DE LA TRANSFORMATION CELLULEUSE
Nous n’avons ici que peu de motsà dire sur celte transformation, ayant déjà eu occasion d’en parler plus haut. C’est ainsi qu’en traitant de l’atrophie , nous avons établi que toutes les fois qu’un organe disparaît , on trouve à la place qu’il occupait une quantité plus ou moins considérable de tissu cellulaire : dans ce cas il n’y a pas , à proprement parler , de
transformation ; le tissu cellulaire préexistant n’a fait que devenir plus apparent , à mesure qu’a disparu le tissu propre de l’organe.
Toutes les fois que les fonctions d’un organe deviennent nulles ou seulement moins actives , il tend à perdre sa texture et à revenir à l’état de tissu cellulaire. C’est ainsi qu’on voit dans les différents âges ce dernier occuper la place du thymus , de la glande mammaire , des ovaires , des ganglions lymphatiques , etc. Une extrémité d’artère oblitérée, un bout de nerf coupé, ou de tendon divisé, perdent leurs caractères anatomiques distinctifs , et ces tissus si différents se résolvent tous en tissu cellulaire ; à la place de certains muscles condamnés depuis long-temps à un repos absolu , on n’a trouvé plus d’une fois que quelques fibres d’un rouge pâle, disséminées au milieu de masses celluleuses , desquelles on avait peine à les distinguer.
Lorsqu’une partie quelconque a été plus ou moins long-temps le siège d’une hyperémie active , il a pu en résulter un trouble t/sl dans sa nutrition , qu’il y ait résorption rapide de ses molécules nutritives , sans dépôt simultané de nouveaux matériaux ; alors , consécutivement à un travail de phlegmasie , on peut voir cette partie diminuer notablement de volume, se flétrir, s’atrophier, disparaître même entièrement, et à sa place on ne trouve plus que du tissu cellulaire. J’ai eu occasion d’observer un cas remarquable d’un pareille transformation celluleuse de la vésicule du fiel, à la suite d’une hyperémie active avec travail de suppuration. Chez un homme de moyen âge un abcès se forma au-dessous du rebord cartilagineux des côtes droites, dans le point correspondant à celui où existe normalement la vésicule du fiel ; cet abcès s’ouvrit , plusieurs calculs biliaires s’en échappèrent, et la guérison eut lieu. Plusieurs mois après, cet homme succomba à une autre maladie. A l’ouverture du cadavre , on chercha vainement quelques vestiges de la vésicule du fiel , on n’en trouva aucune trace ; dans la fossette destinée à la recevoir , il n’existait autre chose qu’une masse de tissu cellulaire assez condensé ; du canal cholédoque se détachait un conduit qui, par sa situation et sa direction, ressemblait entièrement au canal cystique ; mais après un trajet de quelques lignes on ne pouvait plus le suivre, il se perdait dans le tissu cellulaire , après s’être terminé intérieurement en cul-de-sac.
Serait-ce ici le lieu de parler de la transformation graisseuse des organes, admise et décrite par plusieurs auteurs? Je ne le pense pas ; car dans les différents cas de ce genre dont on a parlé, aucun tissu ne se trouvait, à proprement parler, métamorphosé en tissu adipeux ; il y avait seulement exhalation de matière grasse , exhalation qui était insolite soit par sa grande abondance, soit par le lieu où elle s’effectuait, et en même temps le tissu propre de l’organe, siège de cette exhalation, subissait fréquemment une atrophie plus ou moins considérable. La description de ces phénomènes appartient donc à notre troisième section , où il sera traité des
PRÉCIS
altérations de sécrétion. Là aussi il sera question du véritable tissu cellulaire accidentel, de celui qui, dans certaines circonstances, se forme réellement de toutes pièces au milieu de liquides, produits d’une sécrétion morbide, et qui jouissent de la faculté de s’organiser.
ARTICLE II