EU COEUR
Parmi ces lésions, les unes, plus ou moins liées avec celles qui nous ont occupés dans l'article précédent , ont peu de symptômes qui leur soient propres ; d'autres sont annoncées par certains accidtns locaux ou généraux; d'autres, enfin, existent sans troubler l'action du cœur, et ne sont jusqu'A présent intéressantes que pour l'anatomiste.
§ I. Induration.
Il faut distinguer cette induration de l'hypertrophie, bien que, dans le plus grand nombre des cas, ce ne soit guère que sur les cœurs hypertrophies que se montre l'induration. Alors la substance musculaire est très-ferme et difficile à inciser ; lorsqu'on la percute avec un scalpel, on l'entend résonner comme résonnerait, dit Laennec , un de ces cornets de cuir qui servent à jouer au trictrac. D'après Corvisart , quelques cœurs indurés feraient entendre, au moment où on les incise , un bruit de crépitation. Laennec n'a jamais rien entendu de semblable à ce bruit , et je ne l'ai pas non plus remarqué.
On a vu quelquefois un même cœur être ramolli en certains points, et considérablement induré en d'autres points. Ces deux altérations peuvent même exister simultanément dans les parois d'un même ventricule.
§. lï. Ramollissement.
Il peut exister, soit seulement dans la membrane interne du cœur, soit dans son tissu charnu.
Le ramollissement de la membrane interne peut être général ou partiel; la membrane ramollie se réduit en pulpe par le plus léger grattage ; en même temps elle est tantôt pâle et tantôt rouge.
Le*ramollissement du tissu charnu constitue , à proprement parler, le ramollissement du cœur. Cet organe est alors remarquable par sa grande lîaccidité ; on le
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dechîre avec la plus grande facilité, et il est parfois tellement friable , qu'en pressant assez légèrement ses parois avec le doigt, on les perfore, et on pénètre dans l'intérieur du cœur.
Le ramollissement du cœur peut se présenter avec plusieurs espèces de colorations de son tissu. Ainsi assez souvent le cœur ramolli oflfre une teinte d'un rouge violet; d'autres fois il est très-pâle; d'autres fois , enGn , il a une teinte jaunâtre que Laennec compare k la teinte des feuilles mortes les plus pâles. On a dit qu'il n'était pas rare d'observer la première de ces teintes avec ramollissement dans les cas de fièvres graves; je crois avoir confirmé par mes propres observations cette assertion de Laennec ; cependant j'aurais besoin de nouveaux faits pour en garantir l'exactitude. La seconde teinte s'accompagne moins souvent que la première et que la troisième d'un ramollissement très-considérable; une fois, cependant, je l'ai vue extrêmement prononcée dans un cœur tellement ramolli , qu'en pressant légèrement ses parois, je les perforai; ce cœur était aussi pâle que l'est un morceau de fibrine entièrement séparé de la matière colorante du sang. Laennec a souvent observé le ramollissement blanc du cœnr dans les cas de péricardite ; mais dans les cas qu'il rapporte il y avait plutôt grande flaccidité du cœur que véritable ramollissement.
Le ramollissement du cœur peut être général ou partiel. Ainsi on l'a vu borné aux parois d'une seule cavité, à la cloison interventriculaire , à quelques points épars disséminés au milieu de la substance du cœur. Ces points ramollis se reconnaissent souvent,
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avant qu'on les ait touchés , à leur coloration particulière. On peut ne trouver aucune trace de ramollissement aux surfaces interne et externe du cœur ; mais vient -on à en inciser la substance, on trouve des points ramollis dans son épaisseur même.
Le ramollissement du cœur coïncide parfois avec utn état d'hypertrophie de ses parois, ou de dilatation de ses cavités.
Suivant Laennec , l'on peut s'attendre à trouver le cœur ramolli , quand chez un malade attaqué de dilatation avec ou sans hypertrophie , H y a eu de longues et fréquentes attaques d'étouffement; quand î! y a eu une agonie très-lente , de plusieurs semâmes, par exemple, et quand la teinte violette de la face, des extrémités et des autres points de la surface du corps , a annoncé, îong-temps avant la mort, la stase du sang dans le système capillaire. Il est possible qu'à la suite] de cet ensemble de symptômes on ait trouvé le cœur ramolli; mais ce que je puis affirmer, c^esl que bien souvent ces accidens se présentent et se succèdent dans l'ordre qui vient d'être indiqué , sans que cependant l'on trouve après la mort aucune trace de ramollissement dans le cœur. Du reste ^ le ramollissement que l'on trouve en pareil cas ne serait que partiel, et n^existerait, d'après Laennec, que par endroits dans la substance du cœur. II est porté à le regarder ccmme une affection aiguë.
Je crois encore qu'il faut attendre de nouveaux faits pour admettre comme démontrée une autre assertion de Laennec, d'où il résulterait que le ramollissement jaunâtre du cœur, lorsqu'il est général , est ordinairement accompagné d'un certain degré de cachexie.
Eii pareil cas, dil-il , « le teint est pale et jaunâtre, Ja peau flétrie; et lors même que les malades sont attaqués de dilatation ou d'hypertrophie , comme il arrive presque toujours, ils ne présentent point le gonflement et la lividité de la face, que l'on regarde comme un des signes généraux les plus constans des maladies du cœur. Leurs lèvres sont rarement violettes , et plus rarement encore gonflées ; presque toujours elles sont au contraire décolorées. »
Le ramollissement du cœur peut être, comme celui des autres organes, le résultat d'un travail d'irritation dont l'influence s'est bornée à dévier de son type normal la nutrition du cœur. Une fois cette déviation opérée, toutes les altérations possibles peuvent se produire : nous retrouvons sans cesse à faire l'application de ce principe; mais, dans le cœur, comme partout ailleurs, le ramollissement, pas plus qu'aucune autre lésion , ne suppose l'existence nécessaire d'une irritation antécédente. Qu'y a-t-il de commun entre cette irritation , d'une part, et, d'autre part, l'augmentation ou la diminution de consistance des fibres du cœur? Comparez les muscles d'un individu qui meurt en quelques heures d'une attaque d'apoplexie avec les muscles d'un phthisique : quelle difl'érence de densité ! cette différence , est-ce l'irritation qui la cause? mais ce n'est pas seulement dans les maladies chroniques que les muscles perdent ainsi leur consistance : après beaucoup de maladies aiguës, où il y a eu modification de l'innervation et peut-être de f hématose, on trouve les muscles mous, friables, comme l'est souvent aussi le cœur en pareille circonstance.
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Ainsi , dans l'état actuel de la science, les espèces suivantes de ramollisseuient du cœur peuvent être admises relativement aux circonstances qui le précèdent ou qui l'accompagnent, et qui concourent à le produire.
r^ Espèce, Ramollissement lié à l'hyperémie active du cœur.
IP Espèce, Ramollissement lié à l'anémie du cœur.
III'' Espèce, Ramollissement lié à ratrophie du cœur.
IV^ Espèce. Ramollissement lié à l'altération aiguë du mouvement nutritif général (cas des typhus.)
Y*" Espèce. Ramollissement lié à l'altération chronique du mouvement nutritif général (cas de beaucoup de maladies chroniques).
YP Espèce, Ramollissement qu'on ne peut encore rapporter ni à aucun état morbide local du cœur, ni à aucun état morbide du reste de l'économie.
§. III. Solutions de continuité.
Elles peuvent être incomplètes, d'où résultent les ulcérations; ou complètes, d'où résultent les perforations du cœur.
Les ulcérations du cœur sont une affection assez rare. On peut en reconnaître deux espèces, la première n'attaquant que la membrane interne du cœur, et la seconde s'étendant à son parenchyme. Les ulcérations de la seconde espèce peuvent être assez superficielles, ou s'étendre tellement en profondeur qu'il n'y ait plus qu'une couche musculaire mince qui en
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constitue le fond ; pour peu qu'en pareil cas l'ulcération gagne encore , le tissu charnu du cœur se trouve tout-à-fait détruit ^ le fond de l'ulcération est formé par le péricarde. Enfin celui-ci peut se détruire à son tour , et une perforation du cœur en est le résultat. Cette perforation ne s'accomplit donc pas ici autrement que dans le tube digestif.
Mais dans le cœur, comme dans le tube digestif, les perforations peuvent avoir été précédées d'autres états morbides que d'une ulcération. Ainsi elles peuvent succéder à un ramollisse ment du cœur , soit partiel, soit général ; elles peuvent même survenir sans qu'on trouve, là où elles existent , aucune sorte de lésion appréciable. Y a-t-il eu en pareil cas ulcération , ramollissement? Il est bien clair qu'alors on ne peut admettre ces lésions que par hypothèse et dans le seul but d'assigner une cause à un phénomène.
On dit avoir constaté des perforations du cœur à la suite de chutes ou de violens efforts. Parmi les individus chez lesquels ont été trouvées ces perforations, il en est un certain nombre chez lesquels les accidens qui ont annoncé la rupture du cœur ont comcidé avec une très-forte émotion morale. Je crois que celle-ci ne peut guère la déterminer, que lorsqu'il y a déjà dans le cœur une lésion antécédente qui le dispose à se perforer.
La théorie conduirait à admettre que c'est dans les points du cœur où les parois sont les plus minces que le cœur doit le plus souvent se déchirer; par conséquent, on serait porté à penser que c'est vers sa pointe que les perforations doivent être les plus communes; et cependant c'est précisément le con-
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traire qui a été observé. La partie moyenne des parois du ventricule gauche est, de toutes les parties du cœur, celle où ont lieu le plus souvent les perforations. Ce n'est que très -rarement qu'on a vu le ventricule droit se perforer, et encore plus rarement les oreillettes.
Autour des perforations le cœur se présente avec des états variables. Ainsi il peut être : i". exempt de toute espèce d'altération appréciable; .îî°. ramolli dans une étendue plus ou moins grande autour de la perforation; 3^ hypertrophié avec ou sans ramollissement près de l'endroit où la perforation a eu lieu; 4". ulcéré en divers points de ses parois, ce dernier cas n'est pas très-rare ; alors, plus ou moins loin de la perforation, soit dans la paroi même où elle existe, soit dans d'autres parois , on trouve plusieurs points où les fibres musculaires sont interrompues dans leur continuité depuis l'intérieur du cœur jusqu'au péricarde , et celui-ci est en contact médiat ou immédiat avec le sang. En pareil cas , si l'individu eût vécu plus long-temps, son cœur eût été vraisemblablement le siège de perforations multiples. Il y a effectivement des cas dans lesquels sur un même cœur on a trouvé plusieurs perforations. J'ai fait voir à l'Académie Royale de Médecine un cœur dont la paroi postérieure du ventricule gauche présentait cinq perforations, sans ramollissement autour d'elles.
Une mort très-prompte est le résultat de la perforation du cœur , mais cette mort n'est pas due à l'abondance de l'hémorrhagie ; car celle-ci n'est pas très-considérable, arrêtée qu'elle est par le péricarde