‹ Précis d'anatomie pathologiqueChapitre 116 sur 175 · LÉSIONS DES TISSUS SUBJACENTS A LA MEMBRANE MUQUEUSE · texte numérisé non relu

LÉSIONS DES TISSUS SUBJACENTS A LA MEMBRANE MUQUEUSE

Les divers tissus subjacents à la membrane muqueuse des voies aériennes présentent, comme cette membrane, un certain nombre d’altérations que nous allons tour à tour étudier.

Le tissu cartilagineux qui entre dans la composition des parois du conduit aérifère subit les altérations les plus fréquentes, là où il est le plus développé, c’est-à-dire dans le larynx. Si, dans cet organe, nous étudions les divers états morbides que sont susceptibles de présenter les cartilages, nous trouverons d’abord que ces états morbides ne sont pas rares dans l’épiglotte. Ce cartilage perd souvent sa forme normale, ce qu’il peut devoir moins à une altération propre de son tissu qu’à l’épaississement de la membrane muqueuse qui le recouvre, ou du tissu cellulaire situé audessous de cette muqueuse. Son ossification , bien que très-rare , a été observée; il peut être beaucoup moins mobile que de coutume, et ne plus s’abaisser que difficilement ou incomplètement sur l’ouverture supérieure du larynx. D’autres fois on n’en trouve plus que des rudiments, détruit qu’il a été par une ulcération dont le point de départ a été soit en lui, soit dans la membrane muqueuse qui l’enveloppe.

Les autres cartilages du larynx présentent à peu près les mêmes lésions que l’épiglotte : ainsi , on les voit souvent s’ulcérer, devenir inégaux à leur surface, tendre à se détruire. Cette ulcération peut s’accomplir par suite de l’ulcération des parties molles qui les recouvrent ; d’autres fois elle est primitive ; du pus s’amasse alors au-devant du point ulcéré, et il s’établit un trajet fistuleux dont une ulcération de la membrane muqueuse du larynx forme l’orifice externe. Ce trajet aboutit quelquefois à la surface extérieure du larynx. Dans quelques cas on l’a vu avoir son origine dans une des articulations qui unissent entre eux les divers cartilages; cette articulation était pleine de pus, ses ligaments étaient détruits, et les surfaces articulaires plus ou moins altérées.

L’ossification des cartilages thyroïde et cricoïde est un phénomène normal chez les vieillards ; mais cette ossification peut se faire prématurément, et elle constitue alors un état morbide. Je ne sache pas que l’ossification des cartilages arythénoïdes ait jamais été observée.

Les cerceaux cartilagineux de la trachée artère sont rarement lésés. Ils

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ne présentent guère d’autre altération qu’une ossification plus ou moins générale de leur tissu.

Quant au tissu cartilagineux des bronches, il est assez fréquemment altéré. D’abord son hypertrophie n’est pas rare ; alors, non-seulement il devient beaucoup plus apparent, mais sa forme et sa disposition changent : là où ordinairement on n’aperçoit plus que de simples grains cartilagineux, on retrouve des cerceaux incomplets comme dans les grosses bronches et la trachée.

Au lieu de s’hypertrophier, les cartilages bronchiques peuvent s’ossifier au point de représenter, dans l’épaisseur des parois des bronches, des masses dures qui ressemblent à de petits calculs. Un genre beaucoup plus rare d’ossification des parois bronchiques est le suivant. Chez un vieillard, mort à Bicêtre, nous trouvâmes, M. Reynaud et moi, le parenchyme pulmonaire rempli de masses dures, véritablement pierreuses. En incisant sur ces masses , nous nous aperçûmes qu’elles n’étaient point constituées par de simples concrétions calcaires, disposées sans ordre comme sans forme au milieu du poumon. Là où nous avions senti une résistance comme pierreuse, la dissection nous montra que le parenchyme pulmonaire était remplacé par un nombre infini de filaments osseux, semblables aux branches d’un arbre, et dont les rameaux latéraux présentaient une série de renflements. Ces filaments étaient, pour la plupart, creusés d’une petite cavité qui se continuait dans leurs divisions et dans laquelle on ne pouvait introduire autre chose qu’un cheveu. Qu’étaient ces filaments? Nous pensons qu’ils représentaient les dernières ramifications bronchiques dont les parois s’étaient ossifiées (l).

Une autre altération des cartilages bronchiques , c’est leur tendance à se détruire, et à se briser en fragments, qui viennent saillir, comme des arêtes , à la surface interne des bronches. Ces fragments peuvent se détacher , devenir libres dans la cavité bronchique , et être expectorés.

Le tissu fibreux qui entre dans la composition des parois du conduit aérifère n’a présenté jusqu’ici que deux espèces d’altérations dignes d’être notées : l’une de ces altérations est son ramollissement ; il faut surtout en tenir compte dans le ligament thyro-aryténoïdien ; car, du ramollissement de ce ligament résultent les plus graves altérations de la voix. Il perd alors sa couleur brillante, et devient terne, puis se résout en tissu cellulaire, ou en pulpe inorganique , qui ne tarde pas à disparaître en laissant à nu le muscle thyro-aryténoïdien.

(1) J’ai trouvé plus récemment le poumon d’une femme de quatre-vingt-six ans parsemé d’un grand nombre de concrétions dont les unes étaient cartilagineuses , et dont les autres étaient osseuses. Je me suis assuré que ces concrétions étaient dues à la transformation des parois des dernières ramifications bronchiques en tissu cartilagineux et osseux.

Le tissu fibreux des parois du conduit aérifère peut aussi s’hypertrophier, ^t il en résulte, pour les bronches surtout, un véritable épaississement de leurs parois.

Le tissu musculaire qui , chez certains animaux , est si développé depuis le larynx jusqu’aux bronches , dans les premières divisions desquelles on le suit très-facilement, n’est guère apercevable chez l’homme que dans le larynx et dans quelques points de la trachée. Mais , dans l’état pathologique , j’ai quelquefois constaté que , chez l’homme aussi , le tissu musculaire existe dans les parois des bronches. Dans ce cas , il est vraisemblable que la maladie ne fait que développer dans les bronches un tissu qui y existait à l’état rudimentaire.

Dans le larynx , où le tissu musculaire est arrangé en faisceaux distincts qui y remplissent de si importantes fonctions, ce tissu présente quelques altérations qui jouent un rôle important dans les maladies du larynx. Ainsi, il est des cas où l’on trouve les muscles de cet organe atrophiés, ramollis, plus ou moins complètement détruits; ailleurs, ils sont infiltrés de mucosité, de pus , de matière tuberculeuse. Dans quelques cas d’aphonie complète, où en examinant la surface interne du larynx on n’avait d’abord découvert aucune lésion, il m’est arrivé de trouver la cause de la perte de la voix, en cherchant au fond des ventricules le muscle thyro-aryténoïdien, dont je trouvais les fibres tantôt notablement atrophiées, et tantôt écartées par divers produits de sécrétion morbide (pus ou tubercule).

On a beaucoup parlé autrefois de la dilatation variqueuse des veines du conduit aérifère ; on a attribué à cette dilatation un certain nombre d’hémoptysies. Je n’ai jamais rien trouvé de semblable.

On a vu quelquefois des tumeurs de diverse nature exercer une compression plus ou moins forte sur les nerfs qui se distribuent aux parois aériennes , et produire ainsi des accidents semblables à ceux qu’aurait déterminés une lésion même des parois du conduit aérifère. Je crois d’ailleurs que ce sont là les seuls cas dans lesquels on ait saisi quelque désordre dans l’arrangement matériel de ces nerfs. Mais sans qu’ils soient altérés d’une manière appréciable par nos moyens actuels d’investigation , ces nerfs peuvent produire dans les voies respiratoires un certain nombre de désordres fonctionnels sur lesquels nous reviendrons plus bas.

Les diverses parties dont nous venons d’examiner les lésions sont unies entr’elles par un tissu cellulaire, .qui lui-même joue un rôle important dans les maladies du conduit aérifère. Dans le larynx, ce tissu cellulaire s’hyperémie assez fréquemment, il s’hypertrophie, s’épaissit, s’indure, et revêt l’aspect squirrheux : par son épaississement il diminue le calibre du larynx, il gêne le jeu des muscles, et altère la forme et les mouvements de l’épiglotte. Ce tissu cellulaire peut encore s’infiltrer de sérosité, et l’œdème de la glotte, si bien décrit par Bayle, n’est autre chose qu’une infiltration séreuse considérable du tissu cellulaire situé entre les replis de la

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membrane muqueuse qui circonscrivent l’ouverture supérieure du larynx ; de là résulte le soulèvement de cette muqueuse, et l’obstruction plus ou moins complète du larynx. Cet œdème peut survenir comme maladie idiopathique, mais ce cas n’est pas le plus commun, et ordinairement il se lie un état d’hyperémie aiguë de la membrane muqueuse dularynx(l); souvent, enfin, il se montre pendant le cours des affections chroniques de cet organe. Il peut s’établir lentement, ne devenir jamais très-considérable, et ne pas gêner notablement la respiration. D’autres fois il survient tout-à-coup, acquiert tout-à-coup aussi un grand développement, et produit rapidement la mort, au milieu d’un état d’asphyxie.

D’autres produits de sécrétion morbide peuvent encore se former dans le tissu cellulaire des parois du conduit aérifère. On y a observé du pus tantôt infiltré, tantôt réuni en petit foyer. M. Bouillauda cité un cas fort remarquable d’abcès sous-muqueux du larynx (2). J’ai vu un cas danslequel un des ventricules du larynx était occupé par une tumeur fluctuante qui faisait saillie dans l’intérieurdu larynx ; une incision légère en fit jaillir du pus. Enfin, dans ce tissu cellulaire se dépose aussi de la matière tuberculeuse; c’est surtout dans l’épaisseur des parois du larynx qu’on la rencontre sous forme de petites masses isolées. J’ai trouvé une fois , sur un enfant dont je fis l’ouverture avecM. le docteur Fauconneau Dufrène, un exemple fort remarquable de sécrétion tuberculeuse dans le tissu cellulaire qui unit les principales bronches au parenchyme pulmonaire. Les parois de ces bronches étaient comme doublées par une couche de matière tuberculeuse épaisse de plusieurs lignes. En aucun autre point du poumon il n’y avait de tubercule. L’enfant était mort pendant le cours d’une coqueluche.

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