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CHAPITRE PREMIER

LÉSIONS DE CIRCULATION

L’hyperémie des nerfs a été artificiellement déterminée, chez les animaux par plusieurs expérimentateurs (l). En piquant un nerf, en Je soumettant à une contusion plus ou moins forte , en l’exposant simplement â l’air , on fait rougir son tissu , et l’on observe dans le nerf les phénomènes suivants : l’injection paraît surtout exister dans les petits tubes névrilématiques que l’on trouve couverts de vaisseaux tant à leur surface interne qu’à l’externe ; ces vaisseaux en pénètrent perpendiculairement la substance. Cet état d’injection du névrilèmeest facile à constater, d’après M. Gendrin , en faisant macérer un nerf dans une solution alcaline fort étendue: par ce moyen, la pulpe nerveuse est détruite, et l’on peut mieux observer le névrilème , resté seul intact. Toutefois, dans les cas d’hyperémie des nerfs déterminée par une maladie , ce n’est pas seulement le névrilème que l’on trouve injecté ; la substance nerveuse elle-même Test également; c’est au moins ce qui résulte du fait suivant, rapporté par Reil : Chez un homme mort du typhus , et qui avait souffert de très-vives douleurs dans les nerfs, ceux-ci étaient très-colorés par le sang; le névrilème ayant été détruit par l’acide nitrique, la pulpe du nerf parut jaune ; le sang avait pénétré jusque dans la substance nerveuse, et lui avait donné «a couleur (2).

Lorsqu’un certain temps s’est écoulé entre le moment où le nerf a été

(1) Gendrin, Histoire anatomique des inflammations, tom. II, pag. 149.

(2) Descot, Dissertations stir les affections locales des nerfs. (Thèse soutenue sous la présidence de Béclard , année 1822, pag. 92.)

le sie'ge de l’irritation légère qu’on y a artificiellement déterminée, et le moment où on l’examine, on trouve sa substance jaune, au lieu de la trouver rouge, comme peu de temps après l’expérience. Les nerfs pneumogastriques d’un chien furent légèrement contus par Béclard (1) à l’aide des mors d’une pince : vingt-quatre jours après cette expérience l’animal mourut. L’un des nerfs fut trouvé d’un blanc jaunâtre dans le point où la lésion avait été faite ; là aussi il était un peu augmenté de volume ; au-dessus et au-dessous de ce point il était légèrement injecté. L’autre nerf présentait un renflement plus considérable ; il était plus injecté audessus et au-dessous du renflement ; mais il n’offrait aucune teinte jaune.

En déterminant dans un nerf une irritation plus forte, M. Gendrin a vu dans ce nerf l’hyperémie s’accroître , et le cordon nerveux se convertir en un cordon rouge foncé, comme spongieux, dans lequel on ne pouvait plus distinguer ni la substance médullaire, ni les gaines névrilématiques (2) Une circonstance assez remarquable de cette expérience, c’est que, si en mettant le nerf à nu et le laissant exposé à l’air, on n’a pas soin de le détacher des parties environnantes, et même d’en isoler les faisceaux , le nerf ne s’altère que très-peu : le tissu cellulaire qui l’entoure se congestionne ; du pus se forme dans ce tissu cellulaire , et. au milieu de cette couche purulente on trouve le nerf à peu près intact. Tout au plus est-il rougi à sa périphérie, ou quelques vaisseaux ont-ils pénétré dans le tissu cellulaire qui en sépare les diverses fibrilles.

L’hyperémie des nerfs, résultat d’une irritation morbide, a été observée plus d’une fois chez l’homme. Des recherches récentes, et spécialement celles de M. Martinet (3) , ont démontré que si , dans beaucoup de névralgies, le nerf se montrait après la mort dans son état normal, il en était d’autres à la suite desquelles on trouvait, dans les nerfs qui en avaient été le siège, une injection vasculaire très-manifeste ; mais ces recherches n’ont pas prouvé qu’en pareil cas l’injection ait précédé la douleur : leurauteur pense toutefois que les douleurs denerfs, accompagnées d’hyperémie deces nerfs et d’autres lésions appréciables sur le cadavre, diffèrent de celles qui sont liées à une névralgie dite essentielle, en ce que dans.celle-ci la douleur ne s’exaspère pas toujours parla pression, que sa nature est variable, et qu’elle s’accompagne constamment de rémissions, tandis que dans la névrite on observe les phénomènes contraires. Je crois que si l’on accordait une grande confiance à ces caractères^listinclifs, l’on pourrait plus d’une fois s’égarer, croireàune névrite, quand il n’y a qu’une névralgie, et vice versâ. Mais pendant la vie il est un autre caractère, qui ressort des observations mêm&

(1) Descot, Oper. c«f., pag. 37.

(2) Oper. cit., lom. II, pag. 149.

(3) Mémoire sur l'inflammation des nerfs , par L. Martinet, Revue Médicale ,

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de M. Martinet, et qui, lorsqu’il existe, annonce d’une manière non douteuse un état d’hyperémie considérable du nerf douloureux : c’est le gonflement de ce nerf, qui se dessine, comme un cordon, au-dessous de la peau. M. Martinet a constaté deux fois cette augmentation de volume dans le nerf cubital, qui égalait en grosseur le petit doigt, et simulait un cordon tendu le long du bras. Une douleur vive dans le trajet du nerf affecté, des mouvements convulsifs, suivis de paralysie, dans les muscles où le nerf cubital distribue ses rameaux, tels furent les principaux phénomènes observés ; la guérison eut lieu dans les deux cas. Chez un homme (l) qui, à la suite d’une course forcée, fut pris de douleurs très-vives à la portion postérieure des deux cuisses, dans le trajet des nerfs sciatiques, M. Martinet trouva ces nerfs notablement augmentés de volume ; leur tissu était dur et résistant. Les fibrilles nerveuses étaient pénétrées par une multitude de vaisseaux sanguins qui donnaient au nerf unecouleurd’un rouge foncé; entre ces fibrilles était épanché un liquide séroso-sanguinolent. Chez un autre individu, atteint d’une douleur sciatique que le mouvement et la pression exaspéraient, M. Martinet trouva le nerf sciatique d’un rouge violacé ; un sang fluide était interposé entre ses filets. Une altération à peu près semblable a été vue par M. A. Goupil (2) dans le nerf crural. Il avait un volume double de celui du nerf du côté opposé. Sa couleur était violacée, et des ecchymoses , grandes comme une tête d’épingle, le parsemaient. Cette hyperémie était à peu près exclusivement bornée à la partie supérieure du nerf ; le plexus lombaire était exempt de toute altération. Pendant la vie, une douleur vive avait existé dans le trajet du nerf crural. La mort fut le résultat d’une péritonite. Avant l’invasion de celle-ci, il y avait un léger mouvement fébrile, qui le soir s’exaspérait, ainsi que la douleur. M. Gendrin a également cité quelques cas fort intéressants d’hyperémie des nerfs, observés chez des individus qui avaient présenté, pendant la vie, des signes de névralgies. Dans tous les cas qu’il rapporte, c’est le nerf sciatique qui a été trouvé affecté : une couleur rouge ou violacée, soit uniforme, soit avec conservation d’un aspect vasculaire, existant également à l’intérieur du nerf et à sa périphérie, de petits caillots de sang disséminés à l’intérieur du nerf, la transformation de son tissu en une substance spongieuse , molle et comme carnifiée, une augmentation plus ou moins considérable de son volume, telles sont les altérations qui se sont offertes à l’observation de M. Gendrin (8). Les différents auteurs que je viens de citer ont également vu du pus dans les nerfs ; nous y reviendrons plus tard.

(1) Cet homme était un conscrit réfractaire, qui, après une course forcée, tomba entre les mains des gendarmes.

(2) Ibidem.

(3) Oper. cit., tom. II, pag. 143 et suiv.

Il est quelques cas où l’on a vu les nerfs qui se distribuaient à des parties atteintes d’une irritation chronique, participer à celle irritation et s’hyperémier chroniquement. Sur un ancien ulcère variqueux de la jambe, M. Gendrin a trouvé le nerf saphène au moins triplé de volume, friable, et très-injecté; il était parcouru par une multitude de vaisseaux variqueux (l).

Des recherches récentes tendraient à faire admettre qu’en déterminant artificiellement une hyperémie dans les nerfs qui vont porter la vie à quelques organes , on produirait dans ces organes une hyperémie pareille à celle qui aurait d’abord existé dans leurs nerfs. Est-il vrai qu’en irritant le pneumo-gastrique , on donne naissance à une irritation de l’estomac, tandis que les poumons, auxquels ce nerf se distribue également, n’en éprouvent aucune influence? Est-il vrai qu’on produit une hyperémie du testicule en irritant les nerfs spermatiques? Les remarquables altérations qu’éprouve le globe de l’œil à la suite de la section du nerf de la cinquième paire , sont-elles tout simplement le résultat de l’irritation qui de ce nerf, où elle a d’abord été produite , s’est propagée à l’œil ? Sur ces divers sujets la science attend encore de nouveaux travaux.

Nous avons vu , dans un précédent paragraphe , qu’une irritation légère déterminée artificiellement sur un nerf, produit quelquefois dans le tissu de ce nerf une coloration jaune. Cette coloration est la principale lésion qui ait été observée dans un cas fort remarquable , dont on doit la connaissance à M. Serres , et où l’existence de cette coloration insolite dans la cinquième paire coïncida avec l’apparition des divers phénomènes que M. Magendie produit à volonté sur les animaux , en coupant chez eux cette même paire de nerfs. Soit qu’on pense que l’altération que présenta dans ce cas le nerf trijumeau suffise pour expliquer les phénomènes observés pendant la vie, soit qu’on ne le pense pas, et qu’on doute si réellement la cause des désordres fonctionnels a été trouvée par le scalpel, l’observation me paraît de nature à devoir être ici reproduite dans son entier ; en ayant tous les détails devant les yeux , le lecteur pourra en tirer la conséquence qui lui paraîtra la plus raisonnable.

Joseph Hubertin , âgé de vingt-six ans, entra à la Pitié le 29 septembre 182 3. Ce malade était affecté d’épilepsie depuis deux ans ; les accès étaient constamment précédés de convulsions du côté droit; outre cela, l’œil droit était attaqué d’ophthalmie chronique, qui devint aiguë vers le mois de décembre ; une opacité commençante de la cornée se fit remarquer ; l’ophthalmie disparut , mais l’opacité de la cornée augmenta de plus en plus, de sorte que la perte de la vue en fut le résultat inévitable. Dans le mois de janvier, l’œil droit perdit sa sensibilité. Pendant ce temps-là les accès d’épilepsieet les convulsions du côté droit ne diminuaient pas de

(1) Oper. cit., tom. II, pag. 143 et suiv.

PRÉCIS

fréquence; la santé du malade s’affaiblissait. Du 15 au 20 juin, les gencives s’enflammèrent d’abord à la mâchoire supérieure, puis à l’inférieure. Dans le mois de juillet, l’affection des gencives fit des progrès ; elles présentaient un aspect scorbutique ; elles étaient boursouflées ; les mouvements de la mâchoire et des joues n’étaient point altérés.

Voici les phénomènes que l’on observa le 10 août, et les expériences qui furent tentées devant un assez grand nombre d’élèves.

M. Dimbarre (interne dans la division de M. Serres) frotta l’œil droit avec les barbes d’une plume à écrire ; le malade n’en eut aucun sentiment, il n’y eut point de clignotement des paupières; la face interne de ces dernières parties était également insensible. La même expérience sur l’œil gauche produisit une vive sensation et un clignotement long-temps prolongé. On réitéra deux ou trois fois cet essai, parce que le malade n’en parut pas fatigué , et que cette insensibilité de la conjonctive, de la cornée et de la face interne de la paupière , jointe à l’immobilité complète du globe de l’œil et de ses dépendances, excitait un vif étonnement parmi les assistants.

On passa ensuite aux fosses nasales ; on introduisit la plume dans la narine droite ; on l’agita dans tous les sens : le malade y fut complètement insensible. On passa à la narine gauche; la sensibilité la plus vive se manifesta dès son introduction. On présenta à la narine un flacon contenant de l’ammoniaque liquide ; le malade en ressentit une faible impression après une forte inspiration ; à gauche, l’approche du flacon ne put même être supportée.

On vint à la bouche : on constata de nouveau l’altération profonde des gencives du côté droit , beaucoup plus affectées que celles du côté gauche ; la langue ne parut pas sensiblement altérée, le malade la portait hors de la bouche en ligne directe. Du sulfate de quinine réduit en poudre fut appliqué sur la partie droite de la langue ; le malade ne le sentit point , ne le dégusta point ; on en mit sur le côté gauche , il le cracha aussitôt. Interrogé sur la saveur qu’il lui avait trouvée, il en désigna l’amertume

par le terme de chicotin , usité parmi le peuple

L’ouïe se conserva du côté droit et du côté gauche jusqu’au 3 ou 4 août ; mais vers le 5 ou le 6, il devint presque sourd de l’oreille droite. Informé par le malade de ce nouvel accident , je fis appliquer un vésicatoire à la nuque.

Le 7 , le 8 et le 9 , là surdité diminua , mais la santé s’altérait de jour en jour; il mourut dans la nuit du 11 au 12.

L’autopsie futfaite devant MM. Serres, Magendie, Lisfranc, Georget, etc.

Voici ce que l’on trouva de plus remarquable. La dure-mère était détachée de la fosse sphénoïdale droite ; le ganglion du nerf trijumeau de ce côté était dans un état insolite ; il était boursouflé , d’un gris jaune , une petite quantité de sérosité en séparait les granulations.

A sa partie interne , la portion du ganglion d’où se détachait le nerf ophthalmique était rouge, injectée ; cette injection et cette rougeur étaient partagées par la dure-mère , qui la recouvrait. En arrière du ganglion , les faisceaux nerveux étaient isolés par une petite quantité de sérosité. Les faisceaux internes étaient d’un blanc plus mat que les externes , les uns et les autres étaient un peu ternes ; cette disposition faisait ressortir les faisceaux musculaires du nerf trijumeau , qui , parfaitement sains , occupaient le côté interne du nerf, et qui passaient au-dessous du ganglion, après avoir dépassé la ligne supérieure du rocher. Tout-à-fait en arrière , le tronc du nerf qui débordait dans la fosse occipitale était jaune comme le ganglion lui-même ; cette couleur se remarquait dans l’étendue de deux lignes environ. Il est à remarquer encore que les filets musculaires ne partageaient point cette altération ; ils étaient dans leur état ordinaire, en arrière comme en avant.

L’altération du ganglion et son hypertrophie se prolongeaient en avant sur trois principales divisions ; le nerf ophthalmique paraissait le plus anciennement affecté, le nerf maxillaire inférieur était un peu plus altéré que le supérieur. Ces trois nerfs étaient d’un jaune terne, dont la coloration contrastait avec celle des nerfs opposés, qui étaient découverts. Ils conservaient cette couleur jusqu’à leur sortie du crâne ; au-delà, le nerf ophthalmique la perdait avant d’arriver à la fente sphénoïdale : le nerf lacrymal, le nerf frontal et le nerf nasal nous offrirent du reste leur structure ordinaire. La couleur jaune du maxillaire supérieur disparaissait tout-à-fait dans la fosse sphéno-maxillaire; les rameaux orbitaires, dentaires antérieurs, postérieurs et supérieurs , et les branches du sous-orbitaire , disséqués avec soin, ne présentèrent aucun changement dans leur texture ni dans leur organisation ; la troisième branche du nerf trijumeau, ou le nerf maxillaire inférieur, conservait son boursouflement et sa couleur jaune dans le crâne, et en partie dans son trajet dans la fosse zygomatique : dans cette fosse, il paraissait divisé en deux parties par l’altération dont il avait été le siège ; la partie interne conservait encore la nuance jaune du tronc, l’externe ne différait pas du nerf du côté opposé. De la première partaient les rameaux dentaire inférieur, lingual et auriculaire ; de l’autre se détachaient plus spécialement les rameaux temporaux profonds , les ptérygoïdiens , le masséterin et le buccal. En disséquant ces derniers rameaux d’avant en arrière, on aperçut qu’ils correspondaient aux faisceaux intacts qui se remarquaient au côté interne et inférieur du ganglion de Glaser (l).

Le nerf optique droit était, en arrière de l’œil, un peu moins volumi-

(t) A cette occasion , M. Serres remarque que cet isolement des branches musculaires , produit par la maladie , est un fait d’autant plus important , que dans l'état sain il s’en faut qu’un pareil isolement puisse être nettement démontré.

PRECIS

neux que le gauche. Daus le reste de leur trajet ces deux nerfs étaient indenliques.

La cornée de l’œil droit était opaque et épaissie dans toute son étendue. L’iris adhérait à sa face postérieure, ce qui détruisait l’espace désigné sous le nom de chambre antérieure. La pupille était contractée ; la face antérieure de l’iris était couverte d’une fausse membrane blanchâtre, qui adhérait à la face postérieure de la cornée. Sur cette dernière on apercevait plusieurs petits vaisseaux formant deux demi-cercles. La choroïde était un peu rougeâtre; l’humeur vitrée paraissait moins transparente que dans l’œil gauche.

La membrane muqueuse nasale était un peu injectée à la narine droite, principalement dans la portion qui correspond au cornet nasal inférieur.

Les gencives étaient noires du côté droit de la mâchoire supérieure et inférieure. Son tissu, mou, boursouflé, se déchirait avec la plus grande facilité. Les dents étaient tout-à-fait déchaussées en haut et en bas ; le tissu osseux formant les alvéoles supérieures et inférieures était comme injecté. A gauche, le tissu des gencives était brun, un peu ramolli; mais l’altération était bien moins profonde que du côté opposé.

La langue ne présenta d’abord aucune trace d’altération à sa superficie; mais disséquée avec soin, le tissu muqueux parut un peu plus mou à droite qu’à gauche.

L’oreille droite ne présenta aucune lésion sensible, soit dans son appareil osseux interne, soit dans ses nerfs. Le nerf acoustique, la portion dure de la septième paire dans l’aqueduc de Fallope , la corde du tympan , étaient dans leur état normal.

L’encéphale fut examiné avec le même soin que les parties dont nous venons de présenter l’état insolite. Ce qui d’abord frappa les regards, fut le côté droit de la protubérance annulaire, correspondant à l’insertion du nerf trijumeau altéré. A la place de ce nerf qui s’était détaché en soulevant le cerveau, on trouva une matière gélatineuse, jaune, analogue à celle qui existait à l’extrémité du nerf, restée libre au niveau du bord supérieur du rocher. Écartant ensuite les faisceaux transverses du pont, M. Serres suivit les traînées de cette matière jaune, dans l’étendue environ de deux lignes : en même temps, il remarqua, au côté interne de la matière -gélatineuse, deux petits faisceaux blancs, intacts, qui furent mis à découvert jusqu’au bord supérieur du bulbe rachidien. Ces faisceaux étaient la continuation des faisceaux médullaires qui existaient sur le côté interne du ganglion sphénoïdal de la cinquième paire. Les filets musculaires étaient donc sains dans toute leur étendue , ils paraissaient n’avoir point participé à l’altération profonde dont le nerf trijumeau de ce côté avait été atteint. Du côté gauche, le nerf de la cinquième paire était dàns son état normal.

En outre, l’hémisphère gauche du cerveau était ramolli, légèrement

jaune à sa surface supérieure, principalement en ayant et en arrière. Sa face inférieure était tellement adhérente à la dure-mère, qu’une petite partie de la substance corticale resta attachée à cette membrane, au moment où on soulevait l’encéphale pour en considérer la base. Tout le lobe moyen et postérieur parut alors ramolli et jaune; cette altération s’étendait dans la profondeur du lobe jusqu’au niveau du demi-centre ovale du côté gauche. La couche optique et le corps strié du même côté étaient un peu plus mous que du côté opposé. L’hémisphère gauche du cervelet offrait une altération analogue à celle de l’hémisphère cérébral du même côté; elle était néanmoins beaucoup moins profonde. Le ventricule latéral gauche était plus étendu que le droit; la glande pinéale était plus volumineuse et plus dure que dans l’état normal.

Les deux poumons étaient tuberculeux à leur sommet.

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