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SÉCRÉTION PURULENTE

Du pus a été souvent rencontré dans les centres nerveux; l’encéphale en particulier peut être même considéré comme l’un des parenchymes où l’on a le plus fréquemment trouvé celte production morbide.

Le pus déposé dans les centres nerveux s’y montre soit infiltré, soit rassemblé dans une cavité.

. L’infiltration purulente des centres nerveux est constamment accompagnée d’un étatderamollissementde ces centres ; nous ne pensons pas d’ailleurs que tout ramollissement blanc doive être regardé comme le résultat de la suppuration de leur substance ; déjà nous avons réfuté cette opinion du professeur Lallemand.

Le passage de l’infiltration purulente à la réunion du pus en foyer est marqué par la présence de petites gouttelettes de pus qu’on trouve disséminées en nombre plus ou moins considérable dans une portion de substance nerveuse le plus ordinairement injectée et ramollie. Peu à peu ces gouttelettes se multiplient, s’étendent, se réunissent; les parties solides qui les séparent se ramollissent de plus en plus, et semblent comme se dissoudre dans le pus ; au milieu de ce liquide ûottent des espèces d’appendices, ou des débris de cette substance , qui ne tiennent que par des pédicules d’une faible consistance au reste de la masse nerveuse. Il existe alors une cavité encore mal dessinée et mal circonscrite , au sein de laquelle le pus est logé comme dans des espèces de clapiers. Plus tard , ces clapiers disparaissent, et le pus se trouve contenu dans une cavité dont les parois sont bien marquées. Mais d’abord ces parois ne sont constituées par autre chose que par la substance nerveuse elle-même ; puis Ton observe successivement à leur surface , 1° une substance cellulo-vasculaire , soit uniformément répandue sur toute leur étendue , soit n’existant que par points isolés , et sous forme de granulations ; 2° une véritable membrane , mais encore molle, floconneuse , et pouvant être séparée de la substance nerveuse; 3° une membrane plus ferme, présentant une organisation plus distincte, et assez résistante pour pouvoir être détachée , soit par lambeau, soit tout d’une pièce , du tissu subjacent. Une fois arrivée à ce développement, cette membrane peut présenter les dispositions les plus variées. Quelquefois elle offre à sa surface interne des filaments qui en augmentent l’étendue et qui flottent dans l’eau comme des villosités. Dans quelques cas on la trouve composée de plusieurs feuillets, dont chacun semble

constituer une membrane distincte. Ainsi M. Lallemand (l) a trouvé au sein d’un des hémisphères cérébraux du pus contenu dans un kyste, dont les parois fort épaisses étaient composées de deux membranes qui paraissaient être isolées l’une de l’autre dans la plus grande partie de leur étendue. De ces membranes, l’interne était d’un blanc rougeâtre , et offrait à l’intérieur l’aspect d’une membrane muqueuse légèrement hyperémiée ; l’externe avait une apparence fibreuse. Dans un autre cas cité par le même auteur (2), les parois du kyste étaient composées de trois membranes : l’une, extérieure, extrêmement fine, celluleuse, adhérait à la substance cérébrale; l’autre, moyenne, était consistante et plus épaisse; l’interne avait un aspect velouté semblable à celui des membranes muqueuses, et présentait à sa surface des villosités marquées.

La substance nerveuse ne se présente pas toujours dans le même état autour dés abcès. Sous ce rapport, deux espèces d’abcès doivent être distingués : les uns, récents, et à peine enkystés, sont presque constamment accompagnés d’altérations diverses de la substance qui les entoure ; cette substance présente en général différentes nuances d’hyperémie et de ramollissement. D’autres abcès anciens, et séparés par une membrane bien distincte, de la substance nerveuse, existent souvent sans qu’autour d’eux cette substance soit en aucune manière altérée. En pareil cas, des abcès considérables peuvent exister dans l’encéphale , sans qu’aucun accident en révèle l’existence ; la substance nerveuse s’est en quelque sorte accoutumée à leur présence, comme celle de tout corps étranger, et ce 11’est qu’à l’ouverture des cadavres qu’on apprend qu’il existait un état morbide du cerveau. Nous verrons plus bas qu’il en est également ainsi d’autres productions motbides développées dans cet organe. Mais il peut arriver que, restée long-temps saine autour d’un abcès enkysté , la substance nerveuse finisse par s’irriter, s’hyperémier, se ramollir, et alors apparaissent des accidents variés qu’on ne saurait rapporter à l’abcès lui-même; car la nature de la membrane qui cerne le pus prouve que cet abcès existait longtemps avant la manifestation- de ces accidents; ils ne peuvent donc être attribués qu’à l’irritation nouvelle qui s’est établie autour de l’abcès.

Le pus des centres nerveux n’a pas un autre aspect que le pus des autres parties du corps ; comme celui-ci , il présente dans ses qualités (couleur, consistance, etc.) des variétés nombreuses, qui dépendent à la fois et de l’état même du centre nerveux , et des dispositions générales de l’individu. M. Lallemand a signalé dans la couleur du pus de l’encéphale les nuances suivantes : couleurs verdâtre , jaune-verdâtre , blanche-jaunâtre, grisâtre, jaune-grisâtre, gris-blanchâtre, blanche sale, et enfin toutà-fait blanche.

(1) Becherches anatomico-palhologiques sur l’encéphale , lettre iv, pag. 59.

(2) Ibidem, pag. 41.

PRECIS

Le pus du cerveau a été trouvé quelquefois d’une grande fétidité (l), ce qui détruit l’opinion de ceux qui pensent que le pus ne devient fétide que lorsqu’il séjourne dans un lieu où il est en contact avec l’air.

Le pus, formé primitivement au sein de la substance encéphalique, se fraie dans quelques circonstances une issue hors de cette substance ; ainsi on a vu quelquefois des abcès des hémisphères cérébraux s’ouvrir dans les ventricules. Chez plusieurs individus , en même temps que du pus se disperse près de la périphérie de l’encéphale , les os voisins s’altèrent et se détruisent: l’on a vu de la sorte des abcès du cerveau se vider dans les fosses nasales par suite de la destruction de la lame criblée de l’elhmoïde, dans l’oreille , par suite de la destruction d’une partie du rocher. Toutefois , dans ce dernier cas , ce n’est pas toujours l’abcès du cerveau qui est la lésion primitive; et souvent, ainsi que l’ont démontré les travaux de MM. Itard et Lallemand, cet abcès lui-même n’est que la suite d’une maladie de l’appareil de l’ouïe.

C’est dans les hémisphères cérébraux que les collections purulentes ont été jusqu’à présent le plus fréquemment rencontrées, et en particulier dans la partie de ces hémisphères située au-dessus ou au niveau du centre ovale de Vieussens. On a cité un cas d’abcès qui avait son siège immédiatement au-dessous de la corne d’Ammon , un autre qui existait en un point des parois de la petite corne postérieure d’un des ventricules latéraux, au-dessous de l’éminence unciforme qui fait saillie à l’intérieur de cette cavité (2).

Moins souvent que le cerveau proprement dit, le' cervelet présente des collections de pus soit dans ses hémisphères , soit dans son lobe médian ; on en a trouvé aussi dans l’intérieur du mésocéphale ; enfin, dans un cas unique jusqu’à présent, on a vu les tubercules quadrijumeaux et la glande pinéale entièrement détruits et remplacés par un abcès (3).

Quant à la moelle épinière , on y a rencontré assez souvent du pus infiltré ; mais , à ma connaissance, on n’y a pas encore découvert de pus rassemblé en foyer (4).

(1) Recherches anatomico^-pathologiques sur V encéphale , lettre m, pag. 361. — Lettre iv, pag. 41.

(2) The north american medical and sur gical journal, 1818.

(3) Ibidem.

(4) Ollivier, Oper. cit.

ARTICLE III

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