MATIÈRES D’APPARENCE GÉLATINEUSE
Il n’est pas rare de rencontrer dans divers organes une substance qui, par l’ensemble de ses propriétés physiques , ne saurait être mieux comparée qu’à une gelée animale bien prise ou à de l’amidon dissous dans l’eau. Cette substance, semblable à de lagelée ou à de la colle, a été appelée par Laennec , en raison de cette dernière ressemblance, substance colloïde. Tantôt elle est incolore ; tantôt elle présente des teintes variées depuis le jaune clair jusqu’au rose pâle. On n’y découvre aucune trace d’organisation. Elle semble être comme une matière séparée du sang et déposée dans les diverses trames organiques. Tantôt elle infiltre ces trames et en change plus ou moins l’aspect; tantôt elle est rassemblée en une ou plusieurs masses isolées qui semblent , en se déposant , avoir refoulé autour d’elles les parties qui les ont reçues : elle se comporte , dans l’un et dans l’autre cas , comme se comportent le pus et le tubercule. Lorsqu’elle existe à l’état d’infiltration , il arrive souvent que le tissu cellulaire, dont elle remplit les aréoles, vient à s’indurer autour des molécules de la matière épanchée : soit que cette induration dépende d’une véritable hypertrophie de la fibre cellulaire , soit quelle résulte d’une condensation purement mécanique, toujours est-il qu’on trouve alors la matière gélatinoïde ou colloïde parcourue et comme cloisonnée par de nombreuses lames blanches , dures , résistantes ; ces lames semblent être
la partie chargée de sécréter la matière qu’elles entourent. Il est des cas où ces lames tendent à passer à l’état fibreux ou cartilagineux ; sur leurs faces rampent quelquefois des vaisseaux rouges, mais jamais, à ma connaissance , on n’a pu suivre ces vaisseaux dans la matière colloïde elle-même.
La matière colloïde n’existe pas seulement ainsi dans un état d’isolement ; on la trouve quelquefois plus ou moins abondante au milieu de tumeurs constituées par un mélange de divers produits morbides. Il n’est pas rare de la voir se déposer au sein de tumeurs qui sont spécialement formées par du tissu cellulaire hypertrophié ou induré. Souvent elle est renfermée dans des kystes de nature variable, qui paraissent en être les organes sécréteurs. La tumeur, désignée par les auteurs sous le nom de mélicéris , et qui consiste en un kyste rempli par un liquide semblable à du miel , me semble devoir se rapporter au produit morbide dont l’histoire nous occupe en ce moment ; c’en est une variété.
Un seul fait m’autorise à admettre que ce même produit de sécrétion morbide , qui , dans ses nombreuses variétés , ressemble plus ou moins exactement tantôt à de la gelée animale ou végétale , tantôt à de la colle,, tantôt à du miel , peut se former non-seulement dans les diverses trames organiques avec ou sans kyste, comme nous venons de le voir, mais encore dans l’intérieur des grandes cavités séreuses. J’ai trouvé effectivement sur un cadavre une des plèvres remplie par une grande quantité d’une matière légèrement grisâtre qui avait la plus parfaite ressemblance avec du miel ; cette ressemblance était telle que , dans mes notes , je trouve cette altération de sécrétion désignée sous le nom de mélicéris interne.
On trouvera à l’article Transformation , la description de quelques cas de développement de la matière colloïde, description qui servira à en compléter l’histoire , telle qu’elle peut être faite dans l’état actuel de la science,