LÉSIONS DE L’INNERVATION
Nous venons de passer en revue les altérations diverses que l’anatomie a jusqu’à présent découvertes dans le poumon. Par ces altérations est-il possible d’expliquer tous les désordres fonctionnels dont l’appareil respiratoire est le siège? Je ne le pense pas, et il est un certain nombre de ces désordres dont on ne saurait expliquer la production qu’en admettant une lésion primitive de la portion d’innervation qui, dans les voies respiratoires, préside au développement des actes Vitaux.
N’y a-t-il, par exemple, dans la coqueluche, d’autre lésion que celles que nous trouvons sur le cadavre? Mais rien de plus variable que les altérations qu’on observe en pareil cas dans les Voies respiratoires. D’abord, chez certains enfants on ne découvre autre chose qu’une rougeur plus ou moins vive de la trachée ou des bronches. Chez d’autres, les bronches sont dilatées, et leursparois sont hypertrophiées ou amincies. Chez d’autres existe un emphysème pulmonaire; ailleurs, des tubercules sont disséminés dans le parenchymedu poumon, ou spécialement déposés le long des grossesbronches. Enfin, M. Breschetavudeuxfois, chezdes enfants morts pendant une coqueluche, les nerfs pneumo-gastriques rouges et tuméfiés. Mais rien de semblable n’a été trouvé par M. Billard, qui, dans des cas de coqueluches, a souvent examiné le nerf de la huitième paire , sans pouvoir y découvrir aucune lésion.
De ces altérations diverses il n’en est pas une qui puisse être considérée comme la cause de la coqueluche : les unes sont souvent accidentelles, d’autres existent dans toute espèce de catarrhe ; d’autres paraissent être un effet de la maladie ; ainsi,. n’est-ce pas aux efforts répétés de la toux, au 2 * 11
PRÉCIS
mode particulier d’inspiration et d’expiration qui accompagne les quintes, qu’il faut attribuer la dilatation des bronches et de l’emphysème?
Il est d’autres toux pour la production desquelles la modification de l’innervation joue un rôle encore plus exclusif que dans la coqueluche. Ainsi, un des phénomènes qui, chez certaines femmes, accompagnent les attaques d’hystérie , ce sont des quintes de toux , infiniment variables sous le rapport de leur durée , de leur intensité et de leur forme.
Parmi les modifications nombreuses que la voix peut subir, il en est plusieurs qui reconnaissent aussi pour cause une modification de l’innervation. N’a-t-on pas vu des individus , fortement ébranlés par une émotion morale , perdre tout-à-coup la voix ; n’en a-t-on pas vu d’autres chez lesquels, en pareille circonstance, la voix perdait subitement son timbre accoutumé? Comment expliquer autrement que par le jeu désordonné des muscles du larynx , ces cris bizarres que poussent souvent les femmes hystériques, au milieu de leurs accès? Il y a, en pareil cas, convulsion des muscles du larynx, comme des muscles des membres. D’autres fois ces muscles sq contractent spasmodiquement , et il peut en résulter un état subit de suffocation dont la femme rapporte très-distinctement le siège au larynx .
Mais ce n’est pas dans le larynx seulement que peuvent se produire des dyspnées dont la cause ne saurait être attribuée à autre chose qu’à une modification de l’innervation. Quelque utile effort qu’ait fait dans ces derniers temps l’anatomie pathologique pour rapporter toutes les dyspnées à une cause organique appréciable sur le cadavre, elle n’est pas parvenue à les expliquer toutes par les lésions quelle découvre, et plusieurs me paraissent résulter encore d’une modification de l’innervation ; en d’autres termes j il y a des dyspnées qu’il faut considérer comme des névroses pulmonaires. Quand même on n’arriverait pas à cette conséquence soit par l’examen des symptômes, soit par les ouvertures des cadavres, n’y seraiton pas conduit par les seuls faits physiologiques? Ne sait-on pas qu’en coupant sur un animal les nerfs pneumo-gastriques au-dessous des rameaux laryngiens , on apporte obstacle à la transformation du sang veineux en sang artériel? Vicieusement influencé par son système nerveux, le poumon respire mal, comme, en pareil cas, l’estomac digère mal (l).
(1) J’ai cité dans la Clinique Médicale quelques cas de dyspnées mortelles, dont les unes ne furent expliquées par aucune lésion d’organe, et dont les autres avaient été produites par une tumeur cancéreuse qui avait comprimé et désorganisé les nerfs pneumo-gastriques. Dans un de ces cas le malade avait présenté la plupart des symptômes généraux qui annoncent ordinairement une affection organique du cœur.
SECTION TROISIÈME