ARTICLE II
LÉSIONS DiE l'exhalation PERSPIBATOIRE Df COEUR.
Cette exhalation doit être considérée , i". dans l'é-^ paisseur même du parenchyme du cœur; 2°. à la surface interne des p;trois de ses cavités.
b'ANATOMIE FATIÏOLOGIQUE. SïQf
§ I. LÉSIOSS DE l'exhalation PERSPIRATOIBE DANS LE PARENCBTME DU CŒUR.
La quanlîté du fluide perspiratoire qu'exhale le tissu cellulaire du cœur est quelquefois augmentée de telle sorte qu'il en résulte une infiltration séreuse du cœur, un véritable œdème de cet organe. M. Bouillaud , qui en a parlé , ne l'a guère vu que dans les cas où existait une hydropisic générale; il l'attribue aux mêmes causes que celle-ci.
A la place de ce fluide perspiratoire peuvent se séparer du sang, à l'une des faces du cœur ou dans sa trame même, un certain nombre de produits morbides, soit solides, soit liquides.
Le plus simple de ces produits consiste dan^ un dépôt de matière blanche , solide , qui ne présente aucune trace d'organisation , et qui apparaît comme une tache blanche à la surface interne du cœur. Sort siège est évidemment dans le tissu cellulaire très-ûn qui unit le tissu charnu du cœur à sa membrane interne. A mesure qu'elle prend plus d'épaisseur, cette matière acquiert une ressemblance de plus en plus grande avec le tissu cartilagineux. Elle se dépose aussi, et même plus fréquemment, sur les valvules, entre les deux lames qui les constituent, et là on les voit souvent s'encroûter de phosphate calcaire. Ainsi l'induration , l'épaississement , la déformation des valvules peuvent dépendre également , et de l'hypertrophie du tissu fibreux qu'elles contiennent à l'état rudimentaire , et d'un travail de sécrétion morbide dont les produits peuvent varier.
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Nous venons de voir qu'au sein de cette matière qui vient d'être décrite se dépose souvent une certaine quantité de matière saline; c'est ce qui constitue ce qu'on a improprement appelé ossification du cœur.
Les dégénérations ossiformes du cœur peuvent être divisées en trois espèces , en raison de leur siège.
La première espèce, qui est la plus commune de toutes j a son siège dans le tissu cellulaire qui unit entr'eux les divers élémens anatomiques du cœur. Dans ce tissu cellulaire se déposent des amas de phosphate calcaire , qui tantôt ne forment que de petits grains isolés , et tantôt constituent des masses plus ou moins volumineuses. Ces grains ou ces masses se placent entre les tissus , les écartent , mais ne les effacent pas. On les observe le plus souvent aux environs des lieux où existe du tissu fibreux, comme au pourtour des orifices du cœur , le long des cordes tendineuses de la valvule mkrale , dans l'épaisseur des valvules aortiques. On les observe aussi , mais plus rarement, au milieu de la substance charnue, et dans ce cas, tantôt elles sont unies par des prolongemens avec les matières calcaires déposées au pourtour des orifices du cœur, et tantôt elles forment au milieu de la substance charnue , au sein de l'épaisseur du ventricule gauche , par exemple , une tumeur isolée de toutes parts ; ce dernier cas est rare , mais j'en ai bien constaté la réalité.
La seconde espèce de dégénération ossiforme du cœur a son siège dans le tissu fibreux lui-même, qui paraît être véritablement transformé en matière calcaire , sans que jamais on n'y retrouve d'ailleurs ni
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raspcct extérieur, ni la texture intime des os. Celte transformation se voit en trois points principaux ; 1 ". dans la zone tendineuse qui entoure comme uil cercle l'orifice auriculo-ventriculaire gauche, elle est alors remplacée par un cercle osseux; 2\ dans les valvules elles-mêmes, et alors, au lieu de présenter des dépôts irréguliers, la matière calcaire se trouve arrangée dans ces valvules comme y est arrangé le tissu fibreux lui-môme ; 5°. dans les tendons qui unis- ;sent la valvule mitrale aux colonnes charnues du ventricule gauche.
La troisième espèce de dégénéralion ossîforme dû cœur est la plus rare de toutes; elle a son siège dans le tissu musculaire. Tantôt c'est une simple colonne qui présente cette dégénération ; tantôt c'est une portion plus ou moins étendue de la substance musculaire qui constitue les parois elles-mêmes. Ce dernier cas a été vu si rarement, que de nouvelles observations seraient peut-être nécessaires pour l'admettre définitivement. Le fait le plus remarquable do ce genre est celui qui a été rapporté par le docteur Renauldin ; mais dans ce fait même il y a quelques détails à désirer, et la transformation réelle de la substance musculaire en matière ossiforme ne m'y semble pas suffisamment démontrée. Voici d'ailleins l'intéressante description donnée par M. Renauldin : « La masse du cœur était extrêmement dure et pesante. Quand on voulut inciser le ventricule gauche, on éprouva une grande résistance , causée par le changement total de cette partie charnue en une véritable pétrification qui avait une apparence sablonneuse en certains endroits, et ressemblait en d'autres à une
cristallisation saliiie. Les grains de cette espèce de sable, très-rapprochés les uns des autres, devenaient plus gros à mesure qu'ils s'éloignaient de la superficie du ventricule ; en sorte qu'ils se continuaient intérieurement avec les colonnes charnues; ces dernières, aussi pétrifiées sans avoir changé de forme , avaient acquis un volume considérable. Plusieurs égalaient la grosseur de l'extrémité du petit doigt, et avaient l'air de véritables stalactites placées dans différentes directions.... Les artères temporales, les maxillaires et une partie de la radiale étaient ossifiées de chaque côté (i). »
L'individu qui fait le sujet de cette observation était un homme âgé de trente-trois ans.
Pourquoi la dégénération ossifbrme du cœur se montre-t-elle à-pcu-près exclusivement dans sa partie gauche, bien que des deux côtés l'organisation semble être la même?
Pourquoi cette dégénération est-elle si commune dans la vieillesse et si rare avant l'âge de cinquante à~ cinquanle-cinq ans (2)? n'est-ce pas là un des exemples les plus frappans que l'on puisse citer de la subordination des affections locales à certaines modifications générales de l'économie, créées ici par l'âge, comme elles le sont ailleurs par mille autres influences, soit externes, soit internes ?
Les produits morbides que nous venons d'étudier sont des produits spéciaux qu'on ne retrouve nulle
(1) Journal de Corvisart , janvlc 1816.
[^^) J'ai fait connaître dans U Clinique Médicale le cas d'un jeune fcommc de dix-!;uit ans, chez lequel existait dans le cœur une des ossiEcitions les plus considérables que j'aie eu occasion d'observer.
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aulre part absolument semblables. Mais , de plus , dans le cœur peuvent aussi se développer d'autres produits morbides qui peuvent apparaître partout où il y a du tissu cellulaire.
Ainsi des colleclions de pus ont été quelquefois rencontrées dans le cœur; il y forme de petits foyers dont la grandeur varie depuis celle d'un pois jusqu'à celle d'un petit œuf de poule. Autour de ces foyers tantôt le tissu du cœur est altéré : il est rouge , ramolli; tantôt il ne présente aucune sorte d'altération appréciable ; et le dépôt de pus , au milieu de la substance charnue du cœur, constitue la seule lésion appréciable par nos sens.
Envisagés sous le rapport de leur origine, les abcès du cœur sont de deux sortes : les uns ne semblent reconnaître d'autre raison de leur existence qu'un état morbide du cœur lui-même, appréciable Ou non par le scalpel. Les autres se montrent dans des cas où, en plusieurs autres points de l'économie, du pus s'est aussi rassemblé , et où , comme point de départ de ces suppurations multipliées, existe un ancien travail morbide, d'où le pus résorbé a été porté avec le sang aux divers organes dans la trame desquels il s'est déposé. Récemment encore j'ai vu un cas de ce genre où, en même temps que dans l'épaisseur des parois du cœur existaient quelques foyers purulens , il y avait une notable quantité de pus, mêlée au sang contenu dans les cavités du cœur. En plusieurs points ce pus était déposé en longues traînées sur les parois de ses cavités; on eût dit d'une sorte de cristallisation (i),
(i) Ce cœur m'a été montré par M. Reynand.
Il est souvent question dans les anciens auteurs d'abcès trouvés dans le cœur. Mais en lisant attentivement leurs descriptions , il est facile de reconnaître qu'ils ont pris pour des abcès du cœur de simples collections de pus dans le péricarde. Du reste , ces dernières collections sont quelquefois accompagnées d'une véritable suppuration du cœur lui-même. Chez une jeune fille de dix à onze ans dont le péricarde était rempli de pus , j'ai trouvé, au milieu des parois du ventricule gauche, et entièrement isolé de la collection du péricarde , un petit amas de pus qui occupait l'espace qu'aurait pu remplir une noisette. Laennec a également trouvé dans le ventricule gauche un abcès, qui aurait pu contenir tout au plus une aveline, chez un enfant de douze ans, qui avait aussi une péricardile.
Au lieu de pus, on rencontre quelquefois dans le cœur les productions morbides connues sous le nom de tubercules , de squirrhe, et d'encéphaloide, Laennec a rencontré trois ou quatre fois seul.ement des tubercules dans la substance musculaire du cœur ; cet orsane est certainement un de ceux où la matière tuberculeuse se développe le plus rarement ; on ne l'y trouve guère que dans les cas oîi il en existe en même temps dans beaucoup d'autres organes.
Les matières squirrheuse et encéphaloïde sont àpeu-près aussi rares dans le cœur que la matière tuberculeuse. Nous n'avons jamais vu le cancer du cœur, disent MM. Bayle et Cayol (article Cancer du Dktionnaire des Sciences Médicales). Laennec (i) n'a
(i) Traite de l'auscultation , 2" édit, , tom. II , pag» SjOl
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viï "que deux cas d'encéphaloide du cœur. Dans l'un la matière morbide formait de petites masses de la grosseur d'une aveline dans la substance musculaire des ventricules. Dans l'autre , elle était déposée , en forme de couches épaisses d'une à quatre lignes, le long des vaisseaux coronaires. M. Récamier (i) a rencontré le coeur en partie converti en une matière sertiblable à la couenne de lard, chez un sujet qui avait, en outre , des tumeurs cancéreuses dans le poumon. M. Cruveilhier (2) a trouvé chez un vieillard des masses encéphaloïdes , dont le plus grand nombre se voyaient à" la surfaca du cœur, et quelques-unes seulement dans son épaisseur. Chez un homme de trente -cinq ans, rachitique et sujet à de fréquens catharres pulmonaires , M. Rullier (3) a trouvé les onze douzièmes de la substance du cœur dégénérés en une substance squirrheuse , formant des bosselures irrégulières sur les faces interne et externe du cœur. Dans l'abdomen existait une tumeur carcinomateuse considérable, développée dans le mésenlère. Un autre cas de dégénération encéphaloide du cœur se trouve consigné dans l'ouvrage de M. Ollivier sur la moelle épinière. La femme qui fait le sujet de cette observation , âgée de quarante-six ans, mourut d'une attaque d'apoplexie à l'hospice de la Salpèlrière. Aucun symptôme particulier ne décela l'affection du cœur, qui fut trouvé dans l'état suivant : « Les fibres musculaires des parois du ventricule drcit étaient changées en tissu blanc jaunâtre , cérébrifortne , of-
(1) Traité de l'aiiscuUalion , 2"= édit. , tom. II , pag. 5jo.
(2) Essai sur l'anatomic palholoffiffiie. (5) Bullclins de lu Faculté de Médecine.
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franl toué tes caractères de l'encéplialoïde ; cette dégénérescence n'occupait que la moitié inférieure des parois musculeuses de ce ventricule ; celui du côté gauche était sain. » Chez un homme mort dans un état d'imbécillité, M. Bayle (i) a décrit de la manière suivante l'état du cœur : « cet organe, plus volumineux d'un tiers que dans son état naturel, présentait au toucher plusieurs duretés considérables. La cavité de Toreillette droite était très-dilatée ; ses parois , épaisses d'une ligne et demie , très - consistantes , avaient uîie couleur grisâtre , une structure lardacée.... Le pourtour de l'orifice auriculo-ventriculaire était transformé en une matière lardacée d'un pouce et demi environ d'épaisseur. L'oreillette gauche offrait la môme altération.... les ventricules étaient .sains, mais leur cloison était cancéreuse. » Cet individu portait de plus à la joue gauche une tumeur ulcérée , d'où s'écoulait un pus ichoreux et fétide. Une partie de Tos maxillaire supérieur était détruite. Cette tumeur avait la consistance et l'apparence du lard. M. Velpeau (2) a trouvé, disséminées dans l'épaisseur des parois des diverses cavités du cœur , plusieurs tumeurs eneéphaloïdes, entourées d'un parenchyme très- sain. Mais ce que ce cas présentait surtout de remarquable, c'est que dans beaucoup d'autres organes existaient simultanément un grand nombre de productions morbides semblables à celles du cœur. Ainsi il y en avait un grand nombre dans les poumons, entre la plèvre et les côtes , dans les gan-
(1) Uevue Médicale, 182^.
(ï) Exposition d'un cas remarquable de maladie cancéreuse , brochure in-8% 1^25.
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giions bronchiques. JNeuf tumeurs de la même nature que celles contenues clans la cavifé thoracique soulevaient la membrane muqueuse de l'estomac , laquelle d'ailleurs était blanche et de consistance naturelle; deux autres tumeurs semblables existaient dans le duodénum. Le foie en offrit plusieurs centaines, dont le volume variait depuis celui d'un œuf de poule jusqu'à celui d'un grain de chènevis. On en trouva aussi dans le pancréas , dans l'épaisseur des parois de. la vésicule biliaire , dans le rein droit , et dans diverses parties du péritoine, entre les lames du grand épiploon en particulier. A la surface supérieure du cerveau apparaissaient plusieurs tumeurs semblables à celles du thorax et de l'abdomen ; enfin de pareilles tumeurs existaient dans le corps thyroïde, au-dessous de la peau de la cuisse droite , et dans l'épaisseur des muscles de cette cuisse.
J'ai moi-même rencontré deux fois dans le cœur la K'cion dont je viens de citer plusieurs exemples. Dans les deux cas que j'ai observés, le cœur droit en était le siège. Dans le premier de ces cas, le malade, âgé de cinquante-six ans, n'avait présenté d'autre symptôme que ceux d'une hypertrophie des parois du ventricule gauche du cœur. L'oi verture du cadavre montra effectivement un état d'hypertrophie considérable de ce ventricule , avec rétrécissement de son orifice aortique par des ossifie ,' ions. Mais de plus existait une autre altération qi iticun signe particulier n'avait révélée pendant la vie bur les parois du cœur droit existaient de nombreuses bosselures. En incisant sur ces bosselures , je les trouvai formées d'un tissu très-dur , "ris-bleuâtre et comme