CHAPITRE II
LÉSIONS DE NUTRITION
Étudiées sous le rapport de l'application qui peut être faite de la connaissance de ces lésions à la médecine pratique , ces lésions doivent être divisées en deux séries : la première série comprendra toutes les lésions qui ont pour résultat d'apporter un obstacle , soit à l'entrée du sang dans le cœur, soit à l'expulsion du sang hors du cœur ; la seconde série comprendra les lésions qui n'ont pas ce résultat.
ARTICLE PREMIER
LÉSIONS DE KtTRITION QOI s'OPPOSEM A LA LIBRE CIRCl'LATION DU SAKG DAN5 LE COEUR.
Ces lésions ont été désignées sous le terme générique d'anévrysme , terme devenu inexact , puisque son étymologie ne cadre plus avec son acception actuelle. Cette expression n'est plus d'ailleurs en rapport avec les progrès que la science a faits depuis Corvisart ; nous ne nous en servirons donc pas, nous contentant d'indiquer , au fur et à mesure que l'occasion s'en présentera, les lésions très-différentes que l'on a tour-à-tour désignées sous le nom d'anévrysme, soit actif, soit passif.
Laennec a établi que le volume du cœur est normal lorsqu'il égale à-peu-près le volume du poing du sujet, d'où il suit que le volume du cœur doit
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varier beaucoup avec les individus, et que ce sont: moins ses dimensions absolues que ses dimensions relatives qui constituent son état sain ou morbide. Dans l'état sain , les parois du ventricule gauche doivent être deux fois plus épaisses que les parois du ventricule droit ; dans celui-ci , cependant , les colonnes charnues doivent être plus grosses que dans le ventricule gauche ; mais à sa surface interne il existe un réseau beaucoup moins fin , et des mailles beaucoup moins multipliées. Enfin , lorsqu'on incise les deux ventricules , les parois du gauche doivent rester écartées , et celles du droit s'affaisser, de telle sorte que sa cavité disparaisse. Quant à la capacité des deux côtés du cœur, elle doit être égale.
Dans l'enfance et dans la vieillesse , les proportions d'épaisseur des ventricules droit et gauche ne sont plus les mêmes que celles qui viennent d'être indiquées. A ces deux âges extrêmes , l'épaisseur des parois du ventricule gauche est à l'épaisseur des parois du ventricule droit comme trois ou quatre est à un. Cependant, avec une condition à-peu -près égale d'épaisseur du ventricule gauche , rien n'est plus différent que le pouls du vieillard et de l'enfant. La force ou la dureté des pulsations artérielles ne dépendent donc pas uniquement de l'épaisseur plus ou moins grande des parois du ventricule gauche.
La nutrition du cœur peut se modifier de telle sorte qu'il en résulte pour le cœur divers changemens , soit dans l'épaisseur normale de ses parois , soit dans les dimensions de ses cavités. Etudions ces changemens.
L'épaississement des parois du cœur est connu gé-
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iicralemenl aujourd'hui sous le noui d'Iiyperlroplihe tin cœur. C est mt^me pour ie cœur que cette expression, qui depuis a pris uue extension très-grande , a tké d'abord créée.
L'hypertrophie du cœur peut être générale , ou en d'autres termes elle peut avoir envahi les parois de ses quatre cavités. D'autres fois elle est partielle, et, dans ce dernier cas , c'est le ventricule gauche qui en est leiiiége le plus ordinaire. Dans ce ventricule , l'hypertrophie présente plusieurs degrés. Ainsi, elle peut être uniquement bornée aux colonnes charnues, qui alors offrent une épaisseur égale ou supérieure à ce\\& qu'elles ont normalement dans le ventricule droit.. Quelquefois l'hypertrophie ne porte que sur les seuls piliers de la valvule mitrale. Ailleurs c'est la cloisoa ventriculairo qui est spécialement hypertrophiée ; enfin, l'augmentation d'épaisseur peut avoir lieu dans la totalité des parois du ventricule gauche. Dans ce dernier cas, on voit l'hypertrophie être à son maximum vers la base du cœur , et diminuer graduellement de cette base vers la pointe , qui se conserve quelquefois très-mince , alors m^me que , partout ailleurs , l'épaisseur des parois est triplée ou quadruplée. Chez d'autres individus on trouve depuis la bas(i; jusqu'à la pointe un épaissi?sement égal ;, c'est dans ce cas que le cœur change de forme par l'arrondisse* ment de sa pointe. Chez d'autres, enfin, l'augmentalion d'épaisseur est surtout très-prononcée vers la partie moyenne , ou n'existe même que dans celle partie. Dans le cas où c'est particulièrement la cloison ([ui est épaissie , la capacité du ventricule droit d'iuinue singulièrement , et parfois il ne semble plus
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fjii'nn petit appendice à cavité très-étroite , surajouté au ventricule gauche.
L'augmentation d'épaisseur du ventricule droit n'est souverat appréciable , que parce qu'il ne s'affaisse pas lorsqu'on l'incise; ailleurs on reconnaît son hypertrophie au développement de ses colonnes; ses parois même prennent rarement une épaisseur insolite un peu considérable ; cependant Laennec les a vues épaisses de cinq lignes, et MM. Bertin et Bouillaud de quinze lignes.
Eu môme temps que l'un des ventricules est hypertrophié , on peut trouver l'aulre ventricule ou également hypertrophié , ou atrophié , ou avec son épaisseur normale.
Quant aux oreillettes, leur hypertrophie est rare; lorsqu'elle existe , elle coïncide presque toujours avec un état d'hypertrophie des ventricules.
Les parois hypertrophiées du cœur peuvent se présenter dans trois états différens : tantôt elles conservent leur consistance naturelle , ce qui est le cas le plus commun; tantôt elles sont indurées, ce qui est assez rare , et tantôt enfin elles sont ramollies , ce qui est encore plus rare.
L'hypertrophie des parois du cœur coïncide avec différens états de ses cavités ; sous ce rapport , les cas suivans peuvent se présenter.
I" Cas. Hypertrophie des parois du cœur avec conservation de la grandeur naturelle de ses cavités.
11° Cas. Hypertrophie des parois du cœur avec dilatation de ses cavités. Dans ce cas le volume total du cœur eot augmenté. C'est là l'uaévjysme actif
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de Corvisart ; c'est l'hypertrophie excentrique de MM. Berlin et Bouiiland.
IIP Cas. Hypertrophie des parois du cœur avec rétrécissement de ses cavités. ( Hypertrophie concentrique de Berlin et Bouillaud. ) Dans ce cas, tantôt le cœur conserve son volume normal; tantôt ce volume est augmenté , et tantôt il est diminué. H n'est aucune de ces variétés qu'il soit inutile de connaître , puisque chacune d'elles produit des symptômes différens.
Dans ce qui précède , nous n'avons étudié que l'hypertrophie de la substance musculaire du cœur ; mais il est dans cet organe d'autres tissus qui peuvent aussi devenir le siège d'une nutrition plus active que de coutume , et dont l'hypertrophie est d'autant plus digne de remarque que plus d'une fois on a pris le résultat de cette hypertrophie pour une production nouvelle. 11 y a, par exemple, dans le cœur, un certain nombre de points où le tissu fibreux existe, mais à un état tellement rudimentaire qu'il faut une dissection fine pour en constater l'existence. Eh bien, ce tissu si peu apparent peut, dans certains cas, acquérir un développement tel , qu'il produit de véritables tumeurs , modifie la forme de certaines'parties du cœur, et en gêne mécaniquement l'action. C'est ce qu'on peut observer surtout , i°. au pourtour des divers orifices du cœur; 2°. dans les valvules, dont l'épaississement et la déformation ne sont souvent autre chose que le simple résultat d'un excès de nutrition du tissu fibreux qui entre normalement dans leur composition, mais à l'état rudimentaire. Hyper-
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Irophié à un certain degré, il arrive souvent que ce tissu fibreux change de nature ; ses fibres disparaissent, et il ne représente plus qu'une masse homogène qui ressemble à du cartilage.
L'atrophie des parois du cœur est moins commune que son hypertrophie. Cette atrophie peut exister, 1". sans autre altération du cœur dont le vohime est resté à celui de l'état normal ; 2°. avec augmentation du volume du cœur ; il y a alors dilatation des cavités ; 7>°. avec diminution du volume total du cœur.
Lorsque l'atrophie du cœur est portée à un certain degré, ses parois sont réduites à n'être plus que des membranes minces , où se découvrent à peine quelques traces de fibres charnues; presque partout le péricarde se trouve en contact avec la membrane interne du cœur. La graisse qui existe toujours autour du cœur est alors le plus souvent augmentée, et on voit sa sécrétion devenir plus active à mesure que s'atrophient les fibres musculaires.
L'atrophie du cœur survient le plus souvent sans cause connue. Comme la simple anémie de cet organe peut succéder à son hyperé,mie , de même l'atrophie du cœur peut succéder à son hypertrophie. Laennec a rapporté le cas d'une femme, âgée de cinquante ans , qui , présentant depuis un an tous les signes d'une maladie organique du cœur, en fut délivrée à la suite du traitement dit de Valsalva. Cette femme , deux ans après son rétablissement, fut prise d'un choiera morbus, qui l'entraîna au tombeau. On trouva le cœur remarquable par sa petitesse. Il n'était pas plus gros que ne l'tst ordinairement celui d'un enfant de douze ans. , Son aspecl extérieur rappelait tout-à-fait
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celui d'une pomme ridée; les rides qu'il présentait étaient dirigées surtout dans le sens de la longueur. L'atrophie du cœur se montre encore dans les cas où une production morbide , soit liquide , soit solide , s'est développée autour du cœur ou dans l'épaisseur même de son parenchyme. MM. Bertin et Bouillaud ont trouvé le cœur très-petit chez ua individu atteint d'une hydropéricarde. Dans un cas de péricardile chronique, où des pseudo-membranes fort épaisses entouraient le cœur, je n'ai plus trouvé entre ces pseudo - membranes et la surface interne du cœur qu'une couche musculaire très -mince; en quelques points les pseudo-membranes étaient en contact immédiat avec la membrane qui tapisse les cavités du cœur; je ne découvris non plus que quelques débris à peine apparens de fibres charnues dans les parois du cœur droit, chez un enfant de trois ans, dont le cœur était comme cerné par une couche épaisse de matière tuberculeuse. Dans ces divers cas , l'atrophie peut être considérée comme le résultat, soit de la compression qu'exercent sur le cœur les productions morbides qui l'entourent , soit d'une sorte de balancement de nutrition.
Dans plusieurs maladies où les individus succombent avec un amaigrissement considérable, on trouve que le cœur a participé à l'atrophie qu'a subie le reste du système musculaire; mais cela n'est pas constant, et chez beaucoup de phthisiques, par exemple, morts dans le dernier degré du marasme, il arrive souvent que le cœur ne se montre nullement atrophié. Si eu pareil cas son volume paraît diminué, c'est parce que, vide de sang, il est revenu sur lui-même; ses cavités
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sont devenues trcs-pelitcs , lAiais ses parois ont au moins leur épaisseur ordinaire.
Laenncc est porté à penser que la fréquence et la facilité des lipothymies se lient cliez certains individus à l'existence d'un cœur trop petit relativement aux dimensions du reste de leur corps.
Il est des cas , encore peu nombreux , dans lesquels on a vu coïncider dans un même cœur l'amincissement de ses parois en certains poinls, avec leur épaississement en d'autres points.
En même temps que les parois du cœur augmentent ou diminuent d'épaisseur, ces cavités peuvent présenter dans leur capacité un certain nombre de changemens ; cette capacité peut être augmentée ou diminuée.
L'augmentation de capacité des cavités du cœur peut exister, i°. avec un état naturel des parois; u". avec un épaississement de ces parois (anévrysme actif, déjà indiqué); ù". avec un amincissement de ces mêmes parois. La coïncidence de cet amincissement et d'une dilatation des cavités constitue l'anévrysme pas:5if de Corvisart. Ce dernier état est plus commun dans le cœur droit que dans le cœur gauche.
Au lieu d'exister dans toute une cavité , la dilatation peut être bornée à un point de cette cavité ; il en résulte la présence d'une sorte de poche dont l'intérieur communique avec l'une des cavités du cœur, et dont les parois dépassent le niveau du reste des parois de la cavité avec laquelle elle communique.
La grandeur de ces poches varie depuis celle d'une amande jusqu'à celle d'un gros œuf de poule. Tantôt, là où elles existent . les parois du cœur sont hyper-