HYPERTROPHIE
Bichat avait cru observer que les nerfs des parties dont la nutrition est altérée, de celles surtout qui sont devenues cancéreuses , sont euxmêmes augmentés de volume, hypertrophiés. Depuis Bichat, quelques auteurs ont fait la même remarque ; mais de pareilles recherches sont bien difficiles , et lorsqu’on est porté à penser que les nerfs d’une partie quelconque sont hypertrophiés, il serait bon de ne l’affirmer que toutes les fois qu’on aurait en même temps sous les yeux ces mêmes nerfs disséqués sur un autre sujet ; car, en anatomie aussi, il y a la part de l’imagination, et souvent, avec la meilleure foi possible, on a cru voir ce qu’on cherchait à voir. Parmi les cas nombreux où il me paraît bien démontré que les nerfs d’une partie malade se sont réellement hypertrophiés, on peut citer les deux suivants :
PRÉCIS
1er Cas. Chez un vieillard qui portait à l’une des jambes une vaste et ancienne ulcération, le nerf saphène , situé sur les bords de cette solution de continuité , était au moins triplé de volume ; il envoyait à l’ulcération un très-grand nombre de filets, qui , épaissis et injectés , se confondaient avec les parois des rameaux variqueux de la veine saphène , ainsi qu’avec le tissu induré des bords et du fond de l’ulcération ; le tronc même de la veine saphène était aussi augmenté de volume , et ses parois avaient acquis une épaisseur insolite. A mesure qu’on s’éloignait de l’ulcère, on voyait le nerf saphène reprendre son volume ordinaire (l).
IIe Cas. Une femme portait à la jambe un ancien ulcère fongueux, qui était le siège de vives douleurs, dont chaque nuit augmentait l’intensité. L’amputation ayant été faite , voici dans quel état on trouva la partie malade : le nerf poplité externe avait acquis un beaucoup plus grand volume inférieurement que supérieurement ; on le suivait jusque près de l’ulcère, avec le tissu duquel il se confondait. Du nerf péronier naissaient plusieurs branches , dont le volume était aussi singulièrement augmenté. Ce nerf lui-même , ainsi que le tibial antérieur, étaient entourés d’une membrane cellulaire , remarquable par sa densité , et dans laquelle de nombreux vaisseaux se distribuaient. Avec cette hypertrophie de plusieurs nerfs coïncidait une hypertrophie notable de la peau et des os eux-mêmes, qui étaient augmentés de volume , sans présenter aucune autre altération. Les muscles, au contraire, avaient subi une atrophie telle, qu’on en retrouvait à peine quelque trace. Au fond de l’ulcère se voyait un plexus sanguin, dans lequel se rendaient plusieurs branches nerveuses ; en beaucoup de points de ce plexus on retrouvait tous les caractères du véritable tissu érectile (2).
On a trouvé quelquefois dans les nerfs des renflements partiels de leur substance , qui semblent n’être autre chose qu’un résultat de leur hypertrophie circonscrite. Ces renflements étaient surtout remarquables par leur grand nombre sur le cadavre d’uncrJtin, âgé de trente-trois ans, dont l’autopsie fut faite par le docteur Schiffner, médecin du grand hôpital civil de Tienne. Les centres nerveux n’offraient rien de particulier ; mais il n’en était pas de même des cordons nerveux. Ainsi la troisième branche de la cinquième paire présentait dans tous ses rameaux des renflements gros comme des pois ordinaires. La branche de la cinquième paire, qui accompagne le filet du nerf vidien dans le canal carotidien, formait de chaque côté un ganglion de la grosseur d’une noisette. La portion dure de la sep-
(1) Gendrin, Oper. cit., tom. II, pag. 177.
(2) Swan, Observations on some points relating to the nervons System. London, 1822, chapitre ni.
Dans un autre cas d’ulcère à la jambe , cité par le même auteur , avec vives douleurs dans le nerf poplité , on trouva aussi augmentés de volume les nerfs sciatique, saphène et poplité.
tième paire offrait des ganglions gros comme des pois ; on voyait également quelques renflements oblongs le long de la huitième paire. Au cou, les rameaux laryngés de cette même paire, ses branches anastomotiques avec le grand sympathique et quelques branches musculaires, étaient trèsrenflés. Les rameaux qui se rendent aux plexus œsophagien et pulmonaire présentaient aussi de petites saillies grosses comme un pois. De semblables saillies se montraient grosses comme des noisettes, sur les nerfs du plexus brachial. On retrouvait des renflements moins nombreux, mais plus gros, sur les nerfs du dos, des lombes, et sur ceux qui se ramifient le long de la crête iliaque. Les nerfs des extrémités offraient également de fort gros renflements dans leur trajet (1).
ARTICLE II