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DU RAMOLLISSEMENT

Vaguement décrit par d’anciens anatomistes , le ramollissement , ou en d’autres termes la diminution de cohésion des tissus , a particulièrement fixé l’attention des observateurs modernes, et il n’est aujourd’hui presque aucun organe dans lequel cette remarquable altération de nutrition n’ait été constatée. Devant décrire, dans la seconde partie de cet ouvrage, le ramollissement de chaque organe en particulier, je ne ferai ici que passer rapidement en revue les différents tissus élémentaires , sous le rapport de la diminution de cohésion dont ils peuvent être le siège.

Les différentes portions du tissu cellulaire sont assez souvent frappées de ramollissement; en pareil cas les autres tissus qu’il contribue à réunir perdent entre eux leur cohésion accoutumée, on les sépare les uns des autres avec une remarquable facilité : ainsi, par exemple , rien de plus aisé que de séparer des parties subjacentes, de très-larges portions de membranes muqueuses ou séreuses, lorsque le tissu cellulaire qui leur est sub-

jacent a perdu sa consistance ordinaire. Tandis que, dans certains cas, le tissu cellulaire d’un organe est le seul, parmi les tissus nombreux dont il est composé , qui se ramollisse , on observe d’autres cas dans lesquels , au contraire , il reste seul intact , les autres tissus ayant perdu toute espèce de consistance. C’est ainsi que dans quelques cas de ramollissement des centres nerveux , on n’a trouvé autre chose à la place de la substance encéphalique ou rachidienne , qu’une trame cellulaire , sorte de canevas organique qui survivait à la destruction de la matière nerveuse contenue dans ses mailles ; c’est même seulement en pareille circonstance qu’on a pu bien constater l’existence du tissu cellulaire dans les masses nerveuses.

Le tissu séreux perd souvent aussi sa consistance normale : privé de son degré ordinaire de cohésion , on le voit se briser , se réduire en pulpe sous l’influence d’un léger frottement. Une semblable diminution de cohésion existe souvent dans ce tissu , sans autre altération appréciable ; il se ramollit, sans que rien démontre qu’il ait été préliminairement parcouru par plus de sang que de coutume ; mais souvent divers liquides sont en même temps exhalés, soit à sa face libre, par laquelle il est en contact avec lui-même , soit à sa face adhérente , par laquelle il est contigu à d’autres tissus.

Le ramollissement du tissu muqueux s’observe très-fréquemment : il peut ne consister qu’en une légère diminution de consistance , ou être porté au point que le tissu soit transformé en une véritable pulpe, en un liquide qui ne présente plus de trace d’organisation. Tantôt il envahit la totalité de l’épaisseur d’une membrane muqueuse ; tantôt on le trouve borné à quelques-uns des éléments de cette membrane. Ainsi dans les portions de muqueuse munie d’un épithélium, il peut arriver que celui-ci ait seul perdu son degré de cohésion normale ; on le voit alors s’enlever par lambeaux d’une friabilité remarquable ; alors il est devenu semblable à du mucus , au-dessous duquel on trouve à nu le tissu muqueux proprement dit. Dans les membranes muqueuses pourvues de villosités, cellesci peuvent se ramollir, indépendamment du corps même de la membrane; par suite de ce ramollissement elles tombent en déliquium, disparaissent, et à la place qu’elles occupaient existe sur la muqueuse une ulcération superficielle , une érosion , sans qu’il y ait véritable solution de continuité de la membrane.

À l’instar du tissu muqueux , le tissu tégumentaire externe subit souvent divers degrés de ramollissement , et , comme lui , il se ramollit tantôt dans son épaisseur , tantôt seulement dans quelques-unes de ses couches. Quelques maladies de la peau consistent, par exemple, dans une altération telle de la sécrétion épidermique , qu’au lieu de former une couche solide au-dessus du réseau deMalpighi, l’épiderme n’est plus qu’un liquide , plus ou moins consistant suivant les points où on l’examine, qui

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existe à la surface de la peau dénudée. On peut suivre dans plus d’une circonstance les différents degrés par lesquels il passe pour arriver de l’état solide à l’état liquide , ou pour revenir du second de ces états au premier. Il est bon de remarquer qu’une pareille altération dans la sécrétion de l’épiderme, d’où résulte sa liquéfaction, est souvent liée à la constitution dite scrophuleuse , de telle sorte qu’ici encore nous trouvons une liaison à établir entre ce vice de sécrétion et l’état du reste de l’économie ; c’est donc celle-ci tout entière qu’il faudra chercher à modifier, pour détruire celui-là. Le derme proprement dit peut perdre sa consistance de plusieurs manières : 1° distendu mécaniquement par des liquides accumulés dans le tissu cellulaire subjacent , il devient d’une remarquable mollesse , et il finit quelquefois en pareil cas par ne plus représenter qu’une toile mince , friable , que déchire le moindre effort ; 2° chez certains individus , il perd peu à peu sa texture fibreuse , devient semblable au tissu cellulaire auquel il est ordinairement contigu , se confond avec lui , devient mou et friable comme lui ; 3° fréquemment encore il se ramollit , se transforme en pulpe et se détruit sous l’influence de divers degrés de congestions sanguines actives. De même que la peau dont ils sont une dépendance, les divers produits cornés, observés soit chez l’homme, soit chez les animaux , peuvent également se ramollir au point de devenir semblables , sous le rapport de la consistance , à une sorte de substance caséeuse; ils peuvent même être sécrétés à l’état liquide, et y rester ; et ce qu’il y a encore ici de bien remarquable , comme dans le ramollissement de l’épiderme dont il était question tout-à-l’heure, c’est que chez l’homme , du moins , cette diminution de consistance des ongles coïncide également , dans un grand nombre de cas , avec d’autres altérations qui caractérisent l’affection scrophuleuse ; de telle sorte que , pour ce ramollissement des ongles, comme pour les autres lésions coexistantes, ce serait une grave erreur , sous le double rapport de l’étiologie et de la thérapeutique, que de chercher seulement dans la partie affectée la raison de sa modification de nutrition.

Le tissu vasculaire peut, comme les tissus précédents, perdre sa cohésion normale. Le ramollissement qui en résulte s’observe fréquemment dans les parois des artères et des veines ; il n’existe assez souvent que dans leur membrane interne , et paraît y être une des lésions qui en précèdent l’ulcération ; ailleurs on trouve toutes les tuniques simultanément ramollies, et il y a long-temps que M. Dupuytren a constaté que la facilité avec laquelle la ligature appliquée sur une portion d’artère enflammée en opérait la section complète dépendait du ramollissement de la tunique celluleuse. Le ramollissement de la tunique fibreuse la transforme quelquefois en une matière comme pulpeuse , dépourvue d’élasticité , et qui par la pression se déchire , se réduit en liquide avec la plus grande facilité. On peut trouver ainsi dans une même artère un certain nombre

de points isolément ramollis ; telle est l’origine de plusieurs perforations d’artères ou de veines.

Le tissu cartilagineux peut perdre sa cohésion de manière à ce qu’il en résulte dans ce tissu trois aspects différents î 1° perdant son élasticité accoutumée, on l’a vu parfois, dans quelques-unes de ses portions, devenir semblable à une sorte de pâte qui s’écrasait ou cédait sous le doigt; 2° le tissu cartilagineux sec et élastique de l’adulte devient quelquefois ce qu’il était dans la première enfance, c’est-à-dire que la partie aqueuse y devient prédominante , et qu’en même temps que son élasticité diminue , il acquiert de l’extensibilité ; il semble passer, en un mot, de l’état de cartilage à celui de fibro-cartilage. 3° Enfin le tissu cartilagineux de l’adulte peut revenir à l’état même du tissu cartilagineux , tel qu’on l’observe dans la vie embryonnaire , c’est-à-dire , que la proportion d’eau y devenant extrêmement grande , les cartilages sont mous , muqueux et transparents comme de la gelée ou de la glu. Le tissu fibreux présente dans son ramollissement à peu près les mêmes degrés et les mêmes variétés que le tissu cartilagineux.

Le ramollissement du tissu osseux est connu depuis bien long-temps: qui ne sait que dans le rachitisme les os contenant moins de sels calcaires que de coutume , se laissent plier, courber avec la plus grande facilité , soit par des impressions extérieures quelque temps continuées, soit par des efforts musculaires? qui ne sait que dans certaines maladies des os, le bistouri s’enfonce aisément dans leur tissu , et le divise comme du lard; que dans d’autres cas, consécutivement à l’amincissement de plus en plus grand de la substance compacte, le tissu osseux se trouve réduit à n’être plus qu’un assemblage d’aréoles gorgées de liquide , et limitées par des parois très-minces, extrêmement friables, que l’instrument traverse sans effort, et qui se brisent par une pression légère?

Le tissu musculaire de la vie animale perd sa consistance , 1° dans la plupart des cas où le tissu cellulaire qui l’entoure est infiltré de pus, ainsi qu’on l’observe dans un grand nombre d’abcès. 2° Il se ramollit aussi, mais seulement en ce sens qu’il perd la fermeté de son état normal, soit dans le cours des maladies chroniques, soit à la suite d’une longue immobilité : dans ces circonstances, on le voit en même temps se décolorer. Dehaen a cité un cas remarquable de ramollissement des muscles chez un individu qui , ayant eu la colique de poitou , fut atteint d’une paralysie des membres supérieurs: les muscles de ces membres, bien que jouissant encore d’un peu de contraction, furent réduits à la consistance d’une pulpe très-molle ; plus tard la paralysie cessa, et les muscles des bras reprirent en même temps leur fermeté accoutumée. Au rapport de Barthez, un homme, placé dans les mêmes conditions que le précédent, fut atteint d’un semblable ramollissement de l’un et l’autre deltoïde. Ce ramollissement disparut aussi en même temps que la paralysie. N’oublions

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pas qu’il y a souvent une coïncidence remarquable entre l’état de flaccidité du système musculaire, et une diminution dans la cohésion normale des molécules du sang. Est-il bien démontré que dans certains genres de morts, comme dans celles qui sont causées par l’électricité , par le venin de la vipère, par quelques végétaux narcotiques, les muscles se ramollissent plus rapidement et plus complètement que sur les autres cadavres ?

Les muscles de la vie organique ont été vus ramollis, comme ceux de la vie animale : une notable diminution de cohésion a été constatée , par exemple, dans la plupart des plans charnus qui doublent les membranes muqueuses. Ce ramollissement est quelquefois tel dans le cœur , qu’il suffit d’en presser légèrement les parois avec le doigt , pour les percer d’outre en outre , et de les tirailler faiblement pour en opérer la déchirure.

Le ramollissement du tissu nerveux , déjà indiqué par Morgagni d’une manière assez exacte, a été surtout étudié avec soin de nos jours, et c’est même depuis que cette espèce de ramollissement a été l’objet des travaux de MM. Lallemand etRostan, que d’autres observateurs ont commencé à faire des recherches sur le ramollissement des autres tissus.

Enfin, dans la plupart des tissus dits parenchymateux, tels que les poumons , le foie, la rate , ^es reins, l’utérus, les ovaires , on a observé divers degrés de diminutioÀ de consistance, qui seront décrits avec détails dans des articles spéciaux de la seconde partie. Dans ces parenchymes, d’ailleurs, le ramollissement peut être dû, 1° à la diminution de la consistance de leur tissu propre; 2° à la diminution de la consistance du tissu cellulaire interposé entre le tissu propre, et qui le divise en lobules, en grains, etc.; 3° à la présence, dans les mailles de ce tissu, d’une certaine quantité de liquide, qui tend à en désunir les molécules ; 4° quelquefois à un état de liquidité du sang plus grande que de coutume. Dans ce dernier cas peut se rencontrer la rate : il n’est pas rare de la trouver tellement ramollie, qu’elle ne ressemble plus, dans son intérieur, qu’à une sorte de pulpe rougeâtre, et qu’en la touchant avant de l’avoir incisée, elle présente même parfois une fluctuation obscure. Mais ce ramollissement n’appartient pas au tissu même de la rate ; il est uniquement dû à la liquéfaction qu’a subie le sang ordinairement concret épanché dans ses cellules ; alors, en soumettant la rate à un filet d’eau , et la pressant légèrement, on en exprime tout ce sang , et on la réduit à son tissu aréolaire, qui ne paraît en aucune manière altéré.

Considéré d’une manière générale dans les différents tissus ou organes qui peuvent en être atteints, le ramollissement présente trois degrés qu’il est utile de distinguer : dans un premier degré , le tissu ramolli est encore solide, mais il se rompt, se déchire , se perfore avec la plus grande facilité ; dans un second degré, au lieu d’un solide, on ne trouve plus qu’une pulpe, qu’une substance à peu près liquide ; enfin, dans un troisième de-

gré, cette pulpe a elle-même disparu en partie et le tissu n’existe plus qu’en débris : c’est ainsi qu’à la surface libre des cavités revêtues par une membrane muqueuse, il peut arriver qu’on ne trouve plus, dans une étendue plus ou moins grande , que quelques débris liquéfiés du tissu muqueux entre lesquels existe à nu le tissu cellulaire subjacent. C’est de la sorte que s’accomplissent plusieurs perforations d’organes creux, lorsque le ra* mollissement envahit successivement toute l'épaisseur de leurs parois.

Outre ces différents degrés, il fautadmettre dans le ramollissement plusieurs espèces , en raison des différents états dans lesquels peuvent se trouver les tissus ou organes qui en sont le siège ; ces espèces sont d’autant plus importantes à établir , qu’il n’y a pas seulement ici différence d’aspect, mais qu’il peut encore y avoir différence dénaturé. C’est ainsi que les différentes nuances de coloration des parties diminuées de consistance peuvent servir à distinguer dans le ramollissement les espèces suivantes t

1° Ramollissement avec conservation de la couleur normale des tissus. Les membranes muqueuses et séreuses , le tissu suî generis de la cornée transparente, le cerveau, le cœur , le foie, l’utérus, etc. , en offrent de fréquents exemples.

2° Ramollissement avec décoloration des tissus. La partie ramollie est, dans ce cas , remarquable par sa pâleur notablement plus grande que de coutume ; ailleurs, elle a une teinte d’un blanc mat, sans mélange d’aucune apparence d’injection vasculaire. Cette espèce de ramollissement a été également constatée dans les tissus membraneux et parenchymateux. En même temps qu’un de ces tissus perd sa consistance , il est alors le siège d’un autre travail morbide, en vertu duquel il y a diminution dans la quantité de sang qui en pénètre ordinairement la trame. D’autres fois la décoloration paraît principalement résulter d’une infiltration anormale de sérosité dans les mailles du tissu ramolli. On a dit que certains ramollissements du cerveau dans lesquels les portions ramollies de la pulpe nerveuse, loin d’être congestionnées, sont d’un blanc pâle fort remarquable , que ces ramollissements, dis-je, étaient dus à une infiltration purulente delà substance de l’encéphale : à mon avis , cette assertion est loin d’être prouvée , et elle me semble n’avoir été établie que pour faire rentrer tous les cas de ramollissements dans le cadre d’une théorie.

3° Ramollissement avec rougeur des tissus. Ce cas est très-commun, et il est de fait que sur le cadavre on trouve le plus souvent un état plus ou moins grand d’hyperémie coïncider dans un organe avec la diminution de sa consistance. En pareil cas le sang peut encore être contenu dans ses vaisseaux, ou en être sorti, et constituer en divers points des tissus ramollis des épanchements plus ou moins considérables. On comprend que ces hémorrhagies peuvent avoir en pareil cas une cause toute mécanique, savoir la perforation , la destruction des vaisseaux par suite de la diminution de plus en plus grande de la cohésion de leurs parois. Une partie ra*

îao

mollie peut d’ailleurs offrir de nombreuses nuances de coloration , depuis le rouge vermeil jusqu’au rouge brun, au noir, au gris ou au jaune. Ces diverses nuances dépendent , soit de la diversité dans la proportion du sang que reçoit l’organe malade, soit du ralentissement de son cours ou même de sa stase dans cet organe, soit enfin de la production ou de la séparation de quelque matière colorante. La rougeur des parties ramollies peutêtre partielle ou générale : dans ces deux cas, elle présente plusieurs degrés , depuis celui où elle n’est constituée que par quelques vaisseaux injectés qui se dessinent sur une surface blanche , jusqu’à celui où l’on n’observe plus qu’une pulpe rougeâtre, sorte d’intermédiaire entre le solide ét le liquide.

Considérés sous le rapport de leur volume , les organes ramollis présentent trois états différents: 1° ils peuvent avoir conservé leur volume normal ; 2° ils peuvent être plus volumineux, soit par hypertrophie réelle, ce qui est rare, soit par simple engorgement de liquides ; 3° ils peuvent être enfin diminués de volume, avoir subi une véritable atrophie. Quelques faits porteraient à penser que, dans une partie ramollie, l’hyperémie, avec augmentation de volume par engorgement sanguin, peutprécédercet état tout contraire dans lequel il y a à la fois retrait de sang et diminution de volume.

Quel temps faut-il aux différents tissus pour perdre leur cohésion normale, au point de présenter les divers degrés de ramollissement qui viennent d’être passés en revue ? A cet égard , rien de général ne peut être établi : il y a effectivement des cas où, en très-peu de jours , en quelques heures même , un tissu peut tellement s’éloigner de son état de consistance accoutumée, qu’il ne constitue plus qu’une pulpe, une bouillie, une substance réellement liquide. Ce ramollissement aigu peut avoir lieu soit avec hyperémie de l’organe qui en est le siège, soit sans trace de congestion sanguine , avec conservation de la couleur ordinaire de cet organe : d’autres fois, c’est d’une manière tout-à-fait chronique que se produit et que marche le ramollissement. Le ramollissement est donc une altération de nutrition qui appartient à la fois aux affections aiguës et chroniques , différant en cela de l’induration , qui existe bien plus souvent dans l’état chronique.

Une fois qu’un tissu a perdu sa consistance accoutumée , peut-il la recouvrer ? De nouveaux faits sont nécessaires pour décider cette question.

Il ne nous est pas donné de connaître la cause prochaine, immédiate, et qui doit être toujours identique , sous l’influence de laquelle s’accomplit le ramollissement; mais nous pouvons constaterles phénomènes qui , en précédant le plus souvent l’apparition , nous semblent en conséquence devoir concourir à sa production. Mais aucun de ces phénomènes n’en est certainement la cause unique, puisqu’ils peuvent se manifester dans tous

leurs degrés , dans toutes leurs variétés , sans être Suivis du ramollisse» ment. Comme toute altération de nutrition , le ramollissement reconnaît donc une cause spéciale, déterminante, identique dans tous les cas, et de plus des causes occasionnelles dont l’identité constante n’est plus nécessaire comme celle de la cause déterminante , et qui ne sont autre chose que la série des phénomènes que nous voyons le plus ordinairement précéder ou accompagner le ramollissement. Or, parmi ces phénomènes, il en est un qui dans bien des cas est tellement prédominant, qu’on n’a fait qu’accepter un raisonnement naturel à l’esprit humain en le regardant comme la cause du plus grand nombre des ramollissements. Ce phénomène saillant est une hyperémie active qui précède le ramollissement , et qui, une fois celui-ci établi, peut ultérieurement persister ou disparaître* C’est ce qu’il est facile de démontrer , 1° par l’examen des lésions qui coïncident souvent avec le ramollissement , et qui , de l’aveu de tout le monde , sont liées elles-mêmes à un travail d’hyperémie active ; 2° pat l’examen des causes sous l’influence desquelles s’est développé le ra mollissement , et qui sont de nature éminemment stimulante ; 3° par l’examen des symptômes auxquels peut donner lieu le ramollissement > et qui sont semblables à ceux que peut produire toute hyperémie active ; 4° enfin , par la considération du traitement, qui n’est pas autre que celui employé contre toute hyperémie. A*insi c’est en même temps ou après que* sous l’influence d’une stimulation externe ou interne, un organe s’est congestionné, qu’il perd souvent sa cohésion ou se ramollit. Cela est de toute évidence dans un grand nombre de cas. Mais dans d’autres cas, il n’en est plus ainsi ; et les lésions qui coïncident avec le ramollissement peuvent ne plus être éelles qui se lient ordinairement à tout travail d’hyperémie, ou peuvent même lui être opposées (ramollissement blanc avec décoloration , ou avec atrophie de l’organe qui en est le siège); souvent encore il arrive que non-seulement aucune cause stimulante appréciable n’a agi pour produire ce ramollissement (circonstance qui ne serait que d’une valeur secondaire pour la solution de la question); mais de plus, avant que le ramollissement ne se produisît * existaient dans l’économie d’autres conditions qui se liaient bien moins à la production de quelque hyperémie locale , qu’à d’importantes modifications dans le travail nutritif de tout tissu : ces conditions étaient ou externes, telles qu’insuffisance ou mauvaise qualité des agents réparateurs ordinaires ; ou internes , et consistaient dans une affection directe ou indirecte , primitive ou secondaire, des organes de l’hématose. Quant aux symptômes, on observe des cas où ils sont loin d’être ceux qui appartiennent ordinaire-* ment à la stimulation des organes : qu’y a-t-il de commun , par exemple , entre les accidents auxquels donnent lieu toutes les variétés d’inflammation des os, et ceux que produit chez les rachitiques le ramollissement du système osseux? Où retrouver les symptômes d’une encéphalite, d’une

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cardite, d’une hépatite, d’une néphrite, d’une métrite, etc., dans certains cas de ramollissements du cerveau , de ses parties blanches centrales en particulier, du cœur, du foie, des reins, de l’utérus? Ces différents organes peuvent être ramollis au point de se laisser déchirer, réduire en pulpe par une pression légère, sans que pendant la vie on ait observé aucun des accidents qui se lient ordinairement à un travail d’irritation aigue ou chronique. D’ailleurs , les organes frappés de ramollissement peuvent être distingués en deux classes , suivant qu’il y a , ou non , trouble de leurs fonctions. Lorsque ce trouble n’existe pas , le ramollissement reste souvent complètement latent ; il ne révèle en effet son existence par aucune modification morbide de la sensibilité, par aucun trouble de la circulation, par aucune sympathie , par rien, en un mot, de ce qui accompagne ordinairement toute irritation , ou en d’autres termes toute augmentation de l’action organique d’une partie. C’est en pareil cas que le ramollissement paraît surtout s’isoler des lésions dites inflammatoires. Lorsqu’au contraire il trouble les fonctions de l’organe où il existe , comme cela arrive pour le plus grand nombre des ramollissements de l’estomac ou du cerveau, divers troubles sympathiques tendent à se produire par suite du désordre de la fonction , et les accidents du ramollissement tendent dèslors à se confondre avec les accidents auxquels peut donner lieu tout travail d’irritation aiguë ou chronique ; mais , en pareil cas , gardons-nous d’oublier que des désordres fonctionnels identiques peuvent résulter de lésions de nature très-différente , et que, par conséquent, de ceux-là seuls nous ne sommes pas en droit de conclure à celles-ci. Enfin , sous le rapport du traitement, la science attend encore une série d’expériences bien faites, dans lesquelles soient comparées et jugées les diverses méthodes thérapeutiques par lesquelles le ramollissement a été le plus avantageusement combattu , suivant les organes où il avait son siège , suivant les lésions qui existaient en même temps dans ces organes , suivant la nature des symptômes auxquels il donnait lieu. Qui oserait maintenant affirmer ou nier d’une manière absolue qu’un traitement identique doit être employé, et dans le cas où il ya diminution de consistance avec hyperémie, et dans le cas où il n’y a pas de traces de cette hyperémie, soit qu’elle ait disparu , soit quelle n’ait jamais existé d’une manière appréciable pour nous ? Opposera-t-on un traitement purement antiphlogistique au ramollissement des os des rachitiques , au ramollissement des cartilages , des ongles, de l’épiderme, chez certains scrophuleux, à la diminution de consistance non moins remarquable que présentent les scorbutiques dans plusieurs de leurs tissus?

De cette discussion que faut-il conclure ? c’est que , dans l’état actuel de la science , loin d’affirmer que tout ramollissement est le résultat nécessaire d’un travail d’irritation , on peut établir que beaucoup d’organes perdent leur consistance accoutumée , avec un ensemble de circonstances

qui éloignent toute idée d’un travail d’irritation actuel ou antécédent. En aucun cas d’ailleurs cette irritation ne peut suffire seule pour expliquer la production du ramollissement : toute son influence se borne à troubler le mouvement nutritif du tissu dont elle s’est emparée ; elle dérange la nutrition de son type normal ; mais d’elle ne dépendent ni le mode de ce dérangement, ni encore moins ses résultats ultérieurs. L’irritation donne l’impulsion à l’aberration de nutrition , elle ne la produit pas ; car la nature de cette aberration ne peut être jamais calculée ni d’après l’intensité, ni d’après la durée de l’irritation qui l’a précédée. En théorie, rien n’autorise à admettre que le ramollissement, pas plus que l’induration ou toute autre altération de nutrition, soit nécessairement précédé d’un afflux sanguin insolite, produit lui-même d’une irritation. En fait, nous ne devons pas admettre la liaison nécessaire de ces deux ordres de phénomènes , puisque dans plus d’un cas l’un apparaît sans que rien démontre que l’autre l’ait précédé ou accompagné. Que si nous voulions aussi théoriser, nous pourrions dire que chez beaucoup d’individus , comme chez certains enfants cacochymes, débiles, doués réellement d’une moindre somme de vitalité que celle dont ils doivent normalement jouir , chez des vieillards décrépits, chez des adultes scrophuleux, rachitiques ou scorbutiques, chezdes personnes de tout âge épuisées par des maladies chroniques ou par un régimenon suffisamment réparateur, comme chez les animaux dont M. Magendie a vu la cornée se ramollir sous l’influence d’une alimentation insuffisante ; dans toutes ces conditions, dis-je, les divers ramollissements qui surviennent peuvent être considérés comme n’étant qu’un degré de plus de la diminution de consistance que présentent en pareil cas soit la fibre musculaire , soit le sang lui-même. C’est par une force toute vitale d’agrégation que se réunissent et se maintiennent réunies les molécules des tissus ; si donc , comme cela existe réellement dans une foule de cas, le sang et les nerfs ne nourrissent plus, ne vivifient plus suffisamment ou convenablement ces tissus, on peut concevoir qu’un des résultats de cette modification d’influence des deux principaux agents de la vie soit une cohésion moindre dans les molécules des tissus où elle se fait ressentir. De là, leur ramollissement plus ou moins considérable depuis le degré où, comme on le dit vulgairement, il y a flaccidité des chairs , jusqu’à celui où , perdant le caractère de l’organisation , le solide tend à redevenir liquide.

Le ramollissement de plusieurs tissus a été attribué à l’action exercée sur eux , pendant la vie , par des sucs acides qu’ils auraient eux-mêmes sécrétés ; cette idée , en faveur de laquelle on a cité quelques faits , que nous aurons occasion d’examiner par la suite (1), me semble loin d’être démontrée. On a encore rattaché certains ramollissements, spécialement

(1) Voy. Maladies de V appareil digestif '.

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ceux de l’estomac , à des lésions des centres nerveux. Un médecin allemand a dit , par exemple , avoir constaté un notable ramollissement de la membrane muqueuse gastrique chez tous les lapins qu’il avait tués en leur donnant un violent coup sur la nuque. J’ai répété cette expérience sans obtenir le même résultat.

Un certain nombre de ramollissements trouvés sur le cadavre semblent ne s’être formés qu’après la mort. Ces ramollissements cadavériques ont été rapportés aux causes suivantes : 1° la simple diminution de cohésion que tendent à subir tous les tissus plus ou moins long-temps après que la vie a cessé ; le ramollissement qui en résulte est surtout très-marqué dans le tissu nerveux ; déjà on trouve sa consistance singulièrement diminuée, avant que le cadavre présente encore des signes bien apparents de putréfaction. Il est d’autres tissus, au contraire, dont le ramollissement ne commence à être considérable que lorsque cette putréfaction commence à être bien manifeste : tel est le tissu muqueux , dont le ramollissement s’effectue d’ailleurs plus ou moins rapidement , suivant qu’il est soustrait à l’air , ou exposé au contact de l’atmosphère , et soumis en même temps à l’influence d’une température élevée.

2° L’imbibition d’un tissu par un liquide qui en opère une sorte de macération ; ce liquide peut être ou épanché à la surface interne de la cavité d’un organe , ou infiltré dans les mailles de son tissu , ou contenu , en quantité surabondante , dans ses vaisseaux.

3° L’action corrosive exercée après la mort sur les tissus par des sucs qu’ils ont eux-mêmes sécrétés. Cette hypothèse, par laquelle Morgagni avait jadis expliqué la formation des ramollissements du cerveau , a été reproduite de nos jours pour expliquer un certain nombre de ramollissements de l’estomac ; nous y reviendrons en traitant de l’anatomie pathologique de cet organe.

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