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CHAPITRE V Pancréas

Les lésions du pancréas sont mal connues, et nous insisterons d*autant moins sur leur description qu'elles n'ont encore pour la plupart aucune histoire nosologique. Le pancréas est souvent englobé par l'extension des lésions de son voisinage. Les inflammations chroniques, les abcès, peuvent l'entourer ou même Tenvahir. 11 forme assez souvent le fond d'un ulcère de Vestomac à marche envahissante.

L — Tumeurs. — Les tmneurs secondaires sont les plus fréquentes; parfois ce sont de véritables foyers de généralisationy et c'est alors presque toujours la queue de l'organe qui en est le siège. Le plus souvent le pancréas est simplement envahi par ['extension de proche en proche des tumeurs primitives des organes voisins, ou des tumeurs secondaires des ganglions lymphatiques qui l'entourent.

Ces cancers secondaires n'exercent d'ordinaire aucune influence appréciable sur les voies excrétoire s du pancréas et ne se révèlent qu'à l'autopsie.

Cancers primitifs. — Il en est tout autrement des cancers primitifs, qui ne sont pas très rares dans le pancréas, mais qui restent souvent méconnus, même à l'autopsie.

Le cancer primitif occupe presque toujours la tête de l'organe ; ' il détermine alors constamment Vobsti'uction simultanée du canal de Wirsung et du canal cholédoque {{). De là une dilatation marquée des voies

(1) Bard et Pic. Du cancer primitif du pancréas. Revue de médecine.

biliaires supérieures, qui porte principalement son action sur la vésicule; cette dernière se distend et dépasse le volume du poing.

Le cancer primitif du pancréas détermine une augmentation de volume très variable de la tête de l'organe; le plus souvent elle atteint le volume d'un gros œuf et elle est assez facile à reconnaître à l'autopsie; si elle peut dépasser le volume du poing, elle peut aussi assez fréquemment être à peine appréciable. En pareil cas le cancer passe facilement inaperçu à un examen insuffisant, surtout si l'on se contente d'inciser le pancréas suivant sa longueur; en agissant ainsi on laisse en effet de côté la tète de l'organe qu'il faut explorer par une seconde incision, oblique sur la première. La tumeur est toujours très adhérente au duodénum, souvent elle envahit ses parois et elle ulcère sa muqueuse; quelquefois elle fait simplement saillie, par un bourgeon latéral, à travers l'ampoule de Vater.

La tumeur est toujours plus ou moins dure; d'autant plus fibreuse et résistante à l'instrument tranchant qu'elle est de plus petites dimensions. Sur là surface de coupe, le tissu est blanchâtre, lardacé, avec des portions un peu jaunâtres et plus molles; il existe assez souvent de petites cavités kystiques contenant un liquide jaunâtre.

Le canal cholédoque et le canal de Wirsung sont compris dans la tumeur, et toujours oblitérés ; la pression sur la vésicule distendue ne permet pas à la bile de franchir l'obstacle. Le plus souvent on ne trouve même plus le trajet de ces canaux détruits par le tissu néoplasique. Quelquefois cependant le canal cholédoque est simplement tortueux et comprimé; bien qu'il ne permette pas le passage de la bile, il peut alors être franchi par un stylet.

Le canal de Wirsung est dilaté en amont, son diamètre peut dépasser celui d'une grosse plume d'oie ;

le pancréas présente secondairement, dans toute son étendue, une cirrhose par rétention très accusée; sa lobulation est plus apparente et sa consistance très augmentée.

Le foie est ictérique^ quelquefois scléreux, et de plus il présente presque constamment des nodules cancéreux secondaires; ces derniers présentent alors des caractères macroscopiques très particuliers sur lesquels nous avons appelé J'attention, et qui permettent déjà à la seule inspection de reconnaître leur nature avec une grande probabilité. Ce sont de petits nodules arrondis, d'un blanc mat, non saillants, assez semblables à des taches de bougie et que Ton peut confondre à l'œil nu, quand ils sont très petits, avec de simples îlots scléreux.

Le cancer primitif de la tête du pancréas provient dans la grande majorité des cas des cellules épithéliales glandulaires; quelquefois cependant il émane des canaux excrétoires et appartient aux épithéliomas cylindriques.

IL — Sclérose. — La sclérose atrophique primitive du pancréas s'observe plus rarement; elle ne doit pas être confondue avec le cancer primitif ; on Ja rencontre surtout dans les cas de diabète grave, appelé par Lancereaux diabète pancréatique.

Quelquefois la sclérose s'accompagne de concrétions, sable ou calculs dont les plus gros ne dépassent guère le volume d'une noisette, et qui sont constitués par du carbonate ou du phosphate de chaux; plus souvent encore elle en est indépendante.

Le pancréas est très dur, petit, atrophié dans son ensemble ; sur la coupe le tissu scléreux prédomine et les ilôts jaunâtres de tissu glandulaire normal sont petits et peu apparents. Il faut toujours se rappeler d'ailleurs que le pancréas normal est lui-même compact et dur, et ne pas croire trop facilement à l'autopsie à l'existence d'une sclérose vraie.

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