ULCÉRATIONS DES CENTRES NERVEUX
Lorsqu’une hémorrhagie s’est effectuée à l’intérieur de la substance cérébrale, lorsque du pus s’y est amassé en foyer, ou que des productions morbides de diverse nature s’y sont développées, il y a souvent véritable solution de continuité du cerveau : il en est encore de même lorsque le cerveau a subi en quelque point de son étendue un ramollissement considérable. Nous avons vu précédemment un cas dans lequel le bulbe ra-
(1) Bouillaud , Archives de médecine , tom. VIH. Voyez aus9i son Traité sur l'encéphalite.
(2) Lallemand, Lettre II, pag. 314.
ehidien se trouvait complètement séparé du mésocéphale. Un autre cas non moins singulier, et qui jusqu’à présent n’a pas d’analogue dans la science, est celui qui a été rapporté parMorgagni, et dans lequel on trouva le corps strié 4 un côté complètement séparé de la substance cérébrale environnante: striatum corpus ab reliquo cerebro omnino separatuminventum est (l).
Ce n’est pas de ces ulcérations consécutives dont je veux parler ici. Il en est d’autres qui existent sans aucune autre altération, comme une ulcération intestinale. On trouve quelquefois , soit à la surface extérieure des hémisphères cérébraux, soit à la surface des corps striés et surtout des couches optiques , des points où la substance nerveuse est superficiellement détruite ; il en résulte une ulcération de forme et de grandeur variables. Tantôt on n’en trouve qu’une seule; tantôt il y en a un grand nombre. Du reste , il faudrait prendre garde de confondre ces ulcérations avec les solutions de continuité qu’il est parfois très-facile d’opérer dans la substance corticale des circonvolutions, lorsque cette substance est ramollie ; alors , en enlevant la pie-mère , on enlève aussi avec elle des portions circonscrites de cette substance , et l’on produit ainsi une apparence d’ulcération.
M. Scoutetten a publié quelques cas intéressants de ces ulcérations cérébrales (2). Un soldat, âgé de vingt-quatre ans, succomba avec tous les signes d'une double irritation du tube digestif et de l’encéphale. Le début de sa maladie avait été marqué par une douleur sus-orbitaire extrêmement vive , qui persista jusqu’à la mort ; elle lui arrachait continuellement des cris aigus. A l’ouverture du cadavre, on trouva sur la partie inférieure du lobe antérieur d’un des hémisphères cérébraux, un ulcère de treize lignes de longueur, sur sept en largeur, d’un aspect jaunâtre ; la surface de cet ulcère était dure et sèche, ses bords inégaux et dentelés. La substance cérébrale sousjacente était saine , que le reste de la masse encéphalique ; mais partout l’arachnoïde était vivement injectée, et elle était détruite dans le point qui correspondait à l’ulcère. Dans un autre cas cité par M. Scoutetten, aucune douleur de tête n’avait existé ; la mort fut le résultat d’une irritation gastro-intestinale , qui dans les derniers temps donna lieu à du délire. A la partie la plus reculée du lobe postérieur du cerveau existaient deux petites ulcérations qui n’intéressaient que la substance grise : l’une de ces ulcérations était longue de six lignes, et de forme ovale ; l’autre, de forme linéaire, n’avait qu’une ligne de largeur. Autour d’elles la substance cérébrale était injectée; cette injection devenait d’autant plus prononcée qu’on examinait le cerveau plus près de l’ulcération ; la substance grise avait une couleur lie de vin.
(1) De sedib. et caus. morbor., épist. xi, S 2.
(2) Archives de médecine, tom. VII, pag. 33.
PRÉCIS