nerveux qu’on admet généralement. Toutefois , la distinction de ces tissus est employée avantageusement pour analyser la structure de la masse centrale, ainsi que les rapports de continuité des diverses parties qui la composent, avec les ganglions qui se rattachent directement à elle.

Le cordon médullaire qui représente le centre de l’appareil d’incitation des animaux vertébrés, est composé lui-même de deux cordons parfaitement semblables, plus ou moins complètement adossés l’un contre l’autre, laissant entre eux, sur la ligne médiane, des sillons plus ou moins profonds et prononcés, et réunis par trois commissures.

La première de celles-ci est une couche de substance grise, impaire, et qui établit une véritable continuité entre les deux cordons latéraux • elle règne d’une extrémité de la moelle à l’autre. Elle représente un quadrilatère dont les faces seraient creusées et les angles tronqués, disposition qui résulte de la présence des sillons qui marquent la division du centre nerveux , principalement sur la ligne médiane. L’embryogénie nous apprend que cette première commissure se forme bien réellement après les cordons qu’elle réunit.

Les deux autres commissures sont superficielles, fournies par la substance blanche de chaque cordon latéral , et formées par une sorte d’entrecroisement. Elles n’existent pas sur toute la longueur de la moelle j leur étendue se proportionne nécessairement à l’écartement des cordons qu elles mettent en rapport.

Lune est supérieure ou dorsale j elle occupe ce qu’on

448 APPAREIL d’iNCITATION ET d’iIARMONISATION

nomme le sillon longitudinal supérieur de la moelle, et forme avec lui un canal plus ou moins prononcé, qui mérite le nom de ventricule médian prolongé. Cette commissure cesse en avant de ces conduits , à l’endroit où les cordons de la moelle s’écartent et forment ce qu’on nomme le calamus scriptorius.

L’autre commissure est inférieure ou ventrale , et moins étendue que la précédente j elle n’est bien évidente que chez un petit nombre d’animaux, et ne commence réellement que vers ce qu’on nomme les pyramides.

Les deux cordons qui constituent le centre nerveux présentent des différences selon qu’on les examine dans le rachis ou dans la tête.

Dans le rachis on aperçoit entre eux, sur la lijjne médiane ventrale, un sillon qui règne ordinairement sur toute la longueur de cette ligne , et se montre très profond. A droite et à gauche de ce sillon existe un faisceau de fibres blanches longitudinales, qui, par sa saillie, produit sur son côté externe une sorte de faux sillon, dans lequel on voit la série des filets inférieurs, qui établissent la communication des ganglions intervertébraux avec le centre.

Le sillon médian supérieur existe aussi sur toute la longueur de la moelle jusqu’au calamus Scriptorius; mais il est superficiel, et en cherchant à l’augmenter, on rompt la commissure blanche supérieure. Cette rupture opérée, on arrive dans le canal que nous avons nommé tout à l’heure ventricule médian prolongé. A droite et à gauche de ce même sillon, nous voyons, comme inférieurement, un faisceau de fibres blanches longitudinales, et sur les côtés de ce faisceau , une sorte de faux sillon où vient aboutir la série des filets supérieurs qui établissent la communication des ganglions vertébraux avec le centre,* et comme ces faux sillons , tant les supérieurs que les inférieurs , correspondent exactement à la partie la plus saillante de la commissure grise, il s’ensuit qu’on peut quelquefois partager la moelle épinière en six cordons, dont trois de chaque coté.

Arrivées vers les vertèbres céphaliques, les deux moi-

DANS LA SÉRIE

tiés de Ja partie centrale commencent à s’écarter l’iine de l’autre; cette séparation n’a lieu d’abord qu’à leur face dorsale, où elle produit, comme nous l’avons vu , le calamus scripforius, et donne naissance, en aufjmentant, à ce qu’on appelle le quatrième ventricule^ ou deuxième médian. La portion médullaire qui subit ce cliangementde direction continue en majeure partie dans les pédoncules du cervelet. Un peu plus loin, après avoir fourni les renfîeviens olivaires , après l’entrecroisement des faisceaux pyramidaux , que nous avons vus constituer la plus petite des commissures superficielles , et après avoir passé une commissure transversale dont nous parlerons bientôt sous le nom de pont de Varole les portions inférieures du cordon central s’éloignent à leur tour l’une de l’autre, et constituent deux gros troncs qu’on nomme d’une manière générale les pédoncules ou les cuisses du cerveau , et qui portent deux renflemens appelés couches optiques. La substance grise qui continue la commissure profonde de la moelle se trouve amenée à l’extérieur par le fait même de la séparation des cordons de celle-ci ; aussi la verronsnous recouvrir la blanche dans la plupart des parties que renferme le crâne.

En me conformant à la méthode généralement employée dans la description de l’encéphale , je devrais suivre maintenant les divisions de la moelle prolongée dans le crâne, jusqu aux divers organes qui résultent de leur épanouissement, d’après l’hypothèse moderne (i). Mais cette maniéré de décrire l’encéphale tend à en donner une fausse ù isoler cette partie du système nerveux du plan général de l’ensemble. L’encéphale se compose, comme le démontre parfaitement iM. de Blainville, des ganglions les plus antérieurs du système , et des cordons ou faisceaux

(1) On sait que Ifs anciens faisaient naître , au contraire, la moelle du cerveau; mais les modernes ont parfaitement démontré, sinon, comme ils le disent, que le cerveau naît de la moelle, du moins que le développement de celle-ci est complet long-temps avant celui de la masse cérébrale ; c’est ce que prouvent a la fois les faits de 1 embryogénie et de l’anatomie comparée, test un des points que Tiedemann a mis dans le plus grand jour dans son ■Anatomie du cerveau.

450 APPAREIL d’iNCITATION ET d’hARMONISATION

plus OU moins considérables, destinés à établir la communication de ces ganglions avec la masse centrale ou moelle épinière. Étudier le cerveau, ce sera donc faire la revue des ganglions antérieurs de la vie de relation , revue que nous compléteront toujours en indiquant par quels faisceaux , ou si l’on veut , par quelle commissure tous ces ganglions se rattachent au grand cordon qui leur sert de centre.

Page 1