‹ Précis d'anatomie pathologiqueChapitre 120 sur 182 · EMPHYSÈME PULMONAIRE · texte numérisé non relu

EMPHYSÈME PULMONAIRE

ques qui diminuent le volume d'une partie du poumon deviennent des causes d'emphysème.

L'emphysème développé par ce mécanisme est appelé vicariant, compensateur, parce qu'il paraît destiné à suppléer à l'insuffisance des parties du poumon perdues pour la fonction. Il est en effet compensateur, au point de vue physique de la réplétion du thorax, mais il l'est peu au point de vue fonctionnel. Un excès modéré d'ampliation pulmo- . naire déplisse les alvéoles habituellement inactifs, et augmente réellement le champ respiratoire; mais la limite est vite dépassée, au delà de laquelle le poumon trop distendu voit sa circulation capillaire entravée et ses fonctions diminuées du fait même de son ampliation exagérée.

Dans l'emphysème aigu les alvéoles ne présentent pas, le plus souvent, d'autre lésion que leur dilatation excessive et la perte de V élasticité de leurs parois; l'emphysème est alors dit vésiculaire. Dans quelques cas \ii paroi alvéolaire cède à l'excès de pression ; l'air chemine alors dans les espaces connectifs de l'organe, l'emphysème devient intervésiculaire et sous-pleural.

Exceptionnellement la plèvre elle-même peut se rompre dans une secousse de toux, notamment dans la coqueluche chezles enfants; un pneumo-thorax simple, ordinairement bénin, est la conséquence de cette rupture.

Quand le poumon est emphysémateux dans toute son étendue, il est augmenté de volume, et ne s'affaisse pas après la section des côtes. Il est pâle, anémié; sa consistance est molle, sans élasticité ; l'organe garde l'empreinte du doigt. La distension des vésicules aériennes les rend visibles à l'œil nu et met en évidence la structure lobulaire de l'organe ; leur coloration blanche tranche sur les contours sombres de leurs parois. Quand il y a de l'emphysème sous-pleural, les

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bulles d'air sont plus volumineuses, et on les fait facilement cheminer sous la plèvre par la pression du doigt. Dans quelques cas rares, Tair dépasse le tissu sous-pleural et gagne le médiastin, le cou, et même le tissii cellulaire sous-cutané de la partie supérieure du tronc.

L'emphysème aigu atteint son maximum d'intensité dans la bronchite capillaire et peut occuper toute Tétendue des deux poumons; en général, il n'est que partiel et se localise dans les lobes supérieurs, surtout dans leur languette antérieure.

Emphysème chronique. — Il diffère surtout de l'emphysème aigu, parce qu'il s'accompagne de modifications profondes de structure. Tandis que les phénomènes mécaniques de tension ou de rupture ont un rôle exclusif dans la production de l'emphysème aigu, les lésions de nutrition prédominent dans l'emphysème chronique. Dans certains cas elles sont la conséquence de la persistance de l'excès de tension aérienne et de la dilatation prolongée qui en résulte; dans d'autres, elles sont en réalité comme le veut Villemin, la cause efficiente de la dilatation elle-même.

L'emphysème est presque constant dans l'atrophie sénile du poumon ; il accompagne à des degrés divers la plupart des maladies chroniques de l'appareil respiratoire. Dans les pneumonies interstitielles et en particulier dans celle qui est le fait de la phtisie fibreuse chronique, on rencontre une forme particulière d'emphysème, sur laquelle nous avons déjà appelé l'attention dans notre thèse inaugurale ; en pareil cas, l'emphysème peut rester localisé à des zones étroites, et reconnaître une cause purement locale, la traction qu'exerce le tissu scléreux 7*étractile sur le parenchyme pulmonaire placé entre les îlots de sclérose.

Caractères macroscopiques, — L'emphysème chronique présente les mêmes caractères de localisation et de distribution que l'emphysèmo aigu. Gomme lui il

EMPnVSËME PULMONAIRE. :ii|

peut être véstcvlaire, ou inlervésiculaire et soua-pleural; toutefois il reste habituellement vésiculaire. Les cavités dilatées y sont très irrégulières et deviennent souvent énormes, parce qu'elles résultent non plus de la simple dilatation des alvéoles, mais de la confluence des alvéoles voisins qui s'opère par la perforati'in ou la disparilion progressive des cloisons (llg. 84).

Fig, s*. — EmphiaAniF pulmaniire (taible gn>alswment).

Les vésicules ainsi produites atteignent parfois un volume considérable; celles de la grosseur d'an petit pois à une noisette ne sont pas rares; on en rencontre qui dépassent le volume d'une noix. Parfois l'extrémité antérieure du lobe supérieur ne forme qu'un seul prolongement globulaire à peine cloisonné. Une piqûre d'épingle fait affaisser les parois de ces vésicules; mais elles ne reprennent pas leur forme normale.

Quand un poumon présente un degré élevé d'emphysème, la pression classe facilement l'air d'une partie dans une autre; quand il j a de l'emphysème sous-pleural, on voit alors cheminer les bulles ellesmêmes au-dessous de la séreuse.

Les poumons atteints d'emphysème chronique n'en sont pas moins, d'ordinaire, diminués de poids et sou-

ol2 AP1»ARK1L RESPIRATOIRE.

vtMit de voliune; ils sont en voie d'atrophie et habituellement très pigmentés, surtout chez le vieillard. 11 est assez fréquent de trouver les parties antéro-supérieures du poumon emphysémateuses et anémiées, alors que les parties postéro-aiïtérieures sont le sièfje d'une congestion chronique.

Caractères histologiques. — A l'examen histologique on constate que les parois des alvéoles sont le siège d'altérations profondes, qui paraissent se succéder dans l'ordre suivant. Tout d'abord les cellules épithéliales de l'alvéole subissent une dégénérescence graisseuse; colle-ci commence par l'accumulation do granulations graisseuses autour du noyau, elle entraîne la résorption de ces noyaux, et plus tard la chute de la cellule elle-même. Sur certains points, dans les t'ossetles qui séparent les vaisseaux capillaires, la paloi n'est guère formée à l'état normal que par l'adossement des cellules épithéliales des deux faces; le processus précédent produit à leur niveau de petites perforations, qui font communiquer les deux alvéoles voisins, et dont les contours délicats ne sont plus limités que par des fibres élastiques arciformes.

T.os vaisfican.T capillaires s'oblitèrent et s'atrophient à leur tour ; les cordons élastiques qui limitent les alvéoles résistent un peu plus longtemps; mais ils Unissent par se rompre et se rétracter. A ce moment les cloisons qui séparent les alvéoles, et qui font normalement saillie dans la cavité de l'infundibulum, n'existent plus qu'à l'état de petites cordelettes en relief sur la paroi; cet aspect se reconnaît à l'œil nu ou à un faible grossissement, en étalant la face interne d'une vésicule emphysémateuse.

Les parois dos infundibula sont atteintes à leur lour: des vésicules plus grosses se forment par la contluence à' infundibula voisins. C'est alors le degré It* plus avancé de la lésion.

On ne constate aucune inflammation avec proliféra-

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