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MALADIES DES REINS

§ I. LÉSIONS DE CIRCULATION

L’hyperémie des reins s’observe quelquefois sur le cadavre. Cet organe est alors remarquable par la grande quantité de sang qui le gorge, et qu’on voit en ruisseler lorsqu’on l’incise. Cette hyperémie peut exister dans les deux reins, ou dans un seul. Elle peut être, dans un seul rein, générale ou partielle, bornée à l’une de ses deux substances, ou étendue à toutes deux. Dans ce dernier cas, les deux substances cessent d’être aussi distinctes Tune de l’autre. Portée à un très-haut degré, l’hyperémie des reins peut donner à ces organes une teinte brune, semblable à la couleur du chocolat.

J’ai observé une hyperémie très-considérable des reins, sans autre altération de leur texture , sur un individu mort pendant le cours d’un diabète. %

L’anémie incomplète des reins est un état assez ordinaire dans les cadavres d’individus qui succombent à des maladies chroniques. Plus complète, cette anémie devient par elle-même un véritable état morbide, mais qui jusqu’à présent n’a pu être rattaché à aucun désordre fonctionnel appréciable pendant la vie ; cette anémie est assez commune chez les hydropiques. Le rein est alors remarquable par son extrême pâleur ; on en exprime à peine quelques gouttes de sang. Tout un rein peut être ainsi frappé d’anémie. D’autres fois la substance tuberculeuse présente sa coloration normale, et la substance corticale est seule privée de sang; d’autres fois une disposition inverse a lieu. Enfin, il est des cas où dans la substance d’un rein Ton trouve quelques points seulement , dont la décoloration complète tranche avec la teinte plus ou moins rouge du reste de l’organe. Ces points isolés, souvent au nombre de trois ou quatre dans un même rein, existent le plus ordinairement dans la substance corticale, etsurtout vers la périphérie de l’organe. Essaie-t-on , ainsi que Ta fait le docteur Bright (l), d’injecter en pareil cas les vaisseaux du rein : on voit quel-

(1) Reports of medical cases selectedwith a view of illustrating the symptômes and cure of diseuses by a reference to morbid anatomy , by Richard Bright. London, 1827, in-4°.

quefois l’injection pénétrer le rein comme de coutume, excepté dans les points décolorés, où elle s’arrête, comme si dans ces points il y avait oblitération des vaisseaux.

Au lieu d’une teinte d’un blanc mat , on trouve quelquefois dans les reins, et avec une quelconque des dispositions précédentes , une couleur d’un jaune fauve, soit uniforme, soit mêlée à des points tantôt rouges et tantôt blancs. Je crois que cette teinte insolite n’est qu’un degré d’anémie moins avancé que le précédent.

L’anémie des reins, soit partielle, soit générale, avec teinte ou blanche ou fauve de leur tissu , est accompagnée parfois d’un état de mollesse et de flaccidité de leur substance. Dans d’autres cas , au contraire, en même temps que les reins sont décolorés complètement, ils présentent une fermeté insolite, une induration telle, qu’on serait tenté de croire que leur tissu passe à l’état cartilagineux.

On a long-temps répété que les reins des diabétiquesprésentent, comme altération principale, une pâleur extrême de leur tissu. Je viens de citer tout-à-l’heure un cas dans lequel, à la suite d’un diabète, les reins furent au contraire trouvés dans un état d’hyperémie. Dans un autre cas où la mort survint également pendant le cours d’un diabète, les reins n’étaient pas hyperémiés; mais ils n’étaient pas non plus dans l’état opposé; ils avaient leur aspect normal. Nous verrons plus bas d’autres cas de coïncidence de diabètes avec une hypertrophie du rein. Parmi les observations relatives à des ouvertures de cadavres de diabétiques, qui ont été publiées depuis une dixaine d’années* il n’en est aucune, à ma connaissance, dans laquelle les reins aient présenté cet état d’anémie dont on a tant parlé.

§ II. LÉSIONS DE NUTRITION

On trouve quelquefois les reins beaucoup plus volumineux que de coutume. Sien pareil cas on en examine la substance, on n’y découvre d’ailleurs aucune altération. Celte hypertrophie simple peut exister dans un seul rein ou dans les deux. Lorsqu’un de ces organes manque, ou est plus petit que de coutume , l’autre rein présente souvent un volume insolite. J’ai vu un cas où l’hypertrophie d’un des reins coïncidait avec l’existence de deux artères rénales qui naissaient isolément du même côté de l’aorte. M. Luroth (l) de Strasbourg a recueilli un fait semblable à la clinique du professeur Lobstein. De plus, dans ce cas, le rein hypertrophié, outre ses nerfs ordinaires provenant du ganglion semi-lunaire et du petit splanchnique, recevait plusieurs filets du deuxième ganglion lombaire. L’hypertrophie des reins est une des lésions les plus communes qu’on ait rem contrées dans les cas de diabètes (2).

(1) Répertoire d'anatomie , etc., rédigé par M. Breschet , tom. III.

(2) Oper. cit.

PRÉCIS

Ne faut-il pas rapporter à une exubérance de nutrition des reins ces cas de vices de conformation où ces deux organes se trouvent réunis par une partie intermédiaire^ qui présente une texture analogue à la leur , et est jetée comme un pont en travers de la colonne vertébrale ? Cette espèce de lobe moyen présente dans sa disposition plusieurs variétés. Tantôt c’est une simple bande dont l’intérieur est constitué par une substance rougeâtre , et qui n’a aucun vaisseau particulier. Tantôt ce lobe moyen reçoit des vaisseaux spéciaux qui viennent directement pour lui de l’aorte et de la veine cave , et l’on voit s’en détacher un conduit qui ressemble à un uretère. Ce conduit, double ou simple, va le plus souvent se terminer aux uretères naturels ; d’autres fois il va se terminer dans la vessie. Dans ce dernier cas il y a véritablement un troisième rein surajouté auxdeux autres.

Plusieurs auteurs ont décrit dans le rein des granulations situées au milieu de la substance corticale ; les uns les ont regardées comme des organes sécréteurs de l’urine , les autres comme constituées par un amas de vaisseaux entrelacés. Quoi qu’il en soit de cette double opinion, toujours est-il que des granulations semblables à celles qui ont été décrites dans les reins comme une disposition normale par Malpighi et autres , s’observent quelquefois comme constituant un véritable état morbide. Les reins offrent alors, soit à leur surface externe, soit à la surface des coupes pratiquées à l’intérieur de leur substance, un nombre plus ou moins considérable de granulations, pareilles à celles qu’on rencontre assez souvent dans le foie. Dans ces deux organes , ces granulations ne sont-elles qu’un résultat de l’hypertrophie d’un de leurs éléments anatomiques ? Pour le foie , on peut le soutenir ; pour les reins , de nouvelles recherches sont nécessaires , afin de pouvoir même donner à cette opinion quelque degré de probabilité. Du reste , je ne crois pas que , dans l’état actuel de la science , on puisse dire d’une manière positive ce que sont ces granulations. Ce n’est donc que provisoirement , et par hypothèse , que j’en parle en traitant de l’hypertrophie du rein.

L’état granuleux des reins envahit beaucoup plus souvent leur substance corticale que leur substance tubuleuse. Le docteur Bright (1) , qui a bien décrit cet état , n’a fait représenter les granulations que dans la substance corticale ; cependant j’ai vu un cas où la substance tubuleuse était aussi occupée par elles.

Ces granulations représentent de petits corps blanchâtres , durs , de volume inégal, assez régulièrement arrondis. Tantôt elles sont* peu nombreuses, et disséminées au milieu de la substance du rein , qui n’est pas du reste altérée. Tantôt elles sont pressées les unes à côté des autres, et à peine, dans les intervalles quelles laissent entre elles, retrouve-t-on

(1) Oper. cit.

quelques traces de la substance corticale ; on les voit même s’avancer entre les cônes de substance tubuleuse et en occuper les intervalles. Il est des cas où elles font une saillie notable à l’extérieur de l’organe , et elles sont visibles à travers son enveloppe fibreuse ; d’autres fois elles ne sont apparentes qu’à l’intérieur du rein.

Dans les divers cas d’état granuleux du rein, observés par le docteur Bright, la composition de l’urine était altérée par son mélange avec une certaine quantité d’albumine , et il y avait en même temps hydropisie, sans que le cœur ni le foie fussent altérés. Avant que M. Bright n’eût fait connaître le résultat de ses recherches sur ce sujet (1827), j’avais publié dans le tome III de la Clinique médicale (paru en 1 826) une observation d’état granuleux du rein coïncidant avec une hydropisie , sans altération appréciable d’aucun autre organe (l). Il est d’ailleurs assez difficile de se rendre compte comment un pareil état du rein peut donner lieu à la formation d’une hydropisie.

Nous venons de passer en revue les principales variétés d’hypertrophie que les reins peuvent présenter : ces organes sont aussi susceptibles de s’atrophier. Celte atrophie doit être distinguée en celle qui , frappant la totalité de l’organe , en produit nécessairement la diminution de volume, et en celle qui , n’ayant lieu que dans une partie de sa substance , coïncide également avec la conservation , la diminution ou l’augmentation normale du rein.

L’atrophie générale du rein ne présente d’autre caractère anatomique qu’une diminution de son volume ; cette atrophie peut exister dans les deux reins ou être bornée à un seul. Chez un individu qui mourut à la Charité sans avoir jamais présenté aucun signe de lésion des voies urinaires , je trouvai les reins d’un volume fort inégal. L’un d’eux avait ses dimensions ordinaires ; mais l’autre offrait à peine la grandeur du rein d’un fœtus qui vient de naître; sa structure n’était d’ailleurs nullement altérée. L’artère et la veine de son côté étaient sensiblement plus petites que les mêmes vaisseaux du côté opposé.

J’ai vu, dans quelques cas, cette atrophie générale du rein coïncider avec l’existence d’une tumeur qui le comprimait, ou d’un foyer de suppuration formé autour de lui. Je l’ai trouvé réduit à un très-petit volume chez une femme qui portait une énorme tumeur hydatique entre le foie et le rein. Celui-ci était caché pat la tumeur, et l’on crut d’abord que c’était le rein lui- même qui la constituait (2). En pareil cas il est bien évident que l’atrophie du rein est acquise, soit quelle résulte d’une compression toute mécanique, semblable à celle qui atrophie un os que presse un anévrysme, soit qu’elle dépende de ce que la nutrition, devenue plus

(1) Clinique Médicale, tom. III, pag. 567 (lre édition).

(2) Voyez les détails de ce fait dans la Clinique Médicale.

PRECIS

active ou se dérangeant d’une manière quelconque dans les parties qui l’environnent, devient par cela même moindre dans la substance même du rein. Dans d’autres cas, coilimc dans celui que j’ai cité dans le précédent paragraphe , il est impossible de décider si l’atrophie du rein s’est réellement développée après la naissance , ou si elle n’-est pas congénitale.

Il est enfin des cas où non-seulement un des reins se montre beaucoup plus petit que de coutume, mais où l’on ne trouve plus aucune trace de l’un de ces organes. J’ai vu deux cas de ce genre. L’un me fut présenté par une femme de soixante ans, qui succomba à une péritonite chronique, avec abcès dans les ovaires et tubercules dans les poumons. Le rein droit présentait son aspect habituel ; mais vainement chercha-t-on le rein gauche : il n’y en avait aucun vestige. Sa place ordinaire était occupée par le colon descendant. L’artère rénale gauche manquait complètement. Cherché à la surface interne de l’aorte, son orifice même n’existait point. Cependant on trouvait à sa place ordinaire la capsule surrénale gauche bien développée ; ainsi l’existence de cette capsule n’est pas nécessairement liée à celle du rein.

L’autre individu chez lequel je n’ai non plus trouvé qu’un seul rein , était un jeune homme de vingt-trois ans, qui entra à l’hôpital avec une hydropisie, dont la cause organique fut vainement cherchée. Un érysipèle phlegmoneux de la cuisse droite, terminé par gangrène, l’entraîna au tombeau. Le péritoine contenait une abondante sérosité limpide ; il y en avait une petite quantité dans la plèvre et dans le péricarde ; tout le tissu cellulaire sous-cutané, et une grande partie du tissu cellulaire sous-muqueux du tube digestif, étaient infiltrés de sérosité. État sain des poumons, du cœur, des gros vaisseaux, du canal thoracique, du foie et de la rate. Au contraire, l’appareil urinaire était loin d’être dans son état normal. Le rein droit était remarquable par son volume ; sa substance corticale était remarquable par son extrême pâleur, et de plus, on y découvrait un certain nombre de ces granulations blanchâtres précédemment décrites ; disposées à la suite les unes des autres, elles constituaient par leur assemblage des séries de lignes droites qui de la périphérie du rein se rendaient vers la base des cônes de substance tubuleuse. La substance de ce rein était généralement molle. Le rein gauche manquait complètement. A la surface interne de l’aorte, là où l’artère rénale prend ordinairement naissance, on apercevait un très-petit orifice d’où naissait un vaisseau presque capillaire qui allait se perdre dans le tissu cellulaire, qui occupait la place du rein. A la surface interne de la vessie, dans le point où s’ouvre ordinairement l’uretère gauche, on trouvait, comme dans l’aorte, l’orifice très-petit d’un conduit qui, à peine né, se terminait en cul-de-sac. Je n’ai pas noté dans ce second cas l’état de la capsule surrénale.

Je n’ai voulu omettre aucun des détails qu’on vient de lire, parce que tous me semblent avoir quelque portée. L’indépendance d’existence de la

capsule surrénale, l’absence complète d’une des artères rénales, dans un cas, son état rudimentaire dans l’autre cas, l’état également rudimentaire de l’uretère qui avait commencé à se développer du côté de la vessie, sont autant de circonstances dignes de remarque. Quant à l’état du seul rein qui existât, dans un cas il était sain; dans l’autre, il était granuleux , et c’est .seulement dans ce second cas qu’il y eutunehydropisie, dont aucune autre lésion ne put rendre compte.

Il est encore un autre cas, plus commun que les précédents, dans lequel on ne trouve non plus qu’un seul rein, mais il n’est pas à sa place accoutumée : il est couché au-devant de la colonne vertébrale. Dans tous les cas de ce genre que j’ai eu occasion d’examiner, celte existence d’un seul rein n’était qu’apparente, et l’on pouvait plus ou moins facilement y retrouver les éléments de deux reins rapprochéset confondus surlaligne médiane. C’est le cas des monstres cyclopes, chezlesquels, dans une seule cavité osseuse, située aussi sur la ligne médiane, on peutpresque toujours retrouver les deux éléments de deux yeux confondus en un seul.

A-t-on quelquefois observé chez l’adulte une absence complète des deux reins? Je n’en connais qu’un exemple, qui a été rapporté par Klein, et encore ce cas n’est-il pas bien concluant : il me semble plutôt indiquer un simple état rudimentaire de ces organes. Klein dit en effet avoir vu un cas où les deux uretères se terminaient à leur extrémité supérieure, en se divisant chacun en trois ou quatre petits culs-de-sac, sans existence du parenchyme rénal autour d’eux. Il eût été bien intéressant de savoir si ces reins, qui paraissaient réduits à leur appareil d’excrétion, fournissaient encore de l’urine.

Chez les fœtus même, dont le développement s’accomplit d’une manière anormale, les reins se retrouvent presque toujours. Ils existent alors en l’absence de la plupart des autres organes , et leur absence est beaucoup plus rare, par exemple, que l’absence du cœur ou du foie. Il est des fœtus acéphales chez lesquels, dans les trois grandes cavités, il n’y a d’autre organe distinct qu’un intestin rudimentaire et l’appareil urinaire. Toutefois Fleishmann a rapporté un cas d’absence complète de cet appareil, chez un fœtus âgé de sept mois, qui n’avait en même temps tii anus, ni organes génitaux , ni membres inférieurs , mais chez lequel le cœur , le foie , et tout le tube digestif jusqu’au-dessus de l’anus , étaient bien conformés.

Les reins présentent quelquefois un vice de situation qui pourrait en imposer pour une absence de* ces organes : c’est lorsque l’un d’eux est situé dans l’hypogastre, sur les parties latérales de la vessie. J’ai vu un cas de ce genre : l’artère rénale ne naissait plus en son lieu accoutumé, elle était fournie par l’artère hypogastrique; l’uretère , très-court, allait s insérer, comme d’ordinaire, à l’un des angles du trigone vésical. La circonstance la plus remarquable de cette observation est sans doute le lieu

de la naissance de l’artère qui se distribuait au rein. Elle prouve que le point de l’arbre circulatoire d’où se détache une artère importe peu au développement et à l’accomplissement des fonctions de l’organe auquel cette artère se distribue (l). Est-ce d’ailleurs cette naissance insolite de l’artère qui détermina la situation insolite du rein? c’est ce que ne manqueraient pas d’affirmer les personnes qui pensent que le développement d’un organe, ainsique le lieu qu’il occupe, sont subordonnés à l’existence et à la position des artères qui lui apportent le sang. J’ai déjà agité cette question, qui me semble à peu près insoluble ; car on pourrait également soutenir que c’est parce que le rein s’est développé dans l’hypogaslre, que l’artère hypogastrique a donné naissance à la rénale ; mais, dans l’une et l’autre opinion, l’on ne s’appuierait que sur une hypothèse.

Arrivons maintenant au cas où l’atrophie des reins, au lieu d’être générale, n’est que partielle et ne porte que sur une de leurs substances. Les cônes de substance tubuleuse ne deviennent, à ma connaissance, le siège de cette atrophie que lorsque, comme dans le cas de Klein rapporté plus haut, les reins sont réduits à n’être plus constitués que par le bassinet divisé en quelques culs-de-sac. La substance corticale, au contraire, s’atrophie assez fréquemment d’une manière isolée. Alors, les cônes de substance tubuleuse touchent par leur base l’enveloppe fibreuse du rein, ou bien elle n’en est séparée que par une couche très-mince de l’autre substance; entre ces cônes existent des enfoncements, qui sont le résultat de la disparition de la substance corticale. Dans ce cas, le rein de l’adulte semble rétrograder vers l’état dans lequel se trouve lerein chez le fœtus; d’autres fois on peut admettre qu’arrêté dans son développement, le rein n’est jamais sorti de cet état rudimentaire.

Au lieu d’être simplement augmentées ou diminuées de nombre, les molécules qui constituent le parenchyme du rein peuvent être altérées dans leur consistance : de là, pour le rein, comme pour tous les autres organes, un état de ramollissement et un état d'induration.

Le ramollissement du rein coïncide souvent avec une hyperémie plus ou moins considérable de sa substance ; la coexistence de cette augmentation de friabilité et d’un afflux sanguin insolite annonce dans le rein un travail d’irritation; et ici les symptômes peuvent aider à confirmer cette sorte de diagnostic anatomique. Quelquefois, en effet, j’ai trouvé les reins d’un rouge intense et presque pulpeux (le doigt s’y enfonçait comme dans certaines rates très-molles) chez des individus qui , plus ou moins long-temps avant leur mort, avaient éprouvé des douleurs à la région

(1) S’il en est ainsi, pourquoi l’artère spermatique naît-elle de l’aorte si loin du lieu où existe le testicule ? A cela la réponse est facile : c’est qu’il y a une époque où le testicule se trouve précisément situé tout près du point d’origine de l’artère spermatique.

des reins et avaient rendu des urines sanguinolentes ou purulentes. J’ai rerfconlré ce ramollissement rouge porté au plus haut degré chez un homme dont les reins contenaient de gros calculs. J’ai également vu ce même ramollissement coïncider avec diverses altérations chroniques de la vessie, telles qu’épaississement et coloration brune de sa membrane muqueuse, sécrétion puriforme de ses follicules, etc. D’après ces faits, le ramollissement rouge des reins doit être considéré, dans l’état actuel de la science , comme un des caractères anatomiques de la néphrite.

Il est une autre espèce de ramollissement, dans lequel la substance du rein, en même temps qu’elle est ramollie, est remarquable par son extrême pâleur ou par une teinte grise insolite. J’ai trouvé ce ramollissement, avec décoloration de la substance du rein , chez des individus dont les voies urinaires n’avaient pas offert le moindre signe de maladie. Quelle en est la nature? quelles en sont les causes ? Un travail d’irritation en est-il encore le point de départ? on peut le supposer; mais on ne saurait le prouver. Attendons à cet égard que de nouvelles recherches viennent nous éclairer.

L’induration de la substance du rein présente deux especes, comme son ramollissement : une induration avec hyperémie , et une induration avec décoloration du tissu rénal. La première espèce est le plus souvent accompagnée d’un état d’hypertrophie de l’organe; la seconde espèce peut coïncider avec une augmentation de volume du rein ; mais d’autres fois , au contraire, ce volume est diminué. L’induration blanche du rein offre deux degrés : dans l’un sa substance est seulement beaucoup plus ferme que de coutume; mais elle a encore sa structure normale. Dans un autre degré , qui semble n’être que l’exagération du précédent, le tissu du rein est devenu tellement dur, tellement serré, et il -est en même temps si complètement décoloré, qu’il semble passer à l’état cartilagineux. J’ai rencontré quelquefois ce Second degré d’induration borné à deux ou trois cônes de substance tubuleuse ; cette substance était d’une densité remarquable, d’un blanc nacré, et toutefois l’on y distinguait encore les canaux parallèles et contigus qui la constituent en partie.

& III. LÉSIONS DE SÉCRÉTION

Sous ce titre je comprends , comme pour les autres organes , les divers produits morbides qui semblent se déposer dans le parenchyme du rein par un procédé analogue à celui qui , dans toute molécule vivante , donne naissance à l’exhalation perspiratoire. Ce n’est donc point des altérations de l’urine qu’il s’agit ici ; j’en traiterai plus tard. Ces produits morbides sont les suivants :

1° Sérosité. À la place d une partie de la substance corticale du rein

PRÉCIS

on trouve assez souvent de petits kysles à parois séreuses , qui adhèrent faiblement au tissu rénal, et qui contiennent un liquide limpide et incolore. Ordinairement peu considérables <el faisant une légère saillie audessus du niveau de la surface extérieure du rein , ces kystes sont susceptibles d’acquérir parfois un énorme développement. A mesure qu’ils s’accroissent, le parenchyme du rein s’atrophie, et il arrive souvent qu’à sa place l’ouverture des cadavres ne montre autre chose qu’une vaste poche séreuse, dont la cavité est fréquemment divisée en plusieurs loges. Dans tout cela, quel rôle joue l’irritation? aucun qui soit démontré. Loin d’admettre en pareil cas un travail antécédent d’irritation , il y aurait peutêtre plus de raisons physiologiques ou anatomiques pour supposer que la transformation partielle ou générale du rein en kystes séreux est le produit d’une diminution dans l’activité normale de la nutrition de l’organe. J’en dirai autant de quelques cas dans lesquels, en certains points de la périphérie du rein , où extérieurement existait une dépression notable , j’ai trouvé des masses d’un tissu cellulaire dense , de plusieurs lignes d’épaisseur , qui présentait parfois tous les caractères du tissu fibreux : on eût dit d’une cicatrice.

2° Matière grasse. J’ai trouvé quelquefois des reins dont la substance corticale, pâle ou jaune, graissait notablement le scalpel avec lequel on l’incisait. Pour produire cette sécrétion morbide, y a-t-il eu sthénie ou asthénie? vraisemblablement pas plus l’une que l’autre ; ou bien si vous admettez, par exemple, que l’irritation l’a produite, accorder au moins qu’il y avait chez l’individu prédisposition spéciale.

3° Matière purulente. On sait depuis long-temps que des abcès peuvent se former dans le rein d’une manière aiguë ou chronique. Tantôt ces foyers purulents sont peu considérables, et le parenchyme de l’organe en est à peine altéré ; tantôt , au contraire , on ne trouve plus , à la place du rein , qu’une poche remplie de pus; cette poche, le plus souvent multiloculaire, peut être plus volumineuse que le rein lui-même, et produire une tumeur appréciable à travers les parois abdominales. D’autres fois , au contraire , le rein, transformé en un kyste purulent, est en même temps singulièrement diminué de volume. Je n’ai rencontré ce dernier cas que lorsque, autour du rein malade, existait un foyer de suppuration dans le tissu cellulaire, ou une péritonite partielle qui avait comme emprisonné le rein au milieu de pseudo-membranes épaisses. Lorsque la poche purulente est multiloculaire, les cloisons qui la divisent en plusieurs loges sont souvent constituées par un tissu dur, comme lardacé, dans lequel on ne reconnaît aucune trace du tissu normal du rein.

Le pus, formé dans le rein , peut sortir du parenchyme de cet organe, et arriver soit au dehors, à travers les lombes, soit dans l’uretère , soit dans la cavité dupéritoinc. Quelquefois même on a vu desabcèsdes reins communiquer avec l’intérieur du colon.

Au lieu d’y être rassemblé en foyer, le pus formé dans le rein ne fait, dans certains cas, qu’en infiltrer la substance. On trouve alors dans cette substance plusieurs points décolorés, dont on exprime plus ou moins facilement une matière puriforme. Ces points constituent au milieu du parenchyme des masses blanchâtres, assez semblables à des masses tuberculeuses ; aussi les a-t-on souvent décrites sous ce dernier nom. L’existence de cette infiltration purulente des reins, bornée ainsi à un certain nombre de points circonscrits, coïncide quelquefois avec la présence de foyers purulents, 1° dans d’autres organes; 2° dans les veines. Entr’autres cas de ce genre que je pourrais rapporter ici, je citerai celui d’un garçon de seize ans, dont la fosse iliaque droite était le siège d’un vaste abcès avec dénudation de l’os. Un caillot ancien, mêlé à une matière noirâtre, tout-à-fait différente de la fibrine , remplissait la veine cave inférieure, dont les parois étaientnotablement épaissies. Dansl’un des reins existait une masse blanchâtre , qui n’était évidemment autre chose que le tissu du rein infiltré de pus. Je citerai encore un autre cas bien remarquable, récemment recueilli à l’hôpital Beaujon , dans le service de MM. Marjolin et Blandin (l). Le sujet de cette observation était un maçon, âgé de vingt-cinq ans , qui fit une chute dans laquelle il se fractura la colonne vertébrale, vers le milieu de la région lombaire, ainsi que l’un des avant-bras. Les jours suivants, alternative de rétention et d’incontinence d’urines, suppuration abondante dans l’avant-bras fracturé, deux ulcérations à la région lombaire et au sacrum, langue sèche et noire , petitesse du pouls, mort quatre jours après l’accident. A l’ouverture du cadavre, on trouva la moelle rouge , ramollie et entourée d’une couche purulente vers la région lombaire , une vaste suppuration dans le membre thoracique gauche, du pus dans les veines lombaires et dans la veine rénale gauche, qui passait chez ce sujet entre l’aorte et le rachis. Ces veines contenaient non-seulement du pus dans leur cavité , mais encore ce liquide était infiltré dans l’épaisseur de leurs tuniques. La veine cave inférieure était remplie d’une espece de détritus rougeâtre qui ne ressemblait en rien aux caillots ordinaires. De plus on trouva et dans le poumon gauche et dans le rein du même côté , des masses isolées du reste de l’organe , les unes rouges, les autres jaunes ou blanchâtres. C’étaient manifestement des portions circonscrites de ces deux organes, dont les unes n’étaient encore que le siège d’une hyperémie considérable, et dont les autres étaient déjà infiltrées de pus.

4° Matière colloïde ou gêlatiniforme. J’ai trouvé une fois toute la substance corticale d’un rein transformée en une matière semblable à une gelée bien prise ou à une forte dissolution d’amidon. Aucun signe de maladie des voies urinaires n’avait annoncé cet état.

(1) Journal hebdomadaire , tom. II, pag. 75 ; Observation recueillie par M. Gillette.

PRÉCIS

S° Matière encêphaloïde. Son existence dans le rein a été plus d'une fois constatée. Tantôt elle y forme de petites masses qui ne modifient ni la forme, ni le volume de l’organe, etqui sont, ou non, visibles à son extérieur. Tantôt celte même matière constitue dans le rein des tumeurs considérables, qui donnent à cet organe un volume beaucoup plus considérable que son volume naturel. J’ai vu un cas où l’un des reins, transformé presque dans sa totalité en matière encêphaloïde , était devenu au moins aussi gros que le lobe droit du foie. La tumeur qui en résultait paraissait surtout pendant la vie occuper l’hypochondre gauche, et elle avait été prise pour une tumeur de la rate.

La matière encêphaloïde existe souvent dans les reins , sans qu’on en trouve en même temps dans d’autres organes ; le Cas contraire peut cependant arriver. Tantôt elle paraît comme une matière déposée au milieu de l’organe, dans son parenchyme même ; tantôt elle se présente sous un autre aspect, et son origine peut être moins appréciée; deux fois en effet, en examinant avec quelqu’ attention des reins remplis de masses encéphaloïdes, j’ai trouvé d’abord que la veine rcnale contenait un sang coagulé, en partie décoloré, d’une friabilité remarquable en plusieurs points, et semblable à un pus sanieux en quelques autres. Ge sang altéré se retrouvait dans un grand nombre de ramifications de la veine, et enfin, là où d’abord je n’avais vu autre chose qu’une masse morbide qui avait remplacé le tissu du rein, une dissection plus minutieuse me fit reconnaître une grande quantité de petits vaisseaux que remplissait une matière semblable à celle qui existait dans la veine rénale. G’étaient ces vaisseaux agglomérés et remplis d’un sang altéré qui paraissaient constituer au moins la plus grande partie des masses encéphaloïdes. Nous avons déjà vu que telle était aussi la nature de plusieurs de ces masses dans d’autres organes, tels que le poumon, le foie, la rate. En voyant le même fait se reproduire ainsi, nous lui accorderons nécessairement plus de valeur. J’ai vu un cas où en même temps que le foie, la rate , les ganglions lymphatiques prévertébraux , et enfin le rein droit , contenaient en grand nombre de ces masses encéphaloïdes, la veine cave inférieure, la veine porte, la veine splénique, enfin la veine rénale droite, et de plus les veines iliaques primitives, iliaques externes et fémorales, contenaient un sang coagulé, ayant en certains points une teinte lie de vin, complètement décoloré en d’autres points. M. Bouillaud a vu un cas à peu près semblable ; le rein droit, gros comme la moitié d’un foie ordinaire, représentait une tumeur qui s’étendait depuis la fosse iliaque jusqu’au foie. De la matière encêphaloïde avait presque partout remplacé sa substance. La veine cave était distendue par une matière pultacée de couleur lie de vin , à peu près analogue à la substance qui occupait le rein. Une matière semblable remplissait les veines émulgentes. Les grosses veines du bassin et des membres inférieurs étaient complètement oblitérées par des caillots

fîbrinéux, blanchâtres, et de consistance pultacée. Parmi les nombreuses interprétations qui pourraient être données des faits que nous venons de citer, une de celles qui se présentent, ne serait-ce pas de penser que ce même sang coagulé, qui remplissait les grosses veines dans plusieurs des cas précédents, était la matière qui , accumulée dans des vaisseaux d’un moindre calibre, y produisait la substance encéphaloïde ? Déjà dans d’autres endroits de cet ouvrage nous avons posé cette question, à laquelle les faits précédents nous ont encore ramenés.

6° Matière tuberculeuse .' Son existence dans les veines est assez rare : elle ne s’y montre le plus ordinairement que dans les cas où il y en a aussi dans d’autres organes. Je ne me rappelle avoir rencontré qu’une seule fois une grosse masse tuberculeuse dans un des reins, sans qu’il y en eût en même temps ailleur^. Les tubercules des reins peuvent .se développer plus particulièrement : 1° dans la substance corticale; 2° dans la substance tubuleuse; 3° immédiatement autour des calices et du bassinet qu’ils entourentsous forme de couche. Je ne sache pas qu’on ait encore vu de tubercule , développé dans le parenchyme du rein , se frayer un espace à travers les parois du bassinet, et être expulsé au-dehors avec l’ovaire ; mais ce cas peut se présenter.

On trouve quelquefois dans les reins, soit seule, soit mêlée à d’autres altérations, une substance blanche, de consistance variable, qui ressemble beaucoup au tubercule, et qui cependant ne paraît pas être de même substance que celle à laquelle, dans le poumon, par exemple, on a donné ',enom. 11 est de ces variétés d’altérations qui constituent en quelque sorte des individualités, pour lesquelles une description générale ne suppléera jamais à une observation particulière. En voici un cas, que je crois en conséquence devoir rapporter dans tous ses détails.

Une femme de moyen âge meurt à la Charité avec tous les symptômes de la phthisie pulmonaire. On trouve en effet des cavernes dans les poumons , avec un épanchement pleurétique d’un côté. Les ganglions lym-* phatiques du bassin sont tuméfiés; leur tissu est homogène, dur, d’un blanc nacré. Ils représentent par leur assemblage de volumineux chapelets. De plus, le rein gauche offre l’état suivant :.la substance corticale, tant celle qui existe à la périphérie de l’organe que celle qui se prolonge entre les cônes de substance tubuleuse, paraît d’abord saine ; cependant en l’examinant avec plus d’attention on aperçoit épars ça et là dans son intérieur de petits grains blancs, dont les uns sont sphériques, et les autres oblongs; plusieurs sont placés à la suite les uns des autres, constituant comme.de petites traînées dé granulations blanches et assez dures, étendues depuis la base de quelques-uns des cônes de la substance tubuleuse jusqu’à l’extérieur du rein. Ces granulations ne ressemblent pas à celles dont M. Bright a donné la description; si on peut les comparer à quelque chose, c’est à une sorte de pus concret. Trois cônes de substance tubuleuse sont entière*

ment transformés en une substance nouvelle , composée elle-même (le deux parties : la plus extérieure, qui occupe la périphérie du cône, est d’un blanc nacré, homogène, dure, tout-à-fait semblable à la matière qui dans les ganglions pelviens a remplacé leur tissu naturel. Vers la partie moyenne de ces mêmes cônes on trouve une matière d’un blanc jaunâtre, demi-fluide, assez semblable à du plâtre délayé dans l’eau. Cette substance plâtreuse existe encore, sous forme de plaques, autour de plusieurs calices et du bassinet. Elle les sépare du tissu propre du rein.

7° Entozoaires. Outre quelques cas où des acéphalocystes ont été trouvés dans les reins, je rappellerai les cas, très-rares chez l’homme, mais plus communs chez les animaux , et en particulier chez le chien, où les reins sont transformés en une vaste poche , au milieu de laquelle existe un entozpaire de la même classe que l’ascaride lombricoïde , présentant une organisation aussi parfaite que ce dernier, et que l’on connaît sous le nom de slrongle.

ARTICLE II

MALADIES DES VOIES DEXCRÉTION DE l’üRITVE.

Ces maladies peuvent avoir leur siège dans les calices, le bassinet, les uretères, la vessie et l’urètre. Les maladies de cette dernière partie de l’appareil étant du domaine exclusif de la chirurgie, nous ne nous en occuperons que légèrement.

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