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LÉSIONS DE L'INNERVATION DU COEUR

Nous n’avons plus ici à décrire de lésions, car il n’y en a plus d’appréciable ; mais nous avons à montrer comment, en l’absence de la lésion matérielle de l’organe, ses fonctions peuvent cependant se troubler de telle sorte, qu’il en résulte une partie des mêmes accidents que ceux auxquels donnent lieu les diverses altérations de circulation , de nutrition ou de secrétion, précédemment étudiées.

PRÉCIS

Le cœur peut présenter, soit dans sa sensibilité, soit dans sa contractilité, des phénomènes insolites que ne peut expliquer aucune altération appréciable de son organisation : ces phénomènes , nous les rapportons , d’après nos connaissances actuelles en physiologie, au trouble de la poi> tion d’innervation qui normalement dirige l’action du cœur, comme elle dirige l’action de toute partie vivante.

Il est des individus qui éprouvent, par intervalles, à la région du cœur, une douleur vive, ou bien une simple sensation de gêne ou d’engourdissement, qui s’irradientà une partie plus ou moins étendue des parois thoraciques, au cou, aux bras, surtout à celui du côté gauche, et quelquefois aux différents nerfs spinaux dont ces douleurs dessinent le trajet. Souvent elles alternent avec des douleurs fixées en d’autres points du corps, avec une gastralgie par exemple, ou une sciatique. Je les ai vues, chez une femme, remplacer un tic douloureux ; chez une autre, succéder à une céphalalgie intense, puis être suivies d’abolition de la sensibilité en divers points du corps , de contractions spasmodiques des muscles en d’autres points, puis de la boule hystérique, etc.

Cette modification de la sensibilité du cœur peut exister seule, ou être accompagnée de palpitations et de dyspnée. Celle-ci peut devenir assez considérable pour produire la mort. J’ai vu un cas de ce genre. Une femme avait eu plusieurs fois à la région du cœur une vive douleur accompagnée de palpitations et de dyspnée ; elle entre à la Charité, atteinte de dévoiement et de fièvre. Tout-à-coup la douleur de cœur reparaît : elle est atroce, déchirante; le cœur bat avec force; il s’entend dans tous les points de la poitrine ; le pouls est irrégulier ; la respiration devient de plus en plus gênée, et la malade succombe comme asphyxiée peu d’heures après la manifestation de ces accidents. L’ouverture du cadavre, faite par le docteur Marquis, alors élève interne dans le service de M. Lerminier, ne montra dans le cœur, non plus que dans ses dépendances, aucune lésion appréciable ; il y avait des tubercules dans les poumons.

Ce fait unique suffit pour montrer que la douleur précordiale , avec palpitations et dyspnée, peut exister sans lésion appréciable de l’organisation du cœur. Cet ensemble de symptômes, qui a été désigné sous le nom d’animé de poitrine, se montre d’ailleurs assez fréquemment comme épiphénomène , pendant le cours des affections organiques du cœur ; je crois aussi que dans quelques cas ces symptômes peuvent précéder la lésion organique, et que, lorsque l’anatomie pathologique trouve celle-ci, elle ne nous montre qu’une terminaison de maladie. Rien ne prouve , ainsi qu’on l’avait prétendu , que l’angine de poitrine soit le résultat de l’ossification des artères coronaires. Doit-on admettre au nombre de ses causes ces taches blanches partielles qu’on trouve quelquefois à la surface interne ou externe du cœur, et dont l’histoire symptomatologique est encore à faire ?

Qu’une simple modification de l’innervation puisse troubler l’action du cœur, de manière à produire des palpitations qui ne reconnaissent pour cause aucune lésion organique de ce viscère, c’est ce dontpersonne ne peut douter, puisqu’il n’est personne dont le cœur n’ait palpité à la suite d’une émotion morale. Mais en l’absence de celle-ci, d’autres causes, qui n’ont pas moins évidemment leur siège dans les centres nerveux, peuvent également donner naissance à des palpitations; en raison des dispositions individuelles, et une même cause ayant agi, on verra naître chez l’un ces battements insolites du cœur, chez un autre des convulsions, chez un autre des vomissements, chez un quatrième diverses aberrations des sens, etc.

Ces palpitations se présentent principalement dans trois conditions générales de l’économie, qu’il faut distinguer avec soin, puisque dans ces trois conditions la thérapeutique doit être différente.

La première de ces conditions est un état de pléthore qui fait battre le cœur avec trop de force, comme il donne lieu à des éblouissements, à des vertiges, etc. La diète, d’abondantes saignées sont indiquées dans ce cas.

La seconde des conditions qui favorisent le développement des palpitations, c’est un état anémique, c’est-à-dire, un état entièrement opposé au précédent. C’est ainsi que des palpitations, accompagnées de dyspnée , tourmentent fréquemment les individus qui ont été long-temps soumis à un régime trop rigoureux : elles cessent, dès qu’en nourrissant davantage ces individus on leur rend du sang et des forces. Ce cas est analogue à celui que présentent les animaux qui sont pris de convulsions, lorsqu’on les a soumis à d’abondantes pertes de sang. Mais, sans avoir éprouvé ni privation d’aliments, ni perte de sang, il est des individus qui font moins de sang que d'autres, et qui sont naturellement anémiques. Chez eux aussi se montrent des palpitations avec ou sans dyspnée, qui sont liées à leur état d’anémie. En pareil cas, combattrez-vous ces palpitations par des saignées? et, pouren justifier l’emploi, en l’absence des signes d’un état général de pléthore, admettrez-vous une pléthore locale du cœur ? mais votre traitement n’aurait pour base qu’une hypothèse. Suivez une autre voie; cherchez à augmenter la quantité absolue du sang, ou peutêtre surtout sa quantité relative de matière colorante ou de fibrine, et vous verrez disparaître ces palpitations, qui n’auront fait qu’augmenter tant que vous les aurez combattues par des émissions sanguines et par la diète.

Enfin , dans une troisième condition de l’économie , qui coïncide également avec l’existence des palpitations , il n’y a plus ni excès ni défaut de sang; ce liquide paraît être dans les proportions convenables, et ce n’est plus lui qui, primitivement altéré , va influencer d’une manière vicieuse les centres nerveux. Mais ce sont ces centres eux-mêmes dont l’action est à son tour primitivement altérée : l’est-elle en plus ou en moins? admettre l’une ou l’autre de ces altérations , c’est le plus souvent ne faire qu’une

PRÉCIS

hypothèse ; ici, comme dans mille autres cas que dans le cours de cet ouvrage nous avons pris à tâche de signaler, il y a perversion d’action, voilà tout ce qu’on peut dire. Alors, tantôt les palpitations sont le seul phénomène qui signale la modification morbide de l’innervation ; tantôt cespalpilationsnesont qu’un phénomène secondaire, au milieu de tous ceux dont la plupart des organes peuvent être le siège. Considérez cette jeune fille hystérique : voyez chez elle se succéder avec la plus grande rapidité les désordres les plus bizarres dans toutes les fonctions, et au milieu de ces désordres des palpitations apparaître : la saignerez-vous? vous ne calmerez pas les accidents. Lui donnerez-vous des toniques ? vous ne les dissiperez pas davantage. Alors il n’y a que deux choses à faire : ou bien chercher un traitement qui agisse, ni parce qu’il débilite, ni parce qu’il fortifie, mais parce qu’in différemment débilitant ou excitant, il va substituer à telle modification du système nerveux telle autre modification ; ou bien soumettre l’individu à de nouvelles influences hygiéniques, qui, elles aussi, n’agiront qu’en modifiant. Ainsi, par exemple, agit le mariage, et ici je ne parle pas seulement du rapprochement des seyes ; je parle surtout des émotions de tout genre qui le précèdent ou qui l’accompagnent, du changement total soit des habitudes physiques, soit des habitudes intellectuelles et morales que vient alors à éprouver la jeune fille, et d’oùrésulte si souvent la cessation brusque de tous ces phénomènes nerveux que rien n’avait pu vaincre.

Ainsi, il est une grande classe d’affections du cœur dont l’anatomie pathologique ne nous montre, en quelque sorte, que la fin ; ce que nous trouvons sur le cadavre n’est pas toujours ce qui a été la cause première des accidents ; ce n’est pas ce cœur hypertrophié qui a d’abord produit les palpitations, ce sont souvent ces palpitations qui ont produit l’hypertrophie. Mais de plus, bien que dans le cœur augmenté de volume il semble y avoir eu vie plus active, puisqu’il y a eu excès de nutrition, cet état local du cœur ne représente pas toujours les conditions dans lesquelles se trouvait l’économie, lorsqu’il n’y avait encore dans le cœur qu’augmentation de ses battements, sans augmentation de sa nutrition. Aussi l’anatomie pathologique ne pourrait-elle ici que nous induire en erreur, si, parce qu’elle nous montre un cœur hypertrophié, elle en concluait à la nécessité constante d’un traitement débilitant au principe delà maladie. Cp traitement, nous l’avons vu, doit être souvent déterminé non d’après ce que découvre l’anatomie, mais d’après les conditions d’innervation et d’hématose qui existaient au point de départ.

SECTION DEUXIÈME

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