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CHAPITRE III

LÉSIONS DE SÉCRÉTION

Au milieu d’un nerf hyperémié on trouve souvent divers produits de sécrétion morbide qui en séparent les filets, ou qui occupent leur place. Ces produits sont liquides ou solides. Les produits liquides sont du sang, de la sérosité ou du pus. L’infiltration sanguine des nerfs a déjà été indiquée dans l’un des précédents articles. L’infiltration séreuse des nerfs a été depuis long-temps signalée par Cotunni , qui a fait jouer un rôle important à cette infiltration dans la production des névralgies ; il l’a rencontrée dans le nerf sciatique , à la suite de douleurs qui avaient leur siège dans ce nerf.

La suppuration des nerfs a été décrite par M. Martinet et par M. Gendrin. Ces deux médecins en ont rapporté des cas observés sur des individus qui avaient offert de vives douleurs dans le trajet d’un gros nerf. Dans

l’une des observations de M. Martinet, il n’y avait de pus que dans l’intérieur même du nerf (c’était le nerf sciatique). Dans un autre cas, une abondante suppuration existait autour du nerf (c’était encore le sciatique), et il n’y en avait qu’une petite quantité qui fût infiltrée entre les filets mêmes du cordon nerveux. On avait observé pendant la vie tous les symptômes d’une sciatique. Le malade était un enfant de douze ans.

On lit dans le Journal général de médecine (l) un cas de suppuration du nerf optique. Ce nerf paraissait sain à l’extérieur ; mais intérieurement, depuis la commissure jusqu’au globe de l’œil, il était rempli d’une matière puriforme d’un blanc sale. L’individu sur lequel ce fait a été recueilli était un homme âgé de quarante ans, qui mourut à l’Hôtel-Dieu d’une fièvre adynamique. Depuis six mois il avait perdu l’usage de l’œil gauche ; la cécité de ce côté s’était établie d’une manière lente ; il avait eu long-temps de violents maux delête. L’œil paraissait sain; l’iris jouissait de toute sa mobilité.

Les produits accidentels solides qu’on trouve dans les nerfs consistent en des tumeurs de forme, de grandeur et de texture variables, où l’on a retrouvé les caractères des diverses productions morbides dites encéphaloïdes, tuberculeuses, squirrheuses, etc.

Il n’est guère de nerfs dans lesquels de semblables tumeurs n’aient été observées. Nous allons en citer un certain nombre d’exemples, qui en feront ressortir les principales variétés.

D’abord l’on a trouvé sur le trajet des différents nerfs des membres des tumeurs dont le volume variait depuis celui d’un grain de millet jusqu’à celui d’une orange, et même plus. Ces tumeurs sont dures et très-douloureuses, surtout lorsqu’on les tiraille dans le sens du trajet même du nerf. Examinées après la mort, on les trouve composées d’une substance dure, semblable à du squirrhe ou à du cartilage ; du reste, ce n’est point le tissu même du nerf qui est transformé en cette substance ; ses filets sont écartés les uns des autres, et répandus autour d’elle comme des rubans. D’autres tumeurs sont essentiellement formées par un amas de petits kystes qui renferment une matière semblable à de la gelée ; d’autres sont constituées par un kyste unique et plus volumineux, qui contient une matière variable, et dont les parois ont une texture fibreuse ou cartilagineuse. Un seul nerf peut offrir dans son trajet plusieurs tumeurs semblables, qui ressemblent alors à des ganglions. Un cas de ce genre a été vu par M. Dupuytren. Ayant enlevé une petite tumeur cancéreuse dont la jambe était le siège, il vit que cette tumeur n’occupait que le nerf tibial postérieur, qui présentait une série de nodosités semblables à des grains de raisin.

La plupart des nerfs des membres ont présenté des tumeurs du genre de celles dont il vient d’être question. M. Dupuytren en a trouvé une, de

(I) Tom. L. Observation de M. Gallereux.

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la grosseur d’une noix, située dans la fosse canine, et qui avait son siège dans le nerf sous-orbitaire. Il a vu dans un autre cas le nerf trifacial transformé en matière encéphaloïde. D’autres observateurs ont également vu des tumeurs squirrheuses développées dans ce même nerf trifacial, et jusque dans le ganglion sphéno-palatin (l).

Chez un homme , privé de la vue du côté gauche depuis deux mois , on trouva au milieu du nerf optique un petit tubercule d’une consistance assez dure , d’une couleur grisâtre et un peu plus gros qu’un grain de chenevis (2).

M. Bérard aîné a vu un cas dans lequel le nerf diaphragmatique droit semblait interrompu dans sa continuité par un tubercule noirâtre , de la grosseur d’un petit pois et d’une dureté squirrheuse. En disséquant cette petite tumeur, on apercevait quelques stries blanchâtres , qui semblaient continuer la substance médullaire du nerf à travers le tubercule ; mais cette continuité n’était pas évidente. L’individu avait présenté les symptômes de l’asthme, et l’ouverture du cadavre ne fit reconnaître dans le poumon d’autre lésion qu’un léger emphysème (3).

Chez un individu atteint d’éléphantiasis , le professeur Nœgèle trouva dans la disposition suivante le nerf tibial du membre affecté. Ce nerf, plus volumineux que de coutume , augmentait de diamètre dans sa partie inférieure. Il présentait tant à sa surface que dans son intérieur des. nodosités de forme ronde ou ovale. Ces nodosités étaient autant de petits kystes que remplissait un liquide clair et limpide en certains points, épais et trouble en d’autres points. Des filets nerveux aboutissaient aux parties supérieure et inférieure de chaque renflement ; d’autres l’entouraient ; mais à l’intérieur du nœud, toute apparence de substance nerveuse disparaissait (4).

Il se développe quelquefois dans le tissu cellulaire sous-cutané de petites tumeurs obrondes, lenticulaires ou aplaties, d’une grande dureté, qu’on a mal-à-propos confondues , sous le rapport de leur nature , avec les tumeurs que nous venons de décrire ; elles s’en rapprochent à la vérité par les douleurs vives dont elles sont ordinairement le siège ; mais elles s’en éloignent complètement par leur nature. Si en effet on les dissèque, on voit qu’elles ne sont développées dans l’épaisseur d’aucun nerf; seulement quelques filets nerveux peuvent leur être accolés. Elles sont composées d’un tissu fibro-celluleux ou fibro-cartilagineux ; d’autres fois on n’y distingue aucune trace d’organisation ; elles ressemblent à la matière homogène connue sous le nom de squtrrhe. Elles sont constam-

(1) Descot, Oper. cit.

(2) Journal général de médecine , tom. L.

(3) Descot, Oper. cit., pag. 128.

(4) Archives de médecine , tom. XIII, pag. 431 .

ment entourées d une enveloppe cellulo-fibreuse , dense , opaque , qui exerce sur elles une compression plus ou moins forte , et peut concourir à la production des vives douleurs dont elles sont le siège, en produisant une sorte d’étranglement analogue à celui que détermine une aponévrose étendue sur des parties qui se tuméfient. Le volume de ces tumeurs varie depuis celui d’un grain de blé jusqu’à celui d’une fève de marais. M. Dupuytren, qui, l’un des premiers, a distingué ces tumeurs de celles qui se sont formées aux dépens mêmes d’un nerf, et qui méritent seules le nom de névrômes, les a vues non-seulement sous la peau, mais encore dans d’autres parties : ainsi il en a souvent rencontré de semblables dans les mamelles, où elles étaient la cause d’insupportables douleurs (l).

Est-ce de ces tumeurs ou d’un véritable névrôme qu’il faut rapprocher le cas suivant, dont on doit la connaissance à Béclard? Un élève en médecine fut pris d’un accès d’arthritis au gros orteil, quelque temps après avoir couché dans un lieu très-humide. Bientôt on vit apparaître sous la peau qui recouvre la veine saphène interne et le nerf du même nom, une tumeur dure, grosse comme un grain de blé, et qui, toutes les fois qu’elle était touchée, occasionnait une douleur semblable à un choc électrique, qui s’étendait sur le pied et vers la jambe. Ce jeune homme changea d’habitation, et la tumeur disparut ainsi que la douleur.

(1) Consultez, sur ces tumeurs, une bonne thèse, soutenue à la Faculté de Médecine , en janvier 1828, par M. Jaumes , intitulée : Dissertation sur une espèce de tumeur squirrheuse enkystée , attribuée mal-à-propos à une affection des nerfs .

PRÉCIS

SECTION TROISIÈME

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