LÉSIONS DU TISSU SÉCRÉTEUR
Dans la plupart des cas où les produits morbides qui existent à l’intérieur d’une séreuse attestent l’état morbide de cette membrane ellemême, son tissu ne présente aucune lésion appréciable. Très-rarement on y a rencontré quelques vaisseaux rouges ; rarement aussi on l’a trouvé épaissie; un peu plus souvent ce tissu s’est montré ramolli et friable.
PRÉCIS
Dans beaucoup de cas où la membrane séreuse ne présente aucune lésion , le tissu cellulaire sous-séreux est assez souvent le siège d’une injection plus ou moins vive qui coïncide fréquemment, mais non pas constamment, avec un épanchement morbide d?ins la cavité de la séreuse. Quelquefois, au lieu d’une simple injection, il présente des extravasations sanguines, des ecchymoses ; tantôt celles-ci paraissent liées à un travail d’hyperémie active ; tantôt elles semblent être le résultat d’un obstacle à la circulation veineuse.
Le tissu cellulaire sous-séreux devient aussi le siège d’un certain nombre d’altérations de nutrition. Ainsi il s’épaissit, s’indure, et alors il se présente, en dehors de la séreuse, sous forme d’une couche blanche ou grisâtre d’une grande densité, criant sous le scalpel, et présentant, à un certain degré d’endurcissement, une ressemblance parfaite avec le tissu squirrheux des auteurs. C’est une altération semblable à celle que nous avons déjà étudiée dans le tissu cellulaire sous-muqueux, et qu’on observe aussi soit dans le tissu cellulaire sous-cutané, soit dans le tissu cellulaire intermusculaire, partout enfin où apparaît du tissu cellulaire libre. Dans ces divers points la lésion est identique, et cependant des noms différents lui ont été imposés : ce qui a été appelé squirrhe dans l’estomac, ne l’a plus été dans le tissu cellulaire sous-rséreux ou sous-cutané.
Au lieu de s’indurer simplement, le tissu cellulaire sous-séreux tend assez souvent à changer de nature : il se transforme en tissu fibreux ou cartilagineux, et enfin il s’ossifie. Ces transformations peuvent n’exister qu’en quelques points épars d’une membrane séreuse, ou en occuper toute l’étendue. De semblables transformations ont été trouvées àla face externe de toutes les membranes séreuses. Ainsi l’on a rencontré quelquefois une grande partie de la surface convexe des hémisphères cérébraux recouverte par une large plaque cartilagineuse ou osseuse, semblable à une voûte. Des plaques du même genre ont été encore observées dans la grande faux cérébrale et dans la tente du cervelet. Dans le canal vertébral, le tissu cellulaire sous-arachnoïdien qui est en contact avec la moelle est quelquefois parsemé d’un certain nombre de taches blanches, qui ont la consistance de l’os mais plus souvent du cartilage. On a vu la plèvre costale séparée des côtes dans une grande partie de son étendue par une membrane cartilagineuse ou osseuse, et lorsque le poumon a été refoulé vers la colonne vertébrale par un épanchement pleurétique, il n’est pas rare de le trouver comme emprisonné par une cloison de substance cartilagineuse ou osseuse, qui s’opposerait invinciblement à ce qu’il reprît son volume primitif, quand même l’épanchement viendrait à disparaître. Des plaques cartilagineuses ou osseuses sont parfois aussi interposées entre le tissu du cœur et la lame séreuse qui le recouvre. Le taches blanches qu’il n’est pas rare de rencontrer à la surface extérieure du cœur, ont également leur siège dans le tissu cellulaire sous-séreux.
La transformation cartilagineuse ou osseuse ne se montre pas avec une égale fréquence dans toutes les parties du tissu cellulaire sous-péritonéal. Ainsi je ne sache pas que cette transformation ait jamais été observée dans la couche celluleuse qui unit le péritoine au tube digestif, excepté dans des cas de hernie. Au contraire , cette transformation n’est pas rare autour de la rate, à la face supérieure du foie, ou inférieure du diaphragme. La plupart des cas de transformation osseuse de ce muscle , dont il est question dans les auteurs , ne me semblent être autre chose que des cas dans lesquels une couche de matière osseuse en tapissait l’une ou l’autre face (l).
Enfin celte même transformation a été observée dans la tunique vaginale.
De nombreuses altérations de sécrétion peuvent aussi avoir leur siège dans le tissu cellulaire sous-séreux. Ces altérations sont spécialement les suivantes :
1° Une accumulation de sang en nature. Elle est tantôt peu considérable , et elle représente de petites taches qui paraissent n’avoir donné lieu pendant la vie à aucun accident ; tantôt l’hémorrhagie est plus abondante, et elle peut avoir été la cause de la maladie et de la mort ; ainsi quelques apoplexies reconnaissent pour cause un épanchement de sang opéré dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien de la convexité des hémisphères.
2° Un épanchement de sérosité autour des hémisphères cérébraux» Cette sérosité, pour peu qu’elle soit abondante, soulève l’arachnoïde et doit tendre à comprimer le cerveau. Elle a quelquefois un aspect gélatiniforme et assez de consistance pour quelle ne s’écoule pas après qu’on a incisé l’arachnoïde. Du reste, autour du cerveau et de la moelle, existe normalement un liquide, dont les belles recherches de M. Magendie ont récemment démontré l’importance. Ce liquide est tellement abondant, pendant
(JJ) Au moment où je corrige cette épreuve , M. le docteur Tavernier me remet la note suivante :
Chez un homme d’une soixantaine d’années, dont nous fîmes dernièrement l’ouverture , M. Goupil et moi , nous trouvâmes , dans l’épaisseur de la portion droite du diaphragme, une plaque osso-cartilagineuse, de forme irrégulièrement quadrilatère, eide l’étendue de trois pouces à trois pouces et demi. Cette plaque pouvait être isolée delà plèvre et du péritoine ; elle était bien évidemment formée aux dépens des tissus musculaire et fibreux du diaphragme , dont on n’apercevait aucun vestige dans ce point. Osseuse à son centre, dans l’étendue d’un pouce à peu près , elle devenait cartilagineuse en approchant de ses bords, qui, plus minces, avaient l’aspect du tissu fibreux , et se confondaient peu à peu avec les parties saines du diaphragme.
Cet homme présentait d’ailleurs quelques autres points d’ossification dans les anneaux de la trachée artère, à la naissance de l’aorte, etc.
Dans ce cas il semble évident que le diaphragme lui-même était le siège de la transformation cartilagineuse et osseuse.
PRÉCIS
la vie, autour de la moelle , que , lorsque sur un animal vivant l’on enlève la paroi postérieure du canal vertébral , près de l’occiput, et qu’on incise l’arachnoïde distendue par ce liquide , on le voit jaillir à plusieurs pouces de hauteur. La quantité du liquide cérébro-spinal est en rapport inverse du développement de la masse nerveuse encéphalo-rachidienne. M. Magendie a constaté que chez beaucoup de vieillards, dont le cerveau paraît s’atrophier, ce liquide se trouve à son maximum d’abondance. Qui peut dire maintenant jusqu’à quel point un simple dérangement dans les proportions du liquide cérébro-spinal , soit en plus , soit en moins, ne peut pas apporter dans l’exercice des fonctions nerveuses un trouble bien plus grand que telle autre lésion beaucoup plus considérable en apparence?
Dans le tissu cellulaire subjacent aux autres membranes séreuses, il n’existe normalement aucun liquide ; l’accumulation de sérosité dans ce tissu y annonce donc constamment un état morbide. J’ai trouvé assez souvent le tissu cellulaire sous-pleural creusé par des aréoles que remplissait un liquide gélatiniforme. Tantôt c’était là la seule lésion, tantôt il y avait en même temps épaississement , induratiop , aspect lardacé de ce tissu cellulaire.
3° Dans certaines portions du tissu cellulaire sous-séreux existe normalement une certaine quantité de graisse. Lorsqu’elle est très-abondante, elle pousse au-devant d’elle la membrane séreuse, et fait saillie dans sa cavité comme une sorte de frange. Quelquefois cette graisse s’altère; elle acquiert une dureté insolite , et chacune de ses vésicules apparaît sous la forme d’une granulation grisâtre, demi-transparente, d’une consistance assez grande pour qu’on ne puisse plus l’écraser sous le doigt. En s’agglomérant, ces vésicules peuvent constituer des tumeurs plus ou moins considérables qui se divisent en granulations, comme le tissu du pancréas. J’ai rencontré des tumeurs de ce genre dans l’épaisseur du grand épiploon ; c’est encore là une des espèces d’altérations qui ont été confondues sous le-nom de squirrhe ou de cancer. *
4° Du pus infiltre quelquefois le tissu cellulaire sous-séreux ; on l’y trouve amassé en foyer. C’est même presque toujours dans ie tissu cellulaire sous-arachnoïdien, et non dans la cavité même de la séreuse, que se forme le pus qu’on trouve étendu en couche plus ou moins épaisse à la surface des hémisphères cérébraux. Au contraire, dans les autres membranes séreuses , on rencontre bien plus souvent du pus à l’intérieur de la membrane qu’on n’en rencontre à sa surface extérieure. C’est en général dans les points où le tissu cellulaire sous-séreux a la plus grande laxité, que la formation du pus a lieu le plus fréquemment. Ainsi , autour des plèvres le seul point où se forment les abcès , c’est le médiastin antérieur. Ainsi les ligaments larges de l’utérus sont souvent le siège de collections purulentes , soit isolément , soit en même temps que du pus s’est épanché dans la cavité péritonéale.
5° D’autres produits de sécrétion morbide ont été rencontrés dans les diverses parties du tissu cellulaire sous-séreux. On y a vu de lamélanose; mais le produit morbide qui s’y est montré le plus fréquemment, c’est le tubercule. C’est surtout dans la plèvre et dans le péritoine qu’on l’observe le plus souvent. Dans la plèvre, il parsème souvent des portions de tissu cellulaire considérablement épaissies. Dans le péritoine , une innombrable quantité de grains tuberculeux parsèment souvent à la fois l’épiploon , le péritoine qui revêt les parois abdominales, et celui qui est étendu sur les différents organes. Dans le tissu cellulaire sous-séreux des intestins , on trouve surtout de nombreux tubercules vers les points qui correspondent à des ulcérations intestinales.