‹ Précis d'anatomie pathologiqueChapitre 61 sur 175 · S I. PRODUITS DE SÉCRÉTION MORBIDE SUS-MUQUEUX · texte numérisé non relu

S I. PRODUITS DE SÉCRÉTION MORBIDE SUS-MUQUEUX

Ges produits sont de deux sortes : les uns ne sont autre chose que les produits de la sécrétion normale augmentés seulement en quantité ; les autres sont des produits nouveaux.

A. Produits de la sécrétion normale augmentés en quantité.

Ges produits sont le mucus, la vapeur perspiratoire et les gaz.

En ouvrant certains cadavres, on est frappé de la prodigieuse quantité de mucosités qui couvrent parfois la surface interne de l’estomac ou des intestins. Ces mucosités forment souvent une couche épaisse, étendue sur une grande partie de l’intestin; au premier coup d’œil on prendrait cette couche pour la membrane muqueuse elle-même, et on pourrait regarder cette dernière comme blanche et saine.

Au-dessous de la couche de mucus qui la revêt, la surface interne du tube digestif peut se présenter dans deux états opposés. D’abord l’on peut trouver au-dessous du mucus une rougeur vive de la membrane par laquelle il a été fourni; ce cas est même le plus commun; mais on peut trouver aussi cette membrane pâle et sans aucune trace d’injection. Car l’augmentation d’une sécrétion n’entraîne pas nécessairement l’idée d’une congestion sanguine opérée dans l’organe sécréteur. La membrane muqueuse qui tapisse la surface supérieure de la langue nous offre à cet égard la plus grande analogie avec ce que nous montre l’ouverture des cadavres dans la partie du tube digestif qui, pendant la vie, se dérobe à nos regards. Ainsi, en même temps qu’une quantité insolite de mucus recouvre la face dorsale de la langue, tantôt on trouve au-dessous de ce mucus la muqueuse linguale d’un rouge vif, tantôt elle a sa couleur habituelle, et tantôt enfin elle est notablement plus pâle que dans l’état physiologique.

Au lieu de mucus , il arrive quelquefois qu’on trouve dans le tube digestif une énorme quantité d’un liquide semblable à de l’eau. Ce liquide paraît n’être autre chose que la vapeur qu’exhale ordinairement la membrane muqueuse, et qui, augmentée de quantité, seprésenteà l’état liquide. En pareil cas, on peut dire que la membrane muqueuse digestive sue véritablement. Ce remarquable accroissement d’exhalation peut s’accomplir d’une manière aiguë : c’est ce qui a lieu dans un certain nombre de cas de choléra-morbus, où les abondantes évacuations qui ont lieu ne contiennent pas toujours de la bile, et sont parfois uniquement constituées par un liquide semblable à de la sérosité. Ouvre-t-on les cadavres en pareil cas : on trouve la membrane muqueuse assez fortement congestionnée, et rien autre chose : c’est la rougeur qui sur la peau accompagne la

sueur ; mais l’enveloppe cutanée ne se montre pas rouge et chaude, toutes les fois qu’elle devient le siège d’une exhalation séreuse abondante. Bien que froide et décolorée, la peau peut se couvrir de sueur. Il en est de même pour la membrane muqueuse digestive, et, sans rougir, elle peut aussi devenir le siège d’une abondante exhalation séreuse. En ouvrant les cadavres d’individus qui, vers la fin de diverses maladies chroniques, avaient eu une diarrhée séreuse sans douleur, j’ai été souvent frappé de l’état des intestins grêles : leurs parois, amincies et d’une remarquable pâleur, étaient distendues par un liquide séreux, tantôt incolore, tantôt légèrement teint en jaune. On a anciennement décrit sous le nom d’hydropisie de l’estomac une lésion qui me paraît avoir des rapports avec celle dont je viens de signaler l’existence dans l’intestin grêle. L’estomac était aussi rempli d’une grande quantité d’un liquide séreux ; ses dimensions avaient considérablement augmenté, il occupait la plus grande partie de la cavité abdominale, et en même temps ses parois étaient extrêmement amincies. J’ai vu un cas de ce genre, dans lequel l’estomac, par sa grande courbure, touchait presque le pubis; ses parois très-minces laissaient voir à travers leur tissu transparent le liquide qui en remplissait l’énorme cavité. Bien différent d’un autre estomac, également très-dilaté, dont nous avons parlé plus haut, et dont le pylore était malade, cet estomac ne présentait d’autre lésion appréciable que cette remarquable augmentation de dimension.

Les recherches des physiologistes modernes ont démontré que dans l’état normal le tube digestif contient toujours une certaine quantité de gaz, dont la chimie a démontré la nature. Dans l’état morbide, ces gaz viennent quelquefois à augmenter tellement de quantité, qu’ils distendent l’intestin et causent plusieurs accidents.

Des diverses parties du tube digestif, le colon est celle où les gaz s’accumulent le plus souvent d’une manière morbide. Cet intestin se dessine alors à travers les parois abdominales; il refoule en haut le diaphragme, et il peut produire une dyspnée qu’il serait d’autant plus facile, en pareil cas, de confondre avec une dyspnée par hépatisation pulmonaire, que le foie , refoulé avec le diaphragme, peut donner un son très-mat jusqu’audessus du sein droit.

L’augmentation de la sécrétion gazeuse du tube digestif coïncide souvent avec un état d’irritation aiguë de la membrane muqueuse; ainsi on l’observe fréquemment chez les individus dont les follicules de Peyer sont malades, soit simplement hyperémiés et augmentés de volume, soit surtout ulcérés. Cependant le seul fait de l’existence d’ulcérations dans le tube digestif ne donne pas lieu nécessairement à un accroissement de sécrétion gazeuse : en effet, on ne trouve pas ordinairement distendus par des gaz les intestins ulcérés des phthisiques.

D’un autre côté, j’ai vu plus d’une fois le ballonnement intestinal porté

à un haut degré chez des individus dont l’intestin ne présentait après la mort aucune lésion , et qui avaient succombé à une affection cérébrale aiguë. Aussi ne me semble-t-il pas démontré que, dans les fièvres typhoïdes , le ballonnement du ventre annonce nécessairement l’existence d’ulcérations dans les intestins. Peut-être serait-on plus près de la vérité en admettant que la pneumatose intestinale , liée souvent , mais non constamment, à un état d’ulcération du tube digestif, est, comme cette ulcération, un effet de la cause morbide qui produit cet ensemble de symptômes qu’on a provisoirement désignés par le terme générique de fièvre typhoïde. Notez encore que les ulcérations ont surtout leur siège dans l’intestin grêle , et que c’est le gros intestin qui est le siège le plus fréquent de la tympanite^

Que si l’on doutait que l’augmentation de sécrétion ga$eu$e du tube digestif pût exister sans lésion de circulation ou de nutrition de ce tube lui-même, je rappellerais ces cas de tympanites si remarquables qui s’observent bien souvent chez les femmes hystériques. Que voyons-nous en pareil cas ? une modification non douteuse de l’innervation, et une tympanite coïncidant assez souvent avec cette modification pour qu’il soit logique de la regarder comme en étant un des résultats. De ce fait remontez à ce qui peut avoir lieu relativement à la sécrétion gazeuse, dans les fièvres typhoïdes , où un rôle immense, soit primitif, soit consécutif, est certainement joué par l’innervation.

La réaction toute chimique des principes alimentaires introduits dans les voies digestives est souvent une cause de tympanite ; les vétérinaires savent qu’en nourrissant les moutons d’une certaine manière, on produit chez eux un tel développement de gaz dans la panse, que ces animaux périraient suffoqués,, si. on n’évacuait promptement ces gaz en plongeant un trocart jusque dans l’intérieur de la panse , à travers les parois abdominales.

B. Produits nouveaux .

a. Sang. Ce liquide se rencontre quelquefois dan9 la cavité de l?éstomac ou des intestins : on l’y trouve à l’état liquide ou à l’état coagulé tantôt il n’y existe qu’en petite quantité et en quelques points ; tantôt il la remplit au point d’en distendre les parois.

Les causes sous l’influence desquelles le sang vient à se répandre à la surface interne du tube digestif sont les suivantes :

1° Un obstacle mécanique apporté à la circulation de la veine porte : il en a été déjà question.

2° Une irritation de la membrane muqueuse gastro-intestinale : c’est ainsi que certains poisons corrosifs portés dans l’estomac produisent une hématémèse , et que certains drastiques donnent lieu à un flux de sang par l’anus. Du reste, en variant à l’infini les degrés ou les modes d’irrila-

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lion, on ne déterminera pas plus à volonté une hémorrhagie de l’estomac ou des intestins , qu'on ne déterminera un ramollissement ou une ulcération de ces parties.

3° Une congestion sanguine , qui n’est ni mécanique , comme dans le premier cas , ni déterminée par un travail d’irritation évidente , comme dans le second. Le sang s’accumule en un point de la trame de la muqueuse digestive, et il flue hors de ses vaisseaux : voilà tout ce que nous pouvons saisir*

4° Certains états du sang lui-mème, dans lesquels il est modifié de telle sorte qu’il tend de toutes parts à s’échapper de ses voies normales. C’est ce qui a lieu dans certains empoisonnements par absorption , dans les typhus. Alors les fréquentes hémorrhagies qui ont lieu par la membrane muqueuse digestive n’ont plus leur cause dans une altération primitive de cette membrane elle-même ; ces hémorrhagies , dont le vomissement noir de la fièvre jaune présente le plus frappant exemple, ne sont plus qu’un des éléments d’une maladie qui existe partout où va le sang.

5° Enfin, il ne faut pas oublier que le sang qu’on trouve dans l’estomac ou dans les intestins peut s’y être introduit par l’acte de la déglutition. C’est ce qui arrive dans certains cas d’hémoptysies abondantes, et surtout lorsqu’un anévrysme de l’aorte vient à s’ouvrir dans l’œsophage. On trouve , dans ce dernier cas , l’estdmac distendu par un énorme caillot.

Quelle que soit la cause qui ait donné lieu à la présence du sang dans le tube digestif, l’anatomiste trouve en pareil cas la surface interne gastrointestinale tantôt plus ou moins vivement injectée , tantôt, au contraire, très-pâle. J’ai trouvé cette surface parcourue à peine par quelques vaisseaux d’un médiocre volume, sans injection des capillaires, chez un individu qui succomba en moins d’une heure à une hémorrhagie très-abondante, qui eut lieu par le fondement pendant le cours d’une fièvre légère. Une grande quantité de sang couvrait la membrane muqueuse digestive depuis le commencement de l’iléum jusqu’au rectum ; ainsi la source de l’hémorrhagie ne pouvait être douteuse. Dans le premier comme dans le second de ces cas, on ne trouve dans le tube digestif aucune lésion spéciale qui puisse faire reconnaître, après la mort, par l’examen des voies digestives, qu’une hémorrhagie gastrique ou intestinale a eu lieu pendant la vie. La lésion n’était pas plus spéciale chez deux individus morts à la suite d’hématémèse , dont le professeur Lallemant de Montpellier eut occasion d’ouvrir les cadavres (l). Chez tous deux il trouva, dans l’étendue de trois à quatre pouces, la membrane muqueuse boursouflée, d’un rouge cramoisi, laissant exsuder du sang par la pression , et si facile à déchirer , qu’au moindre contact elle se détachait par lambeaux. Les hémorrhagies intestinales ne sont pas très-rares chez les enfants nouveau-nés; M. Billard en

(1) Première lettre sur l'encéphale , pag. 93.

a vu quinze cas dans l’espace d’une année , dont huit chez des enfants de un à six jours ; quatre chez des enfants de six à huit jours , et trois chez des sujets de dix à dix-huit jours. Dans tous ces cas il n’a trouvé autre chose qu’une injection plus ou moins vive des parois intestinales. Quelques-uns de ces enfants étaient pléthoriques ; d'autres, au contraire, étaient pâles et faibles. Chez tous, on trouva gorgés de sang les poumons, le cœur, le foie, la rate , les gros vaisseaux abdominaux, ainsi que les centres nerveux et leurs enveloppes. Ainsi donc à la surface de l’intestin , comme à la surface de toute membrane muqueuse , des hémorrhagies peuvent avoir lieu , sans qu’il existe nécessairement aucune lésion grave du tissu dont le sang s’échappe. On comprendra alors comment des hémorrhagies du tube digestif ontput se répéter souvent sans être suivies d’aucun accident grave. Un des cas les plus remarquables de ce genre est celui qui a été consigné dans le tome XIV du journal de Corvisart. Ce cas est relatif à une femme qui pendant quinze ans eut de fréquentes hématémèses, sans que sa santé en fût en aucune façon altérée. Au bout de quinze années le vomissement de sang fut remplacé par une exhalation sanguine en divers points de la peau : les règles ne furent jamais interrompues. Cette hématémèse se manifesta pour la première fois à la suite d’un coup de corne de bœuf, reçu à l’épigastre. Dans le mois de septembre 1028, il existait à la Charité une femme qui depuis plusieurs années avait eu, à diverses reprises, des hémorrhagies par les poumons, par l’estomac, par l’utérus; dans l’intervalle des hémorrhagies, aucun de ces organes ne restait lésé. Mais, d’un autre côté, dans le tube digestif comme partout ailleurs, il arrive assez souvent que des lésions constantes donnentîieu, par intervalles, à des hémorrhagies plus ou moins abondantes ; ces lésions par elles-mêmes ne rendent pas d’ailleurs compte de la production de l’hémorrhagie; elles n’en sont que l’occasion. Ainsi l’observation a montré que dans beaucoup de cas où l’estomac est affecté d’un épaississement dit squirrheux de son tjssu cellulaire sous-muqueux, la membrane muqueuse devient par intervalles le siège d’une exhalation sanguine, et c’est une grave erreur que de penser que les hématémèses qui accompagnent fréquemment l’affection connue sous le nom de cancer de l’estomac, ne surviennent que dans le cas où la membrane muqueuse gastrique est déjà ulcérée. Plus d’une fois il m’est arrivé de la trouver parfaitement saine en apparence, au-dessus d’une tumeur constituée par une masse indurée de tissu cellulaire, chez des individus qui, peu de temps avant leur mort, avaient eu une abondante hématémèse. J’ai recueilli l’observation d’un individu atteint d’un squirrhe du colon descendant, qu’une hémorrhagie par le rectum entraîna au tombeau. A l’ouverture du cadavre on ne trouva pas dans l’intestin la moindre trace d’ulcération ; partout la membrane muqueuse était intacte et à peine colorée ; vers l’union des colons transverse et descendant, une masse indurée de tissu cellulaire

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soulevait la membrane muqueuse, et obstruait en grande partie le calibre de l’intestin.

Dans tous ces cas, nous voyons donc des lésions, variables en nature comme en intensité, précéder ou accompagner l’hémorrhagie gastro-intestinale. Il est un cas plus rare dans lequel on trouve à la surfaee interne de l’estomac ou des intestins une lésion toute physique, qui a été par elle-même la cause de l’hémorrhagie : cette lésion, c’est la solution de continuité d’un vaisseau de fort calibre, qu’on trouve béant à l’intérieur de la cavité digestive. Mais de tels cas sont beaucoup plus rares qu’on ne serait porté à le penser, et c’est tout au plus s’il en existe dans les auteurs cinq ou six exemples bien constatés. Yoici un de ces cas qui, en raison de sa rareté, me semble digne d’être cité.

Un homme, dit M. Prost (l), expira au moment où il arrivait à la Charité ; on trouva l’estomac rempli de caillots de sang. Dans le grand cul-de-sac de cet organe existait une ulcération dont les bords durs attestaient l’ancienneté. Au fond de cette ulcération apparaissait l’orifice béant d’un gros vaisseau sanguin : on y introduisit facilement un stylet.

J’ai cité ailleurs (2) le cas remarquable d’un individu chez lequel fut trouvé, au fond d’une ulcération de l’estomac, un gros vaisseau ouvert, bien que pendant la vie aucune hémorrhagie n’eût eu lieu.

L’on a dit que la cause la plus commune des hémorrhagies gastro-intestinales était un développement de varices à la surface interne du tube digestif. Une pareille cause doit être au moins rare; car, pour ma part, l’ouverture des cadavres ne m’a jamais montré, ni dans l’estomac ni dans le reste du tube digestif, de varices proprement dites. Seulement, comme je l’ai dit plus haut, j’y ai rencontré parfois quelques dilatations des veines, qui n’avaient rien de commun dans leur aspect avec ces veines variqueuses qui, à la peau ou au pourtour de l’anus, laissent de temps en temps échapper une certaine quantité de sang.

b. Mélanose . Au lieu d’exhaler du sang, la membrane muqueuse gastro-intestinale laisse suinter parfois une matière noire dans laquelle on retrouve la plupart des éléments du sang, mais qui en diffère cependant par son aspect, et par les circonstances dans lesquelles elle apparaît. C’est cette même matière qui, dans le premier volume, a été décrite d’une manière générale sous le nom de mélanose.

Le tube digestif de certains animaux est normalement coloré par cette matière ; c’est ce qu’on observe en particulier chez plusieurs poissons. Dans le tube digestif de l’homme et des autres mammifères, cette même matière doit être considérée comme un produit de sécrétion anormale, mais qui, dans beaucoup de cas, ne donne pas lieu à plus de phénomènes morbides

(1) Médecine éclairée par l’ouverture des corps.

(2) Clinique Médicale.

que n’en produit dans le poumon la matière noire qui colore si souvent et les parois des vésicules aériennes et le tissu cellulaire interlobulaire.

Dans le tube digestif de l’homme, la matière noire se présente sous deux étals : 1° liquide et libre à la surface interne de l’intestin ; 2° combinée avec la trame même de la membrane muqueuse.

J’ai fait voir à l’Académie royale de Médecine un gros intestin dont la surface interne était teinte d’une couleur noire aussi foncée que celle de l’encre de la Chine. Cette teinte était due à la présence d’une couche liquide déposée sur la membrane muqueuse; le linge avec lequel on essuyait celte membrane se colorait en noir, comme si l’on en eut touché la choroïde. Par le lavage on enlevait cette couche, et au-dessous d’elle la membrane restait colorée en noir.

J’ai retrouvé cette même matière noire dans l’estomac d’une femme âgée de cinquante ans, morte à la Charité. Cet organe était à moitié rempli par un liquide noir comme de l’encre, qui, mis en contact avec du papier blanc, lui donna une teinte semblable à celle qu’aurait produite sur lui l’apposition de la membrane choroïde. La surface interne de l’estomac ayant été lavée et essuyée, on la trouva parsemée d’un grand nombre de taches d’un noir foncé, de grandeur variable ; les plus grandes auraient pu recevoir une pièce de deux francs; les plus petites ne ressemblaient plus qu’à des points noirs. Autour de quelques taches, la membrane muqueuse présentait une couleur rouge livide qui, assez marquée dans l’espace de quelques lignes autour de la tache noire, allait en s’affaiblissant, à mesure qu’elle s’en éloignait ; autour des autres taches, dans leurs intervalles, et partout ailleurs, la surface interne de l’estomac était pâle, et la muqueuse n’offrait aucune altération appréciable sous le rapport de sa consistance et de son épaisseur. C’était seulement dans la membrane muqueuse que la coloration noire avait son siège ; mais cette coloration en occupait toute l’épaisseur, et elle était également prononcée sur les deux faces de la membrane. En quelques points, le tissu cellulaire subjacent aux taches noires était rougeâtre. Là où la muqueuse était colorée, elle était un peu plus épaisse et plus résistante qu’ailleurs.

Sur un autre cadavre, au lieu des taches noires qui viennent d’être décrites , j’ai trouvé de longues lignes noires qui s’étendaient, au nombre de cinq ou six , du pylore au cardia : là où elles existaient , la muqueuse intacte, mais amincie, était sensiblement déprimée ; on eût dit des traînées faites sur la peau par le nitrate d’argent. Ces lignes tachaient le linge en noir, et la matière colorante semblait ici encore n’être qu’apposée sur la membrane muqueuse.

Dans ce cas , comme dans le précédent , il n’y avait eu pendant la vie aucun signe bien tranché d’affection gastrique. Outre leur intérêt théorique , ces deux cas nous semblent importants sous le rapport de l’application qui peut en être faite à 1? médecine légale. Si en effet un empoison»

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nement était soupçonné, et que de semblables taches noires fussent trouvées dans l’estomac, un examen ou peu attentif ou peu éclairé ne pourrait-il pas conduire à les confondre avec les plaques gangréneuses que produit l’acide sulfurique dans les parois de l’estomac?

Au lieu d’être, comme dans les cas précédents , déposée à la surface interne des parois gastro-intestinales , la matière noire peut être seu lement combinée avec la trame même des tissus qui composent ces parois ; alors la membrane muqueuse présente encore une belle couleur noire , mais cette couleur ne s’enlève plus par le lavage , et la matière qui la forme ne tache plus le linge. Cette matière noire existe spécialement, 1° au fond des lacunes nombreuses, qui sont souvent très-apparentes dans le duodénum; 2° au sommet des villosités dfi l’intestin grêle ; 3° au pourtour de chacun des orifices des glandes agminées de Peyer. Dans le premier cas , le duodénum paraît comme parsemé d’un nombre plus ou moins considérable de petites taches noires ; dans le second cas, tantôt la surface interne de l’intestin grêle est pointillée de noir ; tantôt, lorsqu’un plus grand nombre de villosités sont colorées ou qu’elles le sont plus près de leur base, cette surface présente une teinte noire uniforme. Enfin , dans le troisième cas, là où existent les glandes de Peyer, on trouve une foule de petits points noirs formant par leur assemblage une figure ovalaire ou arrondie; on les a assez exactement comparés aux poils d’une barbe récemment faite.

c. Pus. Le mucus, ordinairement sécrété en quantité variable à la surface interne du tube digestif, peut être remplacé par divers produits, que l’on trouve soit disséminés dans la cavité gastro-intestinale , soit renfermés dans les follicules.

Au nombre de ces produits anormaux on trouve d’abord le pus ; mais il est beaucoup plus rare qu’on ne pourrait le penser , d’en rencontrer une certaine quantité sur la face libre de la muqueuse digestive. Une fois j’ai trouvé tout le colon tapissé par une couche épaisse d’un pus épais, tout-àfait semblable au pus d’un phlegmon. Plus souvent on trouve le pus renfermé dans des follicules plus ou moins tuméfiés. Ces follicules forment alors à la surface de l’intestin de petites tumeurs , dont une légère incision fait écouler du pus.

d. Matière tuberculeuse. Au lieu de pus, les follicules contiennent plus souvent une matière concrète , blanchâtre , plus ou moins friable , et qui ressemble à la matière dite tuberculeuse. On trouve parfois tout l’intestin parsemé à sa face interne d’un grand nombre de petits corps blancs, qui ne sont autre chose que des follicules remplis de cette matière. Chez l’homme, ces follicules, qui gardent ainsi dans leur cavité le produit morbide qu’ils ont eux-mêmes sécrété, acquièrent rarement un volume considérable, et on ne les voit guère surpasser la grosseur d’un pois ordinaire ; mais chez le cheval, ces follicules peuvent prendre, en pareille circonstance , un dé-

veloppement beaucoup plus grand. Ainsi, il n’est pas rare de trouver à l’intérieur du tube digestif des chevaux, des tumeurs qui ont le volume d’une petite orange. Et dont l’intérieur est creusé d’une cavité qui contient le plus ordinairement une matière qu’on ne saurait plus exactement comparer qu’à la matière sébacée fournie par les cryptes cutanés. Si l’on examine attentivement ces tumeurs , on trouve sur la périphérie de beaucoup d’entr’elles, un orifice qui présente toujours le même aspect, età travers lequel, en pressant sur la tumeur, on peut faire sortir la matière qu’elle contient, li me paraît bien évident que ces tumeurs ne sont autre chose que des follicules à la fois altérés et dans leur nutrition et dans leur sécrétion ; ce sont de véritables tannes de la membrane muqueuse digestive.

e. Pseudo-membranes . Dans ce qui vient d’être dit, nous avons vu le produit de sécrétion morbide rester renfermé dans l’organe même qui lui a donné naissance ; mais un cas contraire peut arriver : au lieu de rester seulement dans les follicules, une matière concrète, également sécrétée par eux, peut en sortir, et se répandre, comme une couche plus ou moins épaisse, sur la membrane muqueuse gastro-intestinale. De là, la formation, à la surface interne du tube digestif, de couches pseudo-membraneuses , qui peuvent être le produit d’une sécrétion altérée des follicules , mais qui peuvent bien aussi se former sans ces follicules , parle seul fait d’une altération de l’action perspiratoire , dont toute molécule vivante est le siège.

La membrane muqueuse du tube digestif est beaucoup plus souvent recouverte de pseudo-membranes dans sa partie sus-diaphragmatique que dans sa partie sous-diaphragmatique. Souvent , par exemple , chez les enfants, on trouve tapissés par une vaste exsudation membranif orme la bouche, le pharynx, l’œsophage; tandis que dans l’estomac et dans le reste du tube digestif on cesse brusquement d’en trouver aucune trace. A cette règle il n’y a que des exceptions très-rares : ainsi , sur deux cent quatorze cas de muguet observés en 182 6 à l’hôpital des Enfants-Trouvés, M. Billard n’a rencontré que trois fois des exsudations membraniformes dans l’estomac , et deux fois seulement dans l’intestin proprement dit M . Lélut , auquel on doit un excellent travail sur le muguet, ne l’a pas trouvé plus souvent dans l’estomac, et il ne l’a jamais vu dans l’intestin.

Chez les individus plus avancés en âge , les pseudo-membranes de la portion sous-diaphragmatique du tube digestif ne sont pas plus communes. J’en ai vu un exemple fort remarquable chez une jeune fille de douze ans , dont toutes les voies aériennes étaient tapissées de fausses membranes. Chez elle , il y en avait aussi dans le pharynx , dans l’œsophage et dans l’estomac, où elles existaient sous forme de larges bandes, qui s’étendaient du cardia au pylore, et ne dépassaient pas ce dernier point; au-dessous d’elles , la membrane muqueuse était beaucoup plus rouge que dans leurs intervalles.

PRÉCIS

Après la puberté, la formation des pseudo-membranes à la surface interne de l’estomac et des intestins est encore très-rare. Je n’en ai jamais vu dans l’estomac ni dans l’intestin grêle. Deux fois j’ai trouvé la surface interne du rectum , et une fois celle d’une partie du colon , tapissées par une couche demi-concrète , semblable à une crème épaissie , dans laquelle aucune forme d’organisation ne pouvait être découverte , et qui ne pouvait s’enlever en tube. Toutefois on a cité des cas dans lesquels on a vu des individus rendre avec les selles des portions considérables de membranes , assez consistantes pour qu’un examen peu attentif fît croire que la membrane muqueuse elle-même, détachée des tissus subjacents , avait été expulsée par l’anus.

Dans le petit nombre de cas où de bons observateurs ont constaté, soit dans l’estomac , soit dans les intestins , l’existence de pseudo-membranes , iis en ont donné la description suivante :

Les plaques pseudo-membraneuses que M. Billard a trouvées dans l’estomac de trois enfants , dont l’un était âgé de quatre jours , et les deux autres de six jours , lui ont paru constituées par une agglomération de petits points blancs qui surmontaient les villosités de la membrane, auxquelles ils adhéraient fortement. Au-dessous de ces points les villosités étaient très saillantes , tuméfiées, rouges et sanguinolentes à leur extrémité. M. Lélut, dans les cas qu’il a eu occasion d’observer, a vu, comme M. Billard, que la fausse membrane était disposée par points, tantôt coniques et recouvrant un large espace, tantôt isolés les uns des autres. Dans deux des cas rapportés par M. Billard, non plus que dans ceux cités par M. Lélut, il n’y avait point de follicules apparents dans l’estomac. Dans le troisième cas de M. Billard, on trouva le long de la petite courbure plusieurs follicules tuméfiés et entourés d’un cercle rouge ; mais dans ce dernier cas même ce n’était point là où existait ce développement de follicules que furent trouvées les pseudo-membranes. Il semble donc que dans la production de ces pseudo-membranes les villosités jouent un rôle beaucoup plus actif que les follicules ; d’ailleurs, cela n’est applicable qu’à la portion sous-diaphragmatique du tube digestif ; car dans la bouche et dans le pharynx, ainsi que dans les voies aériennes la membrane muqueuse n’a point de villosités, et cepéndant, bien plus souvent que dans l’estomac , des pseudo-membranes s’y développent.

Dans l’intestin, on retrouve la même disposition que dans l’estomac. Là aussi les pseudo- membranes se sont présentées à M. Billard comme un amas de petits flocons blanchâtres , tellement adhérents aux villosités, qu’on ne les enlevait pas par un fort grattage du scalpel. Cependant on retrouvait quelques-uns de ces flocons au milieu des matières fécales.

f . Concrétions calculeuses. Il y a long-temps que les anatomistes savent que des concrétions calculeuses peuvent se former ou séjourner en divers points du tube digestif. Ainsi Bonet rapporte (Sepulchretum anatomicum)

un cas où l’on trouva dans l’estomac d’une femme une pierre presque égale à un œuf de poule. Il cite un autre cas relatif à un soldat, qui ne pouvait manger sans éprouver à l’épigastre de vives douleurs, et dans l’estomac duquel on découvrit un calcul du volume d’un œuf, pesant quatre onces et hérissé d’aspérités de couleur cendrée. Enfin, dans le même ouvrage on lit l’observation d’un individu dont l’estomac contenait neuf pierres entourées d’une mucosité épaisse, et qui toutes ensemble pesaient trois onces trois gros.

Des observations plus modernes ont démontré que des concrétions variables par leur nature et par leur forme peuvent séjourner dans le tube digestif, où leur présence est susceptible de déterminer diverses séries d’accidents.

On a désigné sous le nom de concrétions intestinales des matières solides dont l’origine est aussi variable que la nature. Considérées sous le rapport de leur origine , ces concrétions peuvent être rangées en trois classes : les unes, en effet, ne sont pas formées dans le tube digestif luimême ; produites dans le foie ou ailleurs, elles arrivent dans l’intestin y séjournent, et s’y modifient plus ou moins. Les autres ne sont qu’en partie formées dans le tube digestif; elles ont un noyau, qui est ordinairement une substance ingérée , autour de laquelle se rassemblent et se cristallisent un certain nombre de principes contenus dans le tube digestif, et qui, sans cette circonstance, ne se seraient pas réunis en calcul. Il est enfin d’autres concrétions intestinales qui sont entièrement formées dans le tube digestif lui-même.

On voit, d’après cela, que la composition des concrétions intestinales doit être très-variable. D’abord les concrétions de la première classe sont formées à peu près exclusivement par les matériaux de la bile, et c’est même cette composition qui sert à les reconnaître. Ainsi , elles sont composées de cholestérine , de matière jaune et de résine de la bile. A celte première classe il faut encore rapporter un calcul trouvé par le docteur Marcet dans le rectum d’un enfant dont l’anus était imperforé, et chez lequel une communication contre nature existait entre le rectum et la vessie. Ce calcul, de la grosseur d’une noix, était principalement formé d’un mélange de phosphate de chaux et de phosphate ammoniaco-magnésien.

Les concrétions de la seconde classé ont une composition qui doit varier autant que la composition même des substances qui en forment le noyau. Ainsi , chez plusieurs animaux , on trouve fréquemment dans l’intestin des masses de poils entourées de sels et de mucosités plus ou moins.concrètes. Ces poils sont avalés par l’animal , lorsqu’il se lèche. Ces sortes de concrétions ont reçu même un nom particulier : on les connaît sous le nom d’égagropiles.

Ou a souvent trouvé en Écosse , chez des individus de la classe pauvre

qui se nourrissent de pain d’avoine , des concrétions formées à leur centre de fibres végétales. La couche intérieure de ces concrétions est solide , compacte , douce au toucher , et composée de matières salines ; ailleurs cette couche a une apparence veloutée , et est formée de fibres très-fines étroitement unies. Entre elles on trouve çà et là des balles d’avoine. Marcet a décrit ces concrétions comme formées de couches compactes superposées et composées alternativement de substances fibreuses et de phosphates terreux. L’analyse d’une de ces concrétions a fourni :

Substance animale 2 5,20

Résine. 3,90

Phosphate ammoniaco-magnésien. . 5,16

Phosphate de chaux 45,34

Fibres végétales “a 20,30

Les fibres végétales étaient unies les unes aux autres par des dépôts de matière terreuse (phosphate de chaux et phosphate ammoniaco-magnésien). Ces mêmes sels formaient une enveloppe autour de la masse totale.

MM. Laugier etLassaigne ont trouvé au centre d’un calcul de cheval , formé de phosphate terreux , une grande quantité de brins de paille , autour desquels la matière saline s’était déposée.

J’ai trouvé dans le duodénum une concrétion dure , du volume d’un petit œuf, dont l’extérieur était formé par une matière blanchâtre, comme terreuse , et au centre de laquelle existait un noyau de prune.

Le docteur Crockelt , des États-Unis , a rapporté l’histoire d’une jeune personne qui , étant encore enfant , avala une épingle de cuivre. A l’âge de dix-huit ans cette épingle fut rendue parles selles sous l’influence d’un purgatif drastique , administré pendant le cours d’une fièvre bilieuse. La tête et la moitié de la tige de l’épingle étaient renfermées dans une concrétion calcaire sphéroïde ( 1 ) .

Un des plus curieux exemples de concrétions intestinales dont l’analyse ait été faite , est celui qui a été rapporté par M. Laugier (2).

Celte concrétion , dit ce savant , d’un volume assez considérable , bouchait entièrement l’orifice du rectum ; elle ressemblait à un véritable feutrage. Traitée par l’eau bouillante , elle la colorait en lui abandonnant le septième de son poids d’une matière animale , dont l’odeur rappelait celle des matières fécales ; elle lui cédait aussi une petite quantité d’hydrochlorate d’ammoniaque et de chaux. Incinérée , elle laissait huit centièmes de son poids d’un résidu formé de phosphate de chaux , d’un peu de silice et d’oxide de fer.

( 1 ) North amerfcan medical journal , 1827.

(2) Mémoires de l’Académie royale de Médecine , tom. I.

Au sein de cette concrétion existait une cavité dans laquelle on remarquait un noyau qui différait beaucoup , par sa nature , de la matière qui l’entourait : ce noyau , de forme prismatique aplatie1, était recouvert d’une croûte de couleur brune noirâtre , d’un millimètre d’épaisseur , lisse et luisante à sa surface. Fendu dans sa longueur, il présentait à l’intérietrr un grand nombre de cellules, dont la dispôsitiôn était la même que celle des os qui auraient perdu en partie leur gélatine, quoique conservant encore de l’élasticité. L’analyse a montré que ce noyau était formé de deux substances, l’une extérieure, qui était du sang desséché, et l’autre intérieure , qui n’était qu’un fragment d’os.

Il est très-vraisemblable que le noyau primitif de cette concrétion a été une portion d’os qui aura déterminé autour d’elle un épanchement sanguin , lequel, à son tour, aura produit autour de lui le dépôt de diverses substances contenues dans l’intestin.

Rappellerai-je, enfin, qu’on a trouvé quelquefois , dans lés intestins de personnes qui avaient pris beaucoup de magnésie , des concrétions formées par cette substance , dont un mucus épais réunissait les fragments.

Les concrétions de la troisième classe ne sont le plus souvent formées par autre chose que par des matières fécales très-dures , et qui ont la consistance de véritables calculs.

A celte troisième classe me semblent encore devoir être rapportées des concrétions dures rendues en grand nombre, avec les évacuations aL vines, par une jeune fille phthisique, et que M. Lassaigne a trouvées composées de la manière suivante :

1° Matière grasse acide formée de. . . .

Stéarine en grande quantité,

Élaine

Acide particulier. ......

2° Matière analogue à la fibrine

3° Phosphate de chaux ■4° Chlorure de sodium

Quelles que soient l’origine et la nature des concrétions intestinales , elles peuvent, en raison de leur forme, de leur volume et de leur situation , tantôt agir comme des corps irritants , et déterminer des accidents qui ne cessent qu’après leur expulsion , tantôt agir simplement en apportant un obstacle mécanique au libre cours des matières. Citons quelques exemples de ces deux modes- d’action des caleüïs.

Ier Cas (1). Un homme , âgé de soixante ans, éprouvait depuis longtemps , chaque fois qu’il prenait un peu de nourriture , de violentes cram

(1) Observât, du docteur Helm de Stolp, traduite dans lé tonte VIII du Butte lin des Sciences Médicales.

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pes d’estomac, accompagnées d’un sentiment de chaleur brûlante dans ce viscère , et de l’éructation d’un liquide tellement âcre , qu’il ulcérait le pharynx et corrodait l’émail des dents ; à ces accidents se joignaient des vomissements qui revenaient plusieurs fois par jour, un sentiment continuel dépréssion et d’angoisses à la région précordiale , le dégoût des aliments , une constipation habituelle et une insomnie presque complète ; enfin un dépérissement progressif... Un au jour, milieu d’efforts de vomissements, un calcul fut rejeté. Le malade se sentit soulagé ; le lendemain , un nouveau vomissement procura la sortie d’un second calcul. Le premier de ces calculs pesait un gros , et le second un demi-gros. Peu de temps après ces deux vomissements , le malade était parfaitement rétabli.

IIe Cas. M. le docteur Camille Piron m’a montré une femme qui présentait tous les symptômes locaux et généraux d’une affection squirrheuse du pylore ; ces symptômes disparurent après quelle eut vomi un calcul du volume d’une noix. Ce calcul, qui obstruait vraisemblablement l’orifice pylorique, était presque exclusivement formé de cholestérine.

IIIe Cas (1). Un jeune enfant d’onze ans était tourmenté depuis ses premières années de douleurs abdominales vives et de diarrhée. Cet enfant était maigre ; mangeait peu et avait une soif ardente. On sentait dans l’hypocondre droit une tumeur dure , qui semblait appartenir au foie. Des vomissements s’établirent et le malade succomba. A l’ouverture du cadavre, on trouva, à l’union des colons ascendant et transverse, une concrétion calculeuse qui en distendait la cavité , et qui était longue de six pouces ; son poids était de douze onces et demie. Une couche d’un mucus épais la séparait des parois intestinales. Ce calcul était formé par trois fragments comme articulés les uns avec les autres. Le premier occupait la portion ascendante de l’intestin ; un autre la portion transverse , et entr’eux deux était placé le troisième , concave par une de ses faces, et convexe par l’autre.

IYe Cas (2). Un jeune homme de dix-huit ans avait mangé, pendant le mois de juin 1814, une grande quantité de prunes vertes, il avait avalé les noyaux; quelques mois après il ressentit des douleurs dans le ventre , mais qui n’étaient pas assez violentes pour l’empêcher de travailler. Au bout de quelque temps elles devinrent plus vives, se compliquèrent d’une diarrhée opiniâtre. En palpant l’abdomen , on y reconnaissait une tumeur dure et circonscrite , qui parut être une concrétion alvine , dont aucun remède ne put produire l’expulsion : le malade mourut dans un état de marasme. A l’ouverture du cadavre

(1) Êdinburgh med. and surg. Journ. , july 1825. Traduit dans les Archives de médecine , tom. XIY , pag. 254.

(2) Archives de Médecine , tom. II , pag. 148.

on trouva , dans la portion gauche du colon transverse , trois concrétions réunies en masse, et une quatrième un peu plus bas : au centre de cette dernière était un noyau de prune.

Ye Cas (1). Une femme, âgée de cinquante ans, fut prise d’une douleur vive vers l’hypoeondre droit* Les jours suivants* se manifestèrent chez elle tous les symptômes qui annoncent un obstacle au libre cours des matières dans l’intestin , tels que hoquet , nausées, vomissement. de matières fécales, ballonnement du ventre, prostration rapide. Ces symptômes disparurent après que la malade eut rendu par l’anus trois calculs, dont le premier avait la forme, la couleur et le volume d'une grosse châtaigne , et le second la grosseur d’un œuf de pigeon ; le troisième , de figure triangulaire , était aplati , avait le même volume que le second. Ces calculs étaient en grande partie formés de cholestérine.

Chez les animaux on a aussi observé plus d’une fois des accidents analogues à ceux qui viennent d’être rapportés, par suite de la présence d’une concrétion en un point des voies digestives. C’est ainsi qu’on a cité le cas d’un veau d’un an, qui mourut dans le marasme, et chez lequel on trouva dans le rumen, près de l’ouverture œsophagienne, un égagropile, qtii était placé de manière à empêcher le retour des aliments dans la bouche, et à s’opposer ainsi à l’acte de la rumination (2).

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