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I. HYPERÉMIE AU PREMIER DEGRÉ; OU SANS ÉPANCHEMENT DE SANG

L’existence de cette hyperémie n’est pas toujours facile à bien apprécier ; cela vient de ce que, dans l’axe cérébro-spinal comme dans les cordons nerveux, l’injection varié, sans qu’il y ait état morbide, 1° suivant les parties que l’on examine ; 2° dans une même partie, suivant diverses circonstances, telles qup l’âge, la maladie qui a eu lieu, le genre de mort. I! faut donc que nous arrêtions d’abord notre attention sur ces causes de variétés d’injection (1).

(1) Cazauvieilh, Recherches anatomico-physiologiques sur l'encéphale consi-

Examinerons-nous d’abord sous ce point de vue les deux substances qui entrent dans la composition des centres nerveux? Nous trouverons que chacune de ces substances, examinée en des points différents, présente dans sa coloration des nuances assez remarquables, qui ne sauraient être regardées comme des états pathologiques , et qui dépendent du nombre ou de la grandeurdesvaisseaux dans ces différents points. Ainsi, par exemple , la substance grise qui revêt les hémisphères cérébraux se montre ordinairement plus injectée dans les anfractuosités que sur les circonvolutions. Comparée dans les hémisphères à la substance blanche , la substance grise paraît en général beaucoup moins vasculaire, ou du moins les vaisseaux y sont infiniment moins apparents.

Chez l’adolescent et chez l’adulte, la couleur de la substance grise des hémisphères a été comparée par M. Cazauvieilh à la couleur que présente une légère décoction de café mélangée avec beaucoup de lait. Des points 4 rouges qui résultent de la déchirure des vaisseaux méningo-céphaliques en parsèment la surface libre, et son intérieur est traversé par un certain nombre de ramuscules vasculaires. Chez le vieillard la substance grise des hémisphères pâlit et devient plus cendrée; puis, dans la vieillesse avancée, celte substance acquiert une légère teinte jaunâtre. Toutefois il est des individus, encore peu avancés en âge, chez lesquels se montre prématurément cette même teinte jaune. Du reste, dans la substance corticale des hémisphères existent trois couches distinctes par leur couleur, et que l’on peut facilement apercevoir par une coupe horizontale faite à une circonvolution. La première est d’un gris blanchâtre; la seconde, trèsmince, semblable à une bandelette, est d’un blanc sale; la troisième enfin , qui est la plus épaisse , est d’un gris de plomb ; c’est dans celte dernière couche que les vaisseaux sont ordinairement le plus apparents. Il résulte des recherches de M. Cazauvieilh, que la couche intermédiaire, très-peu vasculaire, n’est pas également visible dans tous les cerveaux, ni dans toutes les circonvolutions d’un même cerveau : or, qui sait quelle peut être l’importance du plus ou moins grand développement de cette couche, soit dans l’état de santé, soit dans l’état de maladie? La couleur delà substance blanche des hémisphères est d’un blanc de lait chez l’adolescent et chez l’adulte.

A dater de cinquante ans cette couleur devient de plus en plus male , et enfin dans la vieillesse la substance blanche tend, comme la grise, à devenir légèrement jaunâtre.

Cette substance contient plus de vaisseaux chez l’enfant que chez l’adulte, et chez l’adulte que chez le vieillard ; d’où il suit qu’un cerveau de

dérê chez l’adolescent , l’adulte et le vieillard. Cette excellente thèse , soutenue à la Faculté de Médecine de Paris , en 1827, m’a fourni la plupart des faits relatifs aux variétés de coloration de l’encéphale suivant les âges.

vieillard, qu’on trouverait injecté comme celui d’un enfant, devrait être considéré comme étant dans un état morbide. Du reste, il est quelques points de la substance blanche des hémisphères, comme en avantde labase des couches optiques et en dehors du nerf de ce nom, où normalement l’on trouve de gros vaisseaux pleins de sang , dont la présence en d’autres points constituerait un état pathologique.

Dans les couches optiques, l’écorce blanche extérieure doit être normalement d’un blanc plus pur que ne l’est la substance des hémisphères ; de petits vaisseaux, pleins de sang, rampent quelquefois à sa surface, sans qu’il y ait pour cela maladie. La substance grise intérieure estpâle et rosée en quelques points, chez les adolescents ; plus tard, elle devient d’un gris plus foncé, et enfin chez le vieillard elle présente une légère teinte jaunâtre. #

Dans les corps striés, la substance grise extérieure doit être normalement plus foncée que la substance grise intérieure des couches optiques. On y remarque de petites plaques rosées, et quelques points rouges ; des vaisseaux assez considérables la parcourent. La substance blanche de ces corps est moins vasculaire que leur substance grise ; toutes deux prennent dans la vieillesse une teinte jaunâtre.

Le corps calleux a une couleur d’un blanc un peu moins pur que la partie médullaire des hémisphères. Il contient généralement très-peu de sang, de telle sorte que, lorsqu’en l’incisant, on en voit suinter un certain nombre de gouttelettes sanguines , on n’observe plus un état tout-à-fait normal.

La voûte à trois piliers est infiniment peu vasculaire; aussi doit-on la trouver d’un blanc uniforme. Il en est de même des tubercules mamillaires, et ûe l’enveloppe blanche des cornes d’Ammon.

Le cervelet présente à l’intérieur une teinte d’un gris rougeâtre, qui dépend peut-être de la position déclive qu’occupe ordinairement le cervelet dans les cadavres. Je ne sache pas qu’on ait constaté si sur les animaux vivants la substance corticale du cervelet est aussi plus colorée que celle des hémisphères cérébraux. Quant à la substance blanche du cervelet, elle est ordinairement parcourue par moins de vaisseaux que ne l’est la substance blanche des hémisphères cérébraux. Cependant, aux environs du corps rhomboïdal, il est assez ordinaire de trouver de gros vaisseaux qui laissent échapper, à l’incision, le sang qui les distend.

La protubérance annulaire est en général parsemée de points rouges moins nombreux et surtout moins volumineux que ceux que l’on trouve dans les hémisphères cérébraux. La substance blanche qui la compose est combinée avec une autre substance dont la couleur est d’un gris pâle, d’un gris noir, ou d’un gris tirant sur le jaune, suivant les âges.

Les tubercules quadrijumeaux offrent, dans l’état naturel, une teinte d’un blanc moins net que d’autres parties du cerveau également compo-

sées à l’extérieur de substance médullaire ; à leur intérieur la substance grise présente une teinte rougeâtre.

Il est très-commun de trouver rouge la glande pituitaire , surtout dans sa partie antérieure. Il m’est arrivé quelquefois d’y rencontrer épanchée une matière semblable à de la lie de vin, chez des individus qui n’avaient présenté aucun symptôme cérébral. Était-ce un état pathologique?

La substance blanche de la moelle épinière est ordinairement d’un beau blanc laiteux, on n’y voit qu’un assez petit nombre de points rouges. La substance grise centrale est souvent légèrement rougeâtre.

Chez les individus qui succombent à une maladie aiguë, les différentes parties de l’axe cérébro-spinal sont plus injectées que chez ceux qui meurent à la suite d’une maladie chronique. Un même degré d’injection devrait donc être considéré comme un état pathologique dans le second de ces cas, et comme un état sain dans le premier. Cette injection est aussi beaucoup plus prononcée dans les cas où les malades sont morts dans un état d’asphyxie.

Enfin, après la mort, deux causes peuvent rougir d’une manière notable la masse encéphalique. L’une de ces causes est l’exposition prolongée du cerveau à l’air, lorsqu’on l’a dépouillé de ses membranes, ou qu’on en a coupé quelques tranches ; la seconde de ces causes, c’est la posiiion déclive à laquelle le crâne peut se trouver soumis. Toutes les fois que j’ai examiné le cerveau sur des cadavres dont le tête avait été maintenue pendante durant un certain nombre d’heures, j’ai trouvé la substance médullaire du cervean parsemée d’un très-grand nombre de points rouges. C’est là l’hyperémie par hypostase, dont il a été déjà question en d’autres endroits de cet ouvrage.

L’axe cérébro-spinal peut donc présenter, comme toutes les autres parties du corps, divers degrés d’injection et de rougeur, qui sont indépendantes d’un état de maladie, et à la production desquels l’irritation ne concourt en aucune manière. Étudions maintenant les cas où, sous l’influence d’un travail d’irritation, la substance nerveuse vient à s’hyperémier. Il en résulte pour cette substance des colorations qui diffèrent etpar leurs formes et par leurs nuances.

La plus commune de ces colorations est la coloration rouge. On doit en admettre deux espèces : 1° une coloration rouge pointillée ; 2° une coloration rouge uniforme.

La rougeur pointillée de l’encéphale est surtout remarquable dans la substance médullaire; on dirait, en pareil cas, dit M. Lallemand, que des grains de sable rouge ont été déposés sur une surface blanche ; aussi donne-t-il à celte rougeur pointillée le nom injection sablée. Cette rouge*ur n’est que l’exaspération du pointillé que présente si souvent, sans état morbide, la substance blanche de l’encéphale.

La rougeur pointillée peut être générale ou partielle ; elle se montre 2 18

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souvent très-prononcée autour des épanchements de sang. Lorsqu’elle est très-intense, elle donne à la substance nerveuse une teinte rosée, et on la voit alors tendre à passer à l’état de coloration rouge uniforme.

Cette espèce de rougeur ne peut être décidément considérée comme le résultat d’une hyperémie active du cerveau que lorsqu’elle est très-prononcée, et encore, dans ce cas même, faut-il toujours avoir égard aux circonstances au milieu desquelles la mort est survenue, ainsi que nous l’avons dit plus haut.

La seconde espèce de coloration rouge du cerveau, ou la rougeur uniforme, est, bien plus rarement que la précédente, le signe anatomique d’une hyperémie active. Cette rougeur n’est jamais générale ; elle peut exister dans l'une ou dans l’autre des deux substances qui composent l’axe cérébro-spinal. Dans la substance blanche elle ne se montre que rarement ; dans la plupart des cas où on l’y a observée, c’était au voisinage d’un épanchement de sang ancien ou récent. Elle peut cependant exister dans la substance blanche sans qu’il y ait eu hémorrhagie. Cette substance présente alors tantôt une couleur rose peu intense , tantôt une teinte d’un rouge foncé , qui parfois a pu être exactement comparée à la teinte du bois d’acajou. La rougeur uniforme peut aussi exister dans la substance corticale; elle présente alors soit une teinte d’un gris plus rougeâtre que de coutume , soit une couleur rouge écarlate. Cette rougeur avec ses divers degrés a été vue , 1° dans la substance grise des circonvolutions, tantôt les occupant toutes , tantôt bornée à quelques-unes; 2° dans la substance grise disséminée en divers points de la masse cérébro-spinale.

En raison de ses diverses nuances, la rougeur uniforme de la substance cérébrale a été désignée sous les noms de couleur rouge amaranthe, violette, lie de vin, chocolat, teinte d’acajou. D’autres fois cette rougeur devient brune ou verdâtre ; d’autres fois enfin on trouve certaines parties du cerveau, celles surtout qui entourent des foyers apoplectiques, teintes en diverses nuances de jaune. Mais comme on voit souvent en un même endroit du cerveau cette couleur jaune se transformer insensiblement en diverses nuances de rouge, il faut enconclure quecette couleur jaune appartient, comme la rouge, aune injection sanguine. Pour que ces diverses nuances de coloration aient lieu, que faut-il d’ailleurs autre chose que de simples changements dans la proportion de la matière colorante du sang ?

Nous avons déjà vu, dans plusieurs tissus, la teinte rouge de l’irritation aiguë se transformer, sous l’influence de diverses causes, en une teinte brune, ou ardoisée. La même chose a lieu quelquefois dans le cerveau. M. Billard, dont le nom se rattache à tant d’intéressantes recherches sur l’anatomie pathologique, a constaté l’existence de cette teinte ardoisée dans la substance corticale des hémisphères cérébraux chez deux individus qui avaient présenté tous les signes d’une irritation chronique du cerveau. Chez un troisième individu, dont il rapporte aussi l’observation, la mort

eut lieu trois jours seulement après une chute sur la tête. C’était un enfant de vingt-deux , mois dont une roue de voiture écrasa la jambe : il éprouva d’abord une fièvre violente avec grande agitation, puis un coma profond au milieu duquel il succomba. Chez cet enfant, outre une turgescence très-remarquable des hémisphères cérébraux , l’on trouva la substance corticale d’un couleur ardoisée qui différait tout-à-fait de sa couleur grise naturelle. Cependant, avant son accident, cet enfant n’avait jamais présenté le moindre trouble fonctionnel du côté du cerveau (l).

Au lieu d’exister uniformément sur toute la substance corticale des hémisphères, la coloration ardoisée peut être bornée à quelques points de cette substance. MM. Billard etBérard jeune ont trouvé au devant d’une ancienne cicatrice d’apoplexie qui avait son siège dans le corps strié, une tache ardoisée qui, commençant à la partie antérieure du centre ovale de Vieussens, se rendait à la superficie du lobe antérieur, en devenant de plus en plus foncée ; en sorte qu elle ressemblait d’abord à une couche d’encre de Chine étendue sur la substance blanche, et finissait, en gagnant la substance corticale, par acquérir une coloration d’un gris ardoisé très-foncé. La substance corticale était, dans le point correspondant, comme rongée et déprimée dans une étendue d’un demi-pouce à peu près (2).

L’byperémie des centres nerveux, sans épanchement de sang, se montre à tous les âges ; mais elle est surtout fréquente aux deux extrêmes de la vie, chez l’enfant naissant et dans la vieillesse. Chez l’enfant, elle est le résultat de la grande quantité de sang que reçoit le cerveau dans les innombrables vaisseaux dont il est alors pourvu. Dans la vieillesse, le cerveau reçoit beaucoup moins de sang que dans l’enfance ; mais ce sang y est bien souvent envoyé d’une manière trop violente ou irrégulière, et comme en saccades, par le cœur si souvent hypertrophié à cet âge. II s’y distribue péniblement ou inégalement à travers des artères dont les parois altérées ont ordinairement perdu une partie de leur élasticité ; enfin il n’en revient que difficilement à travers des veines dont la dilatation annonce le défaut de ressort.

Quelle que soit l’époque de la vie à laquelle elle survienne, l’hyperémie des centres nerveux peut survenir de trois manières: 1° elle peut acquérir tout-à-coup son plus haut degré d’intensité, et donner lieu à des symptômes d’apoplexie qui entraînent rapidement la mort; 2° elle peut ainsi revenir subitement à plusieurs reprises , dans les intervalles desquelles la santé cesse d’être altérée; enfin une dernière fois l’hyperémie revient plus considérable, et la mort en est le résultat; 3° dans d’autres circonstances l’hyperémie ne parvient que graduellement à un certain degré

(1) Archives de médecine, tom. IX, pag. 492.

(2) Ibidem.

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d’intensité, et alors, au lieu des symptômes d’une apoplexie , on observe ceux d’une encéphalite (l).

L’hyperémie des centres nerveux , soit avec rougeur pointillée , soit avec rougeur uniforme, est souvent la seule altération que présentent ces centres ; souvent elle produit les mêmes symptômes que ceux que l’on rapporte ordinairement à une hémorrhagie ou à un ramollissement. D’autres fois elle coïncide avec celui-ci ; d’autres fois enfin elle paraît être le prélude d’une hémorrhagie ; et dans le même lieu où elle existe, on trouve à côté d’elle des épanchements sanguins plus ou moins considérables. Enfin l’hyperémie du cerveau coïncide souvent avec une augmentation de densité de sa substance , qui en pareil cas est quelquefois aussi véritablement tuméfiée.

Dans la plupart des cas d’hyperémie de l’encéphale, les membranes qui l’enveloppent, et surtout la pie-mère, sont également congestionnées. Tantôt une certaine quantité de sérosité trouble ou limpide est épanchée soit dans les ventricules, soit dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien de la convexité des hémisphères. Tantôt, au contraire, les différentes surfaces intérieures ou extérieures de la masse encéphalique sont privées de l’espèce d’humidité quelles présentent ordinairement, et l’arachnoïde en particulier est remarquable par sa sécheresse.

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