CHAPITRE PREMIER
DU TUBE DrGESTIF DANS L'ÉTAT SAIN.
On a été jusqu'à présent si peu d'accord sur l'ns-^ pect que présentent l'estomac et les intestins, qu'il me semble indispensable de bien fixer quelles sont, pour le tube digestif, les conditions anatooiiques do l'état sain. Dans l'étal normal, une des raisons qui a long-temps empêché de pouvoir bien déterminer cet état , c'est peut-être la grande fréquence des altéralions gastro-intestinales. Comme il y a bien peu de cadavres sur lesquels on ne rencontre quelques-unes de ces altérations, on s'était habitué à les rapporter à iin pur état physiologique, et l'on semblait d'autant plus fondé à le faire , que jusque dans ces derniers temps les symptômes produits par ces altérations étaient restés méconnus ou avaient été mal appréciés. Si l'on examine la surface interne de l'estomac ou de l'intestin sur un animal vivant , qui ne fait point d'eCforts, et dont la circulation n'est pas gênée, on la trouve d'une teinte rouge un peu plus foncée que n'est pendant la vie, chez un hom?ne sain, la couleur de la membrane muqueuse buccale. Si sur le "môme
DANATOMll-; PAiLl(>l.()(;iOi;E. 5
(Uiîma! ou examine de nouveau, après la mort, le lube digestif sous le rapport de la coloration de sa surface interne , on trouve que la rougeur de cette surface a disparu , et qu'elle est uniformément pâle ou d'une teinte frès-légèrement rosée. Pour que cette expérience donne les résultatsqui viennent d'être annoncés, il faut que l'animal ait été tué de manière à ce (lue d'une part il n'ait pas perdu trop de sang , car alors la jjfdeur normale de l'intestin se trouverait exagérée , et à ce que d'autre part il n'ait pas succombé dans un état d'asphyxie ; car alors on trouverait la membrane muqueuse mécaniquement injectée; ce ne serait pas là une maladie, mais ce ne serait plus l'état normal.
De cette expérience il me semble qu'on peut conclure qu'après la mort la u)embrane muqueuse gastro-intestinale tend à se décolorer comme la peau.
L'on a eu plusieurs fois occasion d'ouvrir des cadavres d'individus niorls subitement par accident, et qui, peu de minutes avant de succomber, semblaient jouir d'une parfaite santé. Chez le plus grand nombre de ces individus on a trouvé égalenjcnt le lube digestif exempt de rougeur.
Quelquefois, cependant, soit sur des animaux ré-^ pûtes sains et sacrifiés à des expériences physiologiques, soit sur des hommes morts d'accident, l'on a observé divers degrés d'injection à la surface interne de l'estomac ou des intestins. A ces faits l'on pourrait d'abord répondre que si, un plus grand nombre de lois, dans les mêmes circonstances on a trouvé h; tube digestif sans rougeur, il est très-vraisemblable que, dans le cas où on !'a vu coloré, c'<^*tau'il étal
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malade. Mais , de plus , il aurait fallu que l'on eût décrit avec plus de .^oin ot plus de précision l'aspect des parties trouvées injectées; il aurait fallu que l'on eût donné des détails sur le genre de mort des animaux, sur le temps qui, chez les homm.es, s'était écoulé entre |e moment de l'accident et celui de la mort.
Il y a effectivement un certain nombre de circonstances sous l'influence desquelles le tube digestif, bien qu'exempt de maladie, présente cependant sur le cadavre divers degrés de coloration rouge. Parmi ces circonstances, les unes peuvent avoir agi un certain temps avant la mort, d'autres seulement pendant l'agonie, d'autres enlin après la mort, à des époques soit rapprochées, soit éloignées du moment où la vie a cessé.
Parmi les causes qui agissent avant la itiort , les unes sont physiologiques, les autres sont pathologiques. Ainsi, nul douté que, pendant le travail de la chymiGcatîon, la surface interne de l'estomac ne rougisse notablement, nul doute non plus que l'intestin grêle ne rougisse aussi, pendant que s'y opère la séparation du chyle; ouvrez des animaux vivans, et vous vous convaincrez de l'exaclilude de ces assertions. Mais de plus, l'observation démontre qu'après la mort cette rougeur de la digestion persiste, de telle sorte que si l'on ouvre le cadavre d'un individu qui a succombé pendant qu'il se formait dans ses voies alimen' laires du chyme ou du chyle, on trouvera insolitement colorées les portions de tube digestif où récemment s'était accomplie la fonction.
I^es causes pathologiques sont toutes celles qui
n'AJ^Aa-OSlIE PAXHOfeOGIOOK. y
ai^isscnt en apportant un obslacle au libre relour du sang veineux des parois gaslro-intcstinales vers les cavités droites du cœur. Il arrive alors à la membrane muqueuse digestive ce qui arrive à la peau chez les asphyxiés: en pareil, cas, long-teinps avant la mort, on voit se colorer de plus en plus par du sang veineux la périphérie cutanée ; ce qui se passe à la peau doit en même temps se passer dans l'intestin; c*cst de quoil'onpeutd'ailleurss'assurer direclementen examinant une anse d'intestin d'un animal qu'on asphyxie lentement; à mesure que la respiration devient phis gc'née , l'on voit cette anse se colorer en un rouge de plus en plus intense et uniforme. Si enfin , comme l'a fait anciennement Kaw Boërrhaave, on intercepte par une ligature la circulation du sang dans le tronc de la veine porte, on voit toute la surface interne de l'inteslin prendre une belle teinte rouge, que Morgagni comparait à la couleur de la cochenille ; et quelquefois même, après l'application de celte ligature , du simg vient à transsuder à travers les parois des vaisseaux distendus, et remplit l'intestin. Ces faits étant counus, on ne fera qu'en accepter la conséquence en établissant que toutes les fois que le sang ne pourra plus revenir librement des capillaires de la muqueuse digestive vers les troncs veineux , il y aura après la mort persistance de la coloration de cette muqueuse; de là les rougeurs variées qu'elle présentera dans les cas, par exemple, de hernies étranglées, d'engorgemens du foie, de tumeurs situées sur le trajet des principales divisions de la veine porte , d'oblitération de cette veine porte elle-même par d'anciens caillots; enfin , d'affections organiques du cœuK
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Tijulcfoi.s, s'il n'y avait que peu de ^aiig dans le coi-jrs,, goit par défaut d'hématose , soit par suite d'abondantes, saignées récemment pratiquées, un obstacle considérable à la circulation veineuse eutraînerait une coloration moins intense du tube digestif, que celle à laquelle donnerait lieu un obstacle plus faible , existant chez un individu dont les vaisseaux, peu de temps avant la mort, contenaient encore beaucoup de sang. La coloration rouge des parois gastro-intestinales, par obstacle mécanique à la circulation veineuse j, présente plusieurs degrés. Dans le plus faible de ces degrés, le tissu cellulaire sous-muqueux est seul coloré ; mais il ne l'est point dans son réseau capillaire ; des veines bleuâtres d'un assez tort calibre le parcourent eu sens divers; d'une part, leur injection se termine à la muqueuse, et d'autre part, elles se contijiuent avec les veines mésaraïques également gorgées de sang. Dans un plus haut degré d'injection, tout aussi mécanique que la précédente, la membrane muqueuse commence elle-même à se colorer, et, suivant la grandeur, le nombre et le rapport des vaisseaux pleins de sang que l'œil y découvre , elle offre ou de simples rameaux que séparent de larges intervalles encore exsangues, ou des arborisations plus ou moins étendues, produites par une injection des vaisseaux plus lin?., ou enfin une rougeur asseï; considé-^ Fable pour qu'il en résulte , là où elle existe , une complète opacité des parois. Selon que ces diverses nuances de coloration seront étendues ou circonscrites, il en résultera dans l'intestin spi\une rougeur. difl'use sans limites précises, soit des stries, des bandes, des plaques ou de simples points. 11 n'est effec-
d'anatomîe fathologiole. y
tîveiuent aiicua de ces aspects qui ae puisse d<5pendre d'une simple injection par hypeiémie, soit mécanique , soit passive , et l'on se tromperait étrangement, si l'on croyait que la rougeur poinlillée, par exemple , annonce plus nécessairement une hyperémie active, que ne l'annonce le simple engorgement de quelques veines sous-muqueuses. Dans ces diCTcrens cas, en examinant avec quelque attention les parties injectées, on voit les vaisseaux qui s'y dessinent se continuer directement avec les grosses veines subjacentes à la muqueuse, de môme que celles-ci se continuent avec les mésaraiques.
Si l'obstacle au retour du sang des intestins vers le cœur est encore plus considérable, ou si, ce qui revient au môme , cet obstacle n'ayant pas augmenté , il y a plus de sang dans Içs vaisseaux, ce liquide les abandonne, et il vient s'épancher, soit dans le tissu cellulaire sous-muqueux, où il forme des ecchymoses, soit dans la cavité même de l'intestin, où il communique une teinte rougeâtre à la bile , au mucus ou auties manières qui peuvent y être contenues. La facilité avec laquelle on fait pénétrer dans la cavité intestinale une injeclion liquide ou gazeuse poussée dans les veines mésaraiques de leurs troncs vers leurs và-^ meaux, explique comment, sous l'influence d'un engorgement considérable de ces mômes veines , une partie du sang qu'elles contiennent doit tendre à s'en échapper pour se répandre dans l'intérieur des voies digestives.
Ainsi, en résumant tout ce que viennent de nous apprendre etie simple raisonnement physiologique^ çt les expériences sur les animaux, et l'ouvcrlurç de:»
lO PP.KCIS
cadavres , nous sommes amené à conclure que la membrane muqueuse gastro-intestinale peut être indifféremment blanche ou rouge , sans que l'une ou l'autre de ces couleurs indique nécessairement que la membrane soit dans un état morbide ; elle est ou blanche ou rouge, à divers degrés, selon qu'avant la mort a existé l'une ou l'autre des conditions, soit n)écaniques , soit organiques , soit vitales , que nous avons cherché à faire connaître. Or. comme, parmi ces conditions , celles qui en déterminent la coloration rouge existent le plus fréquemment, il s'ensuit que sur le cadavre on doit plus souvent rencontrer l'injection du tube digestif que son état de décoloration. Mais ce n'est pas tout ; après que la vie a cessé, surviennent de nouvelles causes, qui tendent encore à modifier la couleur de l'intestin, à produire, dans quelques-unes de ses parties, des injections beaucoup plus prononcées qu'elles n'existaient à l'instant même de la mort. Ces causes de rougeur cadavérique peuvent être réduites à deux principales : l'une est la pesanteur, l'autre est la transsudation du sang à travers les parois vasculaires.
La première de ces causes commence à agir immédiatement après la mort; dans un mémoire rempli de faits intéressans et d'aperçus ingénieux, MM. Trousseau et Piigot ont démontré jusqu'à l'évidence la réalité de cette cause.
Si l'on fixe à un clou les deux extrémités réunies d'une anse intestinale à laquelle se rendent des veines gorgées de sang, on voit, au bout d'un temps assez court, la partie la plus déclive de cette anse, celle qui couslilue ie milieu de la convexité de l'arc qu'elle
d'anatomie pathologique. 1 1
représente , rougir d'une manière trèg-prononcée , tandis que les parties moins déclives deviennent de plus en plus pâles, et que les veines mésaraîques se vident de la grande quantité de sang qu'elles contenaient. Cette expérience prouve que le sang renfermé dans les vaisseaux des parois intestinales , pourvu qu'il y soit liquide, se déplace après la mort et tend à s'accumuler dans les points de ces parois où l'entraînent les lois de la pesanteur. Or, si ce phénomène a lieu sur une anse d'intestin séparée du corps, il devra également se reproduire à l'intérieur de l'abdomen, où doit aussi s'accomplir la même loi physique. Pour s'en assurer, MM. Trousseau etRigol ont commencé par placer les cadavres dans une situation telle, que l'influence exercée parla pesanteur ne pût pas être douteuse. Ainsi , ayant étranglé des chiens , ils les ont laissés, pendant plusieurs heures, dans une position verticale , et ils ont constaté , dans les parties d'intestin rendues fortement déclives par cette position, une vive coloration rouge de la membrane muqueuse , une forte injection de ses villosités , des épanchemens de sang à l'intérieur de l'intestin, où il colorait la bile et le mucus, et des ecchymoses dans le tissu cellulaire sous -muqueux. D'autres chiens ayant été également étranglés , mais placés sur le ventre , les portions d'intestin qui , dans cette nouvelle position , étaient les plus déclives , furent trouvées les plus colorées. Sur des chevaux tués par la section de la moelle épinière , et placés après leur mort en supination, mais de manière à ce que les cadavres fussent plus inclinés , tanlot à droite , tantôt à gauche , on s'est également assuré que les
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^n^cs intestinales les plus iiijectcoé, les boules môuio <[ui le fussent, étaient celles où, dans ces jjosilions diverses, la loi de la pesanteur devait avoir sou maximum d'action. Dans leurs expériences, MM. Trousseau et Rigot ont d'ailleurs remarqué que les anses iuteslinales, qui étaient resserrées, coulractées, où les vaisseaux étaient repliés, ne s'injeçlaieuC pas , bien qu'elles fusseot placées dans une situation déclive. Chez le cheval , au contraire , les portions superposées d'intestin , remarquables par la p^andeur de leur calibre^ étaient néanmoins trouvées assez fréquemment injectées dans leur côté déclive. Si après avoir ouvert le cadavre d'un animal qui vient de mourir, ou fixe dans une position déclive certaines portions de son tube digestif , et que de nouveau on les examine un peu plus lard , ou trouve vivement injectées ces mômes portions, qui ue l'étaient pas à l'époque de la première expérience. M. Trousseau dit avoir ouvert, six heures après la mort, le cadavre d'un homme qui avait succombé à une fièvre pernicieuse. Ayant ouvert quelques parties déclives de l'iléum , elles ne lui parurent que légèrement rougies ; les parties superposées étaient au contraire incolores, les intestins furent remis en place ; le lendemain malin, dit M. Trousseau, ayant examiné les auses déclives que nous n'avions point ouvertes la veille, et celles môme qui l'avaient été en partie , nous les trouvâmes remplies de mucus coloré par le sang qui avait teint en violet la membrane interne de l'intestin. Ces faits confirment pleinement mes propres observations ; depuis longtemps , dans les ouvei tures de cadavres pratiquées Ù la Charité, j'ai été bien souvent frappé de l'injeç-^.
* d'aNATOMIÏÏ PiVIIIOLOGIorE. \%
Vïon phns vive de celies des anses de rintcstin grêle qui sont plus déclives que les autres, de celles, par t^xemple , que l'on trouve quelquefois enfoncées dans l'excavation du bassin. Cette coloration hvpostalique ne peut -elle avoir lien que dans l'intestin grêle? elle y est sans doute plus facile en raison de la disposition même de cet intestin , cl de celle des vaisseaux qui s'y distribuent. Toutefois, je suis très-forlement porté à croire qu'un certain nombre de rougeurs du grand cul-de-sac de l'estomac, et en général de toute sa face postérieure (qui est inférieure sur le cadavre ) , sont le résultat de cette même accumulation hypostatiqne du sang. J'incline d'autant plus vers cette opinion, q'ie, dans un cas où, très-peu d'heures après la mort , un cadavre avait été placé sur l'abdomen pour procéder à l'ouverture de la moelle épinière, et où il fut laissé plusieurs hefires dans cette position , je trouve dans mes notes que sur ce cadavre la partie antérieure de l'estomac était injectée , pointillée de rouge, tandis que la partie postérieure était pâle. Je crus alors qu'il y avait gastrite ; je ne l'affirmerais pas aujourd'hui.
La rougeur des parois intestinales produite par l'injection hypostatiqne, toute cadavérique, dont je viens d'essayer de démontrer la réalité, présente plusieurs degrés , de même que la rougeur par congestion, soit mécanique , soit passive, dont il avait été auparavant question. Ainsi l'on peut trouver les villosités fortement colorées , et même du sang épanché à l'intérieur de la cavité intestinale. Mais cela n'arrive guère que dans les expériences sur les animaux que l'on i'irangle, et que l'on maintient . plusieurs heures
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après la mort, dans uno situation verticale. En pareil cas, en effet, tout est le plus favorablement disposé pour que le sang soit entraîné, en plus grande quantité possible, là où le sollicite la loi de la pesanteur. llien de semblable n'a jamais été observé sur les chevaux lues par la section de la moelle épinière ou assommés; et chez l'homme l'enlraîncment du sang vers les parties les plus déclives du tube digestif n'y détermine le plus communément qu'une injeclion plus ou moins vive, soit de la membrane muqueuse, soit du tissu cellulaire qui lui est subjacent. De cette injection peuvent résulter, soit une coloration diffuse à aspect arborisé, soit des rougeurs circonscrites ayant forme de points , de taches , de stries, etc.
L'injeclion hypostalique commence à s'effectuer immédiatement après la mortj au bout de quelques heures elle a acquis son degré le plus considérable , et elle cesse de s'opérer dès que le sang refroidi commence à se coaguler. Il suit de là que dans les cadavres dont la lempéralure, soit naturellement, soit artificiellement, se conserve long-lemps chaude, et dont le sang reste liquide , l'injection hypostalique de l'intestin sera beaucoup plus marquée que dans les circonstances contraires. Elle sera aussi plus considérable ^ lorsqu'aj)rès les maladies aiguës beaucoup de sang reste encore dans l'économie, lorsque, par suite d'une lente agonie ou d'obstacles à la circulation, les veines intestinales étaient gorgées de sang à l'instant où la vie a cessé.
Quand depuis la mort un corlain espace de temps s'est déjà écoulé, une nouvelle cause de coloration commence à agir : dès que la putréfaction s'empare
d'anatomii: patii(>lo(;iqle. li)
du cadavre, le sang contenu dans les vaisseaux, grands et petits, des parois gastro- intestinales transsude à travers les membranes de ces vaisseaux , et s'épanche en quantité variable dans les tissus environnans, spécialement dans le tissu cellulaire sous-muqucux. De cette extravasation sanguine dépendent, par exemple, les taches rouges que l'on observe dans l'estomcic le lon"^ des veines du grand cul-de-sac , à-peu-près toutes les fois que l'on fait l'ouverture d'un cadavre plus de trente-six ou quarante heures après la mort. Ces taches, agglomérées le long du trajet des vaisseaux, tantôt sont isolées les unes des autres, tantôt se groupent, se confondent, et dessinent ainsi à la surface de l'estomac des stries , des bandes de figure variable. Si , après avoir constaté cet état, on abandonne l'estomac, et que plus tard on l'examine encore de nouveau, on trouve que la rougeur a augmenté, et que de plus elle se présente sous un nouvel aspect : elle n'existe plus seulement le long des vaisseaux ; toute la surface de l'estomac présente une coloralion qui tend de plus en plus à devenir uniforme, et enfin il arrive une époque où toutes les membranes imbibées de sang sont également rouges ; elles peuvent offrir alors une teinte à-peu-près semblable à celle que présente souvent la surface interne des artères colorée par le sang qu'elles renferment. Celte espèce de rougeur cadavérique ne peut d'ailleurs s'élever à ce degré, que lorsqu'au moment de la mort une certaine quantité de sang existait dans les vaisseaux de l'estomac; et comme ce sang s'accumule surtout par le fait de la loi de la pesanteur vers le grand cul-de-sac, il s'ensuit que c'est surtout en cet endroit qu'on devra îrouver
l() PRÉCIS
Jo pins prononcée la rougeur qui résulte de la trartssudation cadavérique du sang à travers les parois vasculaircs. 11 ne faudrait pas d'ailleurs chercher à déterminer rigoureusement l'époque à laquelle celte Iranssudation doit commencer à s'effectuer ; car il faudrait, pour cela, établir d'abord avec précision le momentoù commence la putréfaction elie-môme. Or, c'est ce qui varie beaucoup : T. suivant certaines conditions inhérentes au sujet lui-même ; telles , par exemple : son genre de mort, l'espèce de maladie à laquelle il a succombé, etc.; 2". suivant d'aulres conditions extérieures, telles surtout que l'état thermométrique et hygrométrique du lieu où est déposé le cadavre. Aussi, lorsque, pendant l'été, on procède à iouverturede corps maintenus , depuis la mort, dans des lits chauds et dans des chambres dont la température est au moins aussi élevée que celle de l'atmosphère extérieure, il est ordinaire de trouver dans le tube digestif, dès la vingt-quatrième heure , des effets déjà très-prononcés de la transsudation sanguine ; souvent , par exemple , il m'est arrivé en pareil cas de rencontrer une coloration rouge uniforme de toutes les membranes du grand cul-de-sac de l'estomac. En semblable circonstance, la matière colorante du sang peut aussi, par voie de transsudation, venir se répandre à la surface interne du tube digestif, et s'y mêler aux liquides qu'il contient. J'en ai constaté la présence sur la plus grande partie des cadavre» que j'ai eu occasion d'ouvrir pendant les étés trèschauds de 1825 et 182 G.
Comme les vaisseaux, la rate peut laisser transsuder à travers ses parois ime certaine quantité de
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v«;ang. Por imbibilion , ce sang peut ensuite colorer la portion d'estomac qui est en contact avec la rate. Toutefois, cette espèce de coloration est moins fré-^ quenle que celle qui résulte de la transsudation du sang à travers les parois des vaisseaux gastriques. Une des circonstances qui doivent faire vaiier cette cause de coloration , c'est sans doute la diûércnce des états dans lesquels se trouve le sang qui remplit la rate ; il devra imbiber d'autant plus la membrane enveloppante de cet organe , qu'il sera plus liquide.
Enfin, sur Je cadavre, au moment même oiH l'on procède à l'examen de la surface interne du tube digestif, on peut souvent produire dans la membr.iuo muqueuse , en la râclont avec le dos d'un scalpel , des rougeurs qui non seulement n'existaient pas pendant la vie, mais qui même n'élaient pas apparentes avant le raclage. Par cette opération on refoule dans les vaisseaux les plus fins de la muqueuse, et dans un seul point, le sang qui, auparavant disséminé dans la masse des vaisseaux environnans, y était beaucoup moins apparent ; on peut même ainsi en produire l'extravasation. Cette rougeur tout artificielle, mais que le raclage ne peut toutefois déterminer que lorsqu'il existe par avance une certaine quantité de sang dans la muqueuse ou au-dessous d'elle , se présente le plus ordinairement sous la forme pointillée.
En plongeant une vessie pleine de sang dans difiTérens gaz, le sang qu'elle contient s'altère singulièrement dans sa couleur. Toutes les fois donc que ces mômes gaz viendront à se développer dans l'intestin , ils devront aussi colorer le sang à travers les parois do ses vaisseaux. Dans quelques cas, cel? pourra avoir