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I. Du RamoUissemeni isolé de la membrane muqueuse

Nous avons déjà cherché, dans un précédent article, à apprécier les variétés de consistance que doit normalement présenter cette membrane dans ses différentes portions ; de ce que nous avons dit il suit que tel degré de consistance, qui est un état sain dans le colon , parexemple , devient, dans l'estomac ou dans le duodénum, un ramollissement morbide.

Le ramollissement de la membrane muqueuse digestive est surtout remarquable dans l'estomac; aussi estrce dans cet organe qu'il a été plus particulièrement étudié par les anatomistes modernes.

Lorsque la membrane muqueuse de l'estomac commence à se ramollir, il devient impossible de l'enlever par lambeaux. Elle se réduit en une substance pulpeuse entre les mors de la pince avec laquelle on cherche à la détacher ; exerce-t-on sur elle un léger grattage , on la transforme sur-le-champ en une sorte de bouillie. Toutefois, dans cet état, elle existe encore, sous forme de membrane, sur tous les points de l'estomac. Mais à mesure que son ramollissement augmente, il arrive ime époque où, avant qu'on ne l'ait touchée , on la trouve déjà réduite en une pulpe d'apparence inorganique , qui semble comme un mucus déposé à la surface interne de l'estomac. A une période encore plus avancée , cette pulpe ellemême ne se trouve plus uniformément répartie sur toute retendue* de la surface gastrique; en certains

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points elle manque, et à sa place on trouve à nu, avec ses qualités ordinaires, le tissu cellulaire sousmuqueux. Plus tard, enfin , on voit se multiplier les points où manque cette pulpe qui a remplacé la membrane muqueuse, ce n'est plus que çà et là qu'apparaissent sur une vas^e surface celluleuse quelques débris de la couche muqueuse; partout ailleurs on ne trouve plus que le tissu cellulaire sous-muqueux qui a conservé sa blancheur et sa densité accoutumées.

Ce ramollissement peut exister dans toute l'étendue de l'estomac, et il y a des cas où l'on a bien constaté que dans presque la totalité de cet organe la menibra!)e muqueuse, réduite en pulpe diffluente , avait " disparu. Du cardia au pylore la surfiice interne de l/estomac ne présentait plus â-peu-près partout que la couche cellulaire, qui se trouvait être ainsi immédiatement en contact avec les matières ingérées dans l'estomac.

Plus souvent le ramollissement de la muqueuse gastrique est partiel, et alors on l'observe le plus fréquemment vers la portion splénique de l'estomac. Le ramollissement de la membrane muqueuse de cette portion coiocide très-souvent avec un état de dilata-^ tion des veines qui rampent entre les tuniques du grand cul-de-sac de l'estomac ; ces veines s'aperçoivent en pareil cas à l'extérieur de l'organe, et leur présence a plus d'une fois annoncé qu'il y avait un ramollissement dans la membrane gastrique avant que l'estomac n'eût été incisé.

Quelquefois le ramollissement de la muqueuse gastrique est encore plus circonscrit; il n'existe que par plaques isolées; tantôt on ne trouve-qu'une ou doux

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de ces plaques ; tantôt il y en a un grand nombre , et entr'elles la membrane muqueuse reprend brusquement son état normal. M. Sestier, interne à l'hôpital des Enfans-Trouvés, m'a montré lestomac d'un jeune enfant dont la surface interne présentait une dixaine de petites plaques d'un rouge pâle , exactement arrondies, sans aucune élévation au-dessus du niveau du reste de la muqueuse. Chacune avait environ le diamètre d'une pièce de dix sous. Là où ces plaques existaient, la membrane muqueuse se réduisait, par le plus léger contact, en une sorte de pulpe difïluente , au-dessous de laquelle on trouvait intactes les autres membranes : entre ces plaques la membrane muqueuse était exempte de toute altération appréciable. J'ai vu d'autres cas où , au lieu d'être rouges, de semblables plaques étaient d'un blanc plus mat que le reste de la membrane; un peu moins élevées que le reste de la muqueuse, elles eussent été prises facilement pour des ulcérations. Ces ramollissemens circonscrits , ainsi bornés à la muqueuse , peuvent être l'origine d'un certain nombre d'ulcérations; étendus à toutes les tuniques de l'estomac , ils peuvent êti^e la cause de plusieurs perforations de cet organe.

Au lieu de ces ramollissemens circonscrits, disposés en plaques arrondies plus ou moins irrégulières, on observe parfois une autre forme de ramollissement, dans laquelle la membrane muqueuse présente un certain nombre de lignes, de stries , de bandes sinueuses, où la membrane a perdu sa consistance et est en même temps comme affaissée ; on voit alors à la surface interne de l'estomac des espèces de sillons

où l'on croirait d'abord que la membrane tiluqueiise est détruite , et où elle n'est que ramollie.

Le ramollissement de la membrane muquelise de l'estomac coïncide avec diverses nuances de coloration de cette membrane , qu'il importe de noter. Sous ce rapport , les cas suivans peuvent se présenter.

I". Cas. La membrane muqueuse ramollie à divers degrés peut présenter une couleur grisâtre tout-à-fait semblable à la couleur de 1 état normal. En pareil cas, si on^se contentait d^examiner la surface interne de l'estomac , sans porter le scalpel sur la membrane muqueuse, on pourrait regarder comme sain un estomac gravement malade.

lï*. Cas, La membrane muqueuse ramollie peut offrir une teinte plus pale que celle qui constitue son état physiologique. Cette teinte est souvent comme bleuâtre,

IIP. Cas, On la trouve parfois d'un blanc mat, comme laiteux.

1V% Cas. II peut enûn arriver qu'en même temps qu'elle est ramollie, la membrane muqueuse gastrique offre une teinte rouge ou brune, qui tantôt est uniformément répandue sur toute la portion ramollie, et qui tantôt n'existe sur cette portion que par points ou par taches.

Le ramollissement de la membrane muqueuse de l'estomac est une lésion qui peut se former, soit d'une manière aiguë , soit d'une manière chronique. L'ingestion de poisons irritans dans l'estomac en détermine souvent la production en quelques heures.

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et alors lé ramollissement est accompagné d'une forte injection de la muqueuse.

Dans beaucoup de maladies chroniques , et surtout dans celles du poumon , il arrive linë époque où les malades perdent l'appétit et ne peuvent plus que difficilement digérer ; du reste , ils n'ont ni nausées , ni vomissement, ni douleur épigastrique , ni changemont de l'aspect normal de la langue. La lésion qu'en pareille circonstance on rencontre le plus souvent dans l'estomac est un ramollissement de la membrane muqueuse, avec l'une des nuances de coloration signalées plus haut.

Quelquefois , au lieu de débuter d'une manière lente , et de n'être annoncé que par des symptômes peu tranchés , le ramollissement de la muqueuse gastrique s'opère d'une manière plus aiguë : une douleur épigastrique , des vomissemens , la rougeur de la langue en signalent l'existence; en pareil cas, on trouve le ramollissement accompagné d'une vive rongeur.

Le ramollissement de la membrane muqueuse de l'estomac m'a paru être tiiie affection commune chez les vieillards dont les digestions , au milieu d'une santé très-bonne jusqu'alors, commencent à se déranger. Leur appétit diminue , puis ils le perdent tout-àfait, et ils ont bientôt le dégoût le plus profond pour toute espèce d'aliment. Ils éprouvent à la région de l'estomac un sentiment habituel de gêne et de pesanteur, plutôt qu'une douleur véritable; leur langue , ordinairement naturelle ou couverte d'un enduit plus ou moins épais, rougit et se sèche de temps en temps : cet état peut persister pendant IL 6

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plusieurs mois, puis le pouls s'îiccélerc , un aninigrissemonl considérable a lien, les forces déclineiil rapidemenl, et les malades succombent sans que, jusqu'au dernier moment, aucun organe ait paru gravement affecté. A l'ouverture des cadavres, on ne trouve autre chose qu'un ramollissement plus ou moins considérable de la membrane muqueuse de l'estomac , avec ou sans injection de son tissu.

Nous venons de voir que chez beaucoup d'individus dont on trouve après la mort la membrane muqueuse gastrique ramollie à divers degrés, il n'y a eu pendant la vie aucune douleur à l'épigastre, ou bien les malades n'ont accusé autre chose vers cette région qu'une sorte d'embarras, une gêne ou une pesanteur. Quelques-uns, cependant, ont eu pendant long-temps une douleur très-vive à l'épigastre , et l'autopsie ne découvre pas dans leur estomac d'autre lésion que chez les autres malades. Voilà encore un cas où la diversité des symptômes n'est expliquée en aucune façon par la diversité môme des altérations.

Ce que je viens de dire sur le ramollissement de la membrane muqueuse de l'estomac s'applique exactement au ramollissement de la membrane muqueuse considérée dans le reste du tube digestif. Je ne reviendrai donc ici que sur ces cas assez fréquens dans lesquels, à la surface interne des intestins, et en particulier du cœcum et du colon, l'œil ne découvre aucune lésion appréciable. Cependant une diarrhée abondante a eu lieu pendant la vie, et au premier abord on admet que cette diarrhée a existé sans lésion de l'intestin. Mais portez le scalpel sur la membrane muqueuse; essayez de la détacher, et vous

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serez souvent frappé de son extrême mollesse ; elle ne consistera plus parfois qu'en une pulpe où aucune trace d'organisation ne pourra plus être découverte* Ainsi donc, dans un certain nombre de diarrhées chroniques, la seule altération que l'on trouve dans le tube digestif, c'est un ramollissement blanc de la membrane muqueuse de la fin de l'inleslin grêle ou du gros intestin.

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