‹ Précis d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 35 sur 64 · m. Excès de développement dc cœur · texte numérisé non relu

m. Excès de développement dc cœur

Au lieu d'avoir éprouvé un arrêt dans son évolution , le cœur peut avoir subi un développement insolite , et il en résulte un des états anormaux suivans :

a. Une cavité surnuméraire formant une sorte d'appendice accidentel, soit à la cavité des oreillettes , soit à la cavité des ventricules , et communiquant avec cette cavité.

b. Une cloison surnuméraire qui divise incomplètement en deux loges l'une des cavités normales.

c. Une loge complète formée par cette cloison , et qui donne naissance à des vaisseaux surnuméraires , lesquels vont se rendre , soit dans les veines , soit dans les artères ordinaires du cœur.

d. Ventricules et oreillettes surnuméraires. Dans un cœur pourvu de trois oreillettes , il y en avait deux latérales qui recevaient les veines caves et les veines pulmonaires, et une troisième , moyenne, qui communiquait avec l'oreillette moyenne. Enfin il est des cœurs où l'on a rencontré quatre ventricules distincts.

c. Etat double de toutes les parties du cœur.

11 y a alors réellement deux cœurs ; mais ils sont disposés de plusieurs manières. Ainsi ils peuvent être renfermés dans un seul péricarde , et alors on les

3l4 l'RKCIS

trouve accolés l'un à l'autre ; mais dans certains cas les cavités de l'un communiquent avec les cavités de l'autre; dans d'autres cas, cette communication n'a pas lieu, et les deux cœurs sont réunis par un tissa cellulaire plus ou moins dense. Ces deux cœurs peuvent avoir chacun un péricarde; mais dans ce cas, ou bien ils sont encore unis par leur sommet , ou biea ils sont complètement isolés l'un de l'autre.

L'état double du cœur, avec l'une ou l'autre des variétés précédentes , ne se rencontre presque jamais que chez les monstres dont toutes les autres parties sont également doublées. Quelquefois, cependant, on a vu deux cœurs renfermés dans un thorax simple. Winslow a cité un cas où , en même temps qu'existait ainsi un cœur double dans une seule cavité thoracique , il y avait cyclopie, et absence d'œsophage et de trachée. C'est le cas contraire de celui où chez les monstres doubles on ne trouve qu'un iseul cœur imparfait.

§. III. Vices de diûectiou du cceor.

M. Breschet a vu quatre fois le cœur dirigé de telle sorte , qu'il existait réellement dans la cavité droite du thorax. Sa pointe occupait à droite le lieu qu'elle occupe ordinairement à gauche. Ces observations ont été faites par M. Breschet sur de très-jeunes cnfans, chez lesquels, d'ailleurs, les autres organes il 'offraient pas de renversement. Le changement de direction du cœur n'est pas toujours congénital ; il peut être accidentel, résulter, par exemple , de la j|)résence d'une grande quantité de liquide purulent

d'anatomie pathologique. 3l5

ou aulre dans la plèvre gauche ; en pareil cas on a vu , lantôt le cœur prendre une direction verticale , et occuper la ligne médiane, tantôt être refoule vers la partie droite du thorax; de telle sorte que sa pointe vînt frapper contre les côtes droites.

g. IV. Changement de situation du coEca. ( Ectopie du. cœur,)

On possède un grand nombre d'exemples dans lesquels on a vu le cœur, situé hors de la cavité thoracique , occuper un lieu plus ou moins éloigné de celui où on le trouve ordinairement. C'est ainsi qu'on l'a trouvé formant au cou une tumeur anomale, ailleurs descendu dans l'abdomen. Au-dessous du diaphragme, dans un cas rapporté par le docteur Deschamps de Laval (i), on trouva chez un homme de moyen âge le cœur situé là où existe ordinairement le rein gauche ; les vaisseaux qui en naissent habituellement se rendaient dans la poitrine , en passant à travers le diaphragme. Dans la cavité thoracique, on ne découvrit rien qui ressemblât au cœur. Dans ce cas, le cœur s'était formé au-dessous du diaphragme; d'autres fois, il est conformé de telle sorte qu'il repousse simplement en bas le diaphragme, et vient faire saillie dans l'abdomen. Tel est le cas suivant, qui malheureusement a été trop succinctement décrit (2).

Une fille portait à sa naissance une tumeur sous les côtes gauches qui se prolongeait jusqu'à l'ombilic ;

(1) Journal gcw'-ral de mcikcinc ^ iom. XXVI.

(i) Nolirc (les Travaux: do la Sociçin de incdccine d^ Bordeaux , pur àj. Uiipuch-Lap'jinlc , iSaS.

5i6 riiÉcis

on y sentait des pulsations isochrones à celles du cœur. Cet enfant vécut deux ans et demi. L'ouverture du cadavre montra que la tumeur, reconnue pendant la vie , était constituée par le cœur, dont le ventricule gauche se prolongeait par son sommet sous la forme d'un appendice jusqu'à l'ombilic.

Enfin des cas encore plus singuliers sont ceux où le cœur, entraîné hors de sa place au milieu d'un dérangement général dans l'ordre des parties , se rapproche de la tête, se met, par exemple , en contact avec la voûte palatine , ainsi que Béclard en a cité un cas (i).

Outre ces cas, il est un grand nombre d'autres cas d'ectopies du cœur, qui résultent uniquement de ce qu'il y a eu défaut de développement dans les parois thoraciques ; si, par exemple, le sternum ou une partie des côtes manquent, le cœur vient faire saillie au-dehors ; si avec ces parties manquent aussi et le diaphragme, et les parois abdominales, on trouve à leur place une tumeur formée en bas par les viscères abdominaux , en haut par les organes thoraciques.

Page 1