II
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Irophiées; tanlôt, au contraire , elles sont singulièrement amincies. L'intérieur de ces poches contient parfois des concrétions fibrineuses très-solides, formées de couches superposées , semblables à celles qu'on trouve dans les anévrysmes artériels , avec lesquels, d'ailleurs, ces dilatations partielles du cœur ont plus d'un rapport.
M. Breschet^ dans un mémoire plein d'intérêt, où il a rassemblé tous les faits de ce genre qu'ont publiés divers observateurs , a décrit cette lésion sous le nom d'anévrysme faux consécutif du cœur. Mais cette dénomination ne me paraît pas pouvoir s'appliquer à tous les cas : il en est quelques-uns où rien ne démontre qu'il y ait eu réellement déchirure de la membrane interne du coeur; dans un cas observé par M. Reynaud depuis la publication du mémoire de M. Breschet , celte membrane n'avait manifestement subi aucune solution de continuité, elle s'élait seulement laissé distendre, et il en résultait une cavité accidentelle , dont les parois étaient formées de la même manière que le sont dans une artère les parois de l'anévrysme vrai primitif. Dans ce cas remarquable , la membrane interne du ventricule gauche était épaissie et d'un blanc opaque en beaucoup de points. Le tissu cellulaire qui îa séyjarait de la substance charnue du cœur, beaucoup plus apparent que de coutume , se séparait en plusieurs couches dont l'ensemble présentait quelque chose de la structure artérielle. Là où cette altération de la membrane interne était la plus prononcée , vers la partie moyenne du bord postérieur du ventricule gauche, existait une ouverture arrondie, sus-
d'anatomie pathologique. 291
ceptîble de recevoir le bout du doigl, et qui conduisait dans une cavité à-peu-près sphérique , capable de contenir une petite noix. Les parois de cette cavité n'étaient séparées du péricarde que par une couche très-mince du tissu charnu. Ces parois , dit M. Reynaud, étaient formées par une membrane épaisse , dense . de texture fibreuse , composée elle-même de deux feuillets, l'un superficiel, plus mince, d'un blanc opaque; l'autre plus épais, semblable à la membrane moyenne des artères altérées, et contenant dans son épaisseur quelques points fibro-carlilagineux et osseux. Cette membrane se continuait sans interruption avec la membrane interne du ventricule; elle en avait d'ailleurs tous les caractères. Les fibres musculaires, séparées de cette poche par une couche de tissu cellulaire, ne contribuaient pas à en former les parois. Une autre poche semblable , mais plus petite , existait vers la partie antérieure du même ventricule. Des caillots fibrineux remplissaient l'une et l'autre (1). La diminution de capacité des cavités du cœur peut être apparente ou réelle. Elle n'est qu'apparente dans certains cas d'anémie générale, où, après la mort, le cœur, vide de sang, se resserre et revient sur luimême. Lorsqu'elle est réelle , cette diminution de capacité peut coïncider i". avec un état naturel des parois ; 2°. avec leur hypertrophie; 5°. avec leur atrophie. Nous avons déjà vu que le rétrécissement assez
(1) J'ai examiné avec M. Rcynaud le cœur dans Irquel il a trouvé celte reniai quable altération. Je n'ai pu donner ici qu'un extrait de son observation qu'il a consignée avec tous ses d«'tails dans !e tome II du Journal hebdomadaire de médecine; il a joint à la descripiion de l'altération un dessin qui la représente avec la plus gr:iude il !é!ilé.
commun du ventricule droit peut dépendre d'un simple épaississement de la cloison interventriculaire j quelquefois aussi il est dû à l'hypertrophie isolée de ses colonnes charnues. La diminution de capacité du ventricule droit, sans autre altération du cœur, coïncide assez souvent avec une hydropisie.
Différens ordres de causes peuvent produire , dans le cœur, les changemens de dimensions ou de proportions que nous venons d'étudier.
1" ORDRE DE CAUSES. — Obstacles niéeanlques à la circulation.
Ces obstacles résident 1°. dans les orifices mêmes du cœur; 2°. dans les artères; 3°. dans les réseaux capillaires.
A. Obstacles dans les orifices du cœur^
Un simple rétrécissement, soit congénital , soit acquis , sans aucune autre lésion organique, existant à l'un des orifices du cœur, auriculo-ventriculaires ou artériels, peut s'opposer à ce que le sang passe librement d'une cavité du cœur dans une autre. Au lieu^ de ce simple rétrécissement, l'obstacle peut être dû à diverses lésions organiques du pourtour des orifices ou des Valvules qui les bordent. Ces lésions seront décrites plus tard.
La maladie du cœur existe le plus souvent dans la cavité dont l'orifice de dégagement est altéré. Cependant cette règle n*est pas sans exception, et assez souvent il arrive que ce sont les cavités droites qui
d'anatomie pathologique. 293
sont malades, bien que l'altération des orifices existe à gauche; on comprendra facilement qu'il peut en ^tre ainsi , pour peu que l'on réfléchisse aux voies par lesquelles doit passer le sang pour arriver du cœur droit dans le cœur gauche.
Les orifices du cœur peuvent rester long-temps altérés , sans qu'il en résulte habituellement de trouble appréciable dans l'action du cœur. Seulement tout eifort, tout exercice violent, tout travail intellectuel, tout excès, tout ce qui en un mot tend à accélérer la circulation , détermine en pareil cas des palpitations et de la dyspnée ; enfin, plus lot ou plus tard, il arrive une époque où ces deux phénomènes se manifestent sans cause appréciable, d'abord d'une manière intermittente, puis d'une manière continue. C'est le moment où commence à s'eflectuer un changement dans les dimensions du cœur; mais longtemps avant que ce changement n'ait eu lieu , tous les accidens qu'il produit peuvent être survenus, produits par le seul obstacle dont un des orifices du cœur est le siège.
C'est surtout chez les vieillards qu'on a fréquemment l'occasion d'observer diverses altérai ions des orifices du cœur qui doivent gêner le passage du sang, et qui cependant ne sont accompagnées d'aucun autre trouble que d'irrégularité du pouls. La lenteur de la circulation du vieillard, et peut-être la moindre quantité de sang qui existe chez lui , expliquent- elles celle absence d'accidens?
294 phkcis
B. Obstacles dans les Arl'cres^.
L'aorte présente quelqnefoîs depuis son origine, ou seulement depuis sa crosse jusqu'à sa bifurcalion , lin calibre beaucoup plus petit que celui qu'elle doit normalement avoir, et souvent l'on a remarqué une coïncidence de ce vice de conformation de l'aorte avec une hypertrophie des parois du cœur ou avec une dilatation de ses cavités. Quelquefois aussi l'on a vu un rétrécissement notable de l'artère pulmonaire coïncider avec les mêmes altérations du cœur, bornées dans ce dernier cas au ventricule droit. Il est permis de penser qu'une étroitesse extrême des vaisseaux dans lesquels le cœur lance le sang qui lui est apporté parles veines, doit gêner le libre dégorgement du cœur, et agir à la manière des obstacles qui ont leur siège aux orifices mêmes du cœur.
D'autres fois, chez des individus atteints d'hypertrophie du cœur ou de dilatation de ses cavités , on trouve au contraire l'aorte considérablement agrandie. Ces deux faits coïncident -ils simplement, ou bien trouvera-t-on dans le second la cause du premier?
D'autres fois, enfin, l'aorte n'est ni rétrécie, ni dilatée , mais ses parois sont incrustées d'ossifications nombreuses; peut-on dire que la diminution de leur élasticité doit, en gênant la circulation de l'aorte, gêner aussi la circulation dans le cœur?
C. Obstacles dans les Reseaux capillaires. Nous ignorons complètement jusqu'à quel point les
d'anATOMIE PATHOlOcnOLE, SqS
obstacles qui poupraient exister dans la circulation capillaire générale seraient susceptibles de gôncr la circulation dans le cœur. Mais ce qui est bien démontré, c'est que la gêne de la circulation capillaire dans les poumons est une cause fréquente d'hyperlrophie du cœur et de dilatation de ses cavités. Le poumon dans lequel le sang séjourne d'une manière vicieuse ou ne circule pas librement , devient pour les cavités droites du cœur ce qu'est le foie engorgé, Ghslrué , pour la veine porte. Je ne doute pas, d'après les recherches auxquelles Je me suis livré sur ce sujet, que dans les catarrhes pulmonaires chroniques, l'engorgement sanguin des parois bronchiques ne soit une cause de la production des maladies du cœur, qui si fréquemment compliquent ces catarrhes. En pareil cas, la dyspnée précède souvent de long-temps tout signe local d'affection organique du cœur. Si chez les phthisiques on n'observe qu'assez rarement l'hypertrophie du cœur ou la dilatation de ses cavités, bien que chez eux il y ait souvent obstacle au libre passage de l'air dans les réseaux capillaires, c'est que chez eux la masse du sang devient rapidement moins considérable. Chez eux aussi l'on n'observe pas ces quintes de toux , si fatigantes, si pénibles, accompagnées de suffocation, qui existent dans certains catarrhes, et qui, répétées plusieurs fois par jour, doivent certainement gêner beaucoup la circulation du sang dans l'artère pulmonaire , et qui doivent par conséquent tendre à produire la stagnation du sang dans les cavités- droites du cœur.
296 Pidcis
II" ORDRE DE CAUSES. — Hypcrémie active des mem^ brancs qui revêtent les deux faces du cœur.
Je crois avoir démonlrc ailleurs (1) qu'un certain nombre d'hypertrophies du cœur reconnaissent pour point de départ une poricardite aiguë ou chronique. Des individus qui n'avaient jamais eu le moindre signe d'affection organique du cœur sont pris de tous les accidcns qui caractérisent la péricardite. Guéris de cette maladie , ils ne reviennent pas à leur santé première. Leur cœur continue à présenter des batlemens insolites, leur respiration reste gênée, peu-àpeu apparaissent chez eux les différens symptômes d'une affection organique du cœur; ils succombent, et, à l'ouverture du cadavre, outre cette affection, on trouve dans le péricarde des adhérences celluleuses , ou autres, qui attestent l'existence réelle d'une péricardite antécédente.
Quant à l'influence que peut exercer sur le développement de l'anévrysme du cœur l'hyperémie active, soit aiguë , soit chronique, de sa membrane interne, il en a déjà été précédemment question. Quand même les faits que j'ai cités ne démontreraient pas cette influence, l'analogie ne porterait -elle pas à l'admettre? Partout où une membrane musculaire contribue à former les parois d'une cavité , ne voit-on pas bien fréquemment l'hypertrophie de cette membrane musculaire reconnaître pour cause une hype-
(l) Cliiiijuc McUk^'x,
d'anato.mie PATiioLonioiE. 297
rémie anlécédcntc de la membrane muqiicu>:e ou autre qui tapisse l'intérieur de la cavité?
IIP ORDRE DE CAUSES. — Modification de L'innervation.
A voir le début d'un certain nombre d'aCTeclions organiques du cœur, il semble qu'avant la production de raffection organique il y avait déjà maladie; les symptômes observés alors chez beaucoup d'individus paraissent ne reconnaître d'abord d'autre cause qu'un trouble dans l'action du cœur , sans troubie dans sa texture. En pareil cas, le cœur qui bat trop fort ou trop vite , n'est pas plus nécessairement altéré dans son organisation que ne l'est un muscle dont les contractions viennent à s'accomplir irrégulièrement , sans la participation de la volonté. Or le système nerveux est l'agent de ces divers mouvemens. Il est donc physiologique d'admettre , pour le cœur comme pour les muscles de la vie animale , que l'influx nerveux modifié peut être une cause de la modification de ses contractions. Mais le muscle , dont l'influx nerveux, mis ou non en jeu par la volonté , rend la contraction plus énergique ou plus fréquente , finit par s'hypertrophier : la même chose doit arriver au cœur. Le mot àc palpitation nerveuse n'est donc pas, comme on l'a dit, un mot par lequel nous cherchons à déguiser notre ignorance ; c'est l'expression d'un fait très-réel. Du reste , en observant ainsi un grand nombre de lésions organiques à leur point de départ , on trouve que là où ranaton}ie pathologique nous montre une altération de texture, il n'y a eu d'abord qu'alîération d'action.
2y8 iT.Écis
Du reste, pour que le cœur change dans ses dimensions ou dans ses proportions, il n'est pas du tout nécessaire , comme on l'a dit, qu'un obstacle existe à la libre sortie du sang d'une des cavités du cœur; il n'est pas non plus nécessaire que ses membranes interne ou externe ayent été précédemment hyperémlées. On peut trouver toutes les variétés possibles d'hypertrophie des parois du cœur, ou de dilatation de ses cavités, sans que rien prouve l'existence antécédente d'un travail d'irritation en dedans ou en dehors du cœur, et sans qu'on trouve aucune espèce d'obstacle, soit aux orifices du cœur, soit dans la reste de l'appareil circulatoire.
AllTICLE II.
LÉSIONS DE NUTRITION QVl NE CHANGENT PAS LES DIMENSIONS eu COBUB.
Parmi ces lésions, les unes, plus ou moins liées avec celles qui nous ont occupés dans l'article précédent, ont peu de symptômes qui leur soient propres ; d'autres sont annoncées par certains accidens locaux ou généraux; d'autres, enfin, existent sans troubler l'action du cœur, et ne sont jusqu'i présent intéressantes que pour l'anatomistc.
i) ANATOMIE PATHOLOGIQUE. ^99
§ I. Ikdcratios.
11 faut distinguer cette induration de j'hyperlropliie, bien que, dans le plus grand nombre des cas, ce ne soit guère que sur les cœurs hyperlropliiés que se montre l'induration. Alors la substance musculaire est très-ferme et difficile à inciser ; lorsqu'on la percute avec un scalpel, on l'entend résonner comme résonnerait, dit Laennec , un de ces cornets de cnir qui servent à jouer au trictrac. D'après Corvisart , quelques cœurs indurés feraient entendre, au moment où on les incise , un bruit de crépitation. Laennec n'a Jamais rien entendu de semblable à ce bruit, et je ne l'ai pas non plus remarqué.
On a vu quelquefois un même cœur être ramolli en certains points, et considérablement induré en d'autres points. Ces deux altérations peuvent même exister simultanément dans les parois d'un môme ventricule.
g. II. FiAMOLLlSSEMLiST.
Il peut exister, soit seulement dans la membrane interne du cœur, soit dans son tissu charnu.
Le ramollissement de la membrane interne peut être général ou partiel; la membrane ramollie se réduit en pulpe par le plus léger grattage; en même temps elle est tantôt pfde et tantôt rouge.
Le ramollissement du tissu charnu constitue , à proprement parler, le ramollissement du cœur. Cctorgane est alors remarquable par sa grande flaccidité; on le
aoo PRÉCIS
déchire avec la plus grande facililc, et il est parfois tellement friable , qu'en pressant assez légèrement ses parois avec le doigt , on les perfore , et on pénètre dans l'intérieur du cœur.
Le ramollissement du cœur peut se présenter avec plusieurs espèces de colorations de son tissu. Ainsi assez souvent le cœur ramolli offre une teinte d'un rouge violet; d'autres fois il est très-pâle; d'autres fois , enfin , il a une teinte jaunâtre que Laennec compare à la teinte des feuilles mortes les plus pâles. On a dit qu'il n'était pas rare d'observer la première de ces teintes avec ramollissement dans les cas de fièvres graves; je crois avoir confirmé par mes propres observations celte assertion de Laennec ; cependant j'aurais besoin de nouvea,ux faits pour en garantir l'exactitude. La seconde teinte s'accompagne moins souvent que la première et que la troisième d'un ramollissement très-considérable; une fois, cependant, je l'ai vue extrêmement prononcée dans un cœur tellement ramolli , qu'en pressant légèrement ses parois, je les perforai ; ce cœur était aussi pâle que l'est Tin morcean de fibrine entièrement séparé de la matière colorante du sani?. Laennec a souvent observé le ramollissement blanc du cœur dans les cas de péricardite ; mais dans les cas qu'il rapporte il y avait plutôt grande flaccidité du cœur que véritable ramollissement.
Le ramollissement du cœur peut être général ou partiel. Ainsi on l'a vu borné aux parois d'une seule cavité, à la'cîoison intervcnlriculaire, à quelques points épars disséminés au milieu de la substance du cœur. Ces points i"'>'Ht>I^is se reconnaissent souvent.
d'anatomie pathologiqui:. 3ai
avant qu'on les ait touchés , à leur coloration particulière. On peut ne trouver aucune trace de ramollissement aux surfaces interne et externe du cœur; mais vient -on à en inciser la substance, on trouve des points ramollis dans son épaisseur même.
Le ramollissement du cœur coïncide parfois avec un état d'hypertrophie de ses parois, ou de dilatation de ses cavités.
Suivant Laennec , l'on peut s'attendre à trouver le cœur ramolli , quand chez un malade attaqué de dilatation avec ou sans hypertrophie , il y a eu de longues et fréquentes attaques d'étoufTement; quand il y a eu une agonie très-lente, de plusieurs semaines, par exemple, et quand la teinte violette de la face^, des extrémités et des autres points de la surface du corps , a annoncé, long-temps avant la mort, la stase du sang dans le système capillaire. Il est possible qu'à la suite] de cet ensemble de symptômes on ait trouvé le cœur ramolli; mais ce que je puis affirmer, c'est que bien souvent ces accidens se présentent et se succèdent dans l'ordre qui vient d'être indiqué , sans que cependant l'on trouve après la mort aucune trace de ramollissement dans le cœur. Du reste^ le ramollissement que l'on trouve en pareil cas ne serait que partiel, et n'existerait, d'après Laennec, que par endroits dans la substance du cœur. 11 est porté à le regarder ccmme une affection aiguë.
Je crois encore qu'il faut attendre de nouveaux faits pour admettre comme démontrée une autre assertion de Laennec, d'où il résulterait que le ramollissement jaunàlie du cœur, lorsqu'il est général , est ordinaire ment accompagné d'un certain degré de cachexie..
J02 rni-cis
En pareil caf? , dll-il , « le teint est pâle et jaunâtre, la peau flétrie; et Jors môme que les malades sont attaqués de dilatation ou d'hypertrophie , comme il arrive presque toujours, i!s ne présentent point le gonflement et la lividité de la face, que l'on regarde comme un des signes généraux les plus constans des maladies du cœur. Leurs lèvres sont rarement violettes , et plus rarement encore gonflées j presque toujours elles sont au contraire décolorées. »
Le ramollissement du cœur peut être, comme celui des autres organes, le résultat d'un travail d'irritation dont l'influence s'est bornée à dévier de son type normal la nutrition du cœur. Une fois cette déviation opérée, toutes les altérations possibles peuvent se produire : nous retrouvons sans cesse à faire l'application de ce principe; mais, dans le cœur, comme partout ailleurs, le ramollissement, pas plus qu'aucune autre lésion , ne suppose l'existence nécessaire d'une irritation antécédente. Qu'y a-t-il de coMjmun entre cette irritation , d'une part, et, d'autre part, l'augmentation ou la diminution de consistance des fibres du cœur? Comparez les muscles d'un individu qui meurt en quelques heures d'une attaque d'apoplexie avec les muscles d'un phthisique : quelle différence de densité 1 celte difl"érence , est-ce l'irritation qui la cause? mais ce n'est pas seulement dans les maladies chroniques que les muscles perdent ainsi leur consistance : après beaucoup de maladies aiguës, où il y a eu modification de l'innervation et peut-être de riiémalose, on trouve les muscles mous , friables, comme l'est souvent aussi le cœur en pareille circonstance.
d'anATOUIE rATIIOLOCIQUE, 3o5
Ainsi, clans l'état acliul de la science, les espèces suivantes de ramollissement du cœur peuvent être admises relativement aux circonstances qui le précèdent ou qui l'accompagnent , et qui concourent à le produire.
1" Espèce. Ramollissement lié à l'hyperémie active du cœur.
IP Espèce. Ramollissement lié à l'anémie du cœur.
IIP Espèce. Ramollissement lié à l'atrophie du cœur.
IV* Espèce. Ramollissement lié à l'altération aiguë du mouvement nutritif général (cas des typhus.)
V" Espèce. Ramollissement lié à l'altération chronique du mouvement nutritif général (cas de beaucoup de maladies chroniques).
YI« Espèce. Ramollissement qu'on ne peut encore rapporter ni à aucun état morbide local du cœur, ni à aucun état morbide du reste de l'économie.
^. III. SOLDTIONS DE CUNTISUITE.
Elles peuvent être incomplètes , d'où résultent les ulcérations; ou complètes, d'où résultent les perforations du cœur.
Les ulcérations du cœur sont une afTectioii assez rare. On peut en reconnaître deux espèces, la première n'attaquant que la membrane interne du cœur, et la seconde s'élendant à son parenchyme. Les ulcérations de la seconde espèce peuvent être assez superficielles , ou s'étendre tellement en profondeur qu'il n'y ait plus qu'une couche musculaire mince qui en
T)o\ PRÉCIS
constitue le fond; pour peu qu'en pareil cas l'ulcération gagne encore , le tissu charnu du cœur se trouve lout-à-falt détruit ^ le fond de l'ulcération est formé par le péricarde. Enfin celui-ci peut se détruire à son tour , et une perforation du cœur en est le résultat. Celte perforation ne s'accomplit donc pas ici autrement que dans le tube digestif.
Mais dans le cœur, comme dans le tube digestif, les perforations peuvent avoir été précédées d'autres états morbides que d'une ulcération. Ainsi elles peuvent succédera un ramollissement du cœur, soit partiel, soit général ; elles peuvent même survenir sans qu'on trouve , là où elles existent , aucune sorte de lésion appréciable. Y a-t-il eu en pareil cas ulcération , ramollissement? Il est bien clair qu'alors on ne peut admettre ces lésions que par hypothèse et dans le seul but d'assigner une cause à un phénomène.
On dit avoir constaté des perforations du cœur à la suite de chutes ou de violens efforts. Parmi les individus chez lesquels ont été trouvées ces perforations, il en est ua certain nombre chez lesquels les accidens qui ont annoncé la rupture du cœur ont coïncidé avec une très-forte émotion morale. Je crois que celle-ci ne peut guère la déterminer, que lorsqu'il y a déjà dans le cœur une lésion antécédente qui le dispose à se perforer.
La théorie conduirait à admettre que c'est dans les points du cœur où les parois sont les plus minces que le cœur doit le plus souvent se déchirer; par conséquent, on serait porté à penser que c'est vers sa pointe que les perforations doivent être les plus communes, et cependant c'est précisément le con-
D AKATOMIL l'ATIIOLOCIQUE. 3o5
traire qui a été observé. La partie moyenne des parois du Tentricule gauche est, de toutes les parties du cœur, celle où ont lieu le plus souvent les oerforations. Ce n'est que très -rarement qu'on a vu le ventricule droit se perforer, et encore plus rarement les oreillettes.
Autour des perforations le cœur se présente avec des états variables. Ainsi il peut être : i°. exempt de toute espèce d'altération appréciable; -2°. ramolli dans une étendue plus ou moins grande autour de la perforation; 5°. hypertrophié avec ou sans ramollissement près de l'endroit où la perforation a eu lieu; 4°. ulcéré en divers points de ses parois, ce dernier cas n'est pas très-rare ; alors, plus ou moins loin de la perforation, soit dans la paroi même où elle existe, soit dans d'autres parois , on trouve plusieurs points où les fibres musculaires sont interrompues dans leur continuité depuis l'intérieur du cœur jusqu'au péricarde, et celui-ci est en contact médiat ou immédiat avec le sang. En pareil cas, si l'individu eût vécu plus long-temps, son cœur eût été vraisemblablement le siège de perforations multiples. Il y a effectivement des cas dans lesquels sur un même cœur on a trouvé plusieurs perforations. J'ai fait voir à l'Académie lloyale de Médecine un cœur dont la paroi postérieure du ventricule gauche présentait cinq perforations, sans ramollissement autour d'elles.
Une mort très-prompte est le résultat de la perforation du cœur , mais cette mort n'est pas due à l'abondance de l'hémorrhagie ; car celle-ci n'est pas très-considérable, arrêtée qu'elle est par le péricarde II. 20
3o^ rnÊciâ
qui limite la quantité de sang qui tend à s echappcF du cœur. Dans plusieurs cas de ce genre, je n'ai trouvé dans le péricarde qu'un caillot peu considérable, qui n'en distendait pas même la cavité ; la naort, dans cette circonstance, semble donc plus particulièrement résulter du trouble subit qu'apporte dans les fonctions du cœur la perforation dont il devient le siège. Parmi les individus chez lesquels une mort subite suit cette perforation, les uns présentaient depuis long-temps les signes d'une affection organique du cœur plus ou moins avancée ; les autres n'avaient jamais offert aucun accident du côté des voies circulatoires ;. d'autres avaient de temps en temps accusé un sentiment de gêne ou même de douleur à la région précordiale, et rien autre chose.
Au lieu d'être presque instantanée, la mort peut n'avoir lieu qu'au bout de plusieurs heures; quelquefois même la mort ne survient qu'au bout d'un t<împs encore plus long, et l'on trouve alors la perforation bouchée par une concrétion fibrineuse plus ou moins solide. Serait-il possible que cette concrétion devînt dans quelques circonstances le noyau d'une véritable cicatrice , comme cela arrive dans les parois artérielles, et que toute perforation du cœur ne fût pas ainsi un accident nécessairement mortel?
Les perforations du cœur, par pénétration d'instrument vulnérant dans sa substance, ne présentent rien de différent de celles qui viennentd'être décrites. Toutefois je ferai ici mention d'un cas dans lequel , pour arriver au cœur, un instrument vulnérant avait commencé par s'introduire dans l'estomac. Ce cas a
d'aNATOMIE PATIIOLOGIOrE. 007
t'té observé par M. Dupuy (i) sur un taureau. L'animal succomba après quatorze jours de maladie , pendant lesquels il présenta les symplôracs qui chez les chevaux caractérisent la pousse. Le bonnet, adhérent avec le diaphragme, était percé, au point de son adhérence, ainsi que ce muscle lui-même, par un lU de fer qui était ainsi engagé dans le péricarde, et avait enfin pénétré le tissu du cœur; son extrémité existait dans l'intérieur du ventricule droit.
Une autre espèce de solution de continuité, que celle dont il vient d'être question, a été observée dans le cœur; c'est la déchirure des tendons et des piliers des valvules. Corvisart en a cité trois cas , dans lesquels cette déchirure parut s'être eflectuée au milieu de violens efforts. Chez un individu atteint d'hypertrophie avec dilatation des deux ventricules du cœur^, Laennec a trouvé rompu à son milieu un des tendons de la valvule mitrale. Un autre tendon était aminci d'une manière remarquable près de son extrémité valvulaire.
Enfin la solution de continuité peut avoir pour siège les colonnes charnues elles-mêmes. Chez une jeune fille phthisique, qui avait des quintes de toux très-violentes, et un pouls tellement précipité qu'on pouvait à peine en compter les battemens, M. Bouiilaud a trouvé rompue une des colonnes charnues auxquelles se terminent les tendons de la valvule tricuspide; il n'y avait dans le cœur aucune autre altération.
Les solutions de continuité, complètes ou incom-
(1) Journal de Hlidccine vc(cr inaire , par Dupuy, année 1S26, pag. 24.
5o8 PRÉCIS
plètes du cœur, commencent quelquefois par la surface extérieure du cœur; c'est alors du côté du cœur qui touche le péricarde qu'on trouve des ulcérations. Un des cas les plus intéressans de ce genre qui ayent été publiés se trouve consigné dans les Mémoires de la Société Royale de Médecine, année 1776. Ce cas, qui est peu connu , me paraît assez curieux sous plus d'un rapport , pour que je croye devoir le transcrire
Une fille de vingt-deux ans , que sa mauvaise conduite avait fait renfermer à l'hôpital du Refuge de Perpignan , se plaignit , à son entrée dans cette maison , d'une pesanteur dans l'intérieur de la poitrine , qui répondait vis-à-vis de la mamelle gauche, entre la cinquième et la sixième vraie côte. Elle était en même temps atteinte d'un écoulement, de chancres à la vulve , de ragades et de condilômes près de l'anus. Elle fut soumise à un traitement antivénérien. Les divers symptômes syphilitiques disparurent , mais les accidens du côté de la poitrine persistèrent , et au bout de six mois il s'y joignit une douleur pongitive qui s'étendait de la partie latérale externe de la mamelle gauche , à la partie moyenne latérale gauche du sternum. Le pouls était petit, fréquent, irrégulier; dans les vives douleurs il se suspendait pendant quelques secondes. Il y avait de fréquentes syncopes. Il arriva un moment où la malade ne put plus se coucher : elle restait assise , un peu penchée en arrière sur le côté gauche ou sur le devant de la poitrine. La mort survint au bout de deux ans.
L'ouverture du cadavre montra les lésions suivantes : une espèce de carcinome avait envahi une
d'ANATOîUE rATHOLOGIQUE. SoQ
partie du cœur. On ne trouvait plus que quelques lambeaux du péricarde. Extérieurement un large ulcère occupait la face postérieure du cœur, dans toute l'étendue des deux ventricules. Au fond de cet ulcère on ne trouvait plus que quelques fibres musculaires qui formaient une toile très-mince , et qui furent rompues par une légère pression du doigt. Tout autour de l'ulcère la substance du cœur était notablement indurée , et comme sqidrr lieuse. Le cœur avait onze pouces huit lignes de circonférence au-dessous des oreillettes, et l'ulcère avait neuf pouces deux lignes et demie.