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I. SÉCRÉTION DU PUS

Le pus que l’on trouve dans le parenchyme pulmonaire s’y montre sous deux formes, soit infiltré, soit réuni en foyer.

L’infiltration du parenchyme pulmonaire par le pus est beaucoup plus commune que la formation d’abcès dans ce parenchyme. L’infiltration * purulente peut occuper tout un poumon, ou seulement quelques lobules isolés. Là où elle existe , on trouve presque toujours des traces de cette hépatisation rouge qui a été décrite plus haut , de telle sorte que dans presque tous les cas l’infiltration purulente succède dans le poumon au plus haut degré d.’hyperémie. Cette infiltration peut se faire très-rapidement; on l’a vue , par exemple , bien formée quatre jours seulement après qu’avaient commencé à apparaître les premiers signes d’une hyperémie pulmonaire.

Le parenchyme pulmonaire, infiltré de pus, présente une couleur grisâtre , comme cendrée ; aussi , par opposition à l’hyperémie au second degré , qu’on a appelée hépatisation rouge , l’infiltration purulente du poumon a reçu le nom d’hépatisation grise. En pressant légèrement le parenchyme pulmonaire infiltré de pus , on voit s’écouler ce liquide en

(1) Clinique médicale, tom. III.

quantité plus ou moins abondante; d’autres fois il est nécessaire d’inciser le tissu de l’organe pour arriver à ce résultat. En exprimant le pus qui infiltre le poumon , il arrive souvent qu’on lui rend la couleur rouge de l’hyperémie au second degré , de telle sorte qu’on acquiert ainsi la conviction que l’hépatisation grise n’est que cette hyperémie, plus une sécrétion purulente. En pareil cas, la consistance du parenchyme pulmonaire est notablement diminuée ; il s’écrase sous le doigt avec la plus grande facilité, et quelquefois même il est tellement ramolli, qu’il suffit de le presser légèrement pour le réduire en une bouillie grisâtre , où l’on ne retrouve plus aucune trace de matière organisée. On peut aussi, en pressant de plusieurs points vers un seul , faire écouler vers celui-ci , à travers le parenchyme déchiré , une certaine quantité de pus , et déterminer ainsi sur le cadavre la formation d’un abcès.

Lorsqu’on examine à la loupe un poumon infiltré de pus, l’on arrive aux résultats suivants :

Il est des cas où partout l’on ne trouve autre chose qu’une innombrable quantité de petites granulations grisâtres , de forme pareille et d’égal volume, pressées les unes contre les autres. Que peuvent être ces granulations, sinon les vésicules pulmonaires? notez d’ailleurs que ces mêmes granulations se retrouvent dans l’hyperémie au second degré; seulement elles sont rouges dans un cas et grises dans l’autre. D’autres fois, on n’observe plus qu’une surface tantôt rugueuse , tantôt lisse, sans granulation distincte. Dans ce cas, les granulations de l’état précèdent ou ne sont pas encore suffisamment développées, ou le sont inégalement, ou bien elles sont arrivées au point de se toucher plus intimement et de se confondre en une seule masse. Enfin, dans les points où, à l’œil nu, le parenchyme pulmonaire , privé de sa consistance , paraît comme macéré dans une grande quantité de pus qui s’écoule en nappe par l’incision , l’examen avec la loupe découvre dans ce parenchyme, en suppuration, une altération bien remarquable. A la place des cavités fermées que représentent dans l’état normal les vésicules et les bronches très-fines qui y aboutissent, on ne trouve plus qu’un tissu à larges mailles , semblable à celui qui existe dans ces cas d’atrophie du poumon que nous avons décrits plus haut ; ce sont des lames ou des filaments qui s’entrecroisent en sens divers , et qui semblent comme se perdre dans le pus, qui les baigne de toutes parts. Il est bien évident que dans ce cas il y a destruction réelle du parenchyme pulmonaire, et que si, en pareille circonstance , le pus se réunit en foyer, il n’y a pas seulement, dans le lieu qu’il occupe, refoulement du tissu du poumon.

Si l’on examine les divers ordres de vaisseaux qui aboutissent à la portion de parenchyme pulmonaire infiltrée de pus, on trouve que dans le plus grand nombre des cas les bronches sont rouges, bien que le contraire ait aussi été quelquefois observé. Quant aux artères et aux veines, elles

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restent le plus ordinairement saines ; dans quelques cas, cependant, elles sont aussi malades, et parfois même ce sont ces vaisseaux qui sont le siège principal de la suppuration. Ainsi, chez un individu dont un certain nombre de lobules pulmonaires paraissaient être en infiltration purulente, j’ai trouvé avec M. Reynaud un caillot sanguin mêlé de pus dans les principales branches de l’artère pulmonaire, dont les parois avaient acquis une friabilité extrême. Dans les branches plus petites de ce vaisseau, on ne trouvait plus de sang, mais seulement du pus. On suivait ces branches pleines de pus dans tous les lobules où paraissait exister l’infiltration purulente, et c’était surtout à la présence de ce produit morbide dans les petits rameaux de l’artère pulmonaire que semblait dû l’aspect gris des lobules, mais ce qui , dans ce cas, ne me parut pas moins important à noter, c’est que dans un même rameau on voyait trois matières d’aspect différent, le sang, là fibrine blanche et le pus, se confondre de telle sorte qu’il semblait que ce fut le sang lui-même qui, après s’être dépouillé de sa matière colorante, s’était transformé en pus par suite d’une altération de sa partie fibrineuse.

Il est aussi quelques cas d’hépatisation rouge qu’un examen attentif porte à distinguer de l’hépatisation ordinaire, et qui en diffèrent réellement par le siège même de l’altération. Dans certains lobules ainsi hépatisés , on trouve, en les incisant, que les orifices bronchiques, loin d’être oblitérés, restent, aucontraire, béants et semblent même plus dilatés que de coutume ; il ne paraît pas que leurs parois soient notablement épaissies; mais les vaisseaux sanguins (soit artères, soit veines) sont remplis d’un sang coagulé. Supposez celui-ci, sans matière colorante, privé de sa consistance normale, et enfin redevênu liquide, ne verrez-vous passe reproduire l’altération signalée dans le précédent paragraphe, et ces deux états ne vous paraîtront-ils pas deux degrés différents d’un même état morbide? Si, au lieu de s’être tout-à-fait liquéfiée, la fibrine n’a perdu qu’une partie de sa consistance, n’en résultera-t-il pas, au lieu d’une infiltration purulente, une apparence d’infiltration encéphaloïde ou tuberculeuse?

La réunion du pus en foyer au milieu du parenchyme pulmonaire, de manière à ce qu’il en résulte un véritable abcès, est un cas très-rare d’anatomie pathologique, et l’on a lieu de s’étonner qn’après avoir dit qu’il n’avait eu occasion de voir que très-rarement des abcès du poumon sur le cadavre, Laennec ait établi que chez l’homme vivant ils étaient assez communs. Il dit avoirconstaté dans une seule année l’existence de vingt abcès du poumon par l’auscultation. Il me paraît évident qu’une erreur complète a été ici commise par Laennec : c’est dans ce cas l’auscultation qui l’a trompé.

M. Sestier, interne à l’hôpital des Enfanis-Trouvés , m’a montré le poumon d’un enfant nouveau-né, dont tout le parenchyme était parsemé

de vastes et nombreux abcès; ils ne ressemblaient en aucune façon à des excavations tuberculeuses. Rien de pareil n’a jamais été observé à d’autres âges.

Mais ce n’est pas seulement à la suite d’une hyperémie aiguë du poumon, que des abcès peuvent se former dans le parenchyme de cet organe ; plus fréquemment peut-être ces abcès y prennent naissance, dans des cas où le poumon ne semble que recevoir dans son tissu une certaine quan lité de pus qui s’est formé hors du poumon, et qui y a été apporté avec le sang. Dans ces derniers temps a on assez souvent rencontré dans le poumon, à la suite de grandes opérations , des foyers des pus variables en grandeur et en nombre, et sans qu’autour d’eux le tissu pulmonaire parût avoir subi la moindre altération. On a également rencontré de semblables foyers chez des individus dont plusieurs autres organes, éloignés du poumon, contenaient aussi du pus. Quelquefois aussi, en pareille circonstance, on a trouvé, au lieu d’abcès, un certain nombre de lobules pulmonaires en infiltration purulente.

L’examen de ces cas divers me porte à les ranger dans deux classes : dans les uns, il semble que le pus, formé ou introduit dans le torrent circulatoire, en est sorti comme à travers un filtre dans le parenchyme pulmonaire, où il peut soit s’infiltrer, soit se réunir en foyer. N’est-ce pas ainsi que le mercure, injecté dans la veine crurale d’un chien, parcourt tout l’arbre circulatoire sans se séparer du sang, et n’abandonne ce liquide que dans le poumon? Dans d’autres cas, une cause inconnue altère le sang, le coagule dans les vaisseaux pulmonaires, et le transforme, dans les ramifications de ces vaisseaux, en une matière purulente. Dans ce second cas il n’y a pas d’abcès.

Je me suis d’autant plus volontiers arrêté sur ces faits, qn’ils prouvent, avec beaucoup d’autres, que la suppuration d’un organe ne trouve pas toujours sa cause dans l’état de l’organe lui-même. 11 n’est donc pas possible, dans l’état actuel de la science, de déduire du seul fait de la présence du pus dans un organe la démonstration que l’état morbide appelé inflammation a existé dans cet organe.

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