‹ Précis d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 13 sur 64 · l'KÉcis · texte numérisé non relu

l'KÉcis

de ces cas, on ne trouve dans le lube digestif aucune lésion spéciale qui puisse faire reconnaître , après la mort, par l'examen des voies digestives, qu'une liéniorrliagie gastrique ou intestinale a eu lieu pendant la vie. La lésion n'était pas plus spéciale chez deux individus morts à la suite d'hématémèse , dont le professeur Lallemand de Montpellier eut occasion d'ouvrir les cadavres ( i). Chez tous deux il trouva , dans l'étendue de trois à quatre pouces, la membrane muqueuse hoursouQlée , d'un rouge cramoisi . laissant exsuder du sang parla pression , et si facile à déchirer, qu'au moindre contact elle se détachait par lambeaux. Les béraorrhagies intestinales ne sont pas 'très-rares chez \cs enfars nouveau-nés ; M. Billard en a vu quinze cas dans l'espace d'une année , dont huit chez des enfans de un à six jours ; quatre chez des enfans de six à huit jours, et trois chez des sujets de dix à dix-hu'i jours. Dans tous ces cas il n"a trouvé autre chose qu'une injection p'us ou moins vive des parois intestinales. Quelqjies-uns de ces enfans étaient plélîioriques ; d'autres, au coulraire. étaient pales el laibles. Chez tous , on trouva gorgés de sang les poumons, le cœur, le foie , la rate , les gros vaisseaux abdominaux , ainsi que les centres nerveux et leurs enveloppes. Ainsi donc à la surface de l'intestin , comme à la surface de touie membrane muqueuse , des I émorrhagies peuvent avoir lieu , sans qu'il exisie nécessairement aucune lésion grave du tissu dont le sang s'échappe. On comprendra alors comment des hémorrhagies du lube digestif ont pu se répéter souvent sans être sui-

(i) l'remiirc letlre sur l'encèpUale, pag, gS.

d'anatomic PAïiiv:)Lor.joi:E. i 55

vies d'ancun accident grave. Un des cas les plus remarquables de ce geniC est celui cjui a été consigné dans le tome XIY du journal de Corvisart. Ce cas e.'t relalif à une fenjme qui pendant quinze ans eut de fréquentes Iiématémèses , sans que sa sanlé en fût en aucune façon altérée, ^u bout de (jtiiuze années le vomissement de sang fut remplacé par une exhalation sanrui'ie en divers points de la peau : les règles ne îurenl jamais interionipues. Cette hématémè>e se manifesta pour la jn^emièrefoisàla suiied'un coapde corne de bœuf, reçu à 1 épigasire. Dans le mois de septembre 1828 , il existait à la Charité une femnie f[!.'i depuis plusieurs années avait eu, à diverses reprises, des hémorrhagies par les poumons, parrestomac, par l'utérus ; dans l'iatcrvalle des hémorrhagies, aucun de ces organes ne restait lésé. Mais, d'un autre côté, dans le tube digestif comme partout ailleurs, il arrive assez Fouvent cne des lésions conslanles donnent lieu par intervalles à des hémorrhagies plus ou moins abondantes; ces léi^ions par ell'^s- mômes ne rendent pas d'aiiJeurs co!î)]>te de la production de l'hé^ morrhagie ; elles n'en sont que l'occasion. A«nsi l'observation a raoniré que dans beaucoup de cas où l'estomac est affecté d'un épaissi.'sement dit squirrheux de soa tissu cel'alaire sous-muqueux . la membrane muqueuse devient par intervalles le siège d'une exhalation sanguine, et c'est vne grave erreur que de penser que les hématémèses qui rccompagnent fréquemment l'aiTection connue sous le nom de cancer de l'estomac, ne surviennent que dans le cas où la membrane mucfueuse gastrique est déjà ulcérée, rjus d'une fois il m'est arrivé de la trouver parfaite-

1 j/f PRÉCIS

ineiîl saine en apparence , au-dessus d'une lumeuF consliluée par nue masse indurée de tissu cellulaire, chez des individus qui , peu de temps avant leur mort, avaient eu une abondante hémalémèse. J'ai recueilli l'observatiou d'un individu atteint d'un squirrhe du colon descendant, qu'une hémorrhagie par le rectum entraîna au loiiibt ;ro. A l'ouverture du cadavre on ne trouva pas dans i'intestin la moindre trace d'ulcération ; partout la iiie.nbrane muqueuse élait intacte et à p%;ine colorée; vers l'union des colons transverse et descendant , une masse indurée de tissu cellulaire soulevait la membrane muqueuse , et obsiruait en grande partie le calibre de l'intestin.

Dans tous ces cas , nous voyons donc des lésions , variables en nature comme en intensité , précéder ou accompagner l'hémorrhagie gastro-intestinale. II est un cas plus rare dans lequel on trouve à la surface interne de l'estomac ou des intestins une lésion toute [)bysique , qui a été par ell€-même 1« cause de l'hémorrhagie : celte lésion, c'est la solution de continuité d'un vaisseau de lort calibre , qu'on trouve béant à l'intérieur de lacavilé digestive. Mais de tels, cas sont beaucoup plus rares qu'on ne serait porlé à le penser; et c'est tout au plus s'il en existe dans les auteurs cinq ou six exemples bien constatés. Voici un de ces cas qui, en raison de sa rareté , me semble digne d'être cité.

Un homme , dit M. Prost (i) , expira au moment oii il arrivait à la Charité ; on trouva Testomac rempli de caillots de sang. Daus le grand cul-de-sac de-

(i) Médecine cclalrce par l'ouï erlure des corps.

I>ANATO>lI'E PAÏHOLOGIQUi:. 103

cet organe existait une ulcération dont les bords durs attestaient l'ancienneté. Au fond de cette ulcération apparaissait l'orifice béant d'un gros vaisseau sanguin: on y introduisit facilement un stylet.

J'ai cité ailleurs (i) le cas remarquable d'un individu chez lequel fut trouvé, au fond d'une ulcération de l'estomac, un gros vaisseau ouvert , bien que pendant la vie aucune hémorrhagie n eût eu lieu.

L'on a dit que la cause la plus commune des hémorrhagies gastro- intestinales était un développement de varices à la surface interne du tube digestif. Une pareille cause doit être an moins rare; car, pour ma part , l'ouverture des cadavres ne m'a jamais montré , ni dans l'estomac ni dans le reste du tube digestif, de varices proprement dites. Seulement, comme je l'ai dit plus haut , j'y ai rencontré parfois quelques dilatations des veines, qui n'avaient rien de commun dans leur aspect avec ces veines variqueuses qui, à la peau ou au pourtour de l'anus, laissent de temps en temps échapper une certaine quantité de sang.

b. Mélanose. Au lieu d'exhaler du sang , la membrane muqueuse gastro-intestinale laisse suinter parfois une matière noire dans laquelle on retrouve la plupart des élémens du sang, mais qui en diffère cependant par son aspect, et par les circonstances dans lesquelles elle apparaît. C'est cette môme matière qui, dans le premier volume , a été décrite d'une manière générale sous le nom de mélanose.

Le tube digestif de certains animaux est normale-

(i) C/mi<f«c Midicuh.

1 5^» rr.Kcrs

mcnl coloré par celle malièro ; c'est ce qu'on observe en pailiculier cliez plusieurs poissons. Dans le liil)e di!>;eslir de l'homme et des auli'es uiamuiiièies , ceile même matière doit être considérée comme un produit de sécrétion anormale , mais qui , dans beaucoup de cas, ne donne pas lieu à plus de phénomènes morbides que n'en produit dans le poumon la matière noire qui colore si souvent et les parois des vésicules aériennes et le lissu cellulaire inter-îobulai'e.

Dans le tube digeslirde l'iiomme, la matière noire se présente sous deux élals: i". liquide et libre à la surface interne de l'intestin ; '2°. condjinée avec la trame mcMue de la mcmbriuie muqueuse.

J'ai l'ait voir à l'Académie royale de Médecine un gros intestin dont la surface interne était teinte d'une

couleur noire aussi foncée que celle de l'encre de la Chine. Cette teinte était due à la présence d'une couche liquide déposée sur la membrane muqueuse; le lin<2;e avec lecniel on essuvait cette membrane se colorait en noir, comme ri l'on en eût touché la choroïde. Par le lavage on enlevsil cette couche , et audessous d'elle la membrane restait colorée en noir. J'ai retrouvé cette môme matière noire dans l'estomac d'une femme âgée de cinquante ans, morte à la Charité. Cet organe était à moitié rempli par un liquide noir comme de l'encre , qui , mis en contact avec du papier blanc , lui donna une teinte semblable à celle qu'aurait produite sur lui l'apposition de hi membrane choroïde. La surface interne de l'estomac ayant été lavée et essuyée , on la trouva parsemée d'un grand nombre de taches d'un noir foncé , d(; grandeur variable ; les plus grandes auraient pu re-

D.A.NAro.MrZ rATIlOLOCiQUE. lôj

covoif une pièce de devr. (Vancs ; les plus petites PC res.-;eiiji>!aienl plus qu'à âcs points noirs, /^ulour de {](ieif[ues lâches, la membrane muqueuse présentait une couleur rouge livide qui, assez marquée dans l'espnco de quelques lignes autour de la tache noire, allait en s'aflaiblissant , à mesure qu'elle s'en éloignait; aulour des autres taches, dans leurs intervalles, et pariout ailleurs, la surface inierne de l'esloniac était pâle , et la muqueuse n'olTrait aucune alléralion appréciable sous le li'pjjort <le sa consisiance et de son épaisseur. C'était seulement dans la meuibrane muqueuse que la coloration noire avait soq siège; mais cette coloraiion en occupait toule l'épaisseur, et elle était également prononcée sur les deux fpces de la membrane. En quelques points, le tissu cellulaire subjaccal aux taches noires était rougeâtre. Là où la muqueuse était coloiée , e'ie était un peu plus épaisse et plus résistinte qu'ailleurs.

Sur urï. autre cadavre, au lieu des taches noires qui viennent deire décrites, j'ai trouvé de longues lignes noires qui s'élendaient, au nombre de cinq ou six, du pylore au cardia : là où elles existaient, la muqueuse intacie, mais amincie , était sensiblement dépriiuée ; on eût dit des traînées faites sur la peau par le nitrate d'argent. Ces lignes tachaient le linge en noir, et la matière colorante semblait ici encore n'être qu'apposée sur la membrane muqueuse.

Dans ce cas, comme dans le précédent , il n'y avait eu pendant la vie aucun signe bien tranché d'affection gastrique. Outre leur intérêt théorique , ces deuxj cas nous semblent importans sous le rapport de l'application qui peut en être faite à la méde-

I 58 ?RÉCIS

cine légale. Si en effet un empoisonnement élait soupçonné, et que de semblables taches noires fussent trouvées dans l'estomac , un examen ou peu attentif ou peu éclairé ne pourrail-il pas conduire à les confondre avec les plaques gangreneuses que produit l'acide suifurique dans les parois de l'estomac?

Au lieu d'être, comme dans les cas précédens, déposée à la surface interne des parois gastro-intestinales, la matière noire peut être seulement combinée avec la trame même des tissus qui composent ces parois; alors la membrane muqueuse présente encore une belle couleur noire, mais cette couleur ne s'enlève plus par le lavage, et la matière qui la forme ne tache plus le linge. Cette matière noire existe spécialement, i*. au fond des lacunes nombreuses, qui sont souvent très-apparentes dans le duodénum ; 2°. au sommet des villosilés de l'intestin grêle; 5°. au pourtour de chacun des orifices des glandes agminées de Peyer. Dans le premier cas , le duodénum paraît comme parsemé d'un nombre plus ou moins considérable de petites taches noires; dans le second cas, tantôt la surface interne de l'inlestin grêle est pointillée de noir; tantôt, lorsqu'un plus grand nombre de villosités sont colorées ou qu'elles le sont plus près de leur base, cette surfiice présente une teinte noire uniforme. Enfin, dans le troisième cas , là où existent les glandes de Peyer, on trouve une foule de petits points noirs formant par leur assemblage une figure ovalaire ou arrondie ; on les a assez exactement comparés aux poils d'une barbe récemment faite.

c. Pus. Le mucus, ordinairement sécrété en quan-

d'aNATOMIE PATHOI.Or.îOUE. 5c)

tité variable à la surface interne du tube digesliC, peut être remplacé par divers produits , que l'on trouve soit disséminés dans la cavité gastro-intestinale , soit renfermés dans les follicn'es.

Au nombre de ces produits onormaus on trouve d'abord le pus; mais il est beaucoup plus rare qu'on ne pourrait le penser , d'en rencontrer une certaine quantité sur la face libre de la muqueuse digestive. Une fois j'ai trouvé tout le colon taj:)issé par une couche épaisse d'un pus épais , tout-à-fait semblable au pus d'un phlegmon. Plus souvent on trouve le pus renfermé dans dos follicules plus ou moins tuméfiés. Ces follicules forment alors à la surface de l'intestin de petites tumeurs , dont une légère incision fait écouler du pus.

d. Matière tuberculeuse. Au lieu dr, pus, les follicules contiennent plus souvent une matière concrète , blanchâtre, plus ou moins friable, et qui ressemble à la matière dite tuberculeuse. On trouve parfois tout l'intestin parsemé à sa face interne d'un grand nombre de petits corps blancs, qui ne sont autre chose que des follicules remplis de cette matière. Chez l'homme, ces follicules, qui gardent ainsi dans leur cavité le produit morbide qu'ils ont eux-mêmes sécrété, acquièrent rarement un volume considérable, et on ne tes voit guères surpasser la grosseur d'un pois ordinaire ; mais chez le cheval], ces follicules peuvent prendre , en pareille circonstance , un développement beaucoup plus grand. Ainsi, il n'est pas rare de trouver à l'intérieur du tube digestif des chevaux, des tumeurs qui ont le volume d'une petite orange, vt dont l'intérieur est creusé d'une cavité aui conlioiit

1 Go rr.Écis

le j)!iis ordiiKurcment une mulière qu'on ne saurait plus exaciemenl comparer qu'à la matière si'bacée fournie par les cryptes cutanés. Si l'on examine attentivement ces tumeurs, on trouve sur la périphérie de beaucoup d'enlr'elles, un orifice qui présente toujours le même aspect , et à travers lequel, en pressant sur la tumeur , on peut faire sortir la matièie qu'elle contient. 11 me paraît bien évident que ces tumeurs ne soni autre cbose nue des follicules à-la- fois altérés et dans leur nutrition et dans leur sécréiion ; ce sont de véritables tannes de la membrane muqueuse digeslive.

e. Pseudo-membranes. Dans ce qui vient d'èlre dit , nous avons vu le produit de sécrétion morbide rester renfermé dans l'organe même qui lui a donné naissance; mais un cas contraire peut arriver : au lieu de rester seulement dans les follicules, une matière concrète , également sécrétée par eux, peut en sortir, et se lépandre, comme une couche plus ou moins épaisse, sur la membrane muqueuse gastroinleslifiale. Delà, la formation, à la surface interne du tube digestif, de couches pseudo-membraneuses, qui peuvent être le produit d'une sécrétion altérée des follicules, mais qui [>euventbien aussi se former sans ces follicules, par le seul fait d'une altération de l'action perspiratoire , dont toute molécule vivante est le siège.

La membrane muqueuse du tube digestif est beaucoup plus souvent recouverte de pseudo-membranes dans sa partie sus-diaphragmatiquequedans sa partie sous-diaphragmatique. Souvent, par exemple, chez les enfans , on trouve lapissés par une vaste exsuda-

DA-NATOMIE PATHOLOGIQUE. l6l

tion raembranit'orme la bouche, le pharynx, l'œsophage; tandis que dans l'eslomac et dans le reste du tube digestif on cesse brusquement d'en trouver aucune trace. A cette règle il n'y a que des exceptions très-rares : ainsi , sur deux cent quatorze cas de muguet observés en 1826 à l'hôpi'al des Enfans- Trouvés , M. Billard n'a rencontré que trois fois des exsudations membraniformes dans l'estomac , et deux fois seulement dans l'intestin proprement dit. M. Lolut , auquel on doit un excellent travail sur le muguet, ne l'a pas trouvé plus souvent dans l'estomac, et il ne l'a jamais vu dans l'inleslin.

Chez les individus plus avancés en âge, les pseudomembranes de la portion sous-diaphragmalique du tube digestif ne sont pas plus communes. J'en ai vu un exemple fort remarquable chez une jeune fille de douze ans , dont toutes les voies aériennes étaient tapissées de fausses membranes. Chez elle il y en avait aussi dans le pharynx, dans l'œsophage et dans l'estomac, où elles existaient sous forme de larges bandes , qui s'étendaient du cardia au pylore , et ne dépassaient pas ce dernier point; audessous d'elles, la membrane muqueuse était beaucoup plus rouge que dans leurs intervalles.

Après la puberté, la formation des pseudo-membranes à la surface interne de l'estomac et des intestins est encore très-rare. Je n'en ai jamais vu dans l'estomac ni dans l'intestin grêle. Deux fois j'ai trouvé la surface interne du rectum, et une fois celle d'une partie du colon, tapissées par une couche demiconcrète, semblable à une crême épaissie, dans laquelle aucune forme d'organisation ne pouvait être II. 11

1 6 l PRÉCIS

«lôcoiivciic, et qui ne pouvait s'enlever en tube. Tontefois on a cité des cas clans lesquels on a vu des individus rendre avec les selles des portions considérables de meuibranes, assez consistantes pour qu'un examen peu attentilfît croire que la membrane muqueuse elle-même , détachée des tissus subjacens , avait été expulsée par l'anus.

Dans le petit nombre de cas où de bons observateurs ont constaté, soit dans l'estomac j soit dans les intestins, l'existence des pseudo-membranes, ils en ont donné la description suivante :

j>es plaques pseudo-meml)raneuses cpie M. Billard a trouvées dans l'estomac de trois enfans, dont l'un était n<;é de quatre jours, et les deux autres de six jours , lui ont paru constituées par une agglomération de petits points blancs qui surmontaient les villosités de la membrane , auxquelles ils adhéraient foitement. Au dessous de ces points les villosités étaient tressaillantes, tuméfiées, rouges et sanguinolentes à leur extrémité. M. Lélut, dans les cas cjn'il a eu occasion d'observer, a vu, comme M. Billard, que la fausse membrane était disposée par points, tantôt coniques et recouvrant un large espace , tantôt isolés les uns des autres. Dans deux d^^s cas rapportés par M. Billard, non plus que dans ceux cités par M. Lélut, il n'y avait point de follicules apparensdans l'estomac. Dans le troisième cas de M. Billard, on trouva le long de ia petite courbure plusieurs follicules tuméfiés et entourés d'un cercle rouge ; mais dans cedernier cas même ce n'était point là où existait ce développement de foliculles que furent trouvées les pseudo-membranes. Il semble donc que dans la

d'anatomie pathologique. 16,1

production de ces pseudo- membranes les villositës jouent un rôle beaucoup plus actif que les follicules; d'ailleurs, cela n'est applicable qu'à la portion sousdiaphraguiatique du tube digestif; car dans la bouch9 et dans le pharynx , ainsi que dans les voies aériennes, la membrane muqueuse n'a point de vlllosilés , et cependant, bien plus souvent que dans l'estomac, des pseudo-membranes s'y développent.

Dans l'intestin , on retrouve la même disposition que dans l'estomac. Là aussi les pseudo-membranes se sont présentées à M. Billard comme un amas de petits flocons blanchâtres , tellement adhérens aux. villosités , qu'on ne les enlevait pas par un fort grattage du scalpel. Cependant ou retrouvait quelques-uns de ces flocons au milieu des matières fécales.

f. Concrétions calculeuses. Il y a long-temps que les anatomistes savent que des concrétions calculeuses peuvent se former ou séjourner en divers points du tube digestif. Ainsi Bonet rapporte ( Sepulchretum anatomicum ) un cas où l'on trouva dans l'eslomac d'une femme une pierre presque égale à un œuf de poule. Il cite un autre cas relatif à un soldat, qui ne pouvait manger sans éprouver à l'épigastre de vives douleurs, et dans l'estomac duquel on découvrit un calcul du volume d'un œuf, pesant quatre onces et hérissé d'aspérités de couleur cendrée. Enfin , dans le même ouvrage on lit l'observation d'un individu dont l'estomac contenait neuf pierres entourées d'une mucosité épaisse , et qui toutes ensemble pesaient trois onces trois gros.

Des observations plus modernes ont démonlré que

î64 PRÉCIS

des concrétions variables par Jeur nature et par lenr forme peuvent séjourner dans le tube digestif, où leur présence est susceptible de déterminer diverses séries d'accidens.

On a désigné sous le nom de concrétions intestinales des matières solides dont l'origine est aussi variable que la nature. Considérées sous le rapport de leur origine, ces concrétions peuvent être rangées en trois classes : les unes, en effet, ne sont pas formées dans le tube digestif lui-même; produites dans le foie ou ailleurs , elles arrivent dans l'intestin, y séjournent, et s'y modifient plus ou moins. Les autres ne sont qu'en partie formées dans le tube digestif; elles ont un noyau , qui est ordinairement une substance ingérée, autour de laquelle se rassemblent et se cristallisent un certain noiubre de principes contenus dans le tube digestif, et qui, sans cette circonstance, ne se seraient pas réunis en calcul. Il est enfin d'autres concrétions intestinales qui sont entièrement formées dans le tube digestif lui-même.

On voit, d'après cela, que la composition des concrétions intestinales doit être très-variable. D'abord les concrétions de la première classe sont formées à-peu-près exclusivement par les matériaux de la bile , et c'est même cette composition qui sert à les reconnaître. Ainsi , elles sont composées de cholestérine , de matière jaune et de résine de la bile. A cette première classe il faut encore rapporter un calcul trouvé par le docteur Marcet dans le rectum d'un enfant dont l'anus était imperforé , et chez lequel une communication contre nature existait entre le rectum et

d'aNATOMIE l'ATHOLOGlQUE. 1 65

>a vessie. Ce calcul, de la grosseur d'une noix, était principalement formé d'un mélange de phosphate de chaux et de phosphate auimoniaco-magnésien.

Les concrétions de la seconde classe ont une composition qui doit varier autant que la composition même des substances qui en forment le noyau. Ainsi, chez plusieurs animaux, on trouve fréquemment dans l'intestin des masses de poils entourées de sels et de mucosités plus ou moins concrètes. Ces poils sont avalés par l'animal , lorsqu'il se lèche. Ces sortes de concrétions ont reçu même un nom parliticulier : on les connaît sous le nom d'égagropiles.

On a souvent trouvé en Ilcosse, chez des individus de la classe pauvre qui se nourrissent de pain d'avoine , des concrétions formées à leur centre de fibres végétales. La couche intérieure de ces concrétions est solide, compacte, douce au toucher, et composée de matières salines; ailleurs cette couche a une apparence veloutée, et est formée de Gbres très-fines étroitement unies. Enti-e elles on trouve çà et là des balles d'avoine. iMarcet a décrit ces concrétions comme formées de couches compactes superposées et composées alternativement de substances fibreuses et de phosphates terreux. L'analyse d'une de ces concrétions a fourni :

Substance animale 2^,20

Résine 3>9t>

Phosphate ammoniaco-magnésien. 5, 16

Phosphate de chaux ^ô,ôf^

Fibres végétales 20, 3o

l GQ PRÉCIS

Les fibjes végétales étaient unies les unes aux autres par des dépôts de matière terreuse (phosphate de chaux et phosphate animoniaco-magnésien ). Ces mêmes sels formaient une enveloppe autour de la masse totale.

MiM. Laugier et Lassaigne ont trouvé au centre d'un calcul de cheval, formé de phosphate terreux, une grande quantité de brins de paille, autour desquels la matière saline s'était déposée.

J'ai trouvé dans le duodénum une concrétion dure, du volume d'un petit œuf, dont l'extérieur était formé par une maîière blanchâtre, comme terreuse, et au centre de laquelle existait un noyau de prune.

Le docteur Crockelt, des Etals-Unis, a rapporté l'histoire d'une jeune personne qui , étant encore enfant, avala une épingle de cuivre. A l'âge de dixhuit ans cette épingle fut rendue par les selles sous l'influence d'un purgatif drastique, administré pendant le cours d'une fièvre bilieuse. La tête et la moitié de la lige de Tépingle étaient renfermées dans une concrétion calcaire sphéroïde (i).

Un des plus curieux exemples de concrétions intestinales dont l'analyse ait été faite , est celui qui a été rapporté par M. Laugier (2).

Cette concrétion , dit ce savant , d'un volume assez considérable , bouchait entièrement l'orifice du rectum ; elle ressemblait à un véritable feutrage. Traitée par l'eau bouillante, elle la colorait en lui abandonnant le septième de son poids d'une matière animale.

(i) Norlh amirican médical Jvuinal, 1827.

(■>) Mémoires de l'Académie royale de Médecine, toiii. I.

d'aNATOMIE rATUOl.OGïQl E. 167

dont l'odeur rappelait celle des malières fécales ; elle lui cédait aussi une petite quantité d'hydroclilorale d'ammoniaque et de chaux. Incinérée , elle laissait huit centièmes de son poids d'un résidu formé de phosphate de chaux, d un peu de silice et d'oxide de fer.

Au sein de cette concrétion existait une cavité dans laquelle on remarquait un noyau qui diiTérait beaucoup, par sa nature, de la matière qui l'entourait : ce novau , de forme prismatique aplatie , était recouvert d'une croûte de couleur brune noirâtre , d'un millimètre d'épaisseur, lisse et luisante à sa surface. Fendu dans sa longueur, il présentait à l'intéiieur un grand nombre de cellules, dont la disposition était la môme que celle des os qui auraient perdu en partie leur gélatine, quoique conservant encore de l'élasticité. L'analyse a montré que ce noyau était formé de deux substances, l'une extérieure, qui était du sang desséché , et l'autre intérieure , qui n'était qu'un frao;ment d'os.

11 est très-vraisemblable que le noyau primitif de cette concrétion a été une portion d'os qui aura déterminé autour d'elle un épanchement sanguin , lequel à son tour aura produit autour de lui le dépôt de diverses substances contenues dans l'intestin.

Rappellerai-je , enfin , qu'on a trouvé quelquefois , dans les intestins de personnes qui avaient pris beaucoup de magnésie , des concrétions formées par cette substance, dont un mucus épais reunissait les fragmens.

Les concrétions de la troisième classe ne sont le plus souvent formées par autre chose que par de^

j()<S piiÈcis

matières fécales très-dures, et qui ont la consistance de véritables calculs. =^

A cette troisième classe me semblent encore devoir être rapportées des concrétions dures rendues en grand nombre, avec les évacuations alvines , par une jeune fille phthisique, et que M. Lassaigne a trouvées, composées de la manière suivante :

l\ Matière grasse acide ( Stéarine en grande quantité. *

,^ . { Elaîne }n&

formée de. ... ( ^dde pariidier. r

2°. Matière analogue à la fibrine. . . . . 2 1

5°. Phosphate de chaux. ....... 4

4'. Chlorure de sodium. . . . . .... i

loo

Quelles que soient l'origine et la nature des concrétions intestinales, elles peuvent, en raison de leurforme , de leur volume et de leur situation , tantôt agir comme des corps irritans, et déterminer des accidens qui ne cessent qu'après leur expulsion, tantôt agir simplement en apportant ua obstacle mécanique au libre cours des matières. Citons quelques exemples de ces deux modes d'action des calculs.

V Cas (i). Un homme , âgé de soixante ans, éprouvait depuis long-temps, chaque fois qu'il pre-. nait un peu de nourriture, de violentes crampes d'estomac , accompagnées d'un sentiment de chaleur brûlante dans ce viscère, et de l'éructation d'un li-quide tellement acre , qu'il ulcérait le pharynx et

(i) Observât, du docteur Hclin de Stolp , liaduite dans le tome VIH ilii^ bulletin des Hcienccs Alcdicalen.

d'anatomh- patuologioue. 169

corrodait l'énjail des dents; à ces accidens se joignaient des vomisseniens qui revenaient plusieurs fois par jour, un sentiment continuel de pression et d'angoisses à la région précordiale, le dégoût des alimens, une constipation habituelle et une insomnie presque complète; enfin un dépérissement progressif.... Un jour, au milieu d'efforts de vomissemeus, un calcul fut rejeté. Le malade se sentit soulagé ; le lendemain, un nouveau vomissement procura la sortie d'un se-rcoud calcul. Le premier de ces calculs pesait un gros, et le second un demi-gros. Peu de temps après ces deux vomissemens, le malade était parfaitement rétabli.

IP Cas. M. le docteur Camille Piron m'a montré une femme qui présentait tous les symptômes locaux et généraux d'une affection squirrheuse du pylore ; ces symptômes disparurent après qu'elle eut vomi un calcul du volume d'une noix. Ce calcul, qui obstruait vraisemblablement l'orifice pylorique , était presque exclusivement formé de cholestérine.

IIP Cas(i). Un jeune enfant d'onze ans était tourmenté depuis ses premières années de douleurs abdominales vives et de diarrhée. Cet enfant était maigre, mangeait peu cl avait une soif ardente. On sentait d(ins l'hypocondre droit une tumeur dure , qui sem-^ l)lait appartenir au foie. Des vomissemens s'établirent et le malade succomba. A l'ouverture du cadavre , on trouva à l'union des colons ascendant et Iransverse une concrétion calculeuse qui en distendait la cavité, et qui était longue de six pouces ; son poids était

(1) Edimbiirgli med. and siirg. Journ. , july 1825. Traduit dans. l»;s. /^rçliives de médecine, tom. XIV, pag, 254.

(le douze onces et demie. Une couche d'un mucus épais la séparait des parois intestinales. Ce calcul élait formé par trois fragmens comme articulés les uns avec les autres. Le premier occupait la portion ascendante de l'intestin; un autre la portion transverse, et entr'eux deux était placé le troisième, concave par une de ses faces, et convexe par l'autre.

IV*. Cas (i). Un jeune homme de dix -huit ans avait mangé pendant le mois de juin i8i4"tte grande quantité de prunes vertes , il avait avalé les noyaux ; quelques mois après il ressentit des douleurs dans le ventre , mais qui n'étaient pas assez violentes pour l'empêcher de travailler. Au bout de quelque temps elles devinrent plus vives, se compliquèrent d'une diarrhée opiniâtre. En palpant l'abdomen, on y reconnaissait une tumeur dure et circonscrite, qui parut être une concrétion alvine, dont aucun remède ne put produire l'expulsion : le malade mourut dans un état de marasme. A l'ouverture du cadavre on trouva, dans la portion gauche du colon transverse , trois concrétions réunies en masse, et une quatrième un peu plus bas : au centre de cette dernière était un noyau de prune.

Y*. Cas (2). Une femme, âgée de cinquante ans, fut prise d'une douleur vive vers l'hypocondre droit. Les jours suivans , se manifestèrent chez elle tous les symptômes qui annoncent un obstacle an libre cours des matières dans l'intestin, teîi que hoquet, nausées, vomissement de matières fécales, ballonnement du ventre, prostration rapide. Ces symptômes

(1) Archives de Médecine^ loni. II, pag. i^S. [i Arck'iics de mcdccine , loin. XII, pag. ^^t.

d'anatomie patiiolociqle. 171

disparurent après que la malade eut rendu par l'anus trois calculs, dont le premier avait la forme, la couleur et le volume d'une grosse châtaigne , et le second la grosseur d'un œuf de pigeon ; le troisième , de figure triangulaire, était aplati , avait le même volume que le second. Ces calculs étaient en grande partie formés de cholestérine.

Chez les animaux on a aussi observé plus d'une fois des accidens analogues à ceux qui viennent d'être rapportés, par suite de la présence d'une concrétion en un point des voies digestives. C'est ainsi qu'on a cité le cas d'un veau d'un an , qui mourut dans le marasme , et chez lequel on trouva dans le rumen , près de l'ouverture œsophagienne , un égagropile , qui était placé de manière à empêcher le retour des alimens dans la bouche, et à s'opposer ainsi à l'acte de la rumination (1).

§. II. 5ÉCHÉTIONS MORBIDES SOt'S-MCQrEUSES.

Un assez grand nombre d'altérations de sécrétion peuvent avoir lieu en dehors de la membrane muqueuse , dans l'épaisseur même des tissus qui lui sont subjacens ; c'est spécialement dans le tissu cellulaire sous-muqueux que s'accomplissent ces diverses sécrétions morbides.

1" ESpiîCE. — Exlialatlon sanguine.

On trouve parfois dans le tissu cellulaire sous-muqncux des ecchymoses plus ou moins multipliées, qui

(1) Bulletin des Sciences Médicales, 1S24.

17^ pr.Kcts

peuvent occuper depuis une à deux lignes jusqu'à quelques pouces d'étendue. Ces ecchymoses peuvent s'y rencontrer avec ou sans altération des portions de membrane muqueuse qui les recouvrent. Les circonstances qui coïncident avec leur apparition sont particulièrement les suivantes :

1°. Un obstacle mécanique au libre retour du sang des rameaux de la veine porte vers son tronc.

2". Une irritation fixée sur le tube digestif. On n'en doutera pas , si l'on se rappelle que, chez des hommes ou chez des animaux empoisonnés par quelque substance corrosivc , on a rencontré assez souvent des ecchymoses variables en nombre et en étendue en divers points du tube digestif.

5°. Un certain nombre d'états morbides dans lesquels, par suite d'une altération même du sang, soit spontanée, soit produite par des agens extérieurs, des hémorrhagies viennent à se faire dans tous les tissus. Alors, en même temps que la peau se couvre d'ecchymoses, on en trouve souvent aussi au-dessous de la membrane muqueuse gastro-intestinale. C'est ce qui a été observé dans les diverses maladies désignées sous les noms de scorbut , de typhus , de pourpre hémorrliaglque ^ de maladie tachetée hémorrhagique, de Werloff, etc.

II* ESPÈCE. — Exhalation séreuse.

L'œdème gastrique ou intestinal est une maladie qui n'est pas très-rare. Elle est caractérisée par l'existence d'une certaine quantité de sérosité incolore et transparente , dans les mailles du tissu cellulaire sous-

DANATOIIIE r\TH0LOGIOi:E. l".)

iiîuqueiix , sous-séreux et inter-musculaire. Cette sérosité peut être assez considérable pour augmenter beaucoup l'épaisseur des parois gastro-intestinales ; eilc peut soulever la membrane muqueuse , soit d'une manière uniforme, soit d'espace en espace, sous forme d'ampoules.

L'œdème du tube digestif ne se montre pas avec une égale fréquence dans tous les points de ce tube; il est beaucoup plus rare dans l'estomac et dans l'intestin grêle que dans le gros intestin. C'est quelquefois l'unique lésion que l'on trouve dans le colon d'individus qui ont eu une diarrhée chronique.

La membrane muqueuse qui revêt le tissu cellulaire œdémalié peut être i°. diversement colorée; 2°. d'une pâleur remarquable; 5°. plus consistante et plus molle que de coutume; 4°' parsemée d'ulcérations ou de nombreux follicules.

Quant au tissu cellulaire lui-même, où existe l'infiltration séreuse , il peut ne présenter d'autre altération que cette infiltration môme, ou bien il peut être hypertrophié, épaissi, induyé. Dans ce second cas, on voit des points où il y a , si l'on. peut ainsi dire , induration sèche du tissu cellulaire ; il crie sous le scalpel qui le divise, sans qu'on puisse en exprimer une goutte de liquide ; en d'autres points, au milieu des mailles celluleuses dont l'épaisseur , la densité et la couleur d'un blanc plus mat que de coutume annoncent l'hypertrophie , on trouve comme déposée une quantité notable de sérosité qui présente deux variétés remarquables : tantôt, en effet, cette sérosité est purement aqueuse ; tantôt , tendant en quelque sorte à se solidifier, elle a une plus grande

consistance ; elle ressemble à une gelée plus ou moins bien prise. Voilà ce qu'on observe dans un certain nombre de cas d'indurations des parois gastro-intestinales, qu'on appelle des dcgêncrations squirrlieiises.

II arrive souvent qu'à leur pourtour , là où il n'y a plus aucune induration , aucune trace d'épaississement de la fibre cellulaire, on trouve encore de la sérosité qui infiltre les tissus sous-muqueux.

Il est une autre espèce d'exhalation séreuse , qui quelquefois se fait aussi dans l'épaisseur des parois gastro-intestinales, mais qui diffère de la précédente , en ce que la sérosité est contenue dans une enveloppe séreuse qui représente un véritable kyste. Celui-ci est ordinairement peu considérable ; on a vu cependant quelquefois des poches séreuses, plus grosses qu'un œuf de pouîe, développées au-dessous de la membrane muqueuse de l'estomac.

m* ESPÈCE. — Exhalation adipeuse.

Aucun auteur n"a cité, à ma connaissance, d'exemple de production de graisse dans le tissu cellulaire sous-muqueux. J'en ai observé un seul cas : vers la partie supérieure de l'intestin grêle la membrane muqueuse était soulevée par une tumeur du volume d'une fève , globuleuse , et d'une médiocre consistance. La membrane muqueuse qui passait au-dessus de cette tumeur n'était point altérée; cette tumeur présentait un tissu qui avait tous les caractères du tissu adipeux ; elle n'existait que dans le tissu cellulaire sous-muqueux.

D ANATOMIE rATUOLOGIQCi;. I-;)

IV' ESPÈCE. — Exhalation gazeuse.

Un des fréqnens effets de la putréfaction est de donner lion à la formation de gaz dans l'cpaissenr des parois gastro-intestinales. Pour peu qu'en été on ouvre les cadavres plus de vingt-quatre heures après la mort, on trouve la membrane muqueuse de l'estomac et celle des intestins soulevées en beaucoup ♦le points par des gaz accumulés dans le tissu cellulaire subjacent. Mais cet emphysème n'est pas, dans Ions les cas, le résultat de la décomposition cadavérique , et parfois il se produit pendant la vie. Tel est le cas qui a été cité par M. Jules Cloquet (i) : Un scrophulcux , âgé de vingt ans , mourut à l'hôpital Sai rit-Louis , dans le dernier degré de marasme , à la suite d'une carie de la colonne verté])rale. Le cadavre, ouvert peu de temps après la mort, n'offrait encore, lorsqu'on l'examina, aucune trace de putréfaction. Un emphysème considérable existait dans le tissu cellulaire qui unit entr'elles les diverses tuniques de l'estomac; ses parois semblaient avoir été insufflées, et en plusieurs endroits elles avaient Jusqu'à près d'un pouce d'épaisseur. La membrane muqueuse , bosselée , éiaitpfde et exempte de toute lésion appréciable. Les deux feuillets antérieurs dugrand épiploon, qui se fixent à la courbure colique de l'estomac , étaient également séparées par de l'air ; il en était de même des deux lames de l'épiploon gastro- hépatique. Il n'y avait eu d'autre symptôme du côté de l'estomac ,

(i) Bulletins itc la Faculté de Médecine , tom. VIT , pag. ^Gj.

I'j6 PRÉCIS

qu'une inappétence complète plusieurs jours avant la mort. De semblables exhalations gazeuses ont été vues dans d'autres portions du tissu cellulaire soiismuffueux , et en particulier dans l'épaisseur des parois de la vésicule biliaire. En rapportant à la Faculté le cas que nous venons de citer, M. Jules Cloquet rappela que plusieurs fois sur des cochons récemment tués il avait observé ce môme emphysème sousnuiqueux. Sur un de ces animaux il trouva une autre sorte d'emphysème fort remarquable : aux intestins et aux mésentères étaient appendus , comme des espèces de grappes, des paquets volumineux de vésicules membraneuses, arrondies, transparentes, et remplies d'air; chacune de ces vésicules était soutenue par un pédicule vasculaire très-étroit. Leur volume variait depuis celui d'un pois Jusqu'à celui d'une petiLe noix.

V' ESPÈCE. — Sécrétion purulente

11 est rare de l'observer dans l'épaisseur même des parois gastro-intestinales. Quelquefois cependant on trouve au-dessous de la muqueuse , ou entre les fibres écartées de la tunique musculaire, des collections de pus, qui sont ordinairement peu considérables. Tantôt on n'en trouve qu'une , tantôt on en découvre plusieurs, qui sont plus ou moins éloignées les unes des autres. Ces abcès , dont je n'ai jamais vu le volume surpasser celui d'une cerise, sont plus rares dans l'estomac que dans le reste des intestins. Le pus qui les forme est tantôt comme enkysté , et tantôt il infiltre simplement le tissu cellulaire. Dans ce dernier cas

d'aNATOMTE PATHOLOGiOtE. 1^7

OD le déplace, et on iVlend en une couche plus ou moins mince , en pressant sur la membrane muqueuse. Il ne faut pas confondre ces abcès , véritables collections de pus dans le tissu cellulaire, avec d'autres tumeurs blanches qui appartiennent à des follicules également remplis de pus.

Ces abcès ne m'ont paru jamais donner lieu à aucun symptôme spécial : ils pourraient se vider soit à travers la membrane muqueuse , soit à travers le péritoine; en tout cas, ce n'est point d'eux que peuvent dépendre soit les selles d'aspect purulent qni ont lieu dans certaines maladies , soit les vomissemens de pus , que l'on dit avoir quelquefois observés , et que l'on a regardés comme ayant leur source dans des abcès de l'estomac.

J'ai eu occasion d'observer dans les parois du tube digestif une collection purulente plus considérable et autrement disposée que celles dont il vient d'être question. Dans ce cas , la membrane muqueuse de l'estomac était soulevée dans toute l'étendue de cet organe par une couche purulente qui avait près de trois lignes d'épaisseur, et qui infiltrait le tissu cellulaire sous-muqueux. Au-dessous de cette couche on retrouvait intacte la membrane musculaire.

TI« ESPÈCE. — Sécrétion mélanique.

Une matière coloranle noire se dépose quelquefois

dans le tissu cellulaire sous-muqueux et sous-périto-

néal ; tantôl elle teint uniformément ce tissu cellulaire

dans une étendue plus ou moins grande ; tantôt eWe

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