RAMOLLISSEMENT DES CENTRES NERVEUX
Les travaux de MM. Lallemand, Rostan, Rouillaud, etc., ont fait con-
(1) Archives de médecine, tome V, page 89.
naître , dans ces derniers temps, cette lésion qui déjà avait été bien indiquée par Morgagni.
On connaît sous le nom de ramollissement des centres nerveux un état dans lequel ces centres présentent dans leur consistance une diminution assez notable pour que la substance nerveuse paraisse tendre à une sorte de liquéfaction. On ne désignera donc pas sous ce nom l’état du cerveau de l’enfant naissant , qui , normalement , doit être infiniment moins consistant que le cerveau du vieillard ; on ne regardera pas non plus comme atteint de la lésion qui nous occupe, le cerveau, généralement peu consistant des individus qui succombent à une maladie chronique. Enfin il ne faudra pas oublier que les différentes parties de l’axe cérébro-spinal ne présentent pas physiologiquement le même degré de consistance , de telle sorte , par exemple , qu’un mésocéphale qui ne serait pas plus dur qu’un lobe cérébelleux, devrait être considéré comme ramolli. Pour peu qu’un certain laps de temps se soit écoulé depuis l’instant de la mort, la moelle épinière, dépouillée de ses enveloppes , est remarquable par son état presque liquide : si en ouvrant le rachis on n’a pas pris toutes les précautions convenables, on peut facilement, par les coups portés sur elle, diminuer encore sa consistance déjà si faible, et ainsi peuvent se produire artificiellement après la mort un certain nombre de ramollissements de la moelle ; il est important qu’on soit prévenu de ces causes d’erreur pour les éviter.
Le ramollissement des centres nerveux présente plusieurs degrés : dans un premier degré, on ne s’aperçoit du changement de consistance du tissu nerveux que lorsqu’on le touche, ou lorsqu’on passe au-dessus de lui le dos d’un scalpel. Dans un second degré, la diffluence de la substance nerveuse est appréciable à l’œil. Dans un troisième degré, cette substance est devenue tout-à-fait liquide , on n’en reconnaît plus la texture ; à sa place on trouve une sorte de cellulosité qui semble être la trame primitive de l’axe cérébro-spinal. Enfin , dans un quatrième degré cette trace même n’existe plus, et entre les deux sections de l’axe cérébro-spinal qui unit ordinairement la partie ramollie , existe une véritable solution de continuité. Je rappellerai ici deux cas de ce genre fort remarquables. Dans l’un de ces cas, qui a été observé par M. Ruilier, il y avait un ramollissement tel de la fin de la moelle cervicale et du commencement de la dorsale, qu’on ne voyait plus dans toute cette étendue que des filaments celluleux suspendus au milieu d’un liquide ; en arrière seulement existait une lame mince qui continuait la communication entre les deux portions de la moelle (l). Dans un autre cas, qui a été publié par M. Velpeau (2), la solution de continuité était encore plus complète : au moment où l’on
(1) Journal de physiologie expérimentale, par M. Magendie.
(2) Archives de Médecine, loin. VII, pag. 52.