‹ Précis d'anatomie pathologiqueChapitre 42 sur 175 · CLASSE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CLASSE TROISIÈME

PRODUITS MORBIDES ORGANISÉS ET JOUISSANT d’uNE VIE INDIVIDUELLE.

ENTOZjOÀIRES.

On a désigné sous le terme générique d 'entozoaires les différents êtres vivants qui naissent et se développent au sein d’autres êtres vivants. Les entozoaires doivent être distingués des ectozoaires ; en d’autres termes , des êtres vivants qu’on trouve aussi dans le corps des animaux, mais qui y ont été introduits du dehors. C’est ainsi que des insectes ou autres animaux peuvent se loger dans la peau, ou au-dessous d’elle, dans les fosses nasales et leurs dépendances, dans l’estomac et le reste du tube digestif. Dans certaines saisons de l’année , par exemple , on trouve la surface interne de toute la portion splénique de l’estomac du cheval tapissée d’une innombrable quantité de petits vers qui y adhèrent très-fortement , et laissent même à la plaée qu’ils occupaient une légère solution de continuité , lorsqu’on les détache avec violence du point auquel ils étaient fixés. Ces animaux ne sont point nés dans l’estomac ; ils y ont été introduits à l’état d’œuf avec les aliments ; l’estomac du cheval leur a été assigné par la nature pour le lieu d’une première métamorphose ; après y être arrivés à leur état parfait de larve, ils abandonnent l’estomac, pass ent dans l’intestin , sortent du corps du cheval avec les matières fécales, et, une fois rentrés dans l’atmosphère , ils passent de la forme de ver à la forme de cette mouche connue des naturalistes sous le nom d'œstrus communis.

On a rencontré des entozoaires dans la plupart des animaux. D’abord tous les mammifères en ont offert , depuis l’homme jusqu’aux cétacées. Les trois autres classes de vertébrés en présentent également : peut-être même trouve-t-on un plus grand nombre d’entozoaires chez les oiseaux, les reptiles et les poissons, que chez les mammifères. Quant aux invertébrés, ils ont aussi leurs entozoaires : ainsi, par exemple, on en a constaté l’existence dans toutes les classes des insectes ; mais chez ces êtres, c’est un seul et même entozoaire , le filaire, qui a été constamment rencontré.

Chez tous ces animaux, les entozoaires ont deux habitations distinctes: 1° dans des cavités ; 2° ati sein des parenchymes. Chacun d’eux a une habitation qui lui est propre ; ainsi l’ascaride lombricoïde ne se trouve que dans l’intestin , le strongle réside surtout dans les voies urinaires , la douve hépatique dans le foie, le filaire dans le tissu cellulaire, etc.

Trois formes principales appartiennent aùi entozoaires: les uns sont arrondis en cylindres ou en fuseaux ; les autres aplatis comme des rubans ; les autres, enfin, sont vésiculaires.

Leur organisation est très-variable ; il est de ces entozoaires chez lesquels on ne trouve autre chose qu’une masse parenchymateuse , sans aucune cavité distincte , sans aucun organe bien dessiné. Il en est d’autres qui représentent une simple vessie remplie d’eau. A côté de ces êtres que leur organisation à peine ébauchée relègüe au plus bas degré de l’échelle zoologique, nous trouvons d’autres entozoaires qui ont un système musculaire bien apparent, un tube digestif complet, un appareil génital trèsdéveloppé avec séparation des sexes , des rudiments de circulation , et chez lesquels même semblent appaiaître quelques vestiges de système nerveux.

Les entozoaires ont été classés tour à tour d’après leur habitation , d’a- + près leur forme et d’après leur organisation.

La différence d’habitation a guidé Linnée dans la classification qu’il a donnée des entozoaires. Il n’en a établi que deux classes. La première classe comprend les vers qui résident dans le tube digestif ( vernies intestinales). La seconde classe comprend tous les autres vers qui habitent au sein même des parenchymes ( vernies viscérales.)

C’est d’après la forme que Rudolphi les a distingués (l). Il a rangé tous les entozoaires dans les cinq classes suivantes.

Ire classe. — Nématodes. filum, eiSoç, forma).

Ces entozoaires ont une forme cylindrique semblable à celle d’un fil. Ils ont une structure très-compliquée ; on trouve chez eux un appareil digestif avec deux orifices , des organes génitaux très-distincts.

L’ascaride lombricoïde , le strongle , l’oxyure , le tricocéphale appartiennent à cette classe.

IIe classe. Acanthocéphales. (axavôa, spina , tête).

Ces entozoaires ont un corps sacciforme ou utriculaire , terminé par une tête rétractile , armée d’une ou plusieurs trompes et d’aiguillons. Ils n’offrent aucun vestige de canal intestinal ; ils ont des organes génitaux distincts , avec sexes séparés.

(1) Entozoorum , sive vermium intestinalium historia naturalisa auctore Rudolphi , 3 vol. in-8°.

286 PRÉCIS

Dans celte classe on trouve i’échinorhynque qui habite l’intestin du porc.

IIIe classe. Trématodes , foramen ; Tp}/AaTwd\?s , foraminosum.)

Ces entozoaires ont un corps aplati, remarquable par les pores plus ou moins nombreux qu’il présente à sa surface. D’après le nombre des pores, ils ont été divisés en monostome, distome, tétrastome , polystome, etc. Ils sont dépourvus de canal intestinal ; ils ont les organes génitaux des deux sexes réunis sur le même individu.

IVe classe. Cestoïdes. (x^tos, cingulum, ténia; eiSoç , forma. )

Ces entozoaires se distinguent par leur corps alongé, et en même temps aplati comme un ruban. Tantôt il ne forme qu’un tout continu ; tantôt il est divisé en articulations; la forme de la tête est très-variable. Pas de vestige de tube digestif; dans quelques-uns, trace de quelques vaisseaux nourriciers ; ovaires dans quelques espèces-; dans les autres, organes génitaux très-peu apparents.

Les ténias sont compris dans cette classe.

Ve Classe. Mystiques . (xu<ms, vesica).

Ces entozoaires ont la forme d’une vessie qüe surmontent un ou plusieurs appendices, ou qui y sont renfermés. Leur organisation est encore plus simple que celle des ténias.

Cette classe comprend les hydatides.

M. Cuvier (1) s’est servi d’une différence d’organisation pour établir les deux grandes classes dans lesquelles il a rangé tous les entozoaires. La première classe comprend tous ceux qui ont une cavité digestive distincte; ce sont les cavitaires. La seconde classe comprend tous ceux dont le tube digestif ne peut plus être suivi à l’intérieur du corps, et qui le plus souvent n’offrent autre chose qu’un parenchyme amorphe ; Ge sont les parenchymateux .

Tous les nématodes de Rudolphi sont les cavitaires de M. Cuvier. Les quatre autres classes du naturaliste allemand se rangent par leur organisation dans la seconde classe de M. Cuvier.

lre Classe. Des Entozoaires cavitaires.

Caractère : Tube digestif bien distinct, contenu dans une cavité abdominale ; forme arrondie.

( 1) Tableau du règne animal , 4 vol. in -8°.

Cette classe comprend trois ordres établis d’après les différences de forme.

Ier Ordre. — Corps cylindroïde. Cet ordre comprend surtout le genre flaire.

IIe Ordre. — Corps fusiforme. Cet ordre comprend surtout l’ascaride lombricoïde et le strongle.

IIIe Ordre. — Corps plus mince vers une extrémité que vers l’autre ; tantôt vers la tête , c’est le cas des tricocéphales ; tantôt vers la queue , c’est le cas des oxyures.

Tous ces entozoaires ont une même organisation ; elle a été surtout étudiée chez l’ascaride lombricoïde. On pourra appliquer aux autres entozoaires de cette classe ce que nous allons dire de l’organisation de celui-ci. L’histoire détaillée de chacun d’eux trouvera sa place dans notre second volume, lorsque nous traiterons des divers organes où habite plus particulièrement chaque entozoaire. Ainsi , par exemple , le tricocéphale sera décrit à l’article des maladies du tube digestif ; le strongle à l’article des maladies des voies urinaires , etc.

On trouve dans l’ascaride lombricoïde un tégument externe , des muscles, un appareil digestif, des organes génitaux. On croit y avoir découvert des traces de système nerveux et circulatoire. Les organes de la digestion et de la génération sont baignés par un liquide onctueux, qui se sécrète à l’intérieur d’une grande cavité dans laquelle ils sont contenus.

Immédiatement situé au-dessous de la peau , l’appareil musculaire forme à tout l’animal une enveloppe générale ; il est composé de deux plans de fibres , les unes circulaires ou transversales, les autres longitudinales. On ne saurait mieux comparer la disposition de ces fibres charnues qu’à celle qu’affecte la tunique musculaire des intestins chez les mammifères.

Le tube digestif ne présente aucune circonvolution ; il est droit, et un peu moins long que le corps de l’animal. On le reconnaît à sa couleur ordinairement brunâtre , couleur qui dépend des matières qu’il contient. Il commence par une bouche dont l’orifice triangulaire est garni de trois tubercules, disposés de telle sorte que deux sont inférieurs et un est supérieur (1). Cette bouche, tapissée intérieurement de petites granulations, qui constituent peut-être un appareil de sécrétion , communique avec un conduit à parois épaisses, qui, par sa forme et sa situation, représente l’œsophage. A celui-ci succède une autre partie un peu plus large, qui peut être considérée comme l’estomac ; plus bas, cette partie se rétrécit de nouveau, et se convertit en un intestin qui va s’ouvrir à l’extérieur, tout près de l’extrémité opposée à celle où existent les trois tubercules.

(1) L’existence de ces tubercules caractérise l’ascaride lombricoïde ; ils n’existent dans aucune autre espèce d’enlozoaires.

PRÉCIS

De la surface externe du tube digestif partent un grand nôrabre de filaments qui, à une certaine distance de l’intestin, se renflent en culs-desac. Leur nature ainsi que leurs usages sont encore ignorés.

L’appareil génital remplit une grande partie du corps de l’animal. On en aperçoit les nombreux filaments blanchâtres à travers la peau, et lorsqu’on a incisé et celle-ci et les muscles, on est frappé d’abord de la quantité innombrable de ces filaments , qui semblent former un inextricable lacis autour du tube digestif. Par un examen un peu plus attentif , on découvre que ces filaments diffèrentsuivantles individus que l’on examine , que chez les uns ils forment un appareil génital mâle , et chez les autres un appareil génital femelle.

L’appareil génital mâle se compose d’un pénis, d’un réservoir séminal et d’un testicule.

Le pénis se montre tout près de l’anus ; on le trouve suivant les circonstances sorti ou rentré. Il se continue avec un canal droit, à parois épaisses , qu’on peut regarder ou comme un conduit déférent ou comme une vésicule séminale. A ce canal en succède un autre qui s’en distingue, 1° par sa beaucoup plus grande ténuité; 2° parles innombrables flexuosités ; 3° par sa terminaison en un cul-de-sac , qui flotte librement dans l’abdomen. Ce canal si mince et si flexueux, qui forme en se contournant sur lui-même un nœud à peu près inextricable , a près de trois pieds de long; il est manifestement l’analogue du testicule. Là, la sécrétion ne présente plus d’autre condition de son accomplissement que l’existence d’une immense surface ; ainsi chez beaucoup d’animaux, le foie n’est non plus qu’un assemblage de nombreux canaux, terminés en culs-de-sac, sans présence de ce qu’on appelle parenchyme. Celui-ci ne se forme-Hl pas lorsque les canaux, devenant trop multipliés, viennent à former un nœud d e plus en plus inextricable, ou un lacis de plus en plus serré?

L’appareil génital femelle commence extérieurement par une fente ou vulve qui s’aperçoit, du même côté que l’anus, à l’union des deux tiers postérieurs avec le tiers antérieur du corps de l’animal. Cette vulve est l’entrée d’un vagin bien dessiné qui mène à un utérus également bien formé. Cet utérus se divise bientôt en deux longues cornes, qui, après un certain trajet, perdent leur direction droite, et se transforment en un canal remarquable par sa grande ténuité , ses flexuosités nombreuses et sa terminaison en cul-de-sac. Chacun de ces canaux représente un ovaire, réduit ainsi, comme le testicule, à n’être plus qu’une cavité flexueuse à surface immense. Ainsi, chez l’ascaride, il n’y a pas une très-grande différence de forme et de structure apparente entre l’organe qui sécrète le fluide séminal et celui où se forment les œufs. Cependant , quelle différence de produits ! .

M. Jules Cloquet a émis l’opinion que les deux lignes blanchâtres que l’on observe, l’une sur la face abdominale de l’ascaride, l’autre sur sa face

dorsale , sont des rudiments de système nerveux ; il les compare à des cordons nerveux ganglionaires. D’après le même auteur, les deux autres lignes latérales, légèrement colorées , qui , commençant entre les tubercules inférieurs et le supérieur , se terminent vers la queue de l’animal, seraient des vaisseaux où oscillerait du sang ou son analogue ; il y aurait quelque ressemblance entre ces lignes latérales et le vaisseau dorsal des insectes (l).

IIe Classe. Des Entozoaires parenchymateux»

Caractère. Absence du tube digestif.

Ils n’ont de commun que ce seul caractère négatif et l’extrême simplicité de leur structure , qui est telle , qu’à l’exception de quelques apparences d’instruments de locomotion, on ne découvre à leur intérieur aucun organe distinct.

Rien n’estplus varié que leur forme; les uns sont encore un peu alongés et arrondis comme les cavitaires ; d’autres sont aplatis ; d’autres sont sphéroïdes.

Cette classe comprend les acanthocéphales , les trématodes , les cestoïdes et les cystiques.

Nous ne dirons rien ici des trois premiers ordres, parce que les entozoaires qu’ils comprennent habitant particulièrement l’appareil digestif , nous en traiterons en décrivant les maladies de celui-ci. Il n’en sera pas de même des cystiques. Ceux-ci pouvant se développer dans tous les organes , nous devons dès à présent en dire quelque chose de général.

Les cystiques , ainsi appelés du mot xvsrtç , vessie , sont connus depuis long-temps sous le nom d 'hydatides. Souvent aussi on les a désignés sous celui de vers vésiculaires. Ils offrent, en effet, comme caractère distinctif, une forme sphérique avec ou sans appendices, qui représentent, suivant les espèces, des têtes, des trompes, des crochets ou des pores.

Quelques-uns de ces vers vésiculaires sont réunis en grappes, et vivent agrégés comme des polypes.

Ils habitent partout. Ainsi on les a trouvés, 1° au sein des divers parenchymes; il n’en est aucun où on ne les ait rencontrés; 2° dans les cavités, soit muqueuses, soit séreuses, soit vasculaires ; 3° dans le tissu cellulaire libre , interposé entre les divers organes.

Deux grandes divisions ont été établies parmi les vers vésiculaires. Les uns représentent une simple vessie sans aucun appendice ; ce sont les acéphalocystes. Les autres sont constitués par une vessie, d’où se détachent un ou plusieurs appendices : ce sont les céphalocystes.

(1) Les personnes qui voudront connaître avec détail l’organisation de l’ascaride lombricoïde, consulteront avec beaucoup de fruit l’excelfent Mémoire de M. Jules Cloquet, sur Y Anatomie des vers intestinaux, 1 vol. in-4°. Paris, 1824.

PRÉdS

Le genre acéphalocyste a été créé par Laennec , qui a regardé comme des animaux ces productions qui jusqu’à lui avaient été considérées comme de simples kystes. Quelle que soit l’opinion que l’on adopte à cet égard, toujours faudra-t-il reconnaître que ces kystes ont cela de remarquable , qu’ils n’ont aucune espèce de connexion avec les tissus au sein desquels ils se sont développés, et que, libres de toute adhérence, ne recevant pas du reste du corps leurs matériaux de nutrition , ils nagent indépendants au milieu d’un liquide de nature variable, tandis que celui qu’ils contiennent dans leur intérieur est toujours identique. ( Voyezce quenous avons dit plus haut, page 217 de ce volume, sur l’animalité de ces kystes). On dit avoir reconnu dans les acéphalocystes des mouvements spontanés : cette observation me paraît être du nombre de celles qui ont besoin d’être répétées avant qu’on y accorde une entière confiance.

Les acéphalocystes représentent exactement une sphère creuse à parois transparentes, dont le volume peut varier depuis celui d’une noisette jusqu’à celui d’une grosse orange. Rien de plus simple que leur structure. L’intérieur de la vessie qu’elles représentent est rempli par un liquide incolore, transparent, limpide comme de l’eau de roche la plus pure. Les parois de cette vessie sont constituées par une substance d’un blanc grisâtre , ordinairement transparente , mais quelquefois parsemée de taches blanches et opaques. On ne saurait mieux comparer cette substance qu’à ces lames qui se détachent de la cornée transparente , lorsque celle-ci est restée plusieurs jours en macération dans l’eau. On se ferait une idée trèspeu exacte de la nature des parois de l’acéphalocyste , si on les comparait à une membrane séreuse ; elles en diffèrent notablement. Entre les doigts elles sont tremblotantes comme une gelée végétale ou animale ; elles sont assez élastiques , et ont en même temps peu de cohésion , de telle sorte qu’on les déchire par une traction légère. La surface externe de ces parois est lisse ; leur surface interne peut l’être également ; mais d’autres fois on la trouve parsemée de petits corpuscules blancs ou gris, plus ou moins régulièrement arrondis; tantôt peu nombreux, tantôt pressés les uns à côté des autres, ces corpuscules ont un volume qui varie depuis celui d’un très-petit grain de millet jusqu’à celui d’une lentille ou d’un pois ordinaire. La nature de ces corpuscules est encore inconnue ; quelques personnes les ont regardés comme des bourgeons, ou même comme des œufs destinés à devenir plus tard de nouvelles acéphalocystes. Ce qui a pu donner quelque poids à cette opinion, c’est que souvent, à l’intérieur d’une acéphalocyste d’un certain volume , on en trouve une autre qui y est comme emboîtée. Dans cette seconde, il arrive quelquefois qu’on en rencontre une troisième. On peut trouver ainsi jusqu’à quatre ou cinq acéphalocystes ainsi renfermées les unes dans les autres. On a expliqué ce singulier emboîtement, en admettant que quelques-uns des corpuscules ci-dessus décrits se transformaient en acéphalocystes, qui se trouvaient

ainsi renfermées dans l’acéphalocystè même qui leur donnait naissance ; et comme il n’est pas rare de rencontrer à côté d’acéphalocystes intactes d’autres acéphalocystes plus grandes qu’elles, qui sont déchirées, on a pensé qu’arriyées à un certain degré de développement, les acéphalocystes nouvellement formées étaient la cause de cette déchirure , que c’étaient elles qui opéraient la rupture de celle même qui leur avait donné naissance, et qu’on a appelée Yacéphalocyste mère. Toute cette théorie ne me semble être qu’une manière ingénieuse de lier ces curieux phénomènes, ou de les rappeler à l’esprit.

Lorsque les acéphalocystes sont développées au sein d’un parenchyme, elles sont le plus ordinairement séparées de celui-ci par un liquide de nature variable, contenu dans un kyste, qui s’est formé autour de l’entozoaire, comme il se forme autour de tout corps qui par sa présence tend à irriter les parties avec lesquelles ce corps est en contact. Le liquide qui entoure l’acéphalocyste est souvent du pus ; d’autres fois, c’est une matière séreuse ou sanguinolente ; ailleurs , c’est du tubercule ; ailleurs , une substance crétacée. En devenant de plus en plus considérables , ces diverses matières compriment l’acéphalocyste ; elles peuvent en opérer la rupture , la destruction, et on ne la trouve plus qu’en débris qui nagent épars au milieu d’une de ces matières. Je me rappelle avoir ainsi trouvé une fois des fragments de membranes d’acéphalocystes au milieu d’un vaste abcès développé aux environs du rein. Les parois du kyste produit autour de l’acéphalocyste sont ou simplement séreuses, ou fibreuses , ou quelquefois même osseuses, soit en partie , soit en totalité.

Les tissus au sein desquels se développent des acéphalocystes peuvent rester très-long-temps dans un état parfaitement sain ; aussi n’est-il pas très-rare de ne voir aucun accident grave , aucun trouble de la santé accompagner l’existence d’un kyste hydatifère , dans le cas même où , développé non loin des téguments, il vient faire saillie au-dessous de ceux-ci. D’autres fois les tissus environnants s’irritent , et de là peuvent résulter d’abord diverses lésions funestes à l’individu ; mais delà peut résulter aussi une solution de continuité qui permet aux acéphalocystes de se frayer une route au-dehors , et qui devient de la sorte , dans quelques cas , un moyen de guérison. Les parties les plus dures peuvent en pareille circonstance se perforer pour livrer passage aux entozoaires. Un homme entra à la Charité , portant au niveau de l*une des omoplates une tumeur dont le diagnostic paraissait assez obscur. De cette tumeur il sortit un grand nombre d’acéphalocysles. Le malade ayant succombé, on trouva un paquet de ces entozoaires logé dans la fosse sous-épineuse, et un autre dans la fosse sous-scapulaire ; ces deux paquets communiquaient ensemble par un trou pratiqué dans l’épaisseur même du scapulum , non loin de son épine.

Sorties du point même où elles se sont développées , les acéphalocys-

PRÉCIS

tes peuvent être transmises immédiatement hors de l’économie, à travers un trajet fistuleux plus ou moins long qui se termine à la peau. D’autres fois elles parviennent sur une surface muqueuse, d’où ensuite elles peuvent être, comme dans le cas précédent , éliminées au-dehors. C’est ainsi que l’on a vu sortir avec les urines des déhris d’acéphalocystes développées dansles reins; d’autres, produites dans le poumon ou même dans le foie, ont été expulsées par la voie de l’expectoration ; d’autres ont été vomies ou rendues par les selles. Enfin, il est des cas où ces acéphalocystes viennent à tomber dans une cavité séreuse , et donnent lieu ainsi tout-à-coup aux plus graves accidents.

Les céphalocystes diffèrent des entozoaires précédents , en ce que la vessie qui constitue la plus grande partie de leur corps est surmontée d’un ou plusieurs appendices que l’on appelle des têtes. Tantôt il n’y a qu’un de ces appendices , tantôt il y en a deux ou un plus grand nombre. De là la division de ces entozoaires en monocéphalocystes et polycéphalocystes.

Les monocéphalocystes comprennent une espèce d’entozoaire ordinairement désigné sous le nom de cysticerque (vessie caudade) ; on le reconnaît aux caractères suivants : vessie habituellement peu volumineuse, semblable à celle des acéphalocystes , d’un point de laquelle surgit un petit appendice d’un blanc mat, que tantôt l’on trouve sorti de la vessie, et qui tantôt y est rentré. Ce dernier cas est celui que l’on rencontre le plus communément. Lee sticerque ressemble alors à une petite acéphalocyste à l’intérieur de laquelle existerait un point d’un blanc mat. On dit avoir reconnu dans ce cysticerque des mouvements spontanés ; on dit l’avoir vu faire alternativement sortir et rentrer sa tête , de telle sorte que chez lui les caractères de l’animalité seraient moins douteux que chez l’acéphalocyste.

Le cysticerque a été découvert dans les parties les plus différentes du corps de l’homme ou des animaux.

Chez l’homme on l’a vu dans la substance même du cerveau, dans les plexus choroïdes , où il ne faut pas le confondre avec les kystes séreux qui y sont si fréquents ; chez l’homme encore on l’a vu dans le poumon et dans les muscles. Cet entozoaire est très-commun dans l’épiploon des lapins ; on l’a trouvé dans le mouton et dans le bœuf. Enfin, dans la maladie des cochons désignée sous le nom de ladrerie , la lésion la plus générale et la plus constante qu’on observe, c’est l’existence simultanée d’un grand nombre de cysticerques dans la plupart des tissus. Le tissu cellulaire libre, interposé entre les divers organes, en est particulièrement rempli. Chez deux cochons ladres, dont j’ai eu occasion de faire l’anatotomie, j’ai trouvé des cysticerques, 1° dans le tissu cellulaire sous-cutané et inter-musculaire , où ils étaient extrêmement abondants ; 2° dans les divers replis du péritoine ; 3° dans le foie ; 4° dans les poumons ; 3° dans la substance du cœur.

Au nombre des polycéphalocystes sont compris, 1? le ditrachycéros , entozoaire qui a été rencontré dans l’intestin d’animaux et quelquefois même de l’homme ; 2° le polycéphale , qui se développe spécialement dans le cerveau des moutons , et à la présence duquel on a attribué les phénomènes du tournis. (Pour leur histoire, voyez plus loin. )

Après avoir tracé une rapide esquisse de l’histoire naturelle des entozoaires, chercherons-nous à remonter aux causes de leur formation? nous serons obligé d’avouer à cet égard notre complète ignorance. Ici , comme pour toutes les autres altérations précédemment étudiées , il peut exister des cas où l’irritation les produise, mais uniquement parce quelle dérange le mode normal de nutrition ou de sécrétion. L’irritation ne joue donc ici qu’un rôle accidentel. Il est remarquable que les entozoaires tendent surtout à se développer et à se multiplier , lorsque les influences extérieures auxquelles l’homme ou l’animal se trouve soumis tendent à arrêter l’entier développement de la nutrition dans les divers tissus, comme si, en pareil cas, les molécules organiques, qui cessent d’être aussi complètement assimilées, venaient à s’arranger de manière à donner naissance à un être inférieur, à un entozoaire. C’est effectivement dans les pays humides que chez l’homme d’abord ces entozoaires, et surtout les intestinaux , sont notablement plus communs; c’est dans ces pays surtout qu’on voit dans un grand nombre d’affections se manifester ce que les auteurs appellent une complication vermin euse. Quant aux animaux , on peut en quelque sorte créer chez eux à volonté des entozoaires, en les soumettant à l’influence d’une forte humidité , en les privant d’insolation et d’exercice. C’est ainsi que les cysticerques se multiplient chez les lapins que l’on tient enfermés dans des tonneaux humides , sans soleil et sans air. La ladrerie du porc ne dépend-elle pas de l’habitation humide, non aérée, que l’on donne habituellement à cet animal? Une espèce de trématode , le dislôme hépatique , se développe chez les moutons lorsqu’on les fait paître pendant un certain temps dans des lieux trèshumides, où ils sont couverts d’eau jusqu’à mi-jambe, et où ils se nourrissent en même temps d’herbages trop aqueux. Pourquoi maintenant plusieurs entozoaires intestinaux ( l’ascaride lombricoïde et le tricocéphale ) sont-ils beaucoup plus communs chez l’enfant que chez l’adulte ? Pourquoi ce même ascaride et le ténia surtout se développent-ils, dans Paris, beaucoup plus fréquemment chez le chien que chez l’homme? Pourquoi, enfin , un seul entozoaire , le filaire de médine ou dragonneau , fait-il une singulière exception aux autres entozoaires ? pourquoi est-il le seul qui se développe de préférence dans les pays brûlants et secs?

PRÉCIS

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