II. Ossification des tissus fibreux et cartilagineux
Si l’on suit l’homme dans la formation de son squelette , depuis les premiers instants de sa vie embryonnaire jusqu’à la vieillesse la plus avancée, on voit continuellement chez lui les tissus fibreux, et surtout carlilagincux , tendre à passer à l’état osseux. D’abord c’est par la trans-
formation du cartilage en os que se produit chez les fœtus une grande partie du squelette. Après la naissance, on voit encore cette même transformation continuer; de là l’oblitération des fontanelles , l’engrènement des sutures , la soudure des épiphyses , etc. Dans l’âge adulte , ce n’est plus que dans les lieux où déjà existe de la matière osseuse qu’elle continue à se former ; seulement les os ne cessent d’augmenter en épaisseur. Enfin chez le vieillard l’ossification tend de nouveau à envahir d’autres parties des tissus fibreux et cartilagineux ; c’est le même travail qui, commençant avec l’être , lorsqu’il vient de recevoir la vie , semble prendre une nouvelle activité lorsque chez lui la vie est près de finir. Alors le tissu fibreux des sutures cède sa place à du tissu osseux , et ces sutures s’effacent. Tour à tour on voit s’ossifier les cartilages des côtes , du larynx , de la trachée-artère , des bronches. Alors les deux os pubis tendent à se réunir par l’ossification de leur cartilage intermédiaire , comme chez le fœtus les deux os maxillaires inférieurs viennent plus tard à n’en former qu’un seul, lorsque le cartilage qui les unissait sur la ligne médiane du corps est remplacé par de la substance 'osseuse. Chez le vieillard, enfin, des dépôts de phosphate calcaire tendent à encroûter partout le système vasculaire à sang rouge, système qui présente dans sa composition beaucoup plus de tissu fibreux que le système vasculaire à sang noir. Ainsi nous trouvons comme une sorte de loi que , sans sortir de l’état normal , l’ossification tend à devenir plus considérable , plus multipliée à mesure que l’homme avance dans sa carrière. Cependant toute physiologique qu’est cette ossification , il peut arriver qu’elle devienne un état morbide, si elle vient à gêner l’accomplissement de quelque fonction. C’est ce qui a lieu pour certains cas d’ossifications du cœur et des artères.
Survenant soit d’unç manière prématurée , soit en des lieux où les progrès de l’âge ne la font pas ordinairement paraître , l’ossification des tissus fibreux et cartilagineux cesse d’être un phénomène physiologique, elle appartient par elle-même à l’état morbide.
Un état d’hyperémie sthénique précède assez souvent d’une manière évidente la transformation osseuse des tissus fibreux , cartilagineux et fibro-cartilagineux. C’est ainsi qu’en irritant artificiellement le fibro-cartilage de l’oreille d’un lapin, M. Rayer a vu d’abord ce fibro-cartilage se ramollir, puis une matière jaune se déposer çà et là dans sa trame, puis, enfin, une matière calcaire s’y former, et une véritable ossification se produire. Sous l’influence de divers genres de stimulations, M. Cruveilhier a tu également passer à l’état osseux ou ossiforme différentes portions de périoste, de ligaments, de cartilages. En produisant des fraclures sur des animaux , M. Cruyeilhier s’est aussi assuré qu’autour de la fracture il y avait souvent ossification des tissus fibreux. Plus d’une fois, dans des cas où une fracture avait eu lieu près d’une articulation, on a trouvé ses ligaments ossifiés. Les fractures de la rotule sont frcquem-
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ment suivies d’une ossification des tissus fibreux environnants. On a noté que chez les phthisiques les cartilages costaux et laryngiens s’ossifiaient prématurément; chez des chevaux morveux, j’ai constaté l’ossification des cartilages des fosses nasales , ainsi que du périoste environnant. On sait qu’un certain nombre d’exostoses n’appartiennent point réellement à l’os de la surface duquel elles s’élèvent; elles se sont uniquement formées aux dépens du périoste qui , après avoir été le siège d’un travail d’irritation chronique , après être resté plus ou moins long-temps tuméfié et douleureux , a fini par s’ossifier ; ainsi plusieurs exostoses n’ont été à leur origine que de simples périostoses. Les cartilages fracturés se réunissent le plus ordinairement par une virole osseuse , qui se forme aux dépens du périchondre. Chez certains individus atteints d’une carie des vertèbres, on a trouvé ossifiés, soit les fibro-cartilages inter-vertébraux , soit le ligament vertébral antérieur. Lorsqu’un tendon frotte sur une partie dure , un point osseux se développe dans le point du tendon où a lieu le frottement.
Ainsi, voilà un certain nombre de cas où l’ossification des tissus fibreux et cartilagineux succède à une irritation portée sur ces tissus. Mais, d’autres fois, il n’y a aucun état morbide appréciable avant l’ossification ellemême : que de fois, par exemple, n’a-t-on pas trouvé des plaques osseuses développées dans la membrane moyenne des artères, dans le tissu fibreux qui garnit les divers orifices du cœur, dans la dure-mère, le péricarde , les capsules de la rate, etc., sans qu’il fût possible de démontrer dans ces parties l’existence d’une irritation antécédente , soit par l’examen des symptômes, soit par l’examen du cadavre ! Sans doute , on peut dire que cette irritation a été latente, et je l’admettrais aussi, si d’abord il m’était démontré que cette irritation fût un élément nécessaire à la production du phénomène ; car alors l’effet survenant , il faudrait bien admettre la cause ou manifeste ou latente. Mais, à mon avis, pour la transformation osseuse , pas plus que pour les transformations fibreuse, cartilagineuse, etc., une augmentation de vitalité n’est nécessaire à admettre ; une perversion de l’acte nutritif, voilà dans un grand nombre de cas tout ce que montre l’observation ; et voilà aussi tout ce qu’à priori me semble indiquer la théorie.
Envisagées d’une manière générale, les ossifications peuvent être considérées tour à tour sous le rapport de leur forme, de leur texture et de leur composition chimique. Voyons jusqu’à quel point , sous ce triple rapport, les os accidentels se rapprochent des os naturels. Ce n’est que dans un bien petit nombre de cas qu’une analogie complète peut être établie entre eux.
Les formes principales de l’ossification morbide peuvent se réduire aux suivantes :
1° Ossification graniforme. On trouve des granulations osseuses, tan-
tôt isolées, tantôt groupées en nombre plus ou moins considérable, soit dans le tissu cellulaire qui double les diverses membranes, soit dans le tissu cellulaire qui existe à l’intérieur des parenchymes organiques, soit enfin libres dans une cavité séreuse. Leur origine, dans ce dernier cas, me paraît être la même que celle des concrétions cartilagineuses que l’on rencontre dans les articulations ou dans le péritoine. ( Voyez l’article destiné à la description de la transformation cartilagineuse. ) Le nombre de ces granulations est variable : j’ai trouvé une fois chez une femme âgée de quarante-sept ans, morte d’une hydropisie enkystée de l’ovaire, toute la surface de l’un des poumons parsemée d’une quantité prodigieuse de petits grains de consistance osseuse ; ils étaient développés entre la plèvre qu’ils soulevaient et le parenchyme même du poumon. Chez un autre individu j’ai rencontré dans la pie-mère , sur la partie tout-à-fait antérieure de l’hémisphère droit du cerveau, tout près de la scissure médiane, une granulation osseuse , du volume d’un pois , qui déprimait la substance cérébrale; cette granulation n’avait révélé son existence par aucun symptôme. Dans l’ovaire d’une femme de moyen âge, morte phthisique , j ai trouvé une demi-douzaine environ de petits grains blancs et lisses, de consistance tout-à-fait osseuse, ayant chacun le volume d’un petit pois , et dont deux ou trois présentaient à leur centre une petite cavité que remplissaient quelques gouttes d’un liquide limpide et transparent. Il me parut vraisemblable que chacun de ces grains osseux n’était autre chose qu’une vésicule de l’ovaire transformée. Chez une petite fille de trois ans, morte à l’hôpital des Enfants , dans le service de M. Jadelot, le centre du lobe droit du cervelet était occupé par une douzaine de petits corps irrégulièrement arrondis, exactement semblables, par toutes les propriétés physiques, à de petites esquilles. Ils étaient comme enchatonnés dans la substance même du cervelet, qui, autour d’eux, ne présentait pas d’altération.
Les granulations osseuses sont en général d’un volume peu considérable ; elles ne surpassent guère celui d’un gros pois ; d^autres ne sont pas aussi grosses qu’une petite tête d’épingle. Elles peuvent être plus ou moins exactement arrondies ; tantôt leur surface est lisse et pâle ; tantôt elle est inégale, rugueuse, hérissée d’aspérités.
2° Ossification lamelliforme. Le tissu osseux accidentel qui affecte cette forme est disposé en lames ou en plaques irrégulières à la surface adhérente des divers tissus membraneux ; on trouve de semblables plaques dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien, soit du crâne, soit du rachis ; on en trouve en dehors de la plèvre, du péricarde et du péritoine, entre les tuniques moyenne et interne des artères. Leur couleur est d’un blanc mat ou légèrement jaunâtre ; leur grandeur est variable. Il en est d’assez considérables pour ne former qu’une seule pièce qui tapisse dans toute son étendue la face interne des côtés de tout un côté du thorax.
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Âlaplace de la grande faulx cérébrale, on trouve quelquefois une lame inflexible, de consistance etde structure osseuses. Une fois j’ai vu une semblable lame interposée entre les lobes du cervelet et les lobes postérieurs du cerveau. Le tissu osseux, qui quelquefois se forme accidentellement entre la choroïde et la rétine, représente exactement la forme et la grandeur de cette dernière membrane.
3° Ossification membraniforme . Nous réservons ce nom pour l’espèce de tissu osseux accidentel qui, à l’instar des membranes dont il a la disposition, constitue des parois de cavités. Nous en avons cité plus haut des exemples. Une fois, à la place du corps thyroïde j’ai trouvé un corps dur, d’un volume à peu près égal à celui qui est ordinaire au corps thyroïde. Ce corps avait deux parties : 1° une enveloppe constituée par un véritable tissu osseux , formée de fibres entrecroisées , très-distinctes , inégale et bosselée à sa surface interne ; 2° une cavité dont l’enveloppe osseuse précédente formait les parois ; cette cavité était comme parcourue par un assez grand nombre de filaments très-ténus , semblables aux filaments de la substance spongieuse des os. Us adhéraient par leurs deux extrémités à l’enveloppe générale ; entre eux était déposé en petite quantité un liquide rougeâtre de consistance sirupeuse.
4° Ossification amorphe. On doit y rapporter les masses de consistance osseuse, que l’on trouve assez fréquemment, soit seules, soit unies à d’autres productions accidentelles, dans les divers parenchymes, et surtout dans les ovaires et dans l’utérus. C’est moins là , d’ailleurs , une véritable transformation osseuse que le dépôt d’un simple élément des os, du phosphate de chaux, dans certaines parties. Nous y reviendrons donc en parlant des altérations de sécrétion.
La texture du tissu osseux accidentel présente les variétés suivantes :
1° Il peut ne présenter qu’une masse homogène, sans aucune apparence de fibres , sans distinction de substance compacte , spongieuse ou réticulaire. La consistance de cette masse est tantôt moindre que celle des os de l’état normal ; tantôt elle lui est égale ; tantôt enfin elle est beaucoup plus considérable; cette masse ne se brise ou ne se scie qu’avec une extrême difficulté , on dirait d’une véritable pétrification. Traitées par les acides , de semblables masses sont souvent entièrement dissoutes par eux. Ces masses ne ressemblent aux os que par leur couleur, leur consistance et l’existence commune des sels calcaires.
2° D’autres fois , à la place de la masse homogène précédente , on trouve dans la matière d’apparence osseuse certains arrangements qui la rapprochent plus ou moins des os véritables. Ainsi plusieurs des plaques précédemment décrites représentent tout-à-fait une couche de substance compacte , telle qu’elle existe vers le milieu d’un os large du crâne , là où manque le diploë ; on y trouve parfois des fibres rayonnées ou entrecroisées en sens divers, comme dans les os larges des poissons. Il est de
ces plaques ou lames accidentelles qui , par leur forme et par leur texture, ont la plus grande ressemblance avec l’os unguis. A la substance compacte on trouve quelquefois mêlée un peu de substance spongieuse ou réticulaire. Là se bornent les rapprochements qu’il est possible d’établir , sous le rapport de la texture , entre les tissus osseux naturel et accidentel ; ce n’est à peu près exclusivement que dans le cas où, à la place d’une portion d’os détruite, le périoste ou la membrane médullaire se transforment en un nouvel os, que celui-ci représente exactement la texture d’un os de l’état normal ; et encore cela n’a-t-il lieu que peu à peu ; ainsi , par exemple , dans les os longs de nouvelle formation , il n’y a pas d’abord de cavité médullaire.
L’analyse chimique montre dans le tissu osseux accidentel, comme dans le naturel , deux sels, savoir : du phosphate de chaux et du carbonate de chaux , et une matière animale de nature gélatineuse. Mais dans les os de l’état normal ces diverses matières , unies à d’autres qu’on n’a pas retrouvées dans les os accidentels , existent toujours réunies et en proportions identiques, sauf quelques différences d’âges, de sexes, d’individus ou de maladies ; dans les os accidentels, au contraire , ces matières peuvent exister indifféremment, ou isolées ou combinées, et lorsqu’elles sont combinées, rien n’est plus variable que leurs proportions. Ainsi les sels calcaires peuvent y exister seuls ; ils peuvent n’y être unis qu’à très-peu de matière animale : d’autres fois, celle-ci peut prédominer. En plongeant un kyste à parois osseuses dans de l’acide sulfurique , il m’est arrivé, dans un cas, de le transformer en un kyste simplement cartilagineux.
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SECTION TROISIÈME
LÉSIONS DE SÉCRÉTION
Le sang qui traverse un organe peut y être soumis à trois espèces d’élaboration. Par la première, se séparent de sa masse des molécules qui,
• travaillées , si Von peut ainsi dire , par cette force plastique en vertu de laquelle chaque tissu est ce qu'il est , sont destinées à faire partie de l’organe lui-même , à réparer ses pertes. C’est là la nutrition proprement dite. Par la seconde élaboration, se produit sans cesse, en tout point de l’économie , une matière de nature albumineuse , à l’état de liquide ou de vapeur; ce genre de sécrétion ne semble pas moins nécessaire à l’état vivant que ne l’est la sécrétion nutritive. Elle est principalement évidente , 1° dans les aréoles du tissu cellulaire libre ou combiné avec les organes ; 2° dans les cavités séreuses qui ressemblent à des aréoles cellulaires agrandies ; 3° à la surface des membranes tégumentaires, où il faut la distinguer de l’humeur sébacée et du mucus ; 4° à la surface interne des vaisseaux. Ainsi, partout où un organe nous présente une surface, nous le voyons transpirer par cette surface. Nul doute, d’ailleurs, que cette matière perspirable ne soit fournie directement par le sang ; car, en mêlant à ce sang diverses substances, on les reconnaît très-promptement dans cette matière. Injectez , par exemple , du prussiate de potasse dans la veine d’un animal vivant : le sulfate de fer en démontrera très-rapidement l’existence dans le liquide des membranes séreuses. Du camphre, de l’huile phosphorée, introduits dans le sang, se reconnaîtront non moins facilement dans la vapeur qui s’échappe des poumons de l’animal à chaque expiration. J’ai cru dëvoir rappeler ici ces faits de physiologie, parce que, sous le rapport des applications à l’état morbide, il est important que l’on sache bien quelle est l’origine de cette matière perspirable, dont l’altération paraît jouer un grand rôle dans plus d’une production accidentelle. Enfin , la troisième espèce d’élaboration éprouvée par le sang , beaucoup moins générale que les deux précédentes, n’a lieu, du moins normalement, que dans certains organes d’une texture spéciale, dont la complication de structure varie depuis celle du simple follicule jusqu’à celle du foie.
Dans la section précédente j’ai décrit les diverses lésions organiques qui résultent d’iine modification morbide de la première des trois espèces d’élaboration du sang qui viennent d’être signalées. Dans toutes ces lésions» nous n’avons vu effectivement autre chose que des altérations de nutrition des tissus, c’est-à-dire des changements dans la quantité ou dans la qualité des molécules par lesquelles sont constitués ces tissus. Ce sont maintenant les deux autres espèces d’élaboration du sang dont nous devons étudier les modifications morbides, et celles-ci sont nombreuses. Partout, en effet où l’on trouve dans l’économie des produits solides , liquides ou gazeux, qui n’ont pas d’analogues dans l’état sain, l’esprit ne peut en concevoir autrement la formation qu’en supposant quelles sont dues à un travail organique plus ou moins analogue à celui qui , dans l’état sain , élimine du sang , soit les matériaux de réparation des tissus » soit les matériaux de diverses sécrétions. Ce point de vue , sous lequel peuvent être envisagées les productions accidentelles , n’est pas sans utilité , car à priori il conduit à admettre que les mêmes conditions qui, dans l’état physiologique, exercent sur les sécrétions une influence non douteuse , doivent aussi présider à la formation des productions accidentelles , si ces productions ne sont que des sécrétions morbides. Or, dans l’état sain, les sécrétions sont influencées, 1° par les qualités mêmes du sang, ainsi que le démontrent les modifications que l’on peut faire subir , en changeant la composition du sang, aux diverses sérosités, à la bile, à l’urine, au lait, etc.; 2° par la disposition physique de chaque organe sécréteur ; 3° par l’état de l’innervation. Qui ne sait qu’un trouble léger , apporté aux fonctions du système nerveux , modifie notablement la sécrétion des larmes , du mucus , de la bile , du lait , de la sueur, de l’urine , de la salive ? De même , dans toute sécrétion morbide, le rôle principal ou secondaire peut être joué, 1° par le sang; 2° par les solides où la sécrétion a lieu; 3° par le système nerveux.
Trois grandes classes de sécrétions morbides se présentent à étudier.
Dans la première classe, il y a conservation -des qualités des matières normalement sécrétées ; mais cette sécrétion est seulement beaucoup plus abondante que de coutume; tantôt, d’ailleurs , ces matières restent dans la cavité même où elles ont pris naissance ; de là les divers épanchements. Tantôt , à mesure qu’elles sont formées , elles sont conduites au-dehors ; de là les flux.
Dans la seconde classe , il y a également conservation des qualités normales des matières sécrétées ; mais, soit en nature, soit seulement dans quelques-uns de leurs éléments, on les trouve dans un autre lieu que celui où elles sont ordinairement, soit formées, soit déposées. Elles peuvent , d’ailleurs , ou avoir pris naissance dans ce lieu insolite , ou y avoir été apportées par diverses voies.
La troisième classe comprend les cas où à la place du produit de sécrétion normale existent d’autres produits, qui tantôt ne paraissent être que
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la sécrétion normale modifiée du moins s’en rapprochent-ils encore plus ou moins, et qui tantôt semblent être des produits tout-à-fait nouveaux. Ces produits morbides peuvent se former en tout tissu ; car la seule condition de leur existence est une puissance de sécrétion: or, tout tissu a cette puissance ; tout tissu, dans l’état physiologique, doit être le siège d’une élimination, soit de solides, soit de liquides, soit de gaz. Ces produits de sécrétion morbide peuvent être identiques, bien que fournis par les tissus les plus différents ; car partout ils semblent principalement dus à une modification de cette matière perspirable, qui, sous forme de liquide ou de vapeur, est exhalée par tout tissu, et qui, dans tous, est identique. Si le sang lui-même vient à s’organiser, dans le sang naîtra en même temps une force de sécrétion ; car, dans toute la nature vivante, le premier de ces faits entraîne le second ; et ce second fait à son tour doit nous porter à admettre, comme possible, l’existence des sécrétions morbides dans le sang , une fois qu’il est en voie d’organisation. Ainsi , dans le sang liquide , tel qu’il circule à travers les vaisseaux de l’être vivant , peuvent se former les matériaux des sécrétions morbides , et dans le sang coagulé peuvent avoir lieu ces sécrétions morbides elles-mêmes.
Dans une quatrième et dernière classe je tracerai l’histoire des sécrétions morbides de gaz, dont l’histoire a plus d’un trait de commun avec celle des produits de la classe précédente , mais qui , cependant , s’en éloignent trop à d’autres égards, pour qu’il ne soit pas convenable de les décrire à part.