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CHANGEMENTS DE DIMENSION

DES CONDUITS AERIFERES.

Les différentes lésions que nous venons de passer en revue, celles qui ont leur siège dans la membrane muqueuse, comme celles qui ont lieu audessous de cette membrane, ont souvent pour effet de changer les dimen-

(1) Bouillaud, Archives de Médecine, février 1825.

(2) Journal complémentaire, juillet 1824.

sionsdu conduit laryngo-bronchique. Ces dimensions peuvent se trouver ainsi ou diminuées ou augmentées.

La diminution de capacité des conduits aérifères reconnaît spécialement les causes suivantes :

1° L’épaississement de la membrane muqueuse ; il peut en résulter un rétrécissement notable du conduit, soit dans le larynx, là surtout où existe la glotte, soit dans les petites bronches;

2° La présence d’une pseudo-membrane en un point quelconque du conduit; la diminution de calibre qui en résulte n’est réellement considérable que dans le larynx des enfants, et dans les petites bronches soit des enfants, soit des adultes ;

3° Un corps étranger, soit né dans le conduit (calculs, hydatides, débris des cartilages, mucus solidifié, caillot sanguin J , soit introduit du dehors ;

4° La compression d’un point du conduit par une tumeur située autour de lui, le développement insolite du corps thyroïde produisent souvent une déformation considérable de la trachée et en diminuent singulièrement le calibre ; une tumeur anévrysmale peut produire le même effet sur la trachée et sur les bronches ; enfin, une cause fréquente de la diminution de capacité de ces dernières, et même de leur oblitération, c’est la compression qu’exercent parfois sur elles les ganglions lymphatiques qui les entourent à leur entrée dans le poumon. Nous en avons cité plus haut un exemple remarquable.

L’augmentation de capacité des conduits aérifères n’est connue que depuis les belles recherches de Laennec sur ce sujet ; elle ne peut avoir lieu que dans les bronches, et c’est surtout dans les bronches d’un petit calibre que cette augmentation de capacité produit des lésions qui pourraient être prises facilement pour des altérations d’une tout autre nature, et en particulier pour des abcès ou pour des excavations tuberculeuses creusées dans le parenchyme du poumon.

La dilatation des bronches n’est pas toujours une lésion dont la forme soit identique, et plusieurs espèces doivent en être admises, spécialement fondées sur ces différences de forme.

Dans une première espèce, on voit un ou plusieurs rameaux bronchiques présenter dans toute leur étendue, et d’une manière partout uniforme, une augmentation notable de leur calibre. Des rameaux qui , dans l’état normal, recevraient à peine un stylet très-fin, acquièrent le volume d’une plume ordinaire, le surpassent souvent, et quelquefois même se dilatent assez pour admettre un doigt dans leur intérieur. Rien de plus commun que de voir en pareil cas une bronche , d’un médiocre calibre, donner naissance à des rameaux qui sont beaucoup plus considérables qu’elles. Ces rameaux dilatés se montrent souvent à la périphérie du poumon, où ils se terminent en une sorte de cul de-sac, sur les parois duquel on peut

PRÉCIS

toutefois découvrir presque toujours les orifices d’un certain nombre de bronches très-petites. Ces bronches dilatées aboutissent souvent vers le sommet du poumon, soit à une portion du parenchyme pulmonaire, dure et noire, soit à des masses fibreuses ou cartilagineuses, soit à une concrétion calculeuse, qui tantôt existe en dehors de la cavité de la bronche, et tantôt est contenue dans l’espèce de cul-de-sac par lequel cette bronche paraît se déterminer.

Une seconde espèce de dilatation des bronches est celle dans laquelle un de ces conduits offre en un point seulement de son étendue un renflement considérable qui représente , là où il existe, une cavité accidentelle qu’on dirait, au premier coup d’œil, creusée dans le parenchyme du poumon. La méprise serait facile dans le cas où c’est vers le sommet du poumon, là où existent ordinairement les excavations tuberculeuses, que la dilatation s’est effectuée. On pourrait surtout la prendre pour une de ces cavités à parois lisses qui semblent être le résultat de la guérison d’une caverne. La cavité produite par ce renflement bronchique peut varier de capacité de manière à pouvoir admettre tantôt un grain de chenevis tout au plus, et tantôt une amande ou une noix plusieurs bronches peuvent offrir, dans le même poumon, une semblable dilatation. Celles qui en sont affectées peuvent être continues ou contiguës l’une à l’autre , et alors elles forment , par leurs communications entre elles , une sorte de clapier plein de mucosités puriformes , et dans ce cas encore on pourrait croire à l’existence d’une excavation tuberculeuse multiloculaire.

Enfin , dans une troisième espèce , les bronches se dilatent de manière à présenter, dans l’étendue d’un ou plusieurs rameaux, une série de renflements fusiformes en-deçà et au-delà desquels le rameau aérifère reprend son calibre accoutumé. Ces renflements ont ordinairement des parois minces et transparentes à travers lesquelles s’aperçoit la matière muqueuse ou puriforme qui les remplit ; on en trouve souvent, dans un seul poumon, un assez grand nombre: et lorsqu’on l’incise, il semblerait d’abord que ce poumon est parsemé de petits abcès. Il m’a paru que cette troisième dilatation des bronches étaitplus commune dans l’enfance qu’aux autresâges.

Dans les différentes espèces de dilatation des bronches qui viennent d’être étudiées, la texture de leurs parois ne reste pas la même ; les unes sont accompagnées d’une hypertrophie plus ou moins considérable de ces parois ; les divers éléments anatomiques qui entrent dans leur composition deviennent plus prononcés. D’autres espèces de dilatations coïncident, au contraire, avec une véritable atrophie des parois de la bronche dilatée; ces parois sont réduites à n’êlre plus constituées que par une membrane très-mince où l’on ne reconnaît plus aucune trace ni de tissu fibreux , ni de tissu cartilagineux.

Ainsi, sous le rapport de la disposition des parois bronchiques, il faut admettre trois espèces de dilatation :

Ire Espèce. Dilatation avec état naturel des parois bronchiques.

IIe Espèce. Dilatation avec augmentation d’épaisseur des parois bronchiques ;

IIIe Espèce. Dilatation avec diminution d’épaisseur des parois bronchiques.

La dilatation des bronches ne s’observe guère que chez les individus qui ont depuis long-temps une toux plus ou moins pénible , avec ou sans expectoration (l). Un des individus atteints de dilatation des bronches , dont les observations se trouvent consignées dans l’ouvrage de Laennec , était une femme qui mourut à l’âge de soixante-douze ans , et qui , depuis l’âge de seize ans, offrait la plupart des symptômes de la phthisie pulmonaire. On ne trouva cependant aucun tubercule dans les poumons, mais seulement un grand nombre de cavités qui étaient dues à des dilatations de bronches. Les plus grandes de ces cavités auraient pu contenir l’extrémité du pouce; elle se continuaient avec les bronches qui, vers l’endroit où leurs parois cessent d’être cartilagineuses , se dilataient considérablement et devenaient de plus en plus larges jusqu’à leur terminaison au voisinage de la surface du poumon.

La dilatation des bronches s’effectue quelquefois dans un espace de temps assez court. On l’a trouvée très-marquée chez plusieurs enfants qui, pendant les deux ou trois derniers mois de leur vie, avaient eu la coqueluche, et qui auparavant n’avaient jamais toussé.

Lorsque la dilatation des bronches est peu considérable, elle n’exerce aucune influence sur le parenchyme pulmonaire; il n’en est pas de même lorsqu’elle est portée à un haut degré : alors le tissu qui l’environne est condensé, revenu sur lui-même, il contient beaucoup moins d’air que de coutume. Bien souvent aussi la dilatation des bronches coïncide avec un état d’induration grise ou noire des portions de parenchyme pulmonaire qui les entourent.

(1) Voyez à l’appui de cette assertion les observations particulières consignées dans la Clinique médicale.

PRECIS

SECTION DEUXIÈME

MALADIES Dü PARENCHYME PULMONAIRE.

Nous ayons déjà essayé de réduire en quelque sorte ce parenchyme à ses éléments; nous y ayons trouvé trois parties distinctes : 1° des cavités, vraisemblablement closes de toutes parts (vésicules ou cellules auxquelles aboutissent les dernières ramifications bronchiques); 2° les parois de ces cavités, composées d’une membrane mince sur laquelle se ramifient, dans un état de finesse extrême, des vaisseaux et des nerfs ; 3° le tissu cellulaire interposé entre ces parties.

Les états morbides divers qui se montrent dans le poumon ne peuvent avoir leur siège que dans l’une ou l’autre des trois parties qui en définitive constituent tout le parenchyme pulmonaire. Ces états morbides, quelle que soit leur diversité d’apparence, peuvent donc tous être ramenés aux mêmes états morbides qui frappent un conduit organique quelconque; la seule différence, c’est qu’ici, au lieu d’un seul conduit qui présente des parois bien isolées, dont l’état peut être facilement constaté, il y en a des milliers dont les parois se confondent. Tous ces états morbides ont un effet commun très-important, celui de diminuer la surface que le sang doit normalement présenter à l’air. La diminution de cette surface peut dépendre de deux conditions, ou de la diminution du calibre des cavités, ou de la diminution du nombre des parois. Une simple hyperémie donne naissance à la première condition ; l’atrophie du tissu pulmonaire produit la seconde. C’est de cette diminution de surface que dépendent la plupart des symptômes soit locaux, soit généraux, qui accompagnent les maladies du parenchyme pulmonaire.

Si l’on soumet à la dessiccation des portions de poumons qui présentent les altérations les plus différentes, on voit le parenchyme se réduire à un assemblage de conduits et de cellules, au milieu duquel on peut distinguer les altérations qu’ont subies soit l’intérieur des cavités de ces conduits et de ces cellules, soit leurs parois , soit le tissu cellulaire qui les sépare. Lorsqu’on a étudié de cette manière un certain nombre d’états morbides du poumon, et qu’on les a ainsi ramenés à quelques altérations

semblables à celles qui peuvent frapper tout conduit entouré de tissu cellulaire, l’induction porte à y ramener les autres étals morbides qu’on ne peut soumettre à un semblable genre de recherches ; et en définitive toutes les maladies du parenchyme pulmonaire, dans lesquelles l’anatomie peut saisir quelque altération de l’organe, se réduisent aux lésions suivantes, qui sont toujours des lésions de circulation capillaire, de nutrition ou de sécrétion.

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