‹ Précis d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 5 sur 64 · CONSIDÉRÉ DANS LÉTAT DE MALADIE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRÉ DANS LÉTAT DE MALADIE

Nous avons étudié dans le chapitre précédent les différens aspects que peut présenter le conduit gastrointestinal , et nous avons vu combien ces aspects peuvent varier, sans qu'il y ait pour cela état morbide des voies digeslives. C'est cet état morbide dont l'étude va maintenant nous occuper. Dans plusieurs cas nous trouverons que quelques-unes des altérations qui appartiennent à la modification morbide se confondent tellement avec quelques aspects de l'état sain modifié par l'une des causes précédemment énumé- IIv 3

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rées , qu'il nous sera impossible de les dislini^uer. Nous saurons «lors rester dans Je doute , en attendant-, que de nouveaux faits nous éclairent. D'autres fois , nous renconlrerons des états du tube digestif que nous n'hésiterons pas a reconnaître pour des produits de la maladie; mais souvent alors s'élèvera une autre question : quelle est la nature de ces états bien évidemment morbides? sont-ils le résultat d'une irritation, ou en d'autres termes d'une augmentation de l'action organique du tissu où ils ont leur siège? dépendent-ils ' au contraire d'une diminution de cette même action organique? ne reconnaissent-ils ni l'une ni l'autre de ces causes, mais seulement une perversion de la nutrition? Ces diverses questions , tantôt nous pourrons les résoudre, mais lantôt aussi, ne trouvant point assez de faits pour y répondre , nous les laisserons indécises. Car rien ne fausse plus la direction d'une science que de prétendre devancer ces faits, que de chercher à tirer la formule d'un problèuîe dont on ne possède pas encore tous les élémens.

Les différentes altérations dont nous allons nous occuper peuvent exister isolées ou réunies; la plupart sont tour-à-tour cause ou effet les unes des autres. Mais pour les étudier, il faut bien que nous les séparions.

Devions- nous désigner sous le terme commun de gastro-entérite aiguë ou clironique toutes les lésions dont nous allons donner la description? Selon nous, c'eut été préjuger la solution de plus d'une question encore indécise. Nous avons cru mieux servir la science en évitant de prononcer cette expression, qui n'a point de valeur par cela seul qu'elle est trop générale.

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Nous allons donc décrire isolément les différentes lésions qui ont été comprises dans ces derniers temps sous ce terme générique ; nous trouverons que ce sont toujours des lésions de circulation, de nutrition ou de sécrétion. En pariant de chacune d'elles , nous chercherons à en pénétrer la nature, à évaluer le rôle principal , secondaire ou nul , que l'irritation joue dans sn production, soit qu'on puisse prouver ce rôle directement , soit qtî'on ne puisse le démontrer que par voie d'analogie ou d'induction. .

AUTICLE PREMIER.

LÉSIONS DE CIRCUL TION

§. I. " HYPERÉMIE DD TDBE DIGESTIF.

Nous avons vu , dans le chapitre précédent, combien sont nombreuses les variétés d'injection vascu* laire que peut présenter le tube digestif, sans qu'on puisse cependant le considérer comme malade ; car cette injection s'est produite pendant l'agonie ou après la mort. Cependant l'injection rouge du tube digestif peut aussi se produire sous l'influerïce d'un état morbide , quelle que soit, d'ailleurs, la nature de cet état. Nous devons donc cherchera déterminer quelles variétés d'injection peut produire dans le tube digestif l'irritation ou tout autre état morbide, et voir jusqu'à quel point ces variétés peuvent être distinguées des variétés d'injection qui peuvent avoir lieu après la mort.

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Pour cela, il faut choisir les cas où iin agent extérieur porté pendant la vie stir la membrane muqueuse gastro-intestinale en a modifié la circulation, et, eu y appelant plus de sang que de coutume , y a produit un état morbide. Or voici ce qu'on a houvé , sous le rapport de la coloration, dans le tube digestif d'hommes ou d'animaux dont l'estomac avait reçu des [.oisons irritans.

Une simple injection de vaisseaux, qui en raison de leur agglomération plus ou moins grande représentent, ou des arborisations très-fines, ou des réseaux capilliformes ou ramiformcs; ailleurs, une coloration uniforme, soit rouge, soit brune ou noire; ailleurs, des épanchemens de sang à la surface libre de la muqueuse ou au-dessous d'elle ; telles sont les variétés de coloration qu'on a observées dans le tube digestif à la suite de l'empoisonnement par des substances irritantes. Tantôt les villosités ne participaient pas à ces divers degrés d'injection; tantôt elles étaient aussi diversement colorées.

Ces diverses colorations sont absolument semblables à celles que nous avons vu se produire , indépendamment de tout travail morbide.

Ainsi donc , lorsque nous les rencontrerons , nous devrons admettre que ces colorations peuvent être toutes, la plus légère comme la plus grave, le résultai d'un travail morbide ; mais en même temps nous ne devrons pas oublier qu'il n'est aucune de ces colorations qui ne puisse aussi être un résultat purement cadavérique.

De là se déduit ce principe très-important, savoir, que le seul fait de la coloration rouge du tube di-

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geslif ne suffit pas pour prouver que dans ce tube digestif a existé une maladie; de telle sorte qu'un intestin, trouvé rouge sur le cadavre, ne l'a pas été nécessairement pendant la vie.

L'hyperémie du tube digestif est bornée le plus souvent à la membrane muqueuse. Rien de plus commun que de trouver au-dessous d'une portion de muqueuse d'un rouge intense le tissu cellulaire subjacentd'un blanc parfait, et les auties tuniques également décolorées. Il suit de là qu'on ne peut pas juger de l'état de rougeur ou de pâleur du tube digestif, en ne le considérant qu'extérieurement : bien souvent alors ses parois paraissent pâles, et les diverses tuniques extérieures à la muqueuse le sont effectivement ; mais cette muqueuse elle-même peut être d'un rouge plus ou moins intense , qu'on n'apercevra que lorsque l'intestin aura été ouvert.

Indépendamment de ses formes et de son siège, soit dans les vaisseaux de différente grandeur qui ram*pent entre les tuniques du tube digestif, soit dans ces diverses tuniques elles-mêmes, l'hyperémie gastrointeslinale, considérée seulement dans la muqueuse, peut présenter trois variétés , suivant qu'elle affecte principalement la trame même de la membrane muqueuse , les villosités qui la hérissent ou les follicules qui la parsèment.

La première de ces trois variétés ne présente rien de remarquable dans ses formes, qui peuvent être très-diûerentes. La seconde se distingue par sa forme nointillée : lorsqu'on examine la surface interne d'un tube digestif où existe celle variété d'hyperémie , on trouve celle surface interne parsemée d'une foule de

petits pokits rouges qui souvcut sont a.s>ea press/'S pour donner à la memLrane muquenstt une opacitû complète. Un examen attentif fait reconnaître que chacun de ces points rouges est constitué par le sommet d'une villosité ; cela devient surtout évident , lorsque l'examen de la membrane muqueuse se fait sous l'eau ; alors deviennent très-évidens les filamens innombrables qui constituent les viîlosités intestinales; tantôt ces filamens ne sont colorés qu'à leur seule extrémité libre, tantôt ils le sont dans toute leur étendue. Dans certains cas, l'injection est bornée aux viîlosités seules ; il n'y en a plus de trace dans le tissu membraneux de la surface de laquelle elles s'élèvent, et qui en quelque sorte leur donne insertion.

Au lieu d'une couleur rouge , les viîlosités de la muqueuse gastro-intestinale présentent assez souvent une teinte brune, ou même d'un noir foncé. J'ai rencontré plusieurs fois , sur le cadavre d'individus atteints de diarrhée chronique, une belle couleur noire de la surface interne du tube digestif, et dans quelques cas de ce genre je me suis convaincu qtie cette coloration insolite avait son siège dans les viîlosités intestinales. Fréquemment aussi j'ai retrouvé les viîlosités colorées en un beau noir d'ébène , dans le tube digestif du cheval. Cette teinte noire des viîlosités se confond par une série de nuances avec leur teinte rouge ; on voit insensiblement cette dernière teinte brunir, et arriver peu-à-peu au noir le plus foncé; nous avons vu ailleurs que , pour que s'opère ce changement de couleur, il ne faut souvent d'autre condition qu'une simple diminution dans la rapidité de la circulation capillaire. Je crois, d'ailleurs >.

n'.VNAToMii; rATnoi.u(;jQLE. ,i9

que cette teinte noire des villositos , aussi bien que leur teinte rongée, peut être Je résultat d'un travail d'irritation de la membrane muqueuse digestive ; ce oui le prouve, c'est que dans la plupart des cas où j'ai observé une pareille coloration, c'était chez des individus qui, pendant la vie , avaient eu du dévoi* ment pendant un temps plus ou moins long.

L'hyperémie par irritation ne s'établit pas avec une égale fréquence dans tous les points du tube digestif. Les points où on la rencontre le plus souvent sont l'estomac et la partie inférieure de l'iléura. Viennent ensuite le cœcnm , le colon, le rectnui , le duodc'nuni , la partie supérieure de l'iléum et le jéjunum.

L'hyperémie, sans autre altération , appartient également à l'état aigu et à l'état chronique. Dans plus d un cas, ou depuis très-long-temps , des individus présentaient des signes d'une irritation intestinale, je n'ai trouvé à l'ouverture du cadavre qu'une simple congestion, sans aucune lésion dans la texture môme des membranes j chez d'autres individus , au contraire, quelque jours suffisent pour qu'à une hyperé'mîe légère succède, soit un ramollissement, soit une ulcération.

Il serait difficile de circonscrire dans quelques espèces les variétés nombreuses que présente dans ses formes l'hyperémie gastro-inlestinale. Je crois devoir cependant signaler les espèces suivantes, que j'établis d'après l'aspect des parties hyperémiées.

Dans une première espèce , on voit encore le jour à travers les membranes, entre les vaisseaux qui sont disposés en arborisations plus ou moins fines.

Dans une seconde espèce, le jour est entièrement

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iulercepté et l'opacité complète. Dans ces deux espèces, la rougeur qui apparaît à la surface interne de l'intestin y est disposée en points , en plaques , en taclies, eh stries ou en bandes. Tantôt cette rougeur s'efface insensiblement, tantôt elle cesse brusquement.

On peut encore distinguer Thyperémie en celle qui a particulièrement son siège dans les vaisseaux capillaires, en celle qui réside à-la-fois dans les capillaires et dans les vaisseaux d'un plus gros calibre, et enfin en celle qui n'a lieu que dans ces derniers vaisseaux.

De ces trois espèces d'hyperémies , la première appartient d'une manière à -peu -près exclusive à une irritation, et elle en démontre l'existence d'une manière à-peu-près certaine. La seconde espèce appartient également à un état d'irritation , ou à un état de congestion par cause mécanique, qui a agi pendant la vie ou après la mort. La troisième espèce n'appartient que rarement à cette dernière cause ; mais elle n'annonce pas non plus un état d'irritation semblable à celui qui détermine l'hyperémie isolée des capillaires. Lorsqu'en effet la congestion est ainsi bornée à quelques-uns des vaisseaux assez volumineux qui rampent dans la muqueuse gastro-inteslinale ou audessous d'elle, on doit penser que cette congestion appartient à un état d'irritation qui est vers son déclin; on peut même admettre qu'en pareil cas tout travail d'irritation a complètement disparu , et que le sang que l'on trouve encore accumulé dans quelques vaisseaux ne s'y montre que parce que ces vaisseaux , distendus par la quantité insolite de sang qui les traversait, tant qUe persistait l'irritation , rcs-

DANATOMIK rATUOLOGlQL 1- . .j 1

tent passivement dilates après que toute irritation a disparu. C'est ce qui a lieu souvent pour la muqueuse oculaire, où , long-temps après que les vaisseaux capillaires de la conjonctive ont cessé de recevoir du sang, quelques gros vaisseaux rouges continuent à se dessiner sur cette membrane. Souvent, alors, c'est en appliquant des substances plus ou moins excitantes sur la conjonctive , qu'on force ces vaisseaux à revenir à leur calibre normal et à se vider du sang qui tend à les dilater de plus en plus. ÏN'est-ce pas là une des raisons qui peuvent rendre compte du succès qu'a parfois une médication tonique employée vers la fin d'un certain nombre d'irritations du tube digestif? L'hyperémic des follicules n'est pas moins remarquable par sa forme que l'hyperémic des villosités. C'est de cette hyperémie que me semblent dépendre ces cercles rouges qui parsèment quelquefois l'estomac ouïes intestins. Ces cercles, qui paraissent formés par de très-pelits vaisseaux entrelacés de diverses manières, circonscrivent une légère élévation de la mu(juouse. Là où a lieu celte élévation , existe un follicule. Souvent, on même temps que le pourtour du follicule est ainsi cerné par un cercle vasculaire, un autre cercle plus petit , et égalenaent rouge, couronne en quelque sorle les bords de son orifice central; ce cercle , co;ji!ne le précédent, est constitué par un assemblage de petits vaisseaux admirablement injectés. On peut trouver dans un même intestin un grand nombre de follicules, qui sont ainsi seulement injectés à leur périphérie et à leur centre , tandis que dans le reste de leur étendue ils sont restés blancs. Souvent aussi on voit s'élargir et le cercle

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rouge de la périphérie, et celui ck^I'oritîce cefttraî; CI» s'élendant , ces cercles se rapprochejit, se réunissent enfin , et il en résulte pour plusieurs f'ollicnles une couleur uniformément rouge. D'autres t'ois, au lieu de ces cercles rouges, on en observe qui ont une couleur brune ou noire, et qui offrent d'ailleurs la même disposition. Du reste , dans un certain nombre de cas, rien ne prouve figoureusement qu'un follicule existe là où apparaissent les cercles colorés dont il vient d'être question ; on n'observe, en effet , aucune saillie en dedans du cercle , aucune dépression vers le point rouge central. Si en pareil cas l'on admet l'existence d'une hyperéuiie folliculaire , ce n'esl plus que par analogie.

Les diverses nuances d'hjperérnie active dont nous venons de parler peuvent se développer à tous les âges. On les a trouvées chez l'enfant encore contenu dans le sein de sa mère, ou mort très-peu de temps après en être sorti. En pareil cas, toutefois, il faudrait {)rendre garde de confondre avec une hyperémie par irritation une simple congestion mécanique , que plusieurs causes peuvent produire trèsfacilement chez l'enfant naissant ; alors on trouve l'estomac et les intestins plus ou moins injectés; mais cette injection ressemble à celle qu'on observe , par exemple, chez les anévrysmatiques. Les veines mésaralques, le foie, les poumons et le cœur sont gorgés <Ie sang. Pour peu qu'un certain temps se soit écoulé entre le moment de la mort et celui de l'autopsie, on trouvfe , soit dans l'estomac, soit dans l'intestin, le sang sorti de ses vaisseaux, et épanché tantôt audessous do la membrane mur^icusc , tantôt à l'inté-^

B \NATO->llE PATHOT.QGinri:. il')

rieur de la env'f<i digesîive. Couibien n ost-ii pas im-portant de connaître ces cas , alin de les distinguer de ceux où la coloration du tube digestif du fœtus ou de l'enfant naissant dépend d'un vrai travail d'irritation ! L'byperémie , prodiîite pendant la vie par un travail d'irritation, procède , dans sa formation , en sens inverse des congestions mécaniques. Dans celles-ci , l'injection commence par les grosses veines, et de ces. vaisseaux se propage aux capillaires. Au contraire , dans le cas de congestion sthénique, il arrive le plus souvent qu'on n'observe qu'une injection des capillaires , tandis que les vaisseaux, d'un calibre plus considérable, sont décolorés. Du reste, il y a dans cette byperémie sthénique plusieurs degrés , dont Ifexislence peutservir à annoncer ou sa période d'accroissement, ou sa période de diminution. Dans l* première de ces périodes, elle présente deux degrés: l'un, qui constitue l'injectiou capilliforme ou en réseau ; et l'autre , dans lequel les vaisseaux s'agglomèrent tellement , que tout intervalle transparent disparaît et qu'on n'aperçoit plus qu'une teinte rouge uniforme. Bans la période de diminution, on remarque d'abord, au retour du second degré de la période d'accroissement vers le premier degré, l'injection en arborisation ou en réseau. Celle qu'an appelle capilliforme disparaît, puis le réseau vasculaire devient de moins en moins prononcé ; il s'efface enûn , et , là où il existait , on n'observe plus que quelques vaisseaux d'un notable calibre , qui peuvent rester plus ou moins long-temps dilatés et remplis de sang, après la cessation de tout travail d'irritation. 11 peut arriver, d'alK ^eurs, que, sans injection antécédente der capillaires^

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un ou plusieurs des vaisseaux assez considérables, qui rampent dans l'épaisseur des parois gastriques intestinales, viennent à s'injecter ; alors l'injection ramiforme est un état primitif : on voit quelquefois la même chose sur la conjonctive,

11 serait important de pouvoir distinguer les cas où la coloration dont le tube digestif est le siège dépend, 1°. d'une irritation primitivement chronique; 2°. d'une irritation chronique qui a succédé à une irritation aiguë ; 5°. d'une irritation aiguë entée sur une chronique. Mais de pareilles distinctions ne sont pas encore possibles à établir rigoureusement; tout ce qu'on peut dire , c'est que la couleur brune , grise ou ar<loisée appartient spécialement à l'irritalion chronique. N'oublions pas, toutefois, qu'en portant dans l'estomac d'animaux des substances irritantes qui les tuaient promptement, on a souvent produit dans la membrane muqueuse du ventricule une teinte brune, analogue à celle qui , le plus souvent, est liée à l'existence d'une irritation chronique. Quant à la couleur rouge , elle n'appartient pas moins à l'irritation chronique qu'à l'irritation aiguë. Je n'en citerai d'autre preuve que l'histoire d'un homme , âgé de cinquanteun ans, qui succomba à la Charité, après avoir eu pendant huit mois de la diarrhée. Nous le vîmes dépérir, sans €jue le ventre fut jamais douloureux, et sans que la fièvre s'allumât un seul instant. Il n'avait d'ailleurs, en vingt-quatre lieures , que quatre ou cinq évacuations alvines liquides , et souvent moins ; il avait la plus grande répugnance pour toute espèce d'aliment. A l'ouverture du cadavre , on trouva la surface interne de l'eslouiac d'une teinte brune qui

D".\?iATOMIE PATIlOI.OGlOLi:. /|.)

résidait dans la membrane muqueuse épaissie. La muqueuse de l'inleslin gtc!e était d'un rouge foncé dans ses quatre cinquièmcîs supérieurs environ. Le cinquième inférieur n'offrait plus qu'une injection lé<2;ére. La surface interne du cœcum était blanche. La muqueuse du colon et du conMTiericement du rectum étiUL comme tachetée d'une multitude de plaques rouges, ovales ou arrondies, qui interceptaient complètement le passage des rayons lumineux. Ainsi , un peu r)lus de sang que de coutume, colorant la membrane muqueuse gastro-inteslinale en brun dans l'estomac , en rouge dans le reste du tube digestif, voilà tout ce qu'on trouva sur le cadavre d'un homme mort dans le dernier degré du marasaie et de l'épuisement.

§. II. ASÉMiE Dr irsi: niGE-ur.

Celte lésion, sur laqiielle l'attention des observateurs s'est peu fixée jusqu'à présent, n'est pas trèsrare. Elle présente, comme caractère anatomique,une pâleur extrême du tube digestif, soit dans sa totalité, soit dans quelques-uns de ses points. Elle est ordinairement accompagnée d'un amincissement plus ou moins considérable des parois gastriques ou intestinales. On ne l'observe guère que sur des cadavres d'individus qui sont morts épuisés par diverses maladies chroniques, ou qui succombent pendant la convalescence d'une fièvre grave. Dans ce dernier cas, il arrive quelquefois qu'en même temps qu'on trouve le tube digestif complètement exsangue , on y découvre des ulcérations qui sont pâles comme le tissu qui les entoure. J'ai encore rencontré cette coïnci-

clence d'anénwe et d'ulcc^-ations chez piusieurs jeunes enfans qui, après avoir eu long-temps de la diarrhée, avaient peu- à -peu dépéri et étaient morts dans un tkat comateux.

ARTICLE ïl.

lài^IONS DE NUTRITION.

§. I. lITPBRTnOPBlE DU TrBE DIGESTIF.

Celte hypertrophie peut exister simultanément dans les diverses tuniques de l'estomac , ou être bornée à quelques-unes d'entre elles; elle peut enfin n'avoir envahi dans la membrane muqueuse qu'un de ses éiémens anatomiques , comme, par exemple, les follicules. Dans ces dilTérens cas , les parois gastro-intestinales présentent des aspects très-variés , et assez divers pour qu'on ait fait souvent de ces variétés d'aspects des variétés mêmes de maladies. Souvent aussi l'on a méconnu la véritable nature des altérations auxquelles donnait lieu l'hypertrophie d'une ou de plusieurs des tuniques de l'estomac ou des intestins ; l'on a regardé , par exemple , comme des tissus nouveaux, développés de toutes pièces au sein des parois gastro-intestinales , ces parois mêmes simplement hypertrophiées dans quelques-unes de leurs tuniques. Ainsi , l'on a appelé cancer un simple épaississement du tissu cellulaire sous-niuqueux , etc. ; autant aurait valu donner ce nom à !'é['aississemcnl du tissu cet-

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Juiaire qni entoure d'anciens ulcères cutanés , ou à l'induration qui , dans certaines maladies du poumon, frappe le tissu cellulaire interlobulaire.

Nous allons suivre successivement cette hypertrophie dans les différentes tuniques dont l'enseiuble constitue les parois gastro-intestinales.

A. Hypertrophu de la meHibrane muqucmV'.

L'hypertrophie réelle de la membrane muqueuse doit être distiuguée de l'épaîssissement qu'elle peut présenter dans le cas de simple hyperémie; alors plus de sang que de coutume vient à stagner dans la muqueuse, qui se tuméfie; mais , dans ce cas, sa nutrition même ne s'est pas réellement accrue.

Lorsque la membrane muqueuse gastro-intestinale est réellement hypertrophiée , elle est en môme temps plus dure , plus résistante que dans son état physiologique ; on peut l'enlever par vastes lambeaux , sans qu'elle se déchire, et au-dessous d'elle reste intact le tissu cellulaire qui la sépare de la tunique charnue.

L'hypertrophie de la membrane muqueuse soit de l'estomac, soit des inlestins, peut être accompagnée de diverses nuances de coloration qu'il importe de noter. Ainsi cette hypertrophie peut exister, i". avec conservation de la couleur normale de la muqueuse, ce qui est rare ; 2°. avec divers degrés de rougeur; 5°. avec une teinte ardoisée ; [\°. avec une teinte brune ou mcMue noire.

Plus commune dans l'eslomac et dans le gros intestin que dans l'intestin grêle, l'hj'^îerirophie de la

/j8 ■pr.f'r.Ts

inc.r.branc r.uiq::cuso peut être, dans ces différens points, générale on circonscrite. Ainsi , pnr"exeDip!e , il n'est pas rare de trouver hypertrophiée dans toîilc son étendue la membrane muqueuse de l'estomac : tantôt, en s'épaississant , cette membrane conserve un aspect lisse et uniforme; tantôt, inégalement hypertrophiée , elle présente une foule d'élevures que séparent des enfoncemens sinueux; elle semble alors comme mamelonnée. Dans ie gros intestin , l'hypertrophie générale de la muqueuse est quelquefois telle, c[ue seule cette membrane vient à surpasser en épaisseur celle des autres tuniques réunies.

Lorsque l'hypertrophie de la membrane muqueuse n'occupe que des points isolés , lorsqu'en d'autres terj^nes elle est partielle ou circonscrite , il en résulte, à la surface interne de l'estomac ou des intestins, des élevures , des saillies, des plaques, des tumeurs, de forme , de grandeur et de texture variables.

Il n'est pas très-rare de trouver à la surface interne de l'estomac des plaques irrégulières , s'élevant seulement d'une demi-ligne à deux lignes au-dessus du niveau du reste de la muqueuse, tantôt . colorées comme elle , tantôt rouges , brunes ou grises , et tantôt enfin d'un blanc plus mat que le reste de la membrane; j'ai trouvé deux fois de ces plaques , qui avaient une teinte d'un blanc laiteux; elles peuvent être arrondies, ovalaires ou allongées. Si on les incise, et qu'on en examine la structure, on acquiert la conviction qu'elles ne sont constituées par autre chose que par la membrane muqueuse , qui est seulement hypertrophiée là où elles existent. Ces plaques difl'èrent , par leur nature , d'autres plaques qu'il n'est

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pas rare de rencontrer vers la fia de l'intestin grêle , et qui sont dues à un état morbide des follicules. Au lieu de simples plaques , la membrane muqueuse peut s'hypertrophier , de telle sorte qu'à sa surface apparaissent diverses productions qui ont été désignées sous les noms d'excroissances, de végétations , de fungus , de polypes , de cancers, et qui ne sont autre chose que diverses formes d'hypertrophie de la muqueuse , ainsi qu'on peut s'en assurer par une dissection attentive. Le .mot excroissance indique assez bien le résultat de celte espèce de travail, dans lequel on observe à la surface de la membrane muqueuse un véritable accroissement de ses divers élémens anato-

iniques.

Les variétés d'aspect de ces hypertrophies partielles dépendent des diflérences que peuvent présenter ou leur texture ou leur forme.

Les diflérences de texture doivent surtout nous occuper ici. En se prolongeant an-dessus de sa surface , en végétant j, la membrane muqueuse peut conserver sa consistance accoutumée, ou devenir beaucoup plus dure , ou enfin présenter plusieurs degrés de ramollissement : elle peut être pâle, ou offrir toutes les nuances possibles de coloration ; ne recevoir que peu de sang, ou être parcourue par de nombreux vaisseaux, par des veines, qui s'engorgent, se dilatent , ressemblent parfois à des varices , ou qui par leur entrelacement et la facilité avec laquelle le sang s'échappe de leur intérieur, représentent une sorte de tissu érectile. Suivant ces différences de texture, différens noms ont été imposés aux hypertrophies circonscrites de la muqueuse gastro-intestinale; on les

a appelées des végétations, des fongus, des polypes, des squirrhes , etc.

Plusieurs de ces Doms ont aussi servi à désigner des variétés de forme de ces hypertrophies. Les unes , par exemple, ont partout une grandeur égale; elles sont tantôt globulaires, tantôt cylindroïdes, et tantôt ne sauraient être comparées à aucune figure géométrique. J'ai vu une fois un estomac dont la surface interne était garnie de nombreuses lames placées de ch;imp, coupées perpendiculairement par l'axe longitudinal de l'estomac , et uniquement constituées par un développement insolite du la membrane muqueuse. Ces lames avaient bien de deux à cinq lignes d'élévation au-dessus du niveau de la muqueuse ; elles pouvaient être assez exactement comparées aux lames qui, chez les ruminans, caractérisent celui de leur estomac qui a reçu le nom de feuillet. D'autres excroissances n'ont pas une grandeur égale dans toute leur étendue. Considérées à leur extrémité adhérente , elles doivent être distinguées en celles qui , au point où elles se continuent avec la muqueuse, présentent une base plus ou moins large, et en celles qui, à ce même point, se continuent avec la muqueuse par une partie plus rétrécie , qu'on appelle un pédicule; ce pédicule peut ne contenir que quelques capillaires, ou livrer passage à des vaisseaux d'un calibre remarquable. Considérées à leur autre extrémité, les excroissances de la muqueuse présentent encore plus de variétés dans leur forme. Les unes se terminent en pointe , d'autres sont arrondies; il en est qui, à leur extrémité libre, se renflent considérablement, et présentent une sorte de plateau ou de chapiteau,

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qui rappelle la disposition d'un champignon ou d'une tête de chou-fleur.

On a observe; ces excroisances , avec toutes les variétés que je viens de signaler , dans toutes les parties du lube digestif, depuis le cardia jusqu'à l'anus. Dans l'estomac, elles doivent être distinguées en celles qui occupent, i". l'une des faces mômes de cet organe ; 2°. son orifice cardiaque ; 5°. son orifice pylorique. Elles sont beaucoup plus rares dans le duodénum et dans l'intestin grêle que dans l'estomac ; cependant M. Billard a trouvé, sur un enfant naissant, vers le milieu de la seconde courbure du duodénum, une excroissance pédiculée, rouge et irrégulière comme une fraise. Cette excroissance avait le volume d'un haricot ordinaire , -et tenait solidement par son pédicule à la surface de la membrane muqueuse. Elle était remarquable par la grande quantité de sang qui la remplissait. Les excroissances redeviennent plus fréquentes, mais toujours moins qu'elles ne le sont dans Festomac , vers le cœcum, le colon et le commencement du rectum ; enfin , vers la partie inférieure de ce dernier intestin , elles se rencontrent plus communément que partout ailleurs; et ce qui est di^^ne de remarque , c'est que , vers l'orifice anal , une cause spéciale , le virus syphilitique , leur donne souvent Naissance.

Considérées sous le rapport de leur nombre , tantôt ces excroissances sont solitaires : on n'en trouvé qu'une dans toute l'étendue du tube digestif; tantôt elles sont multipliées, soit dans une même portion de ce tube, soit dans difFérens points. C'est ainsi que j'ai trouvé à la surface interne d'un estomac sept vé-

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giitalions dont chacune avait enrlroQ le volume d'une noix; elles étaient toutes semblables par leur texture et par leur forme ; elles tenaient par une assez large base à la membrane muqueuse , dont elles étaient un simple développement. Parcourues par de nombreux vaisseaux , elles se terminaient en un large chapiteau à surface inégale , comme mamelonnée , et â bords fortement renversés. Six de ces excroissances occupaient le milieu de l'estomac ; la septième était située près du pylore. Dans leurs intervalles, la membrane muqueuse n'était pas altérée d'une manière apprécia- Lie. M. RuUier a présenté à l'Académie royale de Médecine un estomac dont la surface présentait quatrevingts petites tumeurs, toutes arrondies, ayant chacune le volume d'une noisette , présentant un tissu dur, et manifestement développées aux dépens de la muqueuse; chacune de ces tumeurs n'était autre chose qu'une fraction de la membrane muqueuse hypertrophiée et indurée. J'ai trouvé une fois le cœcum parsemé d'une vingtaine de petits corps coniques, d'un rouge violacé, ayant chacun à-peu-près le volume d'une petite fève. La dissection fit reconnaître que chacun de ces corps avait un tissu exactement analogue au tissu de la muqueuse dont il était un prolongement manifeste. Enfin , il n'est pas très-rare de rencontrer simultanément de ces développemens de la muqueuse , d'une part dans l'estomac, et de l'autre dans quelque partie de l'intestin , surtout vers sa portion iléo-cœcale. Je pourrais , à cette occasion , rappeler le cas d'un homme mort à la Charité, et dont je ne vis que le cadavre. De la surface interne de l'estomac , vers le pylore, s'élevait une végétation volu-

d'anatomie pathologique. 55

iDÎneuse , semblable à uq champignon ; vers le point d'union du jéjunum et de l'iléum exislait une seconde végétation pareille à la précédente ; et , enfin , un peu au-dessus du cœcum apparaissait une troisième excroissance, qui ressemblait aux deux autres, et par sa forme et par sa texture.

Au lieu de frapper sur toute la trame même de la membrane muqueuse gastro-intestinale , il peut arriver que l'hypertrophie existe seulement dans un plus ou moins grand nombre des villosités qui en couvrent la surface libre. On a va quelquefois plusieurs de ces villosités beaucoup plus volumineuses, faire au-dessus de la muqueuse une saillie notable; elles différaient de cette membrane par leur couleur d'un blanc plus mat , et constituaient de petites tumeurs , dont un examen attentif découvrait facilement l'origine. Il est possible que plus d'une végétation de la membrane muqueuse gastro-^nteslinale soit due à une hypertrophie de quelques villosités.

Toutefois l'on a moins souvent constaté l'hyperlrophie des villosités que celle des follicules ; le développement insolite de ces petits corps donne souvent lieu à la formation de tumeurs qui, par leur forme , leur disposition , leur structure, semblent s'éloigner tellement des follicules, qu'on pourrait facilement en méconnaître l'origine. On ne les rapporte à une simple hypertrophie des follicules, que lorsqu'on a suivi ceux-ci dans la série de transformations qu'ils éprouvent à mesure que s'accroissent et se développent les divers élémens anatomiques qui entrent dans leur composition. Nous avons déjà vu que dans le tube digestif des eufans les follicules sont normalement plus apparens

54 pr.Ecis

que chez l'adulte ; il suit de là que , chez l'adulte , toutes les fois qu'on trouve la surface interne du tube digestif parsemée de follicules très-apparens, on doit regarder le développement de ces follicules comme un état morbide.

Les follicules du tube digestif peuvent être beaucoup plus apparens que de coutume, faire saillie au-dessus de la surface libre de la membrane muqueuse intestinale , sans être véritablement hypertrophiés ; c'est ce qui arrive dans le cas où , par suite d'une irritation aiguë ou chronique du tube digestif, les follicules qui le parsèment deviennent le siège d'une hyperémie active plus ou moins considérable; gorgés de sang , on les voit se tuméfier et constituer à la surface interne de l'intestin un nombre plus ou moins grand de petits boutons coniques présentant souvent un orifice central , qui a été pris plus d'une fois pour une ulcération. Ces boutons sont isolés là où les follicules le sont aussi ; ils sont confluens , et forment , par leur réunion , de larges plaques élevées au-dessus du niveau de la muqueuse , là où les follicules sont agminés. (Dothinentérite de M. Bretonneau. )

Par cela seul qu'une hyperémie , d'intensité et de durée variables, a affecté les follicules du tube digestif, leur nutrition a pu devenir plus active. Après que l'hyperémie a cessé , ils n'en continuent pas moins à augmenter de volume, ou bien ils restent avec le volume qu'ils avaient acquis pendant qu'ils étaient en congestion, et ils sont alors véritablement hypertrophiés. Dans ce cas , l'hypertrophie succède à une hyperémie qui a été évidente. Sur des cadavres d'individus qui , à une époque plus ou moins éloignée de

d'aNATOMIE rATHOLOGIQXIE. &5

celle de leur mort, avaient eu tous les signes d'une irritation gastro-intestinale, j'ai observé ce remarquable développement des follicules : la surface interne de la muqueuse était parsemée de petits corps coniques, blanchâtres, assez durs, ayant la plupart un orifice central évident; entre eux^ la membrane muqueuse ne présentait aucune sorte d'altération appréciable. Chez quelques-uns de ces individus, il n'y avait eu depuis long-temps aucun trouble des fonctions digestives; de telle sorte, que chez eux l'hypertrophie des follicules intestinaux n'avait entraîné aucun désordre fonctionnel; chez d'autres, avait fréquemment existé du dévoiement , qui se suspendait par intervalles, puis revenait avec la plus grande facilité; chez d'autres, enfin, avait existé une diarrhée constante; et cependant, chez ces individus, on ne trouvait, comme chez les premiers, qu'un développement insolite des follicules; mais, en même temps qu'ils étaient hypertrophiés, ces follicules avaient aussi acquis une activité plus grande de sécrétion : de là la cause de cette diarrhée, soit intermittente, soit permanente.

Dans les cas que nous venons d'examiner, un état d'hyperémie aiguë des follicules a précédé leur hypertrophie; mais il peut aussi arriver que, sans aucun signe d'hyperémie antécédente , les follicules viennent insensiblement à s'hypertrophier, comme on voit souvent devenir également plus volumineux certains follicules cutanés, sans qu'ils ayent jamais été le siège d'aucune congestion sanguine appréciable. Dans ce cas, comme dans le précédent, tantôt il n'y a jamais eu de diarrhée ; et tantôt elle s'est montrée , soit par

intervalles seulement, soit d'une manière continue. L'hypertrophie d'un grand nombre de follicules peut être la seule altération qu'on rencontre dans le tube digestif d'individus qui, pendant les six derniers mois ou la dernière année de leur existence, ont eu continuellement la diarrhée.

L'orifice des follicules hypertrophiés conserve souvent son diamètre naturel ; d'autres fois il s'agrandit; d'autres fois, enfin, il se rétrécit, tend à s'oblitérer, et s'oblitère en effet. L'agrandissement de l'oriGce est parfois assez considérable pour que l'ouverture extérieure du follicule devienne aussi large que son fond. Il serait alors facile de prendre pour une ulcération ce qui n'est qu'une dilatation extrême de l'oriûce folliculaire. Dans d'autres circonstances , ai-je dit , à mesure que les parois du follicule s'hypertrophient et s'épaississent, son orifice devient plus étroit et s'efface. 11 en résulte que le liquide sécrété à son intérieur s'y accumule de plus en plus, et peu-à-peu se forment ainsi de volumineuses tumeurs ; on en trouve souvent de semblables dans les intestins des chevaux. J'en ai vu , dans l'estomac de ces animaux , qui égalaient le volume d'une orange. La véritable nature de ces tumeurs échapperait facilement, si, dans le plus giand nombre des cas, on ne parvenait, à l'aide d'un examen attentif, à retrouver l'orifice du follicule dans lequel peut être alors enfoncé un stylet, et que, par une dilatation mécanique, on peut ensuite agrandir. Dans quelques cas, à la vérité, on ne peut pas retrouver cet orifice, qui paraît alors avoir été complètement oblitéré.

JEa même temps que s'hyperlrophle la portion de

D'ANATOillE l'ATlJOLOClQl E. 57

muqueuse par laquelle sont con.«lituées les parois d'un follicule mucipare , l'espèce de tissu cellulofibreux qui double ces parois, comme il double le reste de la membrane muqueuse , non seulement s'bypertrophie et s'indure , mais encore il se transforme souvent en tissu fibreux, fibro-cartilagineux ou cartilagineux, qui entoure de toutes parts le follicule, et augmente considérablement l'épaisseur de ses parois. Ces tumeurs sont beaucoup plus rares chez l'homme qu'elles ne le sont chez le cheval; M. Dupuy en a trouvé de pareilles sur des chiens, sur des moutons et sur des porcs.

L'hypertrophie des follicules ne se montre pas avec une égale fréquence dans tous les points du tube digestif. Ainsi on la trouve plus souvent dans la partie inférieure de l'intestin grêle que partout ailleurs. Dans l'estomac, elle est très-rare. M. Billard a vu cependant chez un enfant de dix mois la surface muqueuse gastrique parsemée , dans toute son étendue , d'un nombre prodigieux de granulations blanches, grosses comme un grain de millet. 11 y en avait de semblables dans tout l'intestin. Etait-ce des follicules?

Il faudrait se garder de confondre avec des follicules hypertrophiés de petits corps blanchâtres que l'on trouve quelquefois épars à la surface interne de l'intestin , qui , au premier abord, ressemblent beaucoup à des follicules. Ce ne sont autre chose que ■ des rudimens de valvules conniventes, situés sur ces valvules mômes ou dans leurs intervalles; on pourrait aussi quelquefois prendre pour des follicules des touffes de villos'tés, qui sont d'un blanc plus mat que celles qui les entourent.

B. Hypertrophie des tissus subjaccns à la membrane muqueuse.

Cette hypertrophie peut atteindre , i°. le tissu cellulaire interposé entre les diverses tuniques des parois gastro-intestinales; 2°. la tunique musculaire.

On a long-temps décrit sous le nom de squirrke de Cestomac ou des intestins un état dans lequel on ne découvre autre chose qu'une augmenlalion d'épaisseur et de densité de la membrane celluleuse qui , dans l'état normal, sépare la membrane muqueuse de la tunique charnue. On peut s'en assurer en suivant dans tous ses degrés l'hypertrophie de cette sorte de lissu cellulaire. D'abord dans beaucoup de cas de diarrhées chroniques , où la membrane muqueuse du gros intestin a subi diverses espèces d'altérations, on trouve souvent le tissu cellulaire, qui lu double, beaucoup plus apparent que de coutume; il a parfois, en pareil cas, plusieurs lignes d'épaisseur; à lui seul Usurpasse celle de toutes les autres tuniques réunies: il est dur, d'un blanc nacré, aucun vaisseau sanguin ne s'y distribue; tantôt on y aperçoit des fibres ou des lames qui ont un arrangement plus ou moins régulier ; tanlôt on n'y trouve plus qu'une texture homogène, assez semblable à celle d'un cartilage imparfait. Tant que cette couche cellulaire a peu d'épaisseur, on ne la regarde encore tout simplement que comme du tissu cellulaire induré , semblable à celui qui avoisine d'anciens ulcères de la peau, ou qui se dessine entre les lobules pulmonaires , dans certains cas d'affections chroniques de l'appareil respiratoire. Souvent, depuis

d'anatomie pathologique, 5g

le commencement du colon jusqu'au rectum, est interposée entre les tuniques muqueuse et charnue une couche blanche d'une demi-ligne à deux lignes d'épaisseur. On ne regarde encore cette altération que comme une induration du tissu cellulaire sous-muqueux.

Mais Cette hypertrophie est-elle plus considérable? est-elle en même temps plus circonscrite? vient-elle enfin à former en un point du tube digestif une véritable tumeur qui soulève la membrane muqueuse? On n'appelle plus cette altération du lissu cellulaire, ni une induration , ni une hypertrophie ; c'est un squirrhe. Cependant, dans ce dernier cas, c'est la même altération que dans les cas précédons ; la tunique celluleuse s'est épaissie comme lo en un point circonscrit, au lieu de s'épaissir comme 2 dans une grande étendue ; voilà toute la diCTérence. Dans lacouche blanchâtre qui double la membrane muqueuse du gros intestin , comme dans la tumeur volumineuse qui obstrue le cardia ou le pylore, on retrouve même disposition, même texture, mêmes élémens anatomiques: que l'on donne donc , si l'on veut, le nom de squirrhe à une semblable tumeur , pourvu que l'on s'entende sur la valeur de ce mot; pourvu que l'on reconnaisse que ce squirrhe n'est point en pareil cas un tissu nouveau , sans analogue dans l'état sain , formé de toutes pièces, comme un entozoaire , au milieu des parois de l'estomac ou des intestins; mais que ce squirrhe est tout simplement le résultat d'une hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux, hypertrophie qui peut rester la seule lésion , ou se compliquer plus tard d'autres altérations de nutrition ou de sécrétion. Souvent, en effet, dans ce tissu cellulaire

6o pRÉns

hypertrophié, une nouvelle slruclurc se deTeloppe, de nombreux vaisseaux se dessinent ; il se divise en lobes, ou se creuse de loges ou d'aréoles; enfin diverses sécrétions morbides s'y opèrent.

Lorsqu'on examine des parois d'estomac ott d'intestin dont le tissu cellulaire sous-muqueux est frappé d'hypertrophie , on observe souvent que l'hyperlrophie n'est point bornée à ce tissu cellulaire : dans l'épaisseur de la tunique charnue apparaissent des lignes blanches, de véritables cloisons d'aspect cellulofibreux , qui , interposées d'espace en espace entre les faisceaux musculaires, les isolent les uns des autres, et font paraître la membrane charnue comme lobulée. Ces cloisons se continuent , d'une part, avec le tissu cellulaire sous-muqueux, et, d'autre part, avec une autre couche celluleuse, qui est interposée entre la tunique musculaire et le péritoine ; elles ne sont manifestement autre chose que des portions hypertrophiées du tissu cellulaire intermusculaire. Mais celte hypertrophie peut devenir plus considérable : au lieu de simples lignes ou de lames minces, il peut arriver qu'on trouve éparscs au sein delà tunique charnue des masses blanches et dures, plus ou moins considérables , qui ne sont encore que ce même tissu cellulaire hypertrophié ; ces masses augmentent à leur tour, et finissent par occuper plus de place que la tunique charnue, qui devient de moins en moins évidente; il arrive un moment où c'est tout au plus si , au milieu de masses énormes de tissu cellulaire induré, on aperçoit de loin en loin quelques fibres musculaires éparses, et qui sont en quelque sorte cernées de tous côtés par ce tissu cellulaire ; enfin toute apparence de

d'anatomie pathologique. 6i

miiscle disparaît, et entre le péritoine et la muqueuse on ne découvre plus autre chose qu'un amas de tissu cellulaire, soit simplement hypertrophié et induré, soit devenu consécutivement le siège d'aitérations variées.

L'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux ne se développe dans le plus grand nombre des cas qu'à la suite d'un état d'irritation chronique de la membrane muqueuse, bien qu'aucune des variétés nombreuses de cette irritation n'en entraîne nécessairement la formation. Il peut arriver toutefois qu'on ne trouve aucune lésion appréciable dans la membrane muqueuse , soit parce qu'effectivement cette lésion n'existe plus depuis long-temps, soit même, dans quelques cas, parce qu'elle n'a jamais existé. D'autres fois, on trouve la membrane muqueuse, soit simplement hyperémiée, soit indurée ou ramollie; d'autres fois, enfin, elle est ulcérée. Il y a même des cas où, dans toute la partie correspondante à la portion hypertrophiée du tissu cellulaire, on ne rencontre plus aucune trace de membrane muqueuse.

L'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux été observée dans tous les points de la portion sousdiaphragmatique du tube digestif. Étudions-la d'abord dans l'estomac.

Il est des cas où, dans toute l'étendue de cet organe, le tissu cellulaire sous-muqueux présente un épaississement notable. Alors en touchant les parois de l'estomac, on est frappé de leur dureté; elles ne s'affaissent pas , comme dans l'état physiologique ; elles offrent à l'incision une résistance assez grande pour

crier sons le scalpel. En dehors de la conche celluleuse hypertrophiée , tanlôt on trouve la tunique musculaire soit dans son état naturel , soit divisée en lobules par des intersections fibro-celluleuses , soit hypertrophiée , soit au contraire atrophiée à tel point qu'on n'en retrouve plus de traces; entre la tunique muqueuse et le péritoine on ne rencontre plus autre chose qu'une masse de tissu cellulaire înduré. Alors la cavité de l'estomac est ordinairement peu considérable. Il est, au contraire, d'autres cas où l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux n'occupe qu'un point circonscrit de l'estomac; tantôt c'est l'une ou l'autre de ses faces , tantôt c'est un de ses orifices. Des difTérens points de l'estomac , celui dont le tissu cellulaire s'hypertrophie le plus souvent, c'est sans contredit son extrémité pylorique, ainsi que le pylore lui-même proprement dit. Pour peu qu'on se soit livré à des recherches d'anatomie pathologique , on a rencontré de ces cas, où, dans une étendue de deux ou trois' travers de doigts en deçà du pylore , existe une tumeur, qui tantôt n'est appréciable qu'à l'intérieur de l'estomac, et tantôt, saillante extérieurement, peut être reconnue à travers les parois abdominales; cette tumeur est le résultat d'une hypertrophie du tissu cellulaire. Diverses lésions peuvent coïncider avec cette hypertrophie ; elles modifient la nature de la tumeur, mais elles n'en déterminent nr la forme ni le volume. Insensiblement , en se rapprochant de la portion splénique de l'estomac, on voit le tissu cellulaire diminuer peu-à-peu d'épaisseur et reprendre par degré son aspect normal. Quelquefois l'hypertro-

d'aiXAtomie PATiior.onîQCE. 65

phie est exactement bornée à l'anneau pylorique; endeçà et au-delà, on n'aperçoit rien de morbide dans le tissu cellulaire sous-muqueux. Dans ces divers cas, l'orifice dnodénal de l'estomac peut se présenter avec trois conditions diÛérentes : i°. cet orifice peut avoir conservé son diamètre accoutumé; 2". il peut être rétréci; 5°. enfin, il peut être dilaté. - Lorsque la première de ces conditions existe, l'estomac ne change ni de forme , ni de volume ; les matières qui y sont ingérées ne s'accumulent pas dans son intérieur, et pendant la vie le vomissement peut ne pas avoir lieu , bien que le pylore ou les parties voisines soient le siégé d'une tumeur appréciable à travers les parois abdominales.

Lorque la seconde condition a lieu , on observe un phénomène fort remarquable : les matières solides ou liquides, introduites dans l'estomac, ne pouvant plus franchir que très-difficilement le pylore, s'accumulent dans cet organe, qui, distendu déplus en plus, finit par acquérir un volume énorme. J'ai cité ailleurs, avec détail (^Clinique médicale) y des cas de ce genre : l'estomac avait acquis de telles dimensions, qu'il couvrait tout le paquet intestinal, et que sa grande courbure touchait les os pubis. Une aussi grande augmentation de volume est assez rare ; mais assez souvent l'on trouve des estomacs qui, par suite du rétrécissement de leur orifice duodénal, descendent Jusqu'au niveau de l'ombilic. Tantôt, en pareil cas, les parois de l'estomac sont considérablement amincies ; tantôt elles présentent leur épaisseur accoutumée , et dans ce cas même il faut encore admettre une hypertrophie de ces parois, puisqu'elles

6/| PRKCÎS

oQVent une beaucoup plus grande surface , sans que Jeur épaisseur soit diminuée.

Quand l'estoaiac est ainsi dilaté , il peut garder pendant plusieurs jours les substances qu'on y introduit : elles le remplissent comme un sac inerte; et quand on vient à imprimer une secousse brusque au tronc du malade , on produit dans la partie supérieure de l'abdomen un gargouillement très-prononcé. Il arrive une époque où, distendu outre mesure, l'estomac se vide, comme par regorgement , des matières qui y sont accumulées ; de là ces vomissemens , remarquables par leur extrême abondance, qui surviennent de temps en temps , tous les buit ou dix jours, par exemple ^ chez les individus atteints de la maladie qui nous occupe.

Lorsqu'enfin existe la troisième condition j ou celle dans laquelle il y a en même temps hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux de la portion pylorique de l'estomac, et agrandissement contre nature de l'orifice duodénal, le reste de l'estomac peut conserver son volume ordinaire ; mais le contraire peut aussi avoir lieu ; et, plus d'une fois , on a vu coïncider un étatde dilatation du pylore avec une notable augmentation de la capacité de l'estomac, égale à celle qu'il est susceptible d'acquérir, dans le cas de tendance à l'oblitération de l'orifice duodénal. Cet orifice se dilate alors avec le reste de l'estomac, en même temps que ses parois s'hypertrophient , de môme qu'une amplialion considérable de la cavité du cœur ou de l'aorte est le plus souvent accompagnée d'un accroissement d'épaisseur de leurs parois.

Je ne sache pas d'exemple dans lequel on ait vu

ryANATOMIE PATHOIOGIQUE. 65

isolément bypeiirophié le tissu cellulaire sons-muqueux du grand cui-de-sac de l'estomac; mais on a vu cette hypertrophie régner , sans lésion du reste de l'organe, au pourtour de l'orifice œsophagien du ventricule. Pour peu qu'il soit considérable , il en résulte un rétrécissement du cardia, qui empêche le bol alimentaire d'arriver librement dans la cavité de l'estomac. Cette hypertrophie peut être bornée au seul pourtour du cardia , ou s'étendre à la partie inférieure de l'œsophage.

L'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux de l'intestin grêle est beaucoup plus rare que l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux de l'estomac. Lorsqu'on l'y rencontre , on ne l'y trouve le plus souvent que dans une petite étendue, où elle constitue une tumeur qui tantôt est bornée à un des côtés de l'intestin, et tantôt en occupe tout le pourtour. Dans le premier de ces cas, mais surtout dans le second, la cavité de l'intestin se trouve plus ou moins notablement rélrécie , et le passage des matières devient difficile. Souvent alors, bien que la lésion soit constante , on observe une remarquable intermittence dans les symptômes,qui annoiicent l'existence d'un obstacle au cours des matières. Après plusieurs mois d'une constipation opiniâtre, pendant lesquels se sont manifestés , à plusieurs reprises, tous les accideus d'un étranglement interne avec vive douleur en un point de l'abdomen , il arrive parfois que tous ces symptômes disparaissent, et que les selles redeviennent libres. De nouveau, cependant, les accidens reviennent , ils sont chaque fois plus graves ; et c'est au milieu de ces retours d'accidens II. 5

<)6 PRiicis

qu'on voit souvent les individus succomber. On ne peut expliquer ces singulières intermittences qu'en admettant que la tumeur, constituée par l'hypertrophie du tissu cellulaire , ne fait que diminuer le calibre de l'intestin , sans en oblitérer entièrement la cavité, et que cette oblitération est le produit de la tuméfaction momentanée de la portion de muqueuse qui recouvre le tissu cellulaire hypertrophié.

Le tissu cellulaire sous-muqueux du gros intestin est plus souvent frappé d'hypertrophie que celui de l'intestin grêle; là, comme dans l'estomac, cette hypertrophie peut être générale, ou bornée à quelque point. Il en résulte les mêmes effets que dans l'intestin grêle. L'obstacle au cours des matières par hypertrophie circonscrite du tissu cellulaire sous-muqueux a été plus fréquemment observée dans les colons ascendant et descendant que dans le transv^rse: on l'a observé plus souvent encore dans la partie inférieure du rectum. Cette dernière partie est même, après l'estomac , celle oii se développe le plus communément l'espèce de lésion qui nous occupe. II en résulte une des variétés de l'altération complexe qu'on a désignée sous le nom de cancer du rectum.

11 est des cas où l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux existe à un haut degré au pourtour de l'anus. Alors se montre en dehors et autour de cet orifice un bourrelet plus ou moins épais, qui fait saillie , comme un paquet hémorrhoïdal , avec lequel il a la plus grande ressemblance. Au lieu d'un bourrelet circulaire, existent parfois autour de l'anus quelques îumeurs isolées qui ressemblent également à des liémorrhoïdes. En disséquant ce bour-

d'anatojiie pathologique. 67

relet et ces tumeurs, on les trouve constitués de dehors en dedans, i'. par la membrane muqueuse plus ou moins injectée ; 2". par le tissu cellulaire sous-mucjueux considérablement épaissi , et formant tumeur. Plus tard, ce tissu cellulaire peut s'indurer de plus en plus, ou se ramollir, suppurer, s'ulcérer, etc., ainsi que la muqueuse elle-même, d'où résultent diverses espèces d'altérations désignées sous le terme générique de cancer. En ouvrant récemment le cadavre d'un individu dont l'anus était ainsi entouré de tumeurs d'aspect hémorrhoïdal, et qui n'étaient constituées par autre chose que par des masses cellulaires hypertrophiées, j'ai trouvé toute la surface interne du rectum parsemée de tumeurs semblables à celles qui entouraient l'anus. Ces tumeurs rappelaient par leur aspect ces gros tubercules de la peau qui caractérisent une des variétés de l'éléphantiasis. Elles formaient, à la surface libre de l'intestin, des corps globuleux d'un rouge livide. Comme les tumeurs de l'anus , elles étaient constituées par le tissu cellulaire sous-muqueux considérablement épaissi ; au-dessous de lui on retrouvait intacte la membrane musculaire, et au-dessus existait la membrane muqueuse rouge et un peu tuméfiée. Des vaisseaux d'un assez gros volume s'élevaient perpendiculairement de la membrane musculaire, traversaient la masse celluleuse, et venaient s'épanouir dans la muqueuse. L'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux ne se montre pas avec une égale fréquence à tous les âges ; elle est très-rare dans l'enfance : cependant chez un enfant d'un an environ , j'ai trouvé en un point de l'intestin grêle une tumeur grosse comme

68 TRÉCIS

une noisette , qui était constituée par ce tissu cellulaire hypertrophié; elle était recouverte par la membrane muqueuse non altérée.

M. Billard a rencontré un épaississement considérable du tissu cellulaire sous-muqueux chez un enfant de six jours. Cet enfant était venu au monde dans un état de marasme fort avancé. Il avait une diarrhée abondante et un léger ictère. Les parois de la fin de l'iléum et du côlon étaient très-épaissies ; cet épaississement était entièrement dû à l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux, qui avait en même temps un aspect blanchâtre et comme nacré. La membrane muqueuse était aussi un peu épaisse, trèsrouge , et surtout très-friable.

Phisieurs fois , chez des enfans de quatre à douze ans, atteints de diarrhées chroniques, j'ai également constaté l'hypertrophie de ce tissu cellulaire dans la totalité du gros intestin. Depuis l'époque de la puberté, jusque vers l'âge de trente-cinq ans, celte affection est très-rare. Cependant j'ai rencontré, à la Charité, chez un jeune homme de vingt-deux ans, ime volumineuse tumeur, qui occupait la partie pylorique de l'estomac, et qui était constituée par une masse de tissu cellulaire frappé d'hypertrophie. Ce malade avait eu , pendant les trois années précédentes , tous les symptômes d'une afTeclion organique de l'estomac. A dix -neuf ans, ses digestions avaient commencé à se déranger; il était (ourmenlé par des rapports acides; il avait un sentiment de pesanteur vers la région de l'estomac, dès qu'il avait pris des alimens. Il maigrissait de Jour en jour; cependant il ne vomissait pas. A vingt-un ans, lo malade commença ii^

D AXATOMtE l'ATllOLOGIQLE. Gg

tjprouver des nausées fréquentes; il se mil à vomir de Lemps en temps ses alimens et ses boissons. Ces voraissemens devinrent de plus en plus fréquens. Cet individu entra à la Charité peu de mois seulement avant sa mort; alors il vomissait presque tous les jours, et une tumeur bien dessinée se faisait sentir à 1 epigastre , à droite de l'appendice xiphoïde.

Après l'âge de trente-cinq ans il est beaucoup plus fréqiieiit de voir l'irritation chronique de la membrane muqueuse du tube digestif, et de celle de l'estomac en particulier, être suivie de l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux. Après soixante- cinq ans , cette hypertrophie commence de nouveau à se montrer plus rarement ; et chez les vieillards qui meurent après avoir eu pendant long -temps des digeslions pénibles , on trouve bien moins souvent une semblable hypertrophie qu'un ramollissement de la men)brane muqueuse et des tissus subjacens. Ainsi on peut établir en principe général que c'est de trentecinq à soixante-cinq ans que la lésion qui nous occupe se forme le plus souvent ; on en a toutefois recueilli des exemples jusque dans un âge très-avancé, et je pourrais rapporter ici le cas d'un vieillard de soixante-dix-neuf ans, mort «î la Charité , chez lequel fut trouvée, dans toute la portion pylorique de l'estomac , une hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux, assez considérable pour qu'il en résultât une tumeur qui faisait saillie dans la cavité de l'organe. La membrane muqueuse , située au-dessus d'elle , était exempte de toute altération appréciable.

En même temps que le tissu cellulaire présente l'état d'hypertrophie que nous venons d'étudier , la

70 FRECIS

inembrane musculaire, avons-nous dit, devient souvent moins apparente, et il est des cas môme où l'oiï n'en retrouve plus de traces. Mais un cas tout contraire peut avoir lieu, et l'augmentation d'épaisseur des couches celluîeuses de l'estomac coïncide parfois avec un notable état d'hypertrophre de celte même membrane musculaire. Alors en incisant par une coupe nette les parois épaissies de l'estomac, on trouve, en procédant de dedans en dehors, i°. la membrane muqueuse, tantôt saine, tantôt altérée de diverses, manières; 2". immédiatement au-dessous d'elle , une couche d'un blanc laiteux, dont l'épaisseur varie depuis moins d'une ligne jusqu'à plusieurs pouces; c'est le tissu cellulaire sous-muqueux; 3°. au-dessous de cette couche en apparaît une autre , qui s'en distingue par sa couleur bleuâtre ; elle est demi-transparenle , et a une sorte de brillant qui la caractérise ; elle est traversée par des lignes d'une couleur et d'un aspect semblables à la couleur et à l'aspect de la couche précédente ; c'est manifestement la tunique musculaire hypertrophiée; 4°* enfin, plus en dehors, peut se montrer une seconde couche d'un blanc mat, d'une texture homogène , semblable à la couche située immédiatement au-dessous de la muqueuse ; c'est effectivement le tissu cellulaire sous-péritonéal , qui s'est épaissi et induré comme le tissu cellulaire sous-muqueux. Ainsi, dans ce cas, l'hypertrophie de la tunique musculaire coïncide avec l'épaississement des couches celluîeuses qui entrent dans la composition des parois gastro-intestinales. Mais, d'autres fois, le tissu cellulaire reste intact, et la tunique musculaire est seule hypertrophiée ; elle peut i'ètre assez pour donner

d'aKATOMIE PATUOLOGIQUE. 7»

lieu à un épaississement notable des parois de l'estomac ou des intestins. C'est surtout dans la portion pyiorique de l'estomac qu'a été observée cette sorte d'hypertrophie ; c'est aussi là un des points où , dans l'état normal, la tunique charnue du tube digestif a le plus d'épaisseur et où son action est la plus remarquable : si , en effet , l'on ouvre l'abdomen d'un animal vivant, l'on observe que le quart droit de l'estomac , le pylore et le commencement du duodénum, sont continuellement animés d'un mouvement de contraction qui , de l'estomac , se propage vers le duodénum , et du duodénum revient à l'estomac. Ce mouvement est plus prononcé pendant le travail de !a chymification , d'où il suit que tout ce qui tend à exciter la membrane muqueuse doit tendre à augmenter l'aclioD des fibres musculaires de la portion pyiorique, et par conséquent doit tendre aussi à en produire l'hypertrophie. Le docteur René Prus (i) a remarqué que les vomissemens fréquens que présentent certains individus atteints d'une irritation chronique de la membrane muqueuse gastrique peuvent être chez eux une cause puissante de l'hypertrophie de la tunique charnue de l'estomac.

Les lésions que nous venons de signaler sont celles qui ont été long-temps décrites , et qui le sont encore tous les jours sous le nom de squirrhc de l'estomac. On peut voir maintenant en quoi consiste ce squîrrhe : il n'est constitué, dans un grand nombre de cas , que par une simple hypertrophie d'une ou de plusieurs des couches sous-muqueuses de l'estomac ,

(i) rii'chcrchci suv (a nature et le traitiiiicnl du camer Uo l'ttsloniac ; par René Pi Ui, iSaS.

r'î rnÉcis

hypertrophie qui entraîne une modiGcation constantedans la consistance et dans la couleur de ces couches , et qui, de plus, est fréquemment accompagnée de diverses altérations de sécrétion que nous signalerons plus bas.

Nous venons d'examiner la part que chacune des tuniques du tube digestif prend à l'hypertrophie de ses parois; mais nous ae- sommes pas arrivés, si l'on peut ainsi dire , au dernier terme- de l'analyse ; il faut encore que nous recherchions si cette hypertrophie ne peut pas encore porter d'une manière plus, ou moins isolée, i*. surles vaisseaux sanguins qui rampent dans l'épaisseur des parois du tube digestif;^ a*, sur son appareil lyn)phatique; 5°. sur ses nerfs.

Rien de plus commun que de trouver dilatés un certain nombre de vaisseaux, soit dans l'estomac, soit dans les intestins; mais cette dilatation n'est pas une hypertrophie : quelquefois, cependant, on a trouvé les parois de ces vaisseaux hypertrophiées de la manière la plus évidente ; ainsi , dans deux cas d'aifections chroniques de l'estomac , j'ai constaté un notable, épaississement dans les parois de deux veines qui rampaient , gorgées de sang , au-dessous de la muqueuse.

Quanta l'hypertrophie de la portion d'appareil lymphatique, qui emporte du tube digestif le chyle ou la lymphe, elle est connue depuis long-temps. Qu'est-ce effectivement autre chose qu'une hypertrophie , que cette notable augmentation de volume , avec rougeur ou pâleur de leur tissu , ([ue présentent les ganglions mésentériques, dans la plupart des cas où la membrane muqueuse intestinale est le siège d une irritation plus ou moins prolongée ? Sans doute , dans, les.

r'ANATO.MIE rATHOLOGlQUE. ' ^^

premiers temps de cette irritation, le gonflement des ganglions mésentériques dépend tout simplement d'une congestion sanguine, et il n'y a pas encore hypertrophie; mais, plus tard, elle survient, soit que d'ailleurs l'irritation intestinale persiste ou se dissipe. Souvent l'hypertrophie de ces ganglions reste comme une trace et un indice de l'irritation intestinale qui lui a doni^é naissance, et qui depuis long-temps a complètement cessé. Tantôt, en même temps qu'ils $9;i^ hypertrophiés, on trouve ces ganglions hyperémiés; tantôt, au contraire, ils sont pales et môme plus, décolorés que dans leur état normal; une augmentation de volume, voilà tout ce qu'ils présentent d'insolite.

Les ganglions qui reçoivent les vaisseaux lymphatiques de l'estomac s'hypertrophient beaucoup plus rarement que les ganglions du mésentère; on eu trouve cependant quelquefois d'assez volumineux , soit l;e long de la grande ou de la petite courbure de l'estomac , soit autour du pylore.

J'ai souvent examiné avec soin les cordons nerveux de la vie animale ou organique , qui se distribuent aux parois gastro-intestinales;;^ je n'ai jamais pu , jusqu'à présent, y découvrir la moindre altération. Cependant M. René Prus (i) a eu occasion d'observer un cas dans lequel un des cordons du pneumo-gastrique, près de sa terminaison à l'estomac, était frappé d'une hypertrophie manifeste. L'individu qui a présenté ce cas était un homme , âgé de cinquante-deux gins, qui succomba à la suite d'une longue maladie de

(^i) Oper. cit. , pag. 86.

l'estomac, pendant laquelle il offrit tous les symptômes d'une affection dite cancéreuse de cet organe. On trouva la membrane muqueuse peu altérée, le tissu cellulaire sous-muqueux d'un blanc mat, d'une consistance lardacée, considérablement épaissie, la membrane musculaire fortement hypertrophiée. Ces différentes altérations existaient dans une étendue transversale de trois pouces environ , elles occupaient le corps même de l'estomac ; le pylore et le cardia étaient intacts. Il en résultait une tumeur qui avait été reconnue pendant la vie. A cette tumeur aboutissait le cordon œsophagien droit du pneumo-gastrique. Ce cordon ^ depuis le cardia jusqu'à la partie supérieure de la tumeur, doublait tout-à-coup de vo^ lumc sans changer de couleur ni de consistance ; puis il s'enfonçait dans la tumeur, où il ne fut plus possible de le suivre.

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