CHAPITRE PREMIER
LÉSIONS DE CIRCULATION
Les altérations que le cœur peut subir relativement à la quantité de sang qu'il est susceptible de recevoir dans son parenchyme, ne constituent que la moindre partie des maladies de cet organe; les accidens qui pendant la vie semblent se rattacher à l'existence d'une hyperémie du cœur sont très-peu connus, et après la mort les rougeurs qu'il présente, soit à sa surface interne, soit dans son tissu propre.
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swit foin d'indiquer toujours avec certitude que co cœur, qu'on trouve rouge sur le cadavre^ a été réellement, avant la mort,, le siège d'une hyperémie active.
En effet le cœur est un des organes qui rougit le plus facilement après que la vie a cessé. Ouvrez un, animal peu d'heures après qu'il est tué; examinez son cœur : vous le trouverez blanc à sa surface interne , et son tissu propre sera lui-même peu coloré : laissez ce cœur exposé , pendant un certain nombre d'heures, à l'air et au soleil , sans le laver, et vous en vetrouverez la surface interne d'iui rouge écarlate ; vous retrouverez aussi fortement rougi le tissu charnu» Toutes les fois que, pendant un temps chaud ou humide, on ouvre un cadavre d'homme ou d'animal, plus de vingt-quatre à trente heures après la mort, ou trouve le cœur rouge ; cette coloration peut exister à sa surface interne , qui tantôt semble partout avoir été couim€ teinte uniformément par une matière colorante rouge, et qui tantôt ne présente cette teinture qu'en un, certain nombre de points. D'autres fois la coloration rouge a aussi envahi toute l'épaisseur des parois du cœur, qui sont d'un rouge livide , et à sa surface externe se montrenl parfois en pareil cas des ecchymoses plus ou moins étendues.
Cette coloration, opérée post mortem ^ est inégalement prononcée sur les différens cadavres , bien qu'ouverts dans des circonstances identiques. Toutes choses étant égales d'ailleurs , les individus qui meurent ayant encore beaucoup de sang la présentent plus promptemcnt et avec plus d'intensilé ; de plus, il est des cgdc^yres qui, iudépeudammciil de la. qjuuir
titc de sang qu'ils contiennent , se pntiéficnl beaucoup plus rapidement que d'autres : chez ceux-là la coloration du cœur se montre toujours très -prononcée.
C'est donc à une altération cadavérique qu'il faut rapporter un grand nombre de colorations rouges du cœur, qui trop souvent ont été regardées comme des résultats de cardite. Toutefois ces colorations peuvent aussi s'être effectuées pendant la vie, et se lier à un véritable travail d'hyperémie active. Ainsi^ j'ai trouvé très-rouges plusieurs cœurs de chevaux amenés malades à Monfaucon , lors de l'épizootie qui sévit sur eux en 1824 > et dont je faisais l'ouverture immédiatement après qu'on les avait tués. Des remarques semblables ont été faites par le professeur Dupuy et par M. Bouley jeune , vétérinaire distingué de Paris. Celte rougeur ne se montrait parfois qu'à la surface interne du cœur, qui présentait un grand nombre de lâches rouges, ou bien une coloration uniforme, qui ne présentait pas de différence bien sensible d'avec celle produite après la mort dans des cœurs de chevaux que nous exposions à l'air et au soleil. D'autres fois le tissu charnu du cœur était rouge comme là membrane interne ; ce tissu était en même temps friable , la membrane interne s'enlevait avec une facilité inaccoutumée, et trois fois je trouvai entr'èlle et le tissu charnu de petits dépôts d'une matière semblable à du pus. Ces altérations n'étaient pas également prononcées dans les diverses parties du cœur. Le cœur gauche les présentait beaucoup plus souvent que le cœur droit ; dans quelques cas elles étaient bornées aux valvules aorliques , qui , en môme temps
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qu'elles étaient rougis, étaient tumétiées et friables.
Lorsqu'on empoisonne des animaux par le deutochlorure de mercure , une des lésions que l'on rencontre à l'ouverture de leurs cadavres , c'est un certain nombre de taches rouges qui parsèment la surface interne du cœur. Dans ce cas , comme dans le précédent, on ne peut douter que ces taches ne soient le produit d'une hyperémie active opérée pendant hi vie ; on ne peut douter que, donné à dose assez forte pour déterminer une mort prompte , le sublimé corrosif n'ait irrité le cœur, comme, donné à dose plus faible, il irrite la muqueuse buccale.
Que si des animaux nous revenons à l'homme , nous trouverons dans les faits suivans des preuves que chez lui aussi un certain nombre de colorations rouges du cœur peuvent s'accomplir pendant la vie.
1°. J'ai ouvert à la Charité le cadavre d'un homme mort avec plusieurs des symptômes qui se montrent souvent dans la péricardite : au milieu d'un bon état de santé , dyspnée subite , douleur peu vive à la région précordiale, tumulte des batteraens du cœur, pouls très-fréquent, irrégulier sous le rapport de la force et du retour des pulsations , suffocation de plus en plus grande , et mort. A l'ouverture du cadavre , rien dans le péricarde, non plus que dans le tissu charnu du cœur ; rien d'appréciable non plus aux orifices auriculo-ventriculaires, artériels ou veineux, non plus que dans les vaisseaux ; mais rougeur vive à la surface interne des cavités gauches du cœur. Pas d'autre lésion.
2". Un autre individu, jouissant habituellement d'une bonne santé , fut pris de douleur à la région
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prccordiale , de dyspnée , de palpilalions semhhil)1es à celles qu'aurait produites un cœur hypertrophié; un bruit de râpe obscur suivait chaque contraction des ventricules. Trois semaines après la manifestation de ces accidens, il fut atteint d'une pleurésie avec épanchement , et succomba. A l'ouverture du cadavre , je ne trouvai d'autre lésion dans le cœur qu'une vive routeur des valvules aortiques , avec tuméfaction ma^. nifcote de leur tissu, au milieu duquel existaient deuJt petits points blancs constitués par une matière demiliquide , d'aspect stéalomateux. Il me paraît indubitable que , dans ce cas , la cause des accidens dont le cœur fut le siège était cette hyperémie des valvules aortiques; là où elle avait lieu, le tissu valvulaire était tuméfié , et déjà une sécrétion morbide avait commencé à s'y opérer,
5°. On voit quelquefois des malades, atteints d'affection organique du cœur, être pris tout-à-coup de symptômes très-graves , liés à une exaspéralioD de la maladie du cœur ; ils succombent au jmilieu de ces symptômes , et en pareil cas l'autopsie a fait voir dans le cœur une vive rougeur que ne pouvaient expliquer ni ta putréfaction, ni aucune autre circonstance physique qui aurait agi seulement après la mort. Tantôt cette rougeur était générale , tantôt elle ne se montrait que dans un des côtés du cœm-, et tantôt enfin, encore plus circonscrite, elle n'existait que sur les valvules. Dans ces divers cas, n'est-ce pas encore une hyperémie aiguë, qui, venant compliquer une ancienne affection du cœMjr, a produit les accidens et la mort ( i ),?
(i^ ^oycz quelques observations paiiiculicres à l'appui de ces asse;;tioiii ;, daps la Clinique Màiiicule.
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L'anémie du cœur ri*a été jusqu'à présent le résultai d'aucune recherche spéciale ; tout ce que nous pouvons en dire ici, c'est que cette anémie, qui accompagne le plus souvent l'atrophie du cœur, succèdequelquefois , comme celle-ci , à un étal de congestion et d'hypertrophie du cœur; ainsi dans ce cas particulier se trouve démontré le principe que nous avons posé ailleurs , savoir , qu'une des causes de l'anémie d'un organe peut être son état d'hyperémie anlécédente.
L'anémie du cœur peut aussi exister sans que son tissu soit atrophié ; cela s'observe dans quelques maladies chroniques ; cela s'observe aussi dans quelques cas d'hydropisie , où , loin de trouver le cœur congestionné, on en trouve le tissu remarquablement exsangue. Dans les autres organes , il n'y a pas plus de sang ; de telle sorte que l'anémie du cœur, sans autre altération de sa texture, doit être placée au nombre des lésions qui coïncident avec un certain nombre d'hy-dropisies (t).
L'anémie du cœur est caractérisée par un état de décoloration remarquable du tissu de cet organe. On dirait qu'il a macéré pendant long-temps dans l'eau.
(i) P'oyes à l'ajjpui de cette assertion les Observations de tu Ctini'jn^- Mi.di.calc.