I. Ossification du tissu cellulaire
Les diverses parties du tissu cellulaire n’ont pas une égale tendance à s’ossifier. Je n’ai jamais observé d’ossification dans le tissu cellulaire sousmuqueux. Baillie parle d’un cas où l’on a vu la membrane muqueusegastrique transformée en tissu; osseux ; mais dans ce cas il est bien vrai- ' semblable que le siège de l’ossification était dans le tissu cellulaire sousmuqueux ; la description de Baillie est en même temps si concise et si vague , qu’on ne peut réellement tirer aucune conséquence de ce fait , et que l’existence même de l’ossification dont il parle peut être raisonnablement révoquée en doute. On a vu aussi, plus d’une fois, et ces faits sont plus authentiques , la membrane muqueuse de la vésicule du fiel doublée en dehors par une couche ossiforme , assez complète pour transformer la vésicule en une poche à parois dures et inflexibles. Mais remarquez que le tissu cellulaire , où s’était produite cette couche osseuse, était aussi en contact avec une membrane séreuse, et nous allons voir que
le tissu cellulaire sous-séreux est une des portions de ce tissu où se dépose le plus souvent de la matière osseuse.
C’est en effet dans le tissu cellulaire sous-séreux qu’ existent surtout ces ossifications de forme et de grandeur diverses , qu’on a long-temps regardées comme le résultat d’une transformation osseuse de la membrane séreuse elle-même ; ce qu’il y a de certain , c’est que toutes les fois que j’ai examiné ces espèces d’ossification , elles m’ont constamment présenté du côté de la membrane séreuse une surface lisse, pâle, qui me paraissait indiquer qu’au-devant de l’ossification existait encore du tissu séreux.
Le tissu cellulaire sous-séreux ne se transforme ordinairement en matière osseuse qu’après avoir préliminairement subi d’autres modifications de nutrition. Ainsi on observe d’abord une altération de transparence , une tache blanchâtre, un épaississement plus ou moins considérable: on dirait souvent qu’un liquide louche infiltre les mailles du tissu cellulaire dont la trame même ne semble point altérée ; dans ce cas , un vice de sécrétion paraît être le point de départ. Peu à peu l’aspect change , du tissu cartilagineux prend naissance, et enfin au sein de ce tissu des points osseux apparaissent ; je crois d’ailleurs que , si telle est dans un grand nombre de cas le mode suivant lequel s’accomplit l’ossification du tissu cellulaire sous-séreux, il y a aussi des cas où c’est en quelque sorte d’emblée que s’effectue cette ossification.
Les ossifications du tissu cellulaire sous-séreux se présentent sous forme de simples grains , ou de plaques variables en nombre et en grandeur. Quelquefois leur épaisseur est considérable, et alors elles peuvent refouler , atrophier , en se développant de plus en plus , les organes avec lesquels elles se trouvent en contact ; par elle , la rate surtout peut être réduite à un volume bien au-dessous de son volume normal. Il n’est aucune portion des membranes séreuses au-dessous desquelles ces ossifications n’aient été observées. Dans le crâne et dans le rachis, on les trouve disséminées au sein du tissu cellulaire sous-arachnoïdien du cerveau ou de la moelle ; j’en ai trouvé quelquefois sur la convexité des hémisphères cérébraux , qui ressemblaient parfaitement à une esquille d’os large ; on les eût pris pour les fragments détachés des os de la voûte crânienne , si leur situation au-dessous de l’arachnoïde et leur adhérence avec la pie-mère qui les entourait n’eussent mis à l’abri d’une semblable méprise. Dans la poitrine , on voit ces plaques osseuses tapisser la face interne des côtes , envelopper les poumons ou le cœur. Dans l’abdomen, on ne les observe jamais autour des diverses parties du tube digestif; mais elles sont fréquentes autour de la rate , du foie, et à la face inférieure du diaphragme. Elles doublent quelquefois la tunique vaginale ; enfin on en trouve dans des sacs d’anciennes hernies.
Le tissu cellulaire , situé entre la tunique interne des artères et leur tunique moyenne , s’ossifie encore plus fréquemment que le tissu cellu-
PRÉCIS
laire sous-séreux ; il sera question ailleurs de ce genre d’ossification .
( Yoy. Maladies de V appareil circulatoire .)
Le tissu cellulaire inter-musculaire a été vu quelquefois ossiûé en plusieurs de ses points ; les cas où l’on dit avoir vu des muscles transformés en substance osseuse ne me semblent être autre chose que des cas d’ossification de ce tissu cellulaire , en même temps qu’il y avait atrophie , résorption du muscle lui-même. J’ai observé une ossification remarquable du tissu cellulaire interposé entre les divers plans charnus d’une jambe affectée d’éléphantiasis. Les muscles de cette jambe , complètement décolorés , étaient à peine visibles au milieu des masses de tissu cellulaire épaissi , induré , auxquelles le membre devait sa grande augmentation de volume. Çà et là se montraient des espèces de traînées de matière osseuse, qui semblaient suivre des intervalles musculaires , et dont quelques-unes allaient se confondre avec des végétations osseuses qui s’élevaient de la surface même du périoste.
C’est encore dans du tissu cellulaire que se forme l’espèce de capsule osseuse que l’on trouve quelquefois , chez des aveugles, au fond du globe de l’œil, et que l’on a regardée comme une ossification de la rétine. L’examen de plusieurs cas de ce genre m’a convaincu qu’il n’y avait point alors transformation de cette membrane elle-même , puisqu’on la retrouvait encore , au-devant de la capsule osseuse, avec sa couleur grisâtre et ses ramifications nerveuses ; derrière cette même capsule existait la choroïde ; la formation de la matière osseuse n’avait donc pu s’effectuer que dans le tissu cellulaire interposé entre ces deux membranes.
Enfin , partout où une cavité accidentelle a pris naissance , partout où s’est formé un conduit contre nature , le tissu cellulaire , qui constitue les parois de cette cavité ou de ce conduit , peut s’incruster de dépôts de matière osseuse , qui tantôt n’existent que par grains isolés ou par petites plaques , et tantôt se présentent comme une couche étendue sur toute la périphérie des parois de la cavité. C’est ainsi que l’on trouve quelquefois des tubercules , des hydatides entourés d’une enveloppe osseuse ; on a rencontré aussi des points osseux dans l’épaisseur des parois de certains trajets fistuleux. En ouvrant le cadavre d’un chien sacrifié pour des expériences physiologiques, j’ai trouvé dans l’abdomen, sur les côtés de la colonne vertébrale , non loin des reins , un kyste à parois osseuses , dont l’intérieur contenait un demi-douzaine de grains de plomb.