LÉSIONS DU LIQUIDE SECRETE
Soit que les diverses lésions qui viennent detre passées en revue existent ou non, la cavité même de la séreuse peut contenir diverses productions morbides, gazeuses, liquides ou solides.
Les gaz que l’on trouve dans les cavités des membranes séreuses sont quelquefois un produit de sécrétion du tissu même de ces membranes ; mais ce n’est pas là le cas le plus commun, et bien plus souvent ces gaz ne sont pas nés dans la séreuse même, et ils y ont été accidentellement introduits. C’est ainsi que dans presque tous les cas depneumo-thorax le gaz contenu dans la plèvre est de l’air atmosphérique quia passé de l’intérieur des bronches dans la plèvre, par suite de la perforation des parois d’une excavation tuberculeuse située tout près de la périphérie du poumon.
L’existence de gaz dans le tissu cellulaire résulte souvent aussi d’une plaie du parenchyme pulmonaire, à travers laquelle l’air va s’infiltrer dans tout le tissu cellulaire sous-cutané. Quelquefois, cependant, Ton observe le développement spontané de l’emphysème : tantôt il reste partiel, tantôt il est général. De pareils cas sont d’ailleurs rares, et les conditions qui les font naître sont encore bien peu connues.
Les substances liquides ou solides qu’on trouve dans la cavité des séreuses sont principalement :
1° De la sérosité en quantité variable : tantôt elle présente une composition analogue à celle du sérum du sang; tantôt elle en diffère par sa
176 PRÉCIS
proportion d’albumine, qui est ou plus abondante, ou plus rare que l’albumine du sérum du sang.
2° Cette même sérosité unie à une certaine quantité de la matière colorante du sang.
3° Du sang en nature. Le péritoine et la plèvre sont surtout assez fréquemment le siège d’hémorrhagiesvérilables.
4° Du pus qui remplit souvent la cavité d’une séreuse, dont le tissu ne présente pas même de lésion appréciable.
5° La matière spontanément coagulable et organisable qui produit les pseudo-membranes.
Le plan adopté dans cet ouvrage m’a obligé de décrire ces pseudo-membranes dans le tome I ; je ne puis donc ici qu’y renvoyer.
J’ai aussi indiqué (tom. I) les conditions diverses sous l’influence desquelles la sérosité s’accumule, soit dans les membranes séreuses, soit dans le tissu cellulaire. Je ne parlerai ici que d’une variété de l’infiltration séreuse du tissu cellulaire, qui est connue depuis long-temps sous le nom d’endurcissement du tissu cellulaire des nouveau-nés.
Cet endurcissement n’est autre chose que le résultat d’une accumulation de sérosité dans le tissu cellulaire sous-cutané et intermusculaire des enfants nouvellement nés. Plusieurs présentent cet endurcissement en venant au monde; chez d’autres, il se manifeste très-peu de temps après la naissance. On ne trouve dans le tissu cellulaire rien autre chose que de la sérosité accumulée qui y reste à l’état liquide. Souvent il y a en même temps infiltration de sérosité dans d’autres parties du tissu cellulaire. M. Billard a constaté l’existence de cette infiltration dans le tissu cellulaire sous-péritonéal, dans celui qui remplit les médiastins, dans les plexus choroïdes. Quelquefois aussi l’endurcissement du tissu cellulaire coïncide avec un œdème du poumon.
L’infiltration séreuse sous-cutanée est souvent partielle, bornée, par exemple, aux mains, aux jambes ou aux pieds. D’autres fois, elle est générale, et, dans ce cas, tantôt commençant en un point, elle envahit successivement toute la périphérie du corps, tantôt elle se montre simultanément dans tous les points de cette périphérie.
L’endurcissement du tissu cellulaire des nouveau-nés coïncide chez eux avec un état de plénitude remarquable du système circulatoire : les principales veines intérieures sont gorgées de sang ; l’enveloppe cutanée est souvent remarquable par sa décoloration complète; d’autres fois la peau présente, au contraire, une rougeur qui est en rapport avec l’état de pléthore générale. D’autres fois, enfin, elle offre une teinte jaune très-prononcée ; sur soixante-dix-sept enfants atteints d’œdème, M. Billard en a observé Ireflte ictcriqucs.
La mort peut survenir chez les nouveau-nés atteints de l’endurcissement du tissu cellulaire, sans qu’on trouve de lésion grave dans aucun organe ;
seulement on observe dans les divers réseaux capillaires une congestion considérable. Mais le plus souvent l’ouverture des cadavres montre l’existence de quelque affection du cerveau, des poumons ou du tube digestif, qui doit être regardée comme la principale cause de la mort.
On a cherché dans différentes lésions de l’endurcissement du tissu céllulaire des nouveau-nés; mais, d’une part, aucune de ces lésions n’est constante, et, d’autre part, elles peuvent toutes exister, sans être accompagnées d’endurcissement du tissu cellulaire (l).
Ainsi, l’on a attribué cet endurcissement à l’état morbide du foie ; mais cette opinion ne saurait être soutenue , car sur quatre-vingt-six enfants M. Billard n’a trouvé le foie malade que dans vingt cas : dans onze il était le siège d’une assez forte congestion sanguine ; dans cinq cas, il était de plus très-friable, et la bile était presque concrétée. Enfin, dans les quatre autres cas, il était, au contraire, augmenté de consistâhce, et il avait une couleur ardoisée.
Attribuerons-nous avec d’autres auteurs l’endurcissement du tissu cellulaire des nouveau-nés à l’état morbide des poumons ? Pas plus qu’à l’état du foie , car sur soixante-dix-sept enfants œdémateux , quarante-trois ont présenté à M. Billard un état très-sain des poumons. Chez les trentequatre autres il y en avait quinze dont le poumon était le siège d’une congestion passive opérée pendant l’agonie ou après la mort ; chez douze autres le poumon présentait une congestion sanguine active, et chez sept autres il y avait hépatisation pulmonaire.
Quelques faits intéressants, cités par M. Breschet, avaient porté ce savant anatomiste à admettre que la persistance du trou botal après la naissance pouvait être considérée comme la cause de l’œdème des nouveau-nés. Mais des faits plus nombreux, cités par M. Billard, ne permet' tent plus de soutenir cette opinion.
Enfin, un autre auteur, M. Denis (2), n’a vu autre chose dans l’œdème des nouveàu-nés qu’un résultat sympathique d’une irritation gastrointestinale, et il l’a appelé phlegmasie entêro-cellulaire . A cela, nous répondrons que chez les enfants qui meurent avec un endurcissement du tissu cellulaire , on ne trouve pas plus constamment le tube digestif malade que le foie , le poumon ou le cœur. On ne trouve même pas chez eux des traces plus fréquentes d’irritation gastro-intestinale que chez les enfants qui meurent avec toute autre maladie.
L’endurcissement du tissu cellulaire des nouveau-nés ne peut donc être rapporté, dans l’état actuel de la science, à l’affection constante d’aucun organe ; ce qu’il y a chez ces enfants de plus constant, quoique ce fait
(1) Billard, oper. cit.
(2) Recherches d’anatomie et de physiologie pathologique sur plusieurs maladies des nouveau-nés.
178 PRÉCIS
lui-même ne soit pas sans exception, c’est un état d’hyperémie générale de tous les tissus : partout où l’on porte le scalpel, on voit, dit M. Billard , ruisseler du sang veineux. La peau est en même temps très-sèche : fortement tendue sur le tissu cellulaire tuméfié , elle semble avoir cessé de transpirer ; aussi , dans beaucoup de cas , voit-on l’œdème disparaître rapidement à la suite de l’emploi des frictions irritantes et d’applications chaudes sur la peau qui produisent une transpiration abondante.
Il paraît donc que la suppression de la perspiration cutanée joue un rôle dans la production de l’endurcissement du tissu cellulaire des nouveau-nés. Aussi a-t-on observé que cet endurcissement est infiniment plus fréquent dans les saisons froides et parmi les enfants des classes pauvres. Toutefois, ce point lui-même mérite encore de nouvelles recherches. Ainsi, il résulte d’un travail fait par M. Billard, que pendant l’année 1826 le mois de mai a été, après le mois de novembre', celui où lV>n a reçu à l’hôpital des Enfants-Trouvés le plus d’enfants œdémateux. Ce n’est pourtant pas dans le mois de mai que l’influence du froid doit se faire le plus sentir. Cela tient-il à quelque circonstance particulière à l’année 1826? Userait facile de s’en assurer, en faisant un relevé semblable dans le même hôpital pendant un certain nombre d’années.
L’endurcissement du tissu cellulaire, par infiltration séreuse de ce tissu, doit être distingué d’une autre espèce d’endurcissement dans lequel , au lieu de sérosité, on trouve la graisse sous-cutanée d’une consistance remarquable, et comme figée. Mais ce n’est ordinairement que pendant l’agonie, ou même après la mort, que survient cet endurcissement particulier du tissu adipeux, dont les causes sont encore inconnues (l).
(1) J’ai parlé dans le tome I des recherches chimiques faites par M. Chevreul, sur les altérations des liquides chez les nouveau-nés atteints de l’endurcissement du tissu cellulaire.
SECTION DEUXIÈME