‹ Précis d'anatomie pathologiqueChapitre 70 sur 175 · DE LÀ PORTION SUS-DIAPHRAGMATIQUE DE L’APPAREIL DIGESTIF · texte numérisé non relu

DE LÀ PORTION SUS-DIAPHRAGMATIQUE DE L’APPAREIL DIGESTIF

Les formes infiniment variées sous lesquelles se présentent ces altérations ont été toutes désignées , dans ces derniers temps, par les trois termes généraux de stomatite , de pharyngite et d’œsophagite ; mais ces termes sont souvent insuffisants ou inexacts. Dans toutes ces altérations, à la vérité , on. trouve comme élément commun une congestion sanguine qui les précède ou qui du moins les accompagne ; mais dans plus d’un cas elle n’en est la cause ni unique ni principale , et ce n’est jamais par ses divers degrés d’intensité que peut s’expliquer la nature ou la gravité des altérations produites. Ainsi , par exemple , on commettrait une étrange méprise, si l’on admettait que les ulcérations de la bouche et du pharynx, que les pseudo-membranes qui en tapissent assez fréquemment la surface , que la gangrène qui peut s’en emparer , sont liées à une congestion sanguine intense : loin delà, les signes locaux d’irritation qui précèdent ces différentes altérations , les désordres fonctionnels sympathiques auxquels elles donnent lieu , sont souvent beaucoup moins prononcés que ceux qui accompagnent le plus simple érythème delà membrane muqueuse de la bouche ou du pharynx. Mais, de plus, si les nombreuses lésions qui ont été désignées sous le terme commun de stomatite ou de pharyngite, paraissent être souvent idiopathiques et uniquement dues à un travail tout local d’irritation , soit spontanément développé , soit produit par des agents stimulants déposés sur la muqueuse , il y a d’autres cas où ces lésions ne sont qu’un des accidents secondaires d’une maladie qui affecte simultanément ou d’autres solides ou la masse même du sang. Ainsi, chez des individus qui depuis long-temps respirent un air impur , humide, sans rayons solaires, qui se nourrissent d’aliments de mauvaise qualité ou non suffisamment réparateurs , et chez lesquels tout porte à croire que le sang est plus ou moins altéré, on voit souvent la membrane mu-

PRÉCIS

queuse buccale se gorger d’un sang liquide qui suinte à travers les vaisseaux ; on la voit se ramollir, s’ulcérer , se gangrener. Quelquefois alors, sans douleur, sans hyperémie antécédente , une tache grise ou noire apparaît en un point de la bouche , s’étend rapidement , et en quelques heures toute la membrane muqueuse buccale n’est plus qu’un putrilage infect. Vers la fin d’un certain nombre de maladies chroniques, ou bien pendant le cours d’une maladie aiguë qui a frappé des individus faiblement constitués, habituellement anémiques , il n’est pas rare de voir la surface interne de la cavité buccale se couvrir d’une couche blanchâtre , qui augmente à mesure que les forces diminuent, qui disparaît si ces forces se relèvent. Quand même on admettrait que celte sécrétion morbide est en pareil cas le résultat sympathique d’une irritation gastro-intestinale , toujours faudrait-il reconnaître qu’elle en est un effet spécial, puisque tous les degrés de cette irritation peuvent avoir lieu sans qu’on la voie paraître, et que, d’un autre côté, quels que soient ces degrés, elle se manifeste , étant données des conditions particulières d’innervation et d’hématose. Quelle que soit la manière dont on conçoive l’existence du virus syphilitique , toujours est-il que, plus ou moins long-temps après un coït impur, il n’est que trop fréquent de voir des ulcérations dévorer les différentes portions de la membrane muqueuse stomato-pharyngienne , et, dans ce cas , il est bien évident qu’elles ne sont qu’un des accidents par lesquels se révèle l’altération générale de la nutrition, comme en même temps elle peut être annoncée par diverses lésions de la peau, du système osseux, etc. Introduisez du mercure dans l’économie , vous verrez encore se produire des effets plus ou moins semblables. Alors, comme lésion constante et primitive, on trouve une altération du sang qui devient semblable au sang des scorbutiques ; comme lésions variables et consécutives, on trouve diverses altérations de nutrition, et, parmi elles, des lésions de la bouche analogues à celles qu’on observe dans le scorbut. Alors , chose remarquable l’irritation la plus légère , accidentellement portée sur la membrane muqueuse buccale , et qui , dans toute autre circonstance , ne produirait qu’un faible érythème , suffit pour déterminer dans cette muqueuse les plus graves désorganisations. Ainsi, chez certains individus, on voit se développer , à l’occasion de la moindre phlogose , un tubercule ou un cancer.

De ces considérations, que conclurons-nous? c’est que, parmi les maladies de la bouche, il en est plusieurs qui ne sont réellement que la manifestation, soit accidentelle, soit nécessaire, d’un état morbide qui a son point de départ ailleurs que dans la cavité buccale : d’où il suit que, dans ce cas , comme dans beaucoup d’autres , le siège d’une maladie n’est pas uniquement là où l’on observe une lésion ; que ce n’est pas souvent en avoir pénétré la véritable nature que d’avoir reconnu cette dernière ; et qu’enfin la thérapeutique serait plus d’une foi» ou insuffisante ou dange-

reuse, si l’on ne cherchait à détruire cette lésion que par des moyens purement locaux.

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