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III. ÉTAT DU TUBE DIGESTIF DANS LES MALADIES DES DIFFÉRENTS ORGANES

Il est reconnu depuis long-temps que ie tube digestif est un des organes qu’influencent le plus facilement les maladies dont les autres organes peuvent être le siège. Depuis long-temps l’on sait aussi que les affections du tube digestif peuvent être le point de départ d’un grand nombre de désordres fonctionnels de différents organes.

Sur dix cas de maladies aiguës, qui ont leur point de départ ailleurs que dans le tube digestif, il en est huit à peu près dans lesquelles on observe un dérangement plus ou moins prononcé, soit dans la texture, soit dans les fonctions du canal intestinal.

Dans les maladies chroniques, quelle qu’en soit la nature, il est infiniment rare que le tube digestif ne subisse pas quelque altération. Mais tantôt cette altération est permanente, et alors elle est chronique comme la maladie quelle complique ; tantôt elle ne se montre que d’une manière passagère, soit une seule fois, soit à plusieurs reprises. L’irritation gastrointestinale , qui s’établit ainsi intercurremment , peut n’exercer aucune influence sur l’affection chronique primitive ; mais souvent il n’en est pas ainsi. Il est des cas, par exemple, où, toutes les fois que reparaît l’irri-

tation des voies digestives , l’affection chronique s’exaspère , et tend à repasser à l’état aigu; il est d’autres cas où, pendant que se développe l’irritation intestinale, l’ancienne affection, loin de s’exaspérer, s’amende, de telle sorte que ses symptômes deviennent beaucoup moins apparents. Enfin, dans bien des cas, et soit que l’affection chronique primitive reste la même, s’exaspère ou s’amende, l’irritation gastro-intestinale produit un autre effet : elle agit sur l’innervation, et il en résulte, chez des individus épuisés par une ancienne maladie, cet ensemble de symptômes qui caractérisent la fièvre adynamique de Pinel. En pareille circonstance, une irritation légère du tube digestif suffit pour produire une grande et subite prostration. Beaucoup d’individus, atteints d’une maladie chronique qui a depuis long-temps détérioré leur constitution, succombent ainsi à une fièvre adynamique qui reconnaît pour cause une congestion, d’ailleurs peu considérable, opérée sur les voies digestives. Le danger de cette hyperémie est moins en rapport avec son intensité qu’avec les dispositions dans lesquelles elle frappe les malades.

Il est un certain nombre d’hyperémies de la membrane muqueuse des voies aériennes qui s’accompagnent d’une pareille hyperémie de la muqueuse digestive. Disséminée sur une grande surface, cette hyperémie est d’ailleurs peu intense dans chacun des points qu’elle occupe. Les maladies connues sous les noms de fièvres inflammatoire , muqueuse , catarrhale, ne sont souvent qu’un effet de cette congestion générale de la membrane muqueuse gastro-pulmonaire.

Toutes les fois qu’une de ces membranes (celle des voies aériennes ou celle des voies digestives) est le siège d’une irritation chronique, il est très-rare que l’autre ne s’affecte pas aussi. Le tube digestif est si habituellement lésé chez les individus atteints de bronchite tuberculeuse, que cette lésion est en quelque sorte un des éléments de la phthisie, et en fait presque partie constituante. Chez les quatre cinquièmes des phthisiques environ, lorsqu’ils meurent à une époque avancée de leur maladie, on trouve les intestins gravement altérés ; des ulcérations sont la lésion la plus fréquente qu’on observe ; elles occupent ordinairement la fin de l’intestin grêle et le cæcum ; très-variables en nombre, en forme et en grandeur, occupant parfois, mais non constamment, les follicules agminés de Peyer, elles se développent le plus souvent sans douleur, et produisent seulement un dévoiement plus ou moins abondant. Dès le début de la phthisie il n’est pas rare d’observer des signes, encore légers, d’irritation intestinale; il y a souvent des alternatives de constipation et de diarrhée, et peu à peu celle-ci devient permanente , comme la lésion qui la produit.

L’estomac participe chez les phthisiques auy altérations que chez eux subit l’intestin ; mais les altérations qu’il présente sont d’une autre nature : ainsi on n’y trouve ordinairement ni ulcérations, ni tubercules;

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mais sa membrane muqueuse est bien souvent ramollie, et la totalité de ses parois est fréquemment amincie (l). /

Quelle est la Cause de la dyspepsie ou des douleurs d’estomac que ressentent beaucoup de femmes atteintes de leucorrhée ? n’ont-elles autre chose qu’une simple irritation gastrique ? la modification morbide dont leur estomac est le siège, est-elle de même nature que la modification qu’a subie la membrane muqueuse utéro-vaginale ? Si l’altération de sécrétion , qui a lieu dans cette dernièïe membrane , n’est souvent modifiée que par des agents qui ne sout rien moins qu’antiphlogistiques, faubil opposer la même médication à l’état morbide de l’estomac ! Il reste ici quelque chose a éclaircir; toutefois , comme il y a toujours profit pour la science à publier des faits de l’exactitude desquels on peut répondre , je citerai le suivant : une femme entïe à la Gharilé avec une ancienne leucorrhée, des digestions pénibles, et une douleur à la région de l’estomac : je prescris des applications dé sangsues à l’épigastre ; elles sont sans effet; des applications opiacées ne sont pas plus avantageuses. Je tente l’emploi de pilules composées d’extrait de quinquina et de limaille de fer ; la douleur épigastrique diminue et les digestions se rétablissent.

Les affections de la peau ne s’accompagnent pas moins souvent que les diverses membranes muqueuses d’un état de maladie des voies digestives. Chez les individus qui succombent avec des brûlures étendues , on trouve le plus ordinairement le tube digestif d’un rouge intense. Tout le monde sait que dans beaucoup d’érysipèles il y a affection simultanée de l’estomac ; on sait aussi que cette affection gastrique , regardée par beaucoup de médecins comme due à la présence de la bile dans l’estomac , a été souvent combattue par des vomitifs. L’on a dit qu’en employant cette médication on faisait disparaître les symptômes gastriques -, on rendait l’érysipèle plus bénin , et l’on s’opposait à son extension ou à ses récidives. Que la présence d’une quantité insolite de bile ou de mucus dans l’estomac puisse être la cause d’un érysipèle, à cela, en théorie , je ne vois rien d’absurde. Introduites dans l’estomac , les moules déterminent bien une urticaire. En fait, voici ce qu’on peut dire sur la pratique d’administrer le vomitif dans l’érysipèle : 1° il est nuisible , si on le donne dans des cas où la langue est rouge, la soif vive* etc. ; 2° il n’exerce aucune influence ni en bien ni en mal , dans beaucoup de cas où il n’y a pas de signes évidents d’affection gastrique ; 3° enfin, il a une utilité réelle , dans les cas où on l’administre chez des individus qui ont la bouche amère , la langue couverte d’un enduit épais ou jaunâtre , sans rougeur

(1) Les différentes manières dont l’estomac et les intestins peuvent être affectés dans la phthisie pulmonaire exercent une grande influence sur les symptômes de cette maladie et sur sa marche. A cet égard , je ne pourrais que répéter ici ce que j’ai dit sur ce sujet dans la Clinique Médicale, à laquelle je renvoie.

au-dessous do l’enduit ni autour de lui, des rapports qui ont l’odeur de l’hydrogène sulfuré, des nausées , etc.; en pareil cas j’ai vu quelques vomissements , artificiellement provoqués , être suivis de la disparition de ces symptômes , et l’érysipèle avoir en même temps une heureuse et prompte terminaison. Quelque théorie que l’on adopte , il faut bien accepter ces faits.

Au début des exanthèmes fébriles aigus existent > d’une manière à peu près constante , des congestions sur diverses muqueuses , et ce n’est pas une des choses les moins remarquables de l’histoire de ces exanthèmes , que dans chacun d’eux ce soit toujours la même portion de membrane muqueuse sur laquelle s’opère la congestion : dans la scarlatine, la muqueuse du pharynx ; dans la rougeole , la muqueuse des voies aériennes ; dans la variole, la muqueuse gastrique. Avant l’éruption variolique > celte membrane ne présente ordinairement qu’une irritation légère, qui diminue plutôt qu’elle n’augmente , lorsque l’éruption commence à se manifester. Mais il est des cas où l’irritation gastrique , qui marque le prodrome de la variole , est très-intense ; et alors deux cas se présentent : tantôt elle continue à l’époque où l’éruption commence, et cette éruption se fait très-mal ; tantôt elle cesse ou s’amende au moment où l’éruption se déclare.

Faible au début, l’irritation gastro-intestinale peut devenir beaucoup plus intense pendant le cours de l’exanthème , et beaucoup de varioles , dites putrides, malignes, adynamiques, etc., ne sont que des varioles compliquées d’une gastro-entérite plus ou moins intense qui , d’une part, a modifié l’éruption , et d’autre part a réagi sur les centres nerveux. La mort survient-elle , on trouve dans le tube digestif les diverses altérations déjà décrites, depuis l’hyperémie jusqu’à l’ulcération; y trouve-t-on de plus des pustules semblables à celles qui couvrent la peau? puisqu’on en observe bien évidemment sur la muqueuse buccale, il n’y a pas de raison pour qu’on n’en observe pas non plus sur les portions de membrane muqueuse digestive plus profondément situées. Mais si, en théorie, l’existence des pustules de la variole dans l’intestin est admissible, en fait, on ne les a pas encore vues. Souvent on a pris pour ces pustules de simples follicules plus développés que de coutume ; une pareille erreur est surtout facile chez les enfants, où les follicules sont souvent très-gros.

Les exanthèmes chroniques sont, beaucoup moins souvent qu’on ne l’a dit , accompagnés d’un état d’irritation des voies digestives. Je n’en voudrais d’autre preuve que la facilité avec laquelle lés individus atteints de diverses affections chroniques de la peau supportent à l’hôpital Saint-Louis, dans le service de M. Bielt, les médicaments les plus excitants que cet habile praticien sait si heureusement manier.

Porterons-nous nos regards sur quelques organes qui peuvent être considérés comme étant les annexes du tube digestif? Nous trouverons encore 1 29

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qu’ils ne peuvent guère être malades , sans que le tube digestif ne l’ait été d’abord, ou ne le devienne. Dans combien de cas , par exemple , les affections du foie ne sont-elles pas liées à un état morbide des intestins! Il en est de même des ganglions mésentériques , et presque toutes les fois que sur le cadavre on les trouve malades , ou bien l’on trouve en même temps des traces d’une irritation intestinale , ou bien l’élude des symptômes nous apprend que cette irritation a existé à une autre époque plus ou moins éloignée du moment où se fait l’autopsie.

Un des plus importants services qu’ait rendus M. Broussais a été celui de prouver que , dans une foule de cas où par les désordres fonctionnels l’on n’admettrait autre chose qu’une lésion des centres nerveux , le point de départ de la maladie a été une irritation des voies digestives. Cela est vrai pour tous les âges , et surtout pouf les enfants. Continuellement chez eux , après qu’on a observé du coma , des convulsions , etc. , on ne trouve rien d’appréciable dans l’encéphale, tandis que dans le tube digestif existent des altérations.

On a rapporté à l’irritation du tube digestif un grand nombre de désordres fonctionnels des centres nerveux, parce que souvent, dans des cas où ces désordres avaient existé , on a trouvé à l’ouverture du cadavre des lésions dans les intestins. C’est ainsi qu’on a dit que le tétanos, l’épilepsie, la chorée , l’apoplexie , les aliénations mentales , pouvaient être le résultat d’une gastro-entérite. A mon avis, il n’est pas de désordre nerveux qui ne puisse se développer à l’occasion d’une irritation du tube digestif, comme de l’irritation de toute autre partie ; mais il faut une disposition antécédente.

D’un autre côté , les centres nerveux, primitivement affectés , exercent souvent sur le tube digestif une influence aussi grande que celle qu’il exerce lui-même sur les centres nerveux ; mais cette influence n’est pas toujours delà même espèce : tantôt, en effet, l’encéphale irrité produit dans l’estomac une hyperémie dont la nécropsie démontre l’existence ; tantôt il détermine dans cet estomac une excitation qui se révèle par le désordre de ses fonctions, mais qui échappe aux recherches de l’anatomiste. C’est ainsi qu’il arrive souvent, comme nous l’avons déjà remarqué, de ne trouver aucune lésion dans l’estomac d’individus qui, atteints d’hydrocéphale aiguë, ont eu d’abondants vomissements. D’autres fois, enfin, les maladies cérébrales frappent comme d’inertie le tube digestif: alors les émétiques ne provoquent plus le vomissement, et les purgatifs n’ont plus d’action sur l’intestin.

SECTION DEUXIÈME

MALADIES

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