‹ Précis d'anatomie pathologiqueChapitre 60 sur 175 · C. Vices de situation · texte numérisé non relu

C. Vices de situation

Ils doivent être divisés en deux classes : la première comprend les cas où le tube digestif, en totalité ou en partie , est placé hors de la cavité 1 26

PRÉCIS

abdominale. Dans la seconde classe, le tube digestif est circonscrit comme de coutume par les parois de l’abdomen; mais ses différentes parties n’occupent plus leur situation normale. Le cas le plus remarquable de cette dernière classe est celui où il y a transposition générale de toutes les parties de l’intestin , de telle sorte que ce qui doit être à droite est placé à gauche, etviceversâ. Ainsi le grand cul-de-sac de l’estomac occupe l’hypochondre droit; son orifice pylorique est situé au-dessous des fausses côtes gauches; les trois courbures du duodénum occupent à gauche la même place que normalement elles occupent à droite ; leur concavité regarde le flanc droit. Le cæcum occupe la région iliaque gauche; le colon ascendant se trouve dans le flanc du même côté ; le colon descendant se termine à l’S iliaque , qui est reçue dans la fosse iliaque droite. Dans ce cas, il y a également transposition, soit des autres viscères abdominaux, de larate, par exemple , qui existe dans l’hypochondre droit, et du foie qui est logé dans le gauche , soit même des viscères thoraciques : ainsi la pointe du cœur bat à droite , et c’est le poumon du côté gauche qui a trois lobes.

Les vices partiels de situation affectent principalement le colon transverse , tantôt passant au-devant de l’estomac , tantôt recouvert par lui , tantôt présentant son bord convexe en bas , et se dirigeant de telle manière qu’il forme un arc à convexité inférieure et beaucoup plus près du pubis que du bord colique de l’estomac.

A la seconde classe appartiennent les hernies congénitales. Pour se faire une idée de leur mode de formation , il faut se rappeler que les parois abdominales ne se développent qu’assez long-temps après qu’ont apparu les viscères qu’elles doivent recouvrir, de telle sorte que jusqu’à l’époque de deux mois environ le fœtus semble avoir ses différents organes hors de la cavité abdominale; mais en réalité celle-ci n’existe pas encore. S’il y a arrêt dans le développement des parois , les intestins pourront se présenter, à l’époque de la naissance, dans la situation où on les trouve lors des premiers temps de la vie fœtale, c’est-à-dire qu’ils semblent être hors de la cavité abdominale. Ces mêmes parois peuvent de plus se développer d’une manière vicieuse; elles peuvent se former derrière les viscères qui ne rentrent pas , et alors ceux-ci seront réellement situés hors de l’abdomeù ; mais ils n’en seront pas sortis, puisqu’en pareil cas ils n’y avaient jamais été contenus.

Les parois abdominales peuvent manquer dans leur totalité : alors nonseulement on ne trouve aucun vestige des différents tissus qui forment les parois antérieure et latérale ; mais le diaphragme lui-même n’existe pas ; cela coïncide le plus ordinairement avec une imperfection de développement dans les parois d’autres cavités , comme asternie, spinabifida, scissure plus ou moins large de la voûte du crâne , bec de lièvre , etc. Une seule paroi peut être absente : tantôt c’est la supérieure , et alors les cavités thoracique et abdominale sont confondues en une seule ; on ob-

serve qu’en pareil cas les poumons se développent ordinairement fort peu. Tantôt le diaphragme étant bien formé, c’est la paroi antérieure qui manque, soit dans sa totalité, soit d’un seul côté. De plus, l’une ou l’autre de ces parois peut exister , mais très-imparfaitement sous le rapport du nombre et de la qualité des éléments anatomiques qui les composent. Ainsi la cloison ordinairement charnue interposée entre les cavités du thorax et de l’abdomen peut être remplacée par une simple toile fibrocelluleuse, comme cela existe normalement chez certains animaux. La paroi antérieure peut aussi manquer de muscles , et n’être constituée que par ses tissus celluleux , fibreux, séreux , cutané. Celui-ci s’arrête souvent sur les parties latérales de l’abdomen , et en avant l’on ne trouve plus qu’une couche de tissu cellulaire plus ou moins condensé. Les différents tissus qui, par leur assemblage , doivent normalement former les parois de l’abdomen , s’isolent ici dans leur existence , comme on voit se séparer aussi dans le spina bifida , dans l’anencéphalie , les tissus qui concourent à former les parois crâniennes ou rachidiennes. D’autres fois la paroi antérieure ne manque que sur la partie médiane : à la place de la ligne blanche on trouve une fente longitudinale , à travers laquelle apparaissent les viscères. S’il est vrai que les parois abdominales sont formées de deux parties latérales qui, d’abord séparées, finissent par se rencontrer et s’unir sur la ligne médiane, on comprendra facilement que l’existence d’une fente à la place de la ligne blanche atteste un tràvail d’organisation qui ne s’est pas achevé. Cette fente elle-même peut diminuer de plus en plus, et ne plus consister qu’en une ouverture qui existe à l’ombilic ou dans ses environs; et, au-devant de cette étroite ouverture, il arrive quelquefois que l’on trouve la plus grande partie de la masse des viscères abdominaux. Enfin, d’autres fois, il ne reste autre chose d’insolite dans la conformation des parois abdominales qu’une ampleur plus grande que de coutume des orifices naturels, spécialement de l’anneau inguinal ( 1 ).

D. Occlusion des ouvertures naturelles , et Communication contre nature des

intestins.

Les vices de conformation qui accompagnent cette occlusion peuvent être rangés en trois classes.

Ire Classe. Elle comprend les cas où, la cavité du tube digestif étant interrompue en un point de son étendue, ses parois n’en forment pas moins

(1) Le plan de noire ouvrage et les limites que nous nous sommes tracées s’opposent à ce que nous traitions des hernies survenues accidentellement après la naissance. Nous ne pourrions que copier les excellentes descriptions qui en ont déjà été données dans les ouvrages de chirurgie , et nous y renvoyons.

PRECIS

un tout continu. Souvent alors une membrane obturante, placée de champ, forme comme un diaphragme qui intercepte toute communication entre la portion d’intestin située au-dessus de lui, et celle placée au-dessous. D’autres fois , au lieu d’une simple membrane, dont la perforation rétablirait la continuité de la cavité de l’intestin, celui-ci forme un cordon plein dans une certaine étendue par suite de l’accollement intime de ses parois. C’est surtout vers le rectum que ces différents vices de conformation ont été le plus souvent constatés.

IIe Classe. Elle comprend les cas où il y a non-seulement interruption de la cavité de l’intestin , mais même de ses parois. Ainsi l’on a vu l’œsophage complètement séparé de l’estomac, celui-ci du duodénum, etlecolon du rectum. On a vu aussi l’intestin grêle se terminer en cul-de-sac aune certaine hauteur, puis la portion subséquente recommencer un peu plus bas par une extrémité également eu cul-de-sac, qui se continuait d’une manière normale avec le gros intestin.

IIIe Classe. Ici , comme dans la seconde classe , il y a terminaison de l’intestin en cul-de-sac en un point de son étendue; mais plus bas on n’en retrouve plus de trace , et le lieu qu’il doit occuper n’est rempli que par du tissu cellulaire. Ainsi, par exemple, le gros intestin peut ne consister que dans le cæcum ou dans un rudiment du colon ; celui-ci peut exister tout entier, et se terminer avec l’S iliaque par une extrémité aveugle. Il peut y avoir enfin un commencement du rectum qui n’est pas achevé , si l’on peut ainsi dire , et se termine par un renflement sans ouverture à une distance plus ou moins éloignée de celle où l’on trouve ordinairement l’anus.

Soit que l’anus existe ou non, le tube digestif présente quelquefois des communications anormales, soit avec l’extérieur, et alors on l’a vu s’ouvrir à l’ombilic , immédiatement au-dessus du pubis , sous le pénis , soit dans divers organes creux , tels que la vessie ou le vagin. Dans ce dernier cas , il y a tendance à la confusion des orifices terminaux des organes digestifs, urinaires et génitaux, et formation d’une cavité commune plus ou moins exactement analogue au cloaque des oiseaux.

ARTICLE III

LÉSIONS DE SÉCRÉTION

Les lésions de sécrétion dont le tube digestif est fréquemment le siège, et qui constituent pour ce tube des maladies nombreuses , doivent être étudiées, 1° à la surface libre de la membrane muqueuse; 2° dans l’épaisseur même des divers tissus qui contribuent à former, en dehors de la muqueuse, les parois gastro-intestinales.

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