I. HYPERTROPHIE DU TUBE DIGE3T1P
Cette hypertrophie peut exister simultanément dans les diverses tuniques de l'estomac, ou être bornée à quekjues-unes d'entre elles ; elle peut enfin n'avoir envahi dans la membrane muqueuse qu'un de ses éléinens anatomiques , comme, par exemple, les follicules. Dans ces différens cas , les parois gastro-intestinales présentent des aspects très-variés , et assez divers pour qu'on ait fait souvent de ces variétés d'aspects des variétés mêmes de maladies. Souvent aussi l'on a méconnu la véritable nature des altérations auxquelles donnait lieu l'hypertrophie d'une ou de plusieurs des tuniques de l'estomac ou des intestins ; l'on a regardé , par exemple , comme des tissus nouveaux , développés de toutes pièces au sein des parois gastro-intestinales , ces parois mêmes simplement hypertrophiées dans quelques-unes de leurs tuniques. Ainsi , l'on a appelé cancer un simple épaississement du tissu cellulaire sous-muqueux , etc. ; autant aurait valu donner ce nom à l'épaississement du tissu ccl-
d'aNATOMIE pathologique. :\j
lulaire qui entoure d'anciens ulcères cutanée , ou à l'induration qui, dans certaines maladies du poumon, frappe le tissu cellulaire interlobulaire.
Nous allons suivre successivement cette hypertrophie dans les différentes tuniques dont l'ensemble constitue les parois gastro-intestinales.
A. H)'pertro^hig de la membrane muqueuse.
L'hypertrophie réelle de la membrane muqueuse doit être distinguée de l'cpaîssissement qu'elle peut présenter dans le cas de simple hyperémie ; alors plus de sang que de coutume tient à stagner dans la muqueuse, qui se tuméfie; mais, dans ce cas, sa nutrition même ne s'est pas réellement accrue.
Lorsque la membrane muqueuse gastro-intestinale est réellement hypertrophiée , elle est en même temps plus dure , plus résistante que dans son état physiologique ; on peut l'enlever par vastes lambeaux , sans qu'elle se déchire, et au-dessous d'elle reste intact le tissu cellulaire qui la sépare de la tunique charnue.
L'hypertrophie de la membrane muqueuse soit de l'estomac, soit des intestins, peut être accompagnée de diverses nuances de coloration qu'il importe de noter. Ainsi cette hypertrophie peut exister, i°. avec conservation de la couleur normale de la muqueuse, ce qui est rare ; 2*. avec divers degrés de rougeur ; 0**. avec une teinte ardoisée ; 4". avec une teinte brune ou même noire.
Plus commune dans l'estooiac et dans le gros intestin que dans l'intestin grêle , rhy[)ertrophie de la
/|8 rr.ÉCTs
mcîiibrane mnqMcusc peut être, dans ces" difTérons points, gt^néraîe ou circonscrite. Ainsi . par'excniple , il n'est pas rare de trouver hvpertropliiée dans tonte son étendue la membrane muqueuse de l'estomac : tan'ôt , en s'épaississant , cetle membrane conserve un aspect lisse et uniforme; tantôt, inégalement hypertrophiée , elle présente une foule d'élevures que séparent des enfoncemens sinueux; elle semlde alors comme mamelonnée. Dans le gros intestin , l'hypertrophie générale de la muqueuse est quelquefois telle, que seule cette membrane vient à surpasser en épaisseur celle des autres tuniques réunies.
Lorsque l'hypertrophie de la membrane muqueuse n'occupe que des points isolés , lorsqu'en d'autres termes elle est partielle ou circonscrite, il en résulte, «n la surface interne de l'esiomac ou des intestins, des élevures , des saillies, des plaques, des tumeurs, de forme , de grandeur et de texture variables.
11 n'est pas très-rare de trouver à la surface interne de l'estomac des plaques irrégulières , s'élevant seulement d'une demî-ligne à deux lignes au-dessus du niveau du reste de la muqueuse, tantôt colorées comme elle, tantôt rouges, brunes ou grises, et tantôt enOn d'un blanc plus mat que le reste de la membrane; j'ai trouvé deux fois de ces plaques, qui avaient une teinte d'un blanc laiteux; elles peuvent être arrondies, ovalaires ou allongées. Si on les incise, et qu'on en examine la structure, on acquiert la conviction qu'elles ne sont constituées par autre chose que par la membrane muqueuse , qui est seulement hvpertropliiée là où elles existent. Ces plaques diflèrent , par leur nature , d'antres plaques qu'il n'est
d'anatomie pathologique. 49
pas rare de rencontrer vers la fin de l'intestin grêle , et qui sont dues à un état morbide des follicules. Au lieu de simples plaques , la membrane muqueuse peut s'hypertrophier , de telle sorte qu'à sa surface apparaissent diverses productions qui ont été désignées sous les noms d'excroissances, de végétations, de fungus , de polypes , de cancers, et qui ne sont autre chose que diverses formes d'hypertrophie de la muqueuse, ainsi qu'on peut s'en assurer par une dissection attentive. Le mot excroissance indique assez bien le résultat de celte espèce de travail, dans lequel on observe à la surface de la membrane muqueuse un véritable accroissement de ses divers élémens anatoxniques.
Les variétés d'aspect de ces hypertrophies partielles dépendent des différences que peuvent présenter ou leur texture ou leur forme.
Les diflférences de texture doivent surtout nous occuper ici. En se prolongeant au-dessus de sa surface , en végétant ^ la membrane muqueuse peut conserver sa consistance accoutumée, ou devenir beaucoup plus dure , ou enfin présenter plusieurs degrés de ramollissement : elle peut être pâle, ou offrir toutes les nuances possibles décoloration ; ne recevoir que peu de sang, ou être parcourue par de nombreux vaisseaux, par des veines, qui s'engorgent, se dilatent , ressemblent parfois à des varices, ou qui par leur entrelacement et la facilité avec laquelle le sang s'échappe de leur intérieur, représentent une sorte de tissu érectile. Suivant ces différences de texture, différens noms ont été imposés aux hypertrophies circonscrites de la muqueuse gastro-intestinale; on les
a appelées des végétations , des fongus , des polypes , des squirrhes , etc.
Plusieurs de ces noms ont aussi servi à désigner des variétés de forme de ces hypertrophies. Les unes , par exemple, ont partout une grandeur égale; elles sont tantôt globulaires, tantôt cylindroïdes, et tantôt ne sauraient être comparées à aucune figure géométrique. J'ai vu une fois un estomac dont la surface interne était garnie de nombreuses lames placées de champ, coupées perpendiculairement par Taxe longitudinal de Testomac , et uniquement constituées par un développement insolite de la membrane muqueuse. Ces lames avaient bien de deux à cinq lignes d'élévation au-dessus du niveau de la muqueuse ; elles pouvaient être assez exactement comparées aux lames qui, chez les ruminans, caractérisent celui de leur estomac qui a reçu le nom de feuillet. D'autres excroissances n'ont pas une grandeur égale dans toute \ leur étendue. Considérées à leur extrémité adhérente , elles doivent être distinguées en celles qui , au point où elles se continuent avec la muqueuse, présentent une base plus ©u moins large, et en celles qui, à ce même point, se continuent avec la muqueuse par une partie plus rétrécie , qu'on appelle un pédicule; ce pédicule peut ne contenir que quelques capillaires, ou livrer passage à des vaisseaux d'un calibre remarquable. Considérées à leur autre extrémité, les excroissances de la muqueuse présentent encore plus de variétés dans leur forme. Les unes se terminent en pointe , d'autres sont arrondies ; il en est qui, à leur extrémité libre, se renflent considérablement, et présentent une sorfe de plateau ou de chapiteau,
d'anatomie pathologique. 5i
qui rappelle la disposition d'un champignon ou d'une tête de chou-fleur.
On a observcj ces excroisances , avec toutes les variétés que je viens de signaler , dans toutes les parties du lube digestif, depuis le cardia jusqu'à l'anus. Dans l'estomac, elles doivent être distinguées en celles qui occupent, i". l'une des faces mêmes de cet organe ; 2^ son oriûce cardiaque ; 5*. son orifice pylorique. Elles sont beaucoup plus rares dans le duodénum et dans l'intestin grêle que dans l'estomac; cependant M. Billard a trouvé, sur un enfant naissant, vers le milieu de la seconde courbure du duodénum, une excroissance pédiculée , rouge et irrégulière comme ime fraise. Cette excroissance avait le volume d'un haricot ordinaire , et tenait solidement par son pédicule à la surface de la membrane muqueuse. Elle était remarquable par la grande quantité de sang qui la remplissait. Les excroissances redeviennent plus fréquentes, mais toujours moins qu'elles ne le sont dans l'estomac, vers le cœcum, le colon et le commencement du rectum; enfin, vers la partie inférieure de ce dernier intestin , elles se rencontrent plus communément que partout ailleurs; et ce qui est digne de remarque, c'est que, vers l'orifice anal , une cause spéciale , le virus syphilitique , leur donne souvent naissance.
Considérées sous le rapport de leur nombre , tantôt ces excroissances sont solitaires : on n'en trouve qu'une dans toute l'étendue du tube digestif *, tantôt elles sont multipliées, soit dans une même portion de ce tube, soit dans différens points. C'est ainsi que j'ai trouvé à la surface interne d'un estomac sept vé-
52 TRÉOIS
gcCalions dont chacune avait environ le volume d'une noix; elles étaient toutes semblables par leur texture et par leur forme; elles tenaient par une assez large base à la membrane muqueuse , dont elles étaient un simple développement. Parcourues par de nombreux vaisseaux, elles se terminaient en un large chapiteau à surface inégale, comme mamelonnée, et à bords fortement renversés. Six de ces excroissances occupaient le milieu de Testomac ; la septième était située près du pylore. Dans leurs intervalles, la membrane muqueuse n'était pas altérée d'une manière appréciable. M. Rullier a présenté à l'Académie royale de Médecine un estomac dont la surface présentait quatrevingts petites tumeurs, toutes arrondies, ayant chacune le volume d'une noisette , présentant un tissu dur, et manifestement développées aux dépens de la muqueuse ; chacune de ces tumeurs n'était autre chose qu'une fraction de la membrane muqueuse hypertrophiée et indurée. J'ai trouvé une fois le cœcum parsemé d'une vingtaine de petits corps coniques, d'un rouge violacé , ayant chacun à-peu-près le volume d'une petite fève. La dissection fit reconnaître que chacun de ces corps avait un tissu exactement analogue au tissu de la muqueuse dont il était un prolongement manifeste. Enfin , il n'est pas très-rare de rencontrer simultanément de ces développemens de b muqueuse, d'une part dans l'estomac, et de l'autre dans quelque partie de l'intestin , surtout vers sa portion iîéo-cœcale. Je pourrais, à celte occasion, rappeler le cas d'un homme mort à la Charité, et dont je ne vis que le cadavre. De la surface interne de l'estomac , vers le pylore, s'élevait une végétation volu-
D*ANATO.\ÎIE PATHOLOGIQUE. 53
mineuse, semblable à un champignon ; vers le point d'union du Jéjunum et de Tiléum existait une seconde végétation pareille à la précédente ; et , enfm , unpeu au-dessus du cœcum apparaissait une troisième excroissance, qui ressemblait aux deux autres, et par sa forme et par sa texture.
Au lieu de frapper sur toute la trame même de la membrane muqueuse gastro-intestinale , il peut arriver que l'hypertrophie existe seulement dans un plus ou moins grand nombre des villosites qui en couvrent la surface libre. On a vu quelquefois plusieurs de ces villosites beaucoup plus volumineuses, faire au-dessus de la muqueuse une saillie notable; elles différaient de cette membrane par leur couleur d'un blanc plus mat , et constituaient de petites tumeurs, dont un examen attentif découvrait facilement Torigine. Il est possible que plus d'une végétation de la membrane muqueuse gaslro-inteslinale soit due à une hypertrophie de quelques villosites.
Toutefois Ton a moins souvent constaté Thyperlrophie des villosites que celle des follicules ; le développement insolite de ces petits corps donne souvent lieu à la formation de tumeurs qui , par leur forme , leur disposition , leur structure, semblent s'éloigner tellement des follicules, qu'on pourrait facilement en méconnaître Forîgine. On ne les rapporte à une simple hypertrophie desfollicuIes,que lorsqu'on a suivi ceux-ci dans la série de transformations qu'ils éprouvent à mesure que s'accroissent et se développent les divers élémens anatomiques qui entrent dans leur composition.
Nous avons déjà vu que dans le tube digestif des enfans les follicules sont normalement plus apparens
54 rnÉcis
que chez l'adulte; il suit de là que, chez l'adulte ^ toutes les fois qu'on trouve la surface interne du tube digestif parsemée de follicules très-apparens, on doit regarder le développement de ces follicules comme un état morbide.
Les follicules du tube digestif peuvent être beaucoup plus apparens que de coutume, faire saillie au-dessus de la surface libre de la membrane muqueuse intestinale , sans être véritablement hypertrophiés ; c'est ce qui arrive dans le cas où, par suite d'une irritation aiguë ou chronique du tube digestif, les follicules qui le parsèment deviennent le siège d'une hyperémie active plus ou moins considérable; gorgés de sang , on les voit se tuméfier et constituer à la surface interne de l'intestin un nombre plus ou moins grand de petits boutons coniques présentant souvent un orifice central , qui a été pris plus d'une fois pour une ulcération. Ces boutons sont isolés là où les follicules le sont aussi ; ils sont confluens , et forment , par leur réunion , de larges plaques élevées au-dessus du niveau de la muqueuse , là où les follicules sont agminés. (Dothinentérite de M. Bretonneau. )
Par cela seul qu'une hyperémie , d'intensité et de durée variables, a affecté les follicules du tube digestif, leur nutrition a pu devenir plus active. Après que l'hyperémie a cessé , ils n'en continuent pas moins à augmenler de volume, ou bien ils restent avec le volume qu'ils avaient acquis pendant qu'ils étaient en conireslion. et ils sont alors véritablement hvperlrophiés. Dans ce cas , l'hypertrophie succède à une hyperémie qui a été évidente. Sur des cadavres d'individus qui , à une époque plus ou moins éloignée de
d'aNATOMIE l'ATHOtOGIQCE. <)l>
celle de leur mort, avaient eu tous les signes d'une irritation gastro-intestinale, j'ai observé ce remarquable développement des follicules : la surface interne de la muqueuse était parsemée de petits corps coniques, blanchâtres, assez durs, ayant la plupart un orifice central évident; entre eux^ la membrane muqueuse ne présentait aucune sorte d'altération appréciable. Chez quelques-uns de ces individus, il n'y avait eu depuis long-temps aucun trouble des fonctions digestives ; de telle sorte , que chez eux l'hypertrophie des follicules intestinaux n'avait entraîné aucun désordre fonctionnel; chez d'autres, avait fréquemment existé du dévoiement, qui se suspendait par intervalles, puis revenait avec la plus grande facilité; chez d'autres, enfin, avait existé une diarrhée constante; et cependant, chez ces individus, on ne trouvait, comme chez les premiers, qu'un développement insolite des follicules; mais, en môme temps qu'ils étaient hypertrophiés, cesfoliicules avaient aussi acquis une activité plus grande de sécrétion : de là la cause de cette diarrhée, soit intermittente, soit permanente.
Dans les cas que nous venons d'examiner, un état d'hyperémie aiguë des follicules a précédé leur hypertrophie; mais il peut aussi arriver que, sans aucun signe d'hyperémie antécédente , les follicules viennent insensiblement à s'hypertrophier, comme on voit souvent devenir également plus volumineux certains follicules cutanés, sans qu'ils ayent jamais été le siège d'aucune congestion sanguine appréciable. Dans ce cas, comme dans le précédent, tantôt il n'y a jamais eu de diarrhée ;. et tantôt elle s'est montrée , soit par
intervalles seulement, soit d'une manière contînae. L'hypertrophie d'un grand nombre de follicules peut être la seule altération qu'on rencontre dans le tube digeslif d'individus qui, pendant les six derniers mois ou la dernière année de leur existence, ont eu continuellement la diarrhée.
L'orifice des follicules hypertrophiés conserve souvent son diamètre naturel ; d'autres fois il s'agrandit; d'autres fois, enfin, il se rétrécit, tend à s'oblitérer, et s'obliîère en efî'et. L'agrandissement de l'oriûce est parfois assez considérable pour que l'ouverture extérieure du follicule devienne aussi large que son fond. Il serait alors facile de prendre pour une ulcération ce qui n'est qu'une dilatation extrême de l'orifice folliculaire. Dans d'antres circonstances , ai-je dit, à mesure que les parois du follicule s'hypertrophient et s'épaississent, son orifice devient plus étroit et s'efface. 11 en résulte que le liquide sécrété à son intérieur s'y accumule de plus en plus, et peu-à-peu se forment ainsi de volumineuses tumeurs ; on en trouve souvent de semblables dans les intestins des chevaux. J'en ai vu , dans l'estomac de ces animaux , qui égalaient le volume d'une oraniJ:e. La véritable nature de ces tumeurs échapperait facilement, si, dans le plus grand nombre des cas , on ne parvenait, à l'aide d'un examen attentif, à retrouver l'orifice du follicule dans lequel peut être alors enfoncé un stylet, et que, par une dilatation mécanique, on peut ensuite agrandir. Dans quelques cas, à la vérité, on ne peut pas retrouver cet orifice, qui paraît alors avoir été complet ement oblitéré.
En même temps que s'iiyperlrophie la portion de
d'aNATOMIE rAHlOtOGIQLE. D7
inuquGuse par laquelle sont constituées les parois d'un follicule mucipare , l'espèce de tissu cellulofibreux qui double ces parois, coQime il double le reste de la membrane muqueuse , non seulement s'hypertropbie et s'indure , mais encore il se transforme souvent en tissu fibreux, fibro-cartilagineux ou cartilagineux, qui entoure de toutes parts le follicule, et augmente considérablement l'épai-seur de ses parois. Ces tumeurs sont beaucoup plus rares cbez l'iiomme qu'elles ne le sont chez le cheval; M. Dupuy en atrouvé de pareilles sur des chiens, sur des moutons et sur des porcs.
L'hypertrophie des follicules ne se montre pas avec une égale fréquence dans tous les points du tube digestif. Ainsi on la trouve plus souvent dans la partie inférieure de l'intestin grêle que partout ailleurs. Dans l'estomac, elle est très-rare. M. Billard a vu cependant chez un enfant de dix mois la surface muqueuse gastrique parsemée , dans toute son étendue , d'un nombre prodigieux de granulatioas blanches, grosses comme un grain de millet. 11 y en avait de semblables
dans tout l'intestin. Etait-ce des follicules?
Il faudrait se garder de confondre avec des follicules hypertrophiés de petits corps blanchâtres que l'on trouve quelquefois épars à la surface interne de l'intestin , qui, au premier abord, ressemblent beaucoup à des follicules. Ce ne sont autre chose que des rudimens de valvules conniventes, situés sur ces valvules mêmes ou dans leurs intervalles; on pourrait aussi quelquefois prendre pour des follicules des touffes de villos'tés, qui sont d'un blanc plus mat que celles qui les entourent.
B. Hypertrophie des tissus subjacens à ta membrane
muqueuse.
Cette hypertrophie peut atteindre, \\ le tissu cellulaire interposé entre les diverses tuniques des parois gastro-intestinales; 2°. la tunique musculaire.
On a long- temps décrit sous le nom de squirrhe de f estomac ou des intestins un état dans lequel on ne découvre autre chose qu'une augmentation d'épaisseur et de densité de la membrane celluleuse qui , dans l'état normal, sépare la membrane muqueuse de la tunique charnue. On peut s'en assurer en suivant dans tous ses degrés l'hypertrophie de cette sorte de tissu cellulaire. D'abord dans beaucoup de cas de diarrhées chroniques , où la membrane muqueuse du gros intestin a subi diverses espèces d'altérations, on trouve souvent le tissu cellulaire, qui la double, beaucoup plus apparent que de coutume; il a parfois, en pareil cas, plusieurs lignes d'épaisseur; à lui seul il surpasse celle de toutes les autres tuniques réunies: il est dur, d'un blanc nacré, aucun vaisseau sanguin ne s'y distribue; tantôt on y aperçoit des fibres ou des lames qui ont un arrangement plus ou moins régulier; tantôt on n'y trouve plus qu'une texture homogène, assez semblable à celle d'un cartilage imparfait. Tant que cette couche cellulaire a peu d'épaisseur , on ne la regarde encore tout simplement que comme du tissu cellulaire induré , semblable à celui qui avoisine d'anciens ulcères de la peau , ou qui se dessine entre les lobules pulmonaires , dans certains cas d'affections chroniques de l'appareil respiratoire. Souvent, depuis
•^ d'anatomie pathologiql'K. 59
le commencement du colon jusqu'au rectum, est interposée entre les tuniques muqueuse et charnue une couche blanche d'une demi-ligne à deux lignes d'épaisseur. On ne regarde encore cette altération que comme une induration du tissu cellulaire sous-muqueux.
Mais Cette hypertrophie est-elle plus considérable? est-elle en même temps plus circonscrite? vient-elle enfin à former en un point du tube digestif une véritable tumeur qui soulève la membrane muqueuse? On n'appelle plus cette altération du lissu cellulaire, ni une induration, ni une hypertrophie; c'est un squirrhe. Cependant , dans ce dernier cas , c'est la même altération que dans les cas précédens; la tunique celluleuse s'est épaissie comme 10 en un point circonscrit, au lieu de s'épaissir comme 2 dans une grande étendue ; voilà toute la différence. Dans la couche blanchâtre qui double la membrane muqueuse du gros intestin , comme dans la tumeur volumineuse qui obstrue le cardia ou le pylore, on retrouve même disposition, même texture, mêmes élémens anatomiques: que l'on donne donc, si l'on veut, le nom de squirrhe à une semblable tumeur, pourvu que l'on s'entende sur la valeur de ce mot ; pourvu que l'on reconnaisse que ce squirrhe n'est point en pareil cas un tissu nouveau , sans analogue dans l'état sain , formé de toutes pièces , comme un entozoaire , au milieu des parois de l'estomac ou des intestins; mais que ce squirrhe est tout simplement le résultat d'une hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux, hypertrophie qui peut rester la seule lésion , ou se compliquer plus tard d'autres altérations de nutrition ou de sécrétion. Souvent, en effet, dans ce tissu cellulaire
6o PRÉCIS
hypertrophié, une nouvelle struclure se développe, de nombreux vaisseaux se dessinent ; il se divise en lobes, ou se creuse de loges ou d*aréoles; enfin diverses sécrétions morbides s'y opèrent.
Lorsqu'on examine des parois d'eslomac ou d'intestin dont le tissu cellulaire sous-muqueux est frappé d'hypertrophie, on observe souvent que l'hypertrophie n'est point bornée à ce tissu cellulaire : dans l'épaisseur de la tunique charnue apparaissent des lignesblanches, de véritables cloisons d'aspect cellulofibreux, qui, interposées d'espace en espace entre les faisceaux musculaires, les isolent les uns des autres, et font paraître la membrane charnue comme lobulée. Ces cloisons se continuent , d'une part , avec le tissu cellulaire sous-muqueux, et, d'autre part, avec une autre couche celluleuse, qui est interposée entre la tunique musculaire et le péritoine; elles ne sont manifestement autre chose que des portions hypertrophiées du tissu cellulaire intermusculaire. Mais celte hypertrophie peut devenir plus considérable : au lieu de, simples lignes ou de lames mîjuces, il peut arriver qu'on trouve éparses au sein delà tunique charnue des masses blanches et dures, plus ou moins considérables , qui ne sont encore que ce môme tissu cellulaire hypertrophié ; ces masses augmentent à leur tour, et finissent par occuper plus de place que la tunique charnue, qui devient de moins en moins évidente ; il arrive un moment où c'est tout au plus si , au milieu de masses énormes de tissu cellulaire induré, on aperçoit de loin en loin quelques fibres musculaires éparses, et qui sont on quelque sorte cernées de tous cotes par ce tissu cellulaire ; ènCn toute apparence de
d'ânatomie pathologique. 6l
musck disparaît, et entre le péritoine et la muqueuse on ne découvre plus autre chose qu'un amas de tissu cellulaire, soit simplement hypertrophié et induré, soit devenu consécutivement le siège d'altérations variées.
L'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux ne se développe dans le plus grand nombre des cas qu'à la suite d'un état d'irritation chronique de ïa membrane muqueuse, bien qu'aucune des variétés nombreuses de cette irritation n'en entraîne nécessairement la formation. Il peut arriver toutefois qu'on ne trouve aucune lésion appréciable dans la membrane muqueuse , soit parce qu'effectivement cette lésion n'existe plus depuis long-temps, soit même, dans quelques cas, parce qu'elle n'a jamais existé. D'autres fois, on trouve la membrane muqueuse, soit simplement hyperémiée, soit indurée ou ramollie; d'autres fois, enfin, elle est ulcérée. H y a même des cas où, dans toute la partie correspondante à la portion hypertrophiée du tissu cellulaire, on ne rencontre plus aucune trace de membrane muqueuse.
L'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux été observée dans tous les points de la portion sousdiaphragmatique du tube digestif. Etudions-la d'abord dans l'estomac.
Il est des cas où, dans toute l'étendue de cet organe, le tissu cellulaire sous-muqueux présente un épaississement notable. Alors en touchant les parois de l'estomac, on est frappé de leur dureté; elles ne s'affaissen t pas , comme dans l'état physiologique ; elle$ offrent à l'incision une résistance assez grande pour
crîer sons le scalpel. En dehors de la couche celluleuse hypertrophiée , tanlot on trouve la tunique musculaire soit dans son état naturel, soit divisée en lobules par des intersections fibro-celluieuses , soit hypertrophiée , soit au contraire atrophiée à tel point qu'on n'en retrouve plus de traces; entre la tunique muqueuse et le péritoine on ne rencontre plus autre chose qu'une masse de tissu cellulaire hiduré. Alors la cavité de l'estomac est ordinairement peu considérable. Il est, au contraire, d'autres cas où l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux n'occupe qu'un point circonscrit de l'estomac; tantôt c'est l'une ou l'autre de ses faces , tantôt c'est un de ses oriQces. Des différens points de l'estomac , celui dont le tissu cellulaire s'hypertrophie le plus souvent, c'est sans contredit son extrémité pyloiique, ainsi que Je pylore lui-même proprement dit. Pour peu qu'on se soit livré à des recherches d'anatomie pathologique , on a rencontré de ces cas, où, dans une étendue de deux ou trois travers de doigts en deçà du pylore , exi^te une tumeur, qui tantôt n'est appréciable qu'à l'intérieur de l'estomac , et tantôt , saillante extérieurement, peut être reconnue à travers les parois abdominales; cette tuineur est le résultat d'une hypertrophie du tissu cellulaire. Diverses lésions peuvent coïncider avec cette hypertrophie ; elles modifient la nature de la tumeur, mais elles n'en déterminent ni la forme ni le volume. Insensiblement , en se rapprochant de la portion splénique de l'estomac, on voit le tissu cellulaire diminuer peu -à- peu d'épaisseur et reprendre par degré son aspect normal. Quelquefois l'hypertro-
D ANATOMIE PATHOLOniOCE. 6T}
phie est exactement bornée à l'anneau pylorique ; endeçà et au-delà, on n'aperçoit rien de morbide dans le tissu cellulaire sous-muqueux. Dans ces divers cas , l'orifice diiodénal de l'estomac peut se présenter avec trois conditions diflerentes : l^ cet orifice peut avoir conservé son diamètre accoutnmé; 2°. il peut être rétréci; 5°. enfin, il peut être dilaté.
Lorsque la première de ces conditions existe, Testomac ne change ni de forme, ni de volume; les matières qui y sont ingérées ne s'accumulent pas dans son intérieur, et pendant la vie le vomissement peut ne pas avoir lieu , bien que le pylore ou les parties voisines soient le siège d'une tumeur appréciable à travers les parois- abdominales.
Lorque la seconde condition a lieu , on observe un phénomène fort remarquable : les matières solides ou liquides, introduites dans l'estomac, ne pouvant plus franchir que très-difficilement le pylore, s'accumulent dans cet organe, qui, distendu déplus en plus, finit par acquérir un volume énorme. J'ai cité ailleurs, avec détail (^Clinique médicale), des cas de ce genre ; l'estomac avait acquis de telles dimensions, qu'il couvrait tout le paquet intestinal, et que sa grande courbure touchait les os pubis. Une aussi grande au£;mentation de volume est assez rare ; mais assez souvent l'on trouve des estomacs qui , par suite du rétrécissement de leur orifice duodénal, descendent jusqu'au niveau de l'ombilic. Tantôt, en pareil cas, les parois de l'estomac sont considérablement amincies ; tantôt elles présentent leur épaisseur accoutumée , et dans ce cas même il faut encore c\dmettre une hypertrophie de ces parois, puisqu'elles
offrent une beaucoup plus grande surface , sans que leur épaisseur soit, diminuée.
Quand l'estomac est ainsi dilaté , il peut garder pendant plusieurs jours les substances qu'on y introduit: elles le remplissent comme un sac inerte; et quand on vient à imprimer une secousse brusque au tronc du malade , on produit dans la partie supérieure de l'abdomen un gargouillement très-prononcé. Il arrive une époque où, distendu outre mesure, l'estomac se vide , comme par regorgement , des matières qui y sont accumulées ; de là ces vomissemens , remarquables par leur extrême abondance, qui surviennent de temps en temps , tous les huit ou dix jours, par exemple^ chez les individus atteints de la maladie qui nous occupe.
Lorsqu'eniin existe la troisième condition , ou celle dans laquelle il y a en même temps hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux de la portion pylorique de Testomac, et agrandissement contre nature de l'orilice duodénal, le reste de l'estomac peut conserver son volume ordinaire ; mais le contraire peut aussi avoir lieu ; et, plus d'une fois , on a vu coïncider un état de dilatation du pylore avec une notable augmentation de la capacité de l'estomac, égale à celle qu'il est susceptible d'acquérif , dans le cas de tendance à l'oblitération de r(jrifice duodénal. Cet orifice se dilate alors avec le reste de l'estomac, en même temps que ses parois s'hypertrophient , de même qu'une aniplialion considérable de la cavité du cœur ou de l'aorte est le plus souvent accompagi)ée d'un accroissement d'épaisseur de leurs parois.
Je ne sache pas d'exemple dans lequel on ait vu
d'axato-mie pathologique. 65
îsalément hypertrophié le lissu cellulaire «oiis-muqueux du grand cul-de-sac de l'estomac; raais on a vu cette hypertrophie régner, sans lésion du reste de 1 organe, au pourtour de l'orifice œsophagien du ventricule. Pour peu qu'il soit considérable , il en résulte un rétrécissement du cardia, qui empêche le bol alimentaire d'arriver librement dans la cavité de l'estomac. Cette hypertrophie peut être bornée au seul pourtour du cardia , ou s'étendre à la partie inférieure de l'œsophage.
L'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueiix de l'intestin grêle est beaucoup plus rare que l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux de l'estomac. Lorsqu'on l'y rencontre, on ne l'y trouve le plus souvent que dans une petite étendue, où elle constitue une tumeur qui tantôt est bornée à un des côtés de l'intestin, et tantôt en occupe tout le pourtour. Dans le premier de ces cas, mais surtout dans le second, la cavité de l'intestin se trouve plus ou moins notablement rétrécie , et le passage des matières devient difficile. Souvent alors, bien que la lésion soit constante, on observe une remarquable intermittence dans les symptômes qui annoncent l'existence d'un obstacle au cours des matières. Après plusieurs mois d'une constipation opiniâtre, pendant lesquels se sont manifestés, à plusieurs reprises, tous les accidens d'un étranglement interne avec vive douleur en un point de l'abdomen , il arrive parfois que tous ces symptômes disparaissent, et que les selles redeviennent libres. De nouveau, cependant, les accidens reviennent , ils sont chaque fois plus graves ; et c'est au milieu de ces retours d'accidcns IL 5
qu'on voit souvent les individus succomber. On ne peut expliquer ces singulières intermittences qu'en admettant que la tumeur, constituée par l'hypertrophie du tissu cellulaire , ne fait que diminuer le calibre de l'intestin , sans en oblitérer entièrement la cavité, et que cette oblitération est le produit de la;, tuméfaction momentanée de la portion de muqueuse qui recouvre le tissu cellulaire hypertrophié.
Le tissu cellulaire sous-muqueux du gros intestin est plus souvent frappé d'hypertrophie que celui de l'intestin grêle; là, comme dans l'estomac, cette hypertrophie peut être générale, ou bornée à quelque point. Il en résulte les mêmes effets que dans l'intestin grêle. L'obstacle au cours des matières par hypertrophie circonscrite du tissu cellulaire sous-muqueux a été plus fréquemment observée dans les colons ascendant et descendant que dans le transverse: on l'a observé plus souvent encore dans la partie inférieure du rectum. Cette dernière partie est même, après l'estomac , celle où se développe le plus communément l'espèce de lésion qui nous occupe. Il en résulte une des variétés de l'altération complexe qu'on a désignée sous le nom de cancer du rectum,
11 est des cas où l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux existe à un haut degré au pourtour de l'anus. Alors se montre en dehors et autour de cet oriÇce un bouri'elet plus ou moins épais, qui fait saillie, comme un paquet hémorrhoïdal , avec lequel il a la plus grande ressemblance. Au lieu d'un bourrelet circulaire , existent parfois autour de l'anus quelques lumeurs isolées qui ressemblent également à des hémorrhoïdes. En disséquant ce bour-
d'anatomie pathologique. 67
relt't et ces tumeurs, on les trouve constitués de dehors en dedans, i**. par la membrane muqueuse plus ou moins injectée ; s*", par le tissu cellulaire sous-muqueux considérablement épaissi , et formant tumeur. Plus tard, ce tissu cellulaire peut s'indurer de plus en plus, ou se ramollir, suppurer, s'ulcérer, etc., ainsi que la muqueuse elle-même, d'où résultent diverses espèces d'altérations désignées sous le terme générique de cancer. En ouvrant récemment le cadavre d'un individu dont l'anus était ainsi entouré de tumeurs d'aspect hémorrhoïdal, et qui n'étaient constiluées par autre chose que par des masses cellulaires hypertrophiées, j'ai trouvé toute la surface interne du rectum parsemée de tumeurs semblables à celles qui entouraient l'anus. Ces tumeurs rappelaient par leur aspect ces gros tubercules de la peau qui caractérisent une des variétés de i'éléphantiasis. Elles formaient, à la surface libre de l'intestin, des corps globuleux d'un rouge livide. Comme les tumeurs de l'anus , elles étaient constiluées par le tissu cellulaire sous-muqueux considérablement épaissi ; au-dessous de lui on retrouvait intacte la membrane musculaire, et au-dessus existait la membrane 'muqueuse rouge et un peu tuméfiée. Des vaisseaux d'un assez gros volume s'élevaient perpendiculairement de la membrane musculaire, traversaient la masse celluleuse , et venaient s'épanouir dans la miiqueuse. L'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux ne se montre pas avec une égale fréquence à tous les âges ; elle est très-rare dans l'enfance : cependant chez un enfant d'un an environ , j'ai trouvé en un point de l'intestin grêle une tumeur grosse comme
68 PBÎeis
une noisette, qui était constitué'e par ce tissa ceHulaire hypertrophié; elle était recouverte par la membrane muqueuse non altérée.
M. Billard a rencontré un épaîssissement considérable du tissu celhilaire sous-muqueux chez un enfant de six fours. Cet enfant était venu au monde dans un état de marasme fort avancé. Il avait une diarrhée abondante et un léger ictère. Les parois de la fin de l'iléum et du colon étaient très-épaissies ; cet épaîssissement était entièrement dû à l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux, qui avait en même temps un aspect blanchâtre et comme nacré. La membrane muqueuse était aussi un peu épaisse^ trèsrouffe , et surtout très-friable.
Plusieurs fois ^ chez des enfans de quatre à douze ans, atteints de diarrhées chroniques, j'ai également constaté l'hypertrophie de ce tissu cellulaire dans la totalité du gros intestin. Depuis l'époque de la pu^ berté , jusque vers lage de trente-cinq ans, cette affection est très-rare. Cependant j'ai rencontré, à la Charité, chez un jeune homme de vingt-deux ans ^ une voluoaineuse tumeur, qui occupait la partie pylorique de l'estomac, et qui était constituée par une masse de tissu cellulaire frappé d'hypertrophie. Ce malade avait eu. pendant les trois années précédentes, tous les symptômes d'une affection organique de l'estomac. A dix -neuf ans, ses digestions avaient commencé à se déranger; il était fourmenté par des rapports acides; il avait un sentiment de pesanteur vers la région de l'estomac, dès qu'il avait pris des alimens. Il maigrissait de jour en jour; cependant il ne vomissait pas. A vingt-un ans, le malade commença à
D*Ai\ATOMIE PATHOLOGIQUE. 69
«prourer des nausées fréquentes; il se aiil à vomir de temps en temps ses alimens et ses boissons. Ces vomissemens devinrent de plus en plus fréquens. Cet individu entra à la Charité peu de mois seulement avant sa mort; alors il vomissait presque tous les jours, et une tumeur bien dessinée se faisait sentir à l'épigastre , à droite de l'appendice xiphoïde.
Après l'âge de trente-cinq ans il est beaucoup plus fréquent de voir l'irritation chronique de la membrane muqueuse du tube digestif, et de celle de Testomac en particulier , être suivie de l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux. Après soixante- cinq, ans , cette hypertrophie commence de nouveau à se montrer plus rarement ; et chez les vieillards qui meurent après avoir eu pendant long -temps des digestions pénibles, on trouve bien moins souvent une semblable hypertrophie qu'un ramollissement de la menibrane muqueuse et des tissus subjacens. Ainsi on peut établir en principe général que c'est de trente-^ cinq à soixante-cinq ans que la lésion qui nous occupe se forme le plus souvent ; on en a toutefois recueilli des exemples jusque dans un âge très-avancé, et je pourrais rapporter ici le cas d'un vieillard de soixante-dix-neuf ans, mort à la Charité , chez lequel fut trouvée, dans toute la portion pylorique de l'estomac, une hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux, assez, considérable pour qu'il en résultât une tumeur qui faisait saillie dans la cavité de l'organe. La membrane muqueuse, située au-dessus d'elle, était exempte de toute altération appréciable.
En même temp5 que le tissu cellulaire présente» l'état d'hypertrophie que nous venons d'étudier> la*
membrane musculaire, avons-nous dit, devient sou» vent moins apparente, et il est des cas même où l'oa n*en retrouve plus de traces. Mais un cas tout contraire peut avoir lieu, et l'augmentation d'épaisseur des couches celluleuses de l'estomac coïncide parfois avec un notable état d'hypertrophie de cette même membrane musculaire. Alors en incisant par une coupe nette les parois épaissies de l'estomac, on trouve, en procédant de dedans en dehors, i**. la membrane muqueuse, tantôt saine, tantôt altérée -de diverses manières; 2". immédiatement au-dessous d'elle, une couche d'un blanc laiteux, dont l'épaisseur varie depuis moins d'une ligne jusqu'à plusieurs pouces ; c'est le tissu cellulaire sous-muqueux, 5". au-dessous de celte couche en apparaît une autre , qui s'en distingue par sa couleur bleuâtre; elle est demi-transparente, et a une sorte de brillant qui la caractérise ; elle est traversée par des hgnes d'une couleur et d'un aspect semblables à la couleur et à l'aspect de la couche précédente ; c'est manifestement la tunique musculaire hypertrophiée; 4*- enfin, plus en dehors, peut se montrer une seconde couche d'un blanc mat, d'une texture homogène , semblable à la couche située immédiatement au-dessous de la muqueuse ; c'est efTectivement le tissu cellulaire sous-péritonéal , qui s'est épaissi et induré comme le tissu cellulaire sous-muqueux. Ainsi, dans ce cas, l'hypertrophie de la tunique musculaire coincide avec l'épaississement des couches celluleuses qui entrent dans la composition des parois gastro-intestinales. Mais, d'autres fois, le tissu cellulaire reste intact , et la tunique musculaire est seule hypertrophiée ; elle peut l'ctrc assez pour doaucr
lieu à un ëpaississement notable des parois de l'estomac ou des intestins. C'est surtout dans la portion pylorique de l'estomac qu'a été observée celte sorte d'hypertrophie ; c'est aussi là un des points où , dans l'état normal , la tunique charnue du tube digestif a le plus d'épaisseur et où son action est la plus remarquable : si , en effet , l'on ouvre l'abdomen d'un animal vivant, l'on observe que le quart droit de l'estomac , le pylore et le commencement du duodénum, sont continuellement animés d'un mouvement de contraction qui, de l'estomac, se propage vers le duodénum, et du duodénum revient à l'estomac. Ce mouvement est plus prononcé pendant le travail de la chymification , d'où il suit que tout ce qui tend à exciter la membrane muqueuse doit tendre* à augmenter l'action des fibres musculaires de la portion pylorique, et par conséquent doit tendre aussi à en produire l'hypertrophie. Le docteur René Prus (i) a remarqué que les vomissemens fréquens que présentent certains individus atteints d'une irritation chronique de la membrane muqueuse gastrique peuvent être chez eux une cause puissante de l'hypertrophie de la tunique charnue de l'estomac.
Les lésions que nous venons de signaler sont celles qui ont été long-temps décrites , et qui le sont encore tous les jours sous le nom de squlrrhe de [estomac. On peut voir maintenant en quoi consiste ce squirrhe : il n'est constitué, dans un grand nombre de cas , que par une simple hypertrophie d'une ou de plusieurs des couches sous-moqueuses de l'estomac ,
(») Recherdics sttr In i^ainM <ii te traltcnn^d du cancer de i'&i!omac ; j'is:
iiyperlrophie qui eiilraîiie une modification eoiistanle dans la consistance et dans Ja couleur de ces couches, et qui, de plus, est fréquemment accompagnée de diverses altérations de sécrétion que nous signalerons plus bxis.
Nous venons d*examiner la part que chacune des tuniques du tube digestif prend à l'hypertrophie de ses parois; mais nous ne sommes pas arrivés, si Ton peut ainsi dire , au dernier terme de l'analyse ; il faut encore que nous recherchions si cette hypertrophie ne peut pas encore porter d'une manière plus ou moins isolée, i*. surles vaisseaux sanguins qui rampent dans l'épaisseur des parois du tube digestif; 2**; sur son appareil lymphatique; 3". sur ses nerfs.
llieu' de plus commun que de trouver dilatés un certain nombre de vaisseaux , soit dans l'estomac , soit dans les intestins; mais cette dilatation n'est pas une hypertrophie : quelquefois, cependant, on a trouvé }es parois de ces vaisseaux hypertrophiées de la marnièrelaplusévidente ; ainsi, dans deux cas d'afï'ections chroniques de l'estomac, j'ai constaté un notable épaississement dans les parois de deux veines qui rampaient , gorgées de sang , au-dessous de la muqueuse^
Quant à l'hypertrophie de la portion d'appareil lymphatique, qui emporte du tube digestif le chyle ou la lymphe, elle est connue depuis long-temps. Qu'est-ce eflectivement autre chose qu'une hypertrophie, que cette notable augmentation de volume , avec rougeur ou pâleur de leur tissu , que présentent les ganglions mésentériques, dans la plupart des cas> où la membrane muqueuse intestinale est le siège d'une irrita-, liuu plus ou moins prolongée? Sans doute, dansjçs
d'^anatomie pâïholochqce. r3
premiers temps de cette irritation, le gonflement des ganglions mésentériques dépend tout simplement d'une congestion sanguine , et il n'y a pas encore hypertrophie; mais, plus tard, elle survient, soit que d'ailleurs l'irritation intestinale persiste ou se dissipe. Souvent l'hypertrophie de ces ganglions reste comme une trace et un indice de l'irritation intestinale c[u't lui a donne naissance, et qui depuis long-temps a complètement cessé. Tai^itôt, en même temps qu'ils sont hypertrophiés, on trouve ces ganglions hyperémiés; tantôt, au contraire, ils sont pales et môme plus décolorés que dans leur état normal ; une aug-t mentation de volume, voilà tout ce qu'ils préseatent d'insolite^
. ., Les ganglions qui reçoivent les vaisseaux lymphartiques de l'estomçic s'iiypertrophient beaucoup plus rarement que les ganglions du mésentère ; on eu trouve cependant quelquefois d'assez volumineux, soit le long de la grande ou de la petite courbure» de l'estomac , soit autour du pylore.
J'ai souvent examiné avec soin: les cordons nerveux de la vie animale ou organique , qui se distribuent aux parois gastro-intestinales; Je n'ai jamais pu , jusqu'à présent, y découvrir la moindre altération. Cependant M. René Prus (i) a eu occasion d'observer -uu cas dans lequel un des cordons du pneumo-gastrique , près de sa terminaison à l'estomac , était frappé d'une hypertrophie manifeste. L'individu qui a préseifité ce cas était un homme, âgé de cinquante-deux 9ns, qui succomba à la suite d'une longue maladie de
(i) Oper. cit. , pag. 86^
l'estomac, pendant laquelle il offrit tous les symptômes d'une affection dite cancéreuse de cet organe. On trouva la membrane muqueuse peu altérée, le tissu cellulaire sous-muqueux d'un blanc mat, d'une consistance lardacée, considérablement épaissie, la membrane musculaire fortement hypertrophiée. Ces différentes altérations existaient dans une étendue transversale de trois pouces environ , elles occupaient le corp^ même de l'estomac ; le pylore et le cardia étaient intacts. Il en résultait une tumeur qui avait été reconnue pendant la vie. A cette tumeur aboutissait le cordon œsophagien droit du pneumo-gastrique. Ce cordon^ depuis le cardia jusqu'à la partie supérieure de la tumeur, doublait tout-à-coup de volume sans changer de couleur ni de consistance ; puis il s'enfonçait dans la tumeur , où il ne fut plus pos* sible de le suivre.
§. II. ATBOPHIE BU TTJBE DIGESTIF.
Cette atrophie peut avoir son siège, soit dans lensemble des couches qui composent les parois gastrointestinales , soit dans l'une de ces couches seulement!
L'atrophie de la membrane muqueuse présente deux degrés : dans un premier degré , cette atrophie est caractérisée par la diminution du volume des villosités; quelquefois même on ne peut plus en trouver de trace. Dans un second degré , la trame même de la membrane est singulièrement amincie; elle ne ressemble plus qu'à une toile fine, assez semblable à la membrane très-peu épaisse qui tapisse les sinus maxillaires. L'affaissement des villosités est taatôt générai
d'anato.mie pathologique. 75
et tantôt partiel. On ne les observe plus dans un certain nombre de points, tandis qu'elles existent bien développées dans l'intervalle de ces points. Cette absence partielle de villosités peut dépendre de deux causes, ou d'un simple état d'atrophie de la membrane muqueuse, ou d'ulcérations cicatrisées, dans lesquelles il n'y a encore de reproduit que la trame de la muqueuse.
L'atrophie de la membrane muqueuse s'observe assez souvent dans les cas de maladies chroniques ; elle peut coïncider > soit avec un état d'anémie, soit avec un état d'hyperémie , soit avec des ulcérations ou autres altérations de texture.
La membrane musculaire est aussi sujette à s'atrophier. Les plans charnus qui la constituent deviennent alors beaucoup moins apparens; leurs faisceaux sont séparés par des intervalles que remplit du tissu cellulaire; et parfois ce n'est qu'avec peine qu'on retrouve éparses çà et là quelques fibres charnues , mincesetpâles, etquisontàpeine distinctesdu tissu cellulaire au milieu duquel elles sont comme disséminées.
L'atrophie de la membrane musculaire peut coïncider avec une atrophie des autres membranes; mais elle peut aussi survenir en même temps , au contraire , que d'autres tissus s'hypertrophient; c'est ainsi que l'épaississement du tissu cellulaire sous-muqucux est fréquemment accompagné d'une disparition à-peuprès complète de la tunique charnue. Nous avons déjà parlé dans le paragraphe précédent de cette sorte de balancement de nutrition.
Enfin l'atrophie peut exister à-la-fois dans toutes les tuniques des parois gastro-intestinales j celles-ci sont
alors singulièrement amincies; elles ne semblent plus, constituées que par un^e trame séro-cellnleuse très-^, fine, transparente et incolore : extérieurement une membrane séreuse, intérieurement une couche lisse,, sans villosités , sans vaisseaux apparens , sans follicule , n'ayant plus d'une manière distincte les caractères des membranes, muqueuses , voilà tout ce qu'on observe.
La portion splénique de l'estomac est assez fréquemment le siège de cette espèce d'atrophie ; c'esë ensuite dans la partie inférieure de l'intestin grêle qu'on la retrouve le plus communément.
§..III. RAMOLLi^SEMEHT DU TIBE DIGESTIF.
Une des altérations les plus fréquentes que présen-. tent les parois du tube digestif, c'est la diminution de consistance d'une ou de plusieurs des tuniques qui entrent dans leur composition.
. De ces diverses tuniques , la muqueuse estcelle qui se ramollit le plus souvent ; elle peut avoir tellement perdu sa consistance , qu'à sa place on ne trouve plus, dans une étendue plus ou moins grande , qu'une pulpe liquide , sans que cependant la consistance des autres tuniques soit en aucune façon diminuée. D'autres fois toutes les membranes se ramollissent simultanément, et alors, sous l'influence de la traction la plus légère , on voit se déchirer avec la plus grande facilité les parois de l'estomac ou d'une partie quelconque des intestins.
Je vais décrire successivement T. le ramollisse-
n'ANATOMIE PATHOLOGîQtE. ^"J
ïnéîil isolé de la membrane muqueuse; 2". le ramollissement simultané de l'ensemble des tuniques.